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Full text of "Messager des sciences et des arts de la Belgique, ou, Nouvelles archives historiques, littéraires et scientifiques"

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MESSAGER 
DES  SCIENCES  ET  DES  ARTS 

DS  LA  BELGIQUE , 

OU 

HISTORIQUES,    LITTERAIRES    ET    SCIENTIFIQUES. 


MESSAGER 

DES  SCIENCES  ET  DES  ARTS 

DE  LA  BELGIQUE, 

ou 

NOUVELLES  ARCHIVES 

HISTORIQUES,    LITTÉRAIRES    ET    SCIENTIFIQUES; 

Uecneil 

Fulilié  par  «M.  F.  HE  REIFFESISEIU;  ,  à  Bruxelles,  JULES  J1E  SAINT-  GEROIS , 
C.   P.   SERRURE,    \.  VAN   I.OKEREN   cl   \.    VOISHI,  à   Garni. 


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TOME  CINQUIEME 


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TMPRIiMERlE    DE    LEONARD    HEBBELYNGK, 

Vieille  «  ii;u!oilo  ,  N.°  48. 

1837. 


LISTE  DES  COLLABORATEURS. 


MM.  /.  II.  Bobmahs,  h  Liège. 
R.  Chaloh,  ;'i  Mous. 
N-  Corheusses,  à  Gand. 
P.  De  Decker,  ibid. 
J.  J.  De  Smet  ,  ibid. 
'I,.  P.  Gachard  ,  ;i  Bruxelles. 
V.  Goethals,  ibid. 

LAVALLEYE  ,  à  Liège. 

3.  J.  Lameik  ,  à  Ypres. 
I.e  Glat,  à  Lille. 


MM.  J.  II.  Merteks,  à  Anvers. 
Ch.  Morren,  à  Liège. 
C.  Parmektier,  à  Gaiul. 
L.  M.  Polaik,  à  Liège. 
A.  G.  B.  Schaves,  à  Bruxelles. 
Takdel,  à  Liège. 
C.  Yeevier  ,  à  Gand. 
1,.  A.WAnNK.œHiG,à  Fribourg. 
J.  F.  Willems,  à  Gand. 


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wii^uviiiuiim^v'mitirimi'Vi/.'i'i'i'U'i.Vv'vnMVVUiini  ■viix\tvi\<iviviiviwii'ivw),i**vii 


EXPOSITION  DE  BRUXELLES  DE  183(5. 


©ablcau  ï>c  la  bataille  ht  Courtrai, 


PAR  M.  DE  KEYSER. 


Es  1823,  vivait  au  petit  village  de  Santvliet,  situé  dans 
les  polders,  un  jeune  enfant,  âgé  de  dix  ans,  appartenant 
à  une  honnête  famille  d'agriculteurs ,  qui  se  trouvait  dans  une 
certaine  aisance.  Ce  jeune  enfant,  seul,  sans  maître,  sans 
guide ,  s'essayait  à  dessiner  sur  le  sable  de  la  digue.  Un 
élève  de  l'Académie  d'Anvers,  M.  Joseph  Jacobs ,  l'auteur 
de  la  Bataille  de  Beverhout ,  le  découvrit,  lui  fournil  du 
papier,  des  crayons,  et  des  estampes  à  copier.  Cet  enfant 
qui  s'essayait  à  dessiner  dans  son  village ,  c'est  aujourd'hui 
l'une  des  gloires  artistiques  de  la  Belgique ,  c'est  l'auteur 
de  la  Journée  des  Éperons ,  c'est  De  Keyser.  Dans  notre 
pays,  où  l'on  respire  pour  ainsi  dire  avec  l'air  l'amour 
des  arts  et  surtout  de  la  peinture  ,  c'est  encore  ainsi 
qu'ont  débuté  Paelinck,  Eug.  Verboekhoven ,  Geefs  aîné, 
De  Braekeleer ,  Mathieu,  Gaillait  et  tant  d'autres,  qui  peu- 
vent s'écrier,  comme  le  poète,  avec  le  noble  orgueil  du 


génie 


Je  ne  dois  qu'à  moi  seul  ma  fortune  et  mon  nom! 


(  2  ) 

Amené  à  Anvers.  De  Keyser  entra  à  l'Académie,  après 
avoir  étudié  sous  Braekeleer  et  Math.  Van  Brée,  dont  il  est 
toujours  resté  l'ami,  et  fit  à  vingt  ans,  perché  sur  une  mau- 
vaise échelle  de  badigeonneur ,  son  Calvaire ,  qui  orne 
actuellement  l'église  de  Manchester.  L'année  suivante,  il 
exposa  à  Gand  son  Saint-Dominique ,  qui,  par  un  heureux 
mélange  de  coloris,  s'approchait  du  Murillo  et  du  Van  Dyck. 
Enfin,  moins  d'un  an  après,  apparut  au  salon  de  Bruxelles 
la  Journée  des-  Ej)erons. 

Avant  de  commencer  l'examen  de  la  nouvelle  page  de 
De  Keyser,  j'éprouve  le  besoin  de  déclarer  hautement  que, 
simple  amateur,  je  n'appartiens  à  aucune  école,  que  je 
raconte  mes  propres  impressions,  sans  aucun  esprit  de 
système,  et  que  j'ai  des  éloges  pour  toutes  les  productions 
artistiques  qui  retracent  la  nature  et  parlent  à  mon  cœur  et 
à  mon  esprit.  A  moi,  Van  Brée,  Wappers,  De  Keyser,  Navez, 
Gallait,Kremer,  De  Braekeleer,  Geirnaert,Leys,Van  Rooyî 
Quoiqu'avec  diverses  nuances  de  talent,  vous  avez  tous  droit 
aux  applaudissements  de  vos  concitoyens  et  aux  couronnes 
que  distribue  la  patrie  aux  artistes  qui  relèverit  sa  gloire. 
11  y  a  place  pour  vous  tous  sous  le  soleil  de  la  Belgique,  sous 
ce  soleil  qui,  au  XVI.e  et  au  XVII.e  siècle ,  a  fait  éclore  tant 
d'artistes  et  de  savants  dans  tous  les  genres.  Eh  quoi!  quand 
un  nouvel  astre  vient  à  briller,  ne  pourrions-nous  pas  élever 
nos  regards  vers  lui,  sans  tourner  le  dos  à  ceux  qui  l'ont 
devancé?  Non,  non,  ce  n'est  pas  chez  nous  qu'on  renverse, 
pour  en  placer  une  autre,  la  statue  que  nqs  mains  ont 
érigée  la  veille  sur  le  piédestal.  Resserrée  entre  des  limites 
étroites,  la  Belgique  doit  être  fière  de  tous  ceux  de  ses  en- 
fants qui  l'honorent  par  les  dons  du  génie.  Et  quel  autre 
pays ,  eu  égard  à  sa  population ,  peut  se  glorifier  d'avoir 
produit  autant  d'artistes  remarquables?  Ce  serait  un  bien 
beau  livre  à  faire  que  celui  qui  comprendrait  la  bio- 
graphie de  tous  nos  peintres,  sculpteurs,  musiciens,  archi- 
tectes, statuaires  et  graveurs. 


(  3  ) 

Accusé  de  n'être  qu'un  serviie  imitateur  de  Rubens  cl 
de  Van  Dvck,  les  seuls  maîtres  sur  lesquels  il  avait  pu  se 
former,  les  seuls  qu'il  avait  connus,  De  Keyser  voulut  ré- 
pondre à  ses  détracteurs  d'une  manière  victorieuse.  Amant 
passionné  de  la  vieille  gloire  de  nos  aïeux,  il  chercha 
dans  leurs  annales  un  fait  d'armes  célèbre,  et  l'un  des  moins 
connus  peut-être,  un  exploit  qui  n'eût  jamais  été  traité,  où 
tout  fût  neuf,  costumes,  mœurs,  armures.  Et  il  choisit  la 
Journée  des  Éperons,  et  en  une  seule  nuit,  sa  composition 
fut  arrêtée ,  et  environ  huit  mois  après  elle  était  terminée. 
La  Journée  des  Éperons  est  sans  contestation  le  plus 
glorieux  exploit  militaire  de  noire  histoire. 

De  Keyser  a  emprunté  la  pensée-mère  de  sa  composition 
au  passage  suivant  de  la  Notice  sur  la  bataille  de  Cour  tr  ai, 
insérée  dans  notre  Messager  des  Sciences  et  des  Arts , 
année  1834,  page  317  : 

«  Il  était  neuf  heures  du  matin ,  quand  le  comte  d'Àr- 
»tois,  transporté  de  désespoir  et  de  rage,  en  apprenant  la 
»  défaite  des  siens,  vint  lui-même  attaquer  les  Flamands 
»  avec  son  corps,  qui  formait  l'élite  de  son  armée.  Un  che- 
»valier  champenois  de  sa  suite  l'avertit  que  le  ruisseau 
»  était  déjà  rempli  de  morts  en  plusieurs  endroits.  Mais  il 
»  n'y  fit  point  attention,  donna  de  l'éperon  à  son  coursier, 
»et  s'élança  sur  l'autre  bord,  suivi  de  tout  son  monde. 
»  Gui  reconnaît  ses  armes  et  sa  bannière ,  il  accourt  à  sa 
«rencontre,  et  le  carnage  recommence  avec  un  nouvel 
»  acharnement.  Quelques  Gantois  et  ceux  de  Bruges  ren- 
»  versèrent  tout  ce  qui  s'offrit  à  leurs  coups.  Le  comte 
»  d'Artois  poussa  son  impétueux  coursier  jusqu'auprès  de 
»  l'étendard  de  Flandre,  il  le  saisit  par  la  hampe,  et  malgré 
»  les  coups  de  massue  et  de  hache  qui  pieuvaient  sur  lui , 
»  il  en  déchira  un  lambeau.  Dans  cette  lutte ,  il  perdit , 
«malheureusement  pour  lui,  un  étrier.  Il  n'en  continua 
d  pas   moins   à   se   défendre   bravement,  jusqu'à   ce  que 


(  4  ) 

«Guillaume  Van  Saeftingèn,  IVèrc-lai  dé  l'abbaye  de  Ter 

»Doest.  dans  le  Franc-Nord  de  Bruges,  qui,  entraîné  par 

«son  brûlant  patriotisme,  vint  avec  un  Carme  du  même 

«endroit  prendre  part  à  la  bataille,  lui  porta  un  coup  si 

»  violent,  qu'il  le  renversa  en  même  temps  que  son  cheval. 

«Le  prince  fut  alors  de  toutes  parts  assailli  de  blessures 

«avec   tant  de  fureur,   qu'il  fut  obligé  de    s'écrier  qu'il 

»  était  le  comte  d'Artois  et  de  demander  s'il  n'y  avait  pas 

»  là  un  noble  auquel  il  pût  rendre  son  épéc.  On  lui  ré- 

»  pondit  en  flamand  qu'on  n'entendait  pas  sa  langue   et 

»  qu'au  reste  on  ne  faisait  pas  de  prisonniers.  Il  fut  achevé 

«à  ces  mots.  Un  boucher  de  Bruges,  qui  lui  avait  déjà 

«abattu  le  bras  d'un  seul  coup,  lui  coupa  la  langue  qui 

«lui   sortait  de  la  bouche,  et  offrit,  après  la  bataille,  ce 

»  dégoûtant  trophée  à  Jean  Van  der  Marct.  Le  comte  d'Eu 

»  et  nombre  d'autres  grands  de  France  perdirent  aussi  la 

«vie  en  cet  endroit,  tandis  que  partout  ailleurs  l'on  se 

«battait   encore    avec    acharnement,   mais    toujours  au 

«  désavantage  des  ennemis.  Le  chevalier  Husron  Butterman, 

«d'Arckel,  se  distingua  au-dessus  de   tous   les  autres    et 

»  rapporta  l'étendard  français,  comme  il  l'avait  juré  avant 

«la  bataille  aux  généraux  flamands;  mais  il  fut  si  griève- 

»  ment  blessé ,  qu'il  en  mourut  peu  de  temps  après.  » 

S'il  est  impossible  aux  plus  grands  peintres  de  nos  jours 
d'indiquer  d'une  manière  précise  les  diverses  dispositions, 
les  différentes  masses  de  deux  armées  ennemies  dans  les 
batailles  modernes,  à  une  époque  où  la  lactique  militaire 
et  la  discipline  sont  parvenues  si  loin ,  à  plus  forte  raison 
l'artiste  éprouve-t-il  des  difficultés  insurmontables  s'il  a  à 
retracer  les  batailles  d'un  âge  où  la  force  physique  dé- 
cidait du  sort  des  empires,  où  tout  le  talent  du  chef  comme 
du  soldat  consistait  à  porter  les  plus  terribles  coups  de 
massues  hérissées  de  fer,  de  longues  épées  ou  de  lances 
lelîemerfl  pesantes  qu'elles  fatigueraient   le  bras  de  nos 


(3) 

plus  robustes  cavaliers.  Aussi  les  peintres  élans  l'impossi- 
bilité de  représenter ,  même  sur  la  plus  vaste  toile ,  le  choc 
de  grandes  masses  qui  se  heurtent ,  empruntent-ils  d'or- 
dinaire un  épisode  intéressant,  qu'une  pensée  un  peu  in- 
telligente rattache  aussitôt  au  sujet  principal. 

Notre  artiste  n'avait  donc  pas  à  peindre  le  choc  de  deux 
masses  ennemies  d'environ  100.000  hommes,  et  formant 
d'un  côté  l'armée  la  plus  belle,  la  plus  valeureuse ,  la  plus 
régulière  qu'on  eût  vue  jusqu'alors,  de  l'autre  une  armée 
de  citoyens  combattant  pour  ce  que  l'homme  a  de  plus 
cher  au  monde,  sa  patrie   et  son  honnenr.  Les  Français 
venaient  redemander  compte  aux  Flamands  des   Vêpres 
siciliemws  de  Bruges,  et  ceux-ci  à  leur  tour  brûlaient  de 
tirer  vengeance  de  l'oppression  étrangère,  du  ravage  de 
leur  malheureux  pays,  et  de  l'injuste  détention  de  leur 
prince  et  de  leurs  plus  nobles  seigneurs.  Deux  autres  sen- 
timents opposés  étaient  en  outre  en  présence  avec  toute 
leur  animosité*:  les  premiers  venaient  imposer  de  nouveau 
en  Flandre  l'omnipotence    de    l'aristocratie   féodale  ;   les 
seconds  allaient  combattre  pour  l'établissement   complet 
de  leurs  libertés  communales,  qui  furent  dans  celte  pro- 
vince plus  vivaces  et  plus  remuantes  que  partout  ailleurs. 
Ne  pouvant  donc  renfermer  dans  sa  toile  ce  grand  duel 
de  nation  à  nation,  ce  duel  à  mort  entre  deux   princi- 
pes politiques  ,  M.  De  Keyser  a  emprunte   à  la  Journée 
des  Eperons  son  épisode  le  plus  remarquable,  celui  qui 
décidait  d'une  manière  caractérisée  la  victoire  de  la  liberté 
et  de  l'indépendance  de  la  Flandre,  contre  l'aristocratie 
française.    Son    sujet    principal,   le    groupe    sur    lequel 
s'attacheront  tous  les  regards ,  sera  donc  la  mort  du  géné- 
ral en  chef  des  ennemis,  celle  du  comte  d'Artois.  Voyez,  ce 
guerrier  si  valeureux,  et  si  implacable,  est  déjà  renversé 
à  terre,  ainsi  que  son  noble  coursier  :  c'est  la  terrible 
massue  de  Guillaume  De  Sacftiiigen  qui  d'un  seul  coup  les 


(  6) 

a  abattu  l'un  et  l'autre  :  chacun  se  dispute  l'honneur 
d'achever  celui  qu'on  regarde  comme  la  cause  de  tous  les 
malheurs  qui  accablent  le  pays  et  menacent  d'anéantir  le 
nom  flamand.  L'un  des  membres  de  la  corporation  des 
bouchers  de  Bruges  aura  ce  triste  honneur:  il  a  déjà 
appuyé  son  genou  sur  la  poitrime  de  la  victime,  et  sa 
hache  va  donner  le  trépas.  Autour  de  lui ,  tous  les  guerriers 
respirent  les  mêmes  sentiments  de  vengeance  et  de  mort. 
On  n'aperçoit  que  des  armes  sanglantes  et  levées  :  partout 
l'image  de  la  destruction  des  vaincus  et  l'odeur  du  sang. 
Grand  Dieu  !  qu'un  peuple  est  terrible  et  sanguinaire  quand 
il  se  lève  tout  entier ,  comme  un  seul  homme ,  pour  punir 
ses  oppresseurs!  Quel  épouvanble  spectacle,  quelle  cruelle 
alternative  que  celle-là,  de  tuer  pour  ne  point  être  tué! 
car  ne  nous  y  trompons  pas  :  c'est  un  duel  à  mort  qui  vient 
de  s'engager.  Le  comte  Robert ,  en  portant  la  flamme  et  le 
fer  dans  toute  la  Flandre  gallicane,  avait  déjà  fait  connaître 
aux  Flamands  ce  qu'il  leur  réserve,  s'il  est  vainqueur. 
C'étaient  malheureusement  là  les  mœurs  de  l'époque,  non 
seulement  chez  nous  et  en  France ,  mais  encore  dans  tout 
le  reste  de  l'Europe.  C'est  toujours  le  vœ  victis!  le  malheur 
aux  vaincus!  du  farouche  Brennus. 

Tout,  autour  du  groupe  principal,  indique  clairement 
pour  le  spectateur ,  quelque  peu  au  courant  qu'il  soit  de  l'his- 
toire et  de  la  connaissance  des  armoiries,  que  cet  épisode  ap- 
partient bien  à  la  bataille  de  Courtrai.  Ce  fossé  historique 
rempli  de  cadavres,  ces  armoiries  des  vainqueurs  et  des 
vaincus,  ce  noble  prince  immolé  par  un  homme  farouche 
qui  ne  peut  être  qu'un  boucher ,  ces  redoutables  bour- 
geois qui  ont  conservé  chacun  F  habillement  de  leurs  corps 
et  métiers  de  Flandre ,  et  armés  de  ces  terribles  massues  si 
souventcitéesdans  nos  annales ,  ce  brouillard  léger  et  vitreux 
répandu  sur  cette  scène  de  carnage ,  brouillard  dont  tous 
les  historiens  font  mention  et  qui  n'a  pas  permis  au  peintre 


(  7  ) 

de  jeter  plus  do  lumière  sur  certaine  partie  de  son  tableau, 
ce  clocher  de  Courtrai  taillé  à  jour  et  si  gracieux,  le  même 
qui  vit  la  glorieuse  Journée  des  Eperons,  enfin  ces  esca- 
drons fuyant  dans  la  direction  de  Tournai,  tous  ces  détails 
rendus  avec  une  sévère  fidélité  historique  ne  laissent  dans 
l'esprjt  aucun  vague  sur  la  pensée  de  l'artiste. 

Nous  croyons  avoir  démontré  que  De  Keyser  ne  pouvait 
et  ne  devait,  pour  être  fidèle  à  l'histoire,  et  atteindre  le 
but  qu'il  s'était  proposé ,  représenter  qu'une  scène  de  car- 
nage, animée  par  des  représailles  cruelles,  mais  bien 
légitimes  et  dans  les  mœurs  du  temps.  Nous  ne  concevons 
pas  comment  on  ait  pu  faire  à  De  Keyser  un  reproche  de 
sa  fidélité,  premier  mérite  de  la  peinture  historique.  Assuré- 
ment ,  il  ne  sentait  pas  battre  dans  sa  poitrine  un  cœur 
flamand,  cet  écrivain  qui  appelle  bourreaux ,  meute  altérée 
de  sang,  des  hommes  généreux  qui,  sur  le  sol  natal, 
défendent  leur  patrie,  leurs  autels,  l'honneur  de  leurs 
vieillards,  contre  une  agression  étrangère,  injuste  et  sans 
miséricorde. 

La  composition  de  De  Keyser  glace  d'effroi  au  premier 
abord.  Ce  n'est  pas  un  tableau  :  vous  êtes  transporté  tout 
à  coup  au  milieu  de  la  plus  affreuse  mêlée,  vous  sentez 
l'odeur  du  sang,  vous  entendez  le  bruit  sourd  des  coups 
de  massues,  le.s  plaintes  des  mourants  et  les  imprécations 
inexorables  des  vainqueurs  :  le  cœur  se  serre,  se  révolte, 
en  voyant  ainsi  l'homme  détruire  son  semblable.  Mais 
quand  au  bout  d'une  demi-heure,  vous  revenez  d'une 
première  impression,  quand  vous  pensez  au  peintre, 
quand  vous  vous  rappelez  que  vous  êtes  devant  une  toile, 
et  quand  vous  vous  rendez  compte  des  sentiments  qui 
doivent  animer  la  vengeance  des  Flamands ,  soit  que  vous 
éludiez  chaque  personnage  en  particulier ,  soit  que  votre 
pensée  embrasse  toute  la  magique  conception  de  l'artiste, 
c'est  alors  que  la  terreur  fait  place  à  l'admiration  la  plus 


(8) 

méritée.  Nous  avons  déjà  parlé  de  la  noblesse  des  traits  du 
comte  Robert,  qui  demande,  mais  en  vain,  un  chevalier 
auquel  il  puisse  remettre  son  épée.  Avez-vous  remarqué 
la  hardiesse  de  dessin  de  son  coursier  renversé  comme  lui , 
et  qui  s'efforce  de  se  relever  ?  Nous  ne  parlerons  pas  de  la 
physionnomie  féroce  du  boucher  qui  achève  le  prince 
français  :  c'est  un  type  admirable  en  son  genre,  et  nous  ne 
concevrions  pas  qu'un  jeune  homme  de  mœurs  aussi  douces 
que  M.  De  Keyser  eût  pu  en  créer  de  semblables ,  si  nous  ne 
nous  rappelions  que  le  sensible  et  tendre  Racine  a  écrit  les 
vers  suivants  :  ■ 

Mais  je  n'ai  plus  trouve  qu'un  horrible  mélange, 
De  chair  et  d'os  meurtris  et  traînes  dans  la  fange  : 
Des  lambeaux  pleins  de  sang  et  des  membres  affreux 
Que  des  chiens  dévorants  se  déchiraient  eutr'eux. 

Voulez-vous  vous  faire  une  idée  de  la  flexibilité  du  talent 
du  jeune  artiste  d'Anvers?  Voyez,  je  ne  sais  plus  dans  quel 
petit  village  de  la  Campine,  sa  Vierge  donnant  le  rosaire 
à  St-Dominiquc  ■  vous  direz  en  contemplant  cette  ligure, 
si  suave,  si  divine,  que  c'est  bien  la  mère  des  anges,  et 
vous  admirerez  la  richesse  d'imagination  du  peintre. 

Quelle  physionomie  satanique ,  d'autre  part ,  que  celle 
du  frère  lai  de  Ter  Doesl  contemplant  sa  victime  tombée  à 
ses  pieds.  Ce  sont  bien  là  les  traits  d'un  homme  impitoya- 
ble qui  pendant  la  bataille  avait  assommé  plus  de  40  che- 
valiers ennemis,  et  qui,  rentré  dans  son  couvent,  tue  son 
prieur  et  blesse  mortellement  son  abbé,  soutient  seul  un 
siège  dans  le  clocher  de  Lissewege,  et  finit  par  se  sauver 
en  Turquie  où  il  renie,  dit-on,  son  Dieu. 

11  est  à  regretter  que  le  peintre  n'ait  pu  faire  figurer 
dans  son  tableau  les'deux  libérateurs  de  la  Flandre,  Pierre 
De  Coninck  et  Breydel,  qui  se  trouvaient,  lors  de  la  mort 
du  comte,  dans  une  autre  direction  du  champ  de  bataille: 
il  eut  violé  d'une  manière  flagrante  la  vérité  historique. 


(  9  ) 

Il  a  préféré  suivre  pas  à  pas  les  traditions  écrites,  et  nous 
devons  lui  en  savoir  gré,  à  une  époque  où  l'on  ne  se  fait 
pas  le  mondre  scrupule  de  défigurer  si  souvent  l'histoire. 

Cette  vieille  hideuse,  qui  s'appuie  sur  Guillaume  de 
Sacftingen  et  semble  le  montrer  comme  le  sauveur  de  la 
patrie,  est  encore  un  de  ces  types  bien  remarquables  et 
tels  qu'on  en  retrouve  seulement  dans  Walter  Scott. 
Le  sang  français  n'est  pas  le  seul  qui  rougisse  la  plaine  de 
Groeningue.  A  droite,  deux  archers  flamands  rapportent 
dans  leurs  bras  ce  seigneur  d'Arckel,  enveloppé  dans  le 
drapeau  français  qu'il  a  conquis  :  il  est  blessé  mortelle- 
ment ;  mais  il  veut ,  avant  de  rendre  le  dernier  soupir ,  jouir 
de  l'agonie  de  son  ennemi.  A  côté  de  lui,  accourt,  monté 
sur  son  coursier,  le  comte  Jean  de  Namur,  suivi  de  sa 
bannière  :  car  si,  dans  cette  journée  fameuse,  la  grande 
gloire  revint  à  la  bourgeoisie  des  communes  flamandes,  ce 
serait  une  grande  erreur  de  croire  que  la  noblesse  de  notre 
pays  n'y  ait  pris  qu'une  légère  part.  La  notice  citée  au 
commencement  de  cet  article ,  prouve ,  par  une  foule  de 
noms,  que  les  nobles  flamands  firent  cause  commune  avec 
la  bourgeoisie;  bien  que  plus  de  cinquante  d'entre  eux, 
appartenant  aux  plus  nobles  familles  du  pays,  furent  pri- 
sonniers en  France  avec  le  vieux  comte  Gui. 

Dans  le  fond,  des  escadrons  qui  fuient  rattachent  à  une 
grande  défaite  l'épisode  décisif  de  la  mort  du  comte 
Robert  d'Artois. 

A  droite ,  accourt  une  foule  confuse  qui  peu  d'heures  au- 
paravant avait  été  refoulée  jusqu'au  bord  de  la  Lys.  Quelle 
étonnante  diversité  dans  les  airs  de  tête  de  ces  soldats  ci- 
toyens, de  ces  vieux  bourgeois  si  redoutables  dont  De  Key se  r 
a  ressuscité  le  type  avec  une  étonnante  puissance  d'imagi- 
nation !  Quelle  expression  dans  les  traits  de  ces  plébéiens 
se  pressant  autour  de  ce  guerrier  qui  agite  la  bannière  de 
Guillaume  de  Juliers,  sur  laquelle  se  lit  le  cri  de  guerre 
des  Flamands  :  Vlaenderen  den  Leeuw  !  2 


(  io  ) 

S'il  est  un  tableau  dans  lequel  toutes  les  règles  de  l'unité 
d'action  aient  été  religeusement  observées,  c'est  certes 
celui  dont  nous  nous  occupons.  Partout  se  présente  l'image 
de  la  guerre  et  de  la  vengeance.  Deux  pensées  de  l'artiste 
viennent  toutefois  adoucir  la  terreur  qu'inspire  cette 
boucherie.  L'une  représente  le  vieux  moine,  dont  le  per- 
sonnage est  historique  :  ce  ministre  d'une  religion  qui  a 
le  sang  en  horreur,  supplie  Guillaume  de  Saeftingen 
d'épargner  l'illustre  victime  qui  est  à  ses  pieds;  l'autre  est 
une  jeune  et  belle  femme  qui  n'a  pas  craint  d'affronter 
le  fer  et  les  traits  pour  retrouver  le  corps  de  son  mari.  Un 
chien,  l'ami  fidèle  de  l'homme,  lèche  Ja  main  de  son 
maître  et  complète  cet  épisode  attendrissant.  Quoique  le 
sujet  n'en  soit  pas  neuf,  nous  devons  cependant  savoir  gré 
à  M.  De  Keyser  de  l'avoir  introduit  dans  sa  composition , 
pour  laisser  respirer  l'âme  du  spectateur.  Pourquoi  refuse- 
rions-nous à  cet  artiste,  ce  que  dans  des  positions  à  peu 
près  analogues,  on  a  approuvé  dans  Matthieu  Van  Bréer 
dans  Odevaere  et  dans  Wappers?  Si  nous  jetons  un  coup- 
d'œil  sur  l'ensemble  de  la  composition,  nous  remarque- 
rons que  tous  ces  guerriers  semblent  se  mouvoir  avec 
facilité,  au  milieu  de  cette  mêlée  épouvantable,  et  que  le 
peintre  a  su  habilement  éviter  la  confusion.  On  a  reproché 
à  l'artiste  d'avoir  enveloppé  d'un  brouillard  diaphane  le 
second  et  le  troisième  plan  de  son  tableau  :  on  a  eu  tort  ; 
on  aurait  dû  au  contraire  le  féliciter  d'avoir  conservé 
cette  circonstance  historique,  dont  il  est  parlé  à  deux 
reprises  dans  la  narration ,  et  loin  de  donner  à  son  tableau 
une  teinte  plus  claire,  M.  De  Keyser,  du  moins  c'est  notre 
avis,  eût  peut-être  mieux  fait  d'étendre  légèrement  le 
brouillard  jusqu'au  premier  plan.  Il  eût  évité  par  là  des 
reflets  delumière  qui,  dans  certaines  parties  de  son  groupe 
principal,  semblent  viser  trop  à  l'effet.  Au  reste,  celte 
admirable  vigueur  de  coloris,  cette  richesse   de  palette. 


(  il  ) 

cette  exubérance  de  jeunesse,  sont  un  défaut  pardonnable, 
que  l'on  a  à  reprocher  à  bien  peu  de  peintres,  et  que  l 'âge 
et  l'étude  sauront  tempérer. 

Sous  le  rapport  du  dessin  nous  n'avons  que  des  éloges  à 
donner  à  l'artiste.  Car  quel  est  celui  qui  aurait  le  courage, 
en  contemplant  un  riche  et  moelleux  tissu  de  Cachemire , 
d'y  remarquer  une  ou  deux  légères  imperfections?  Etudiez 
les  nombreux  racourcis  que  le  peintre  semble  avoir  pris 
plaisir  à  rechercher  ;  voyez  avec  quelle  vérité ,  avec  quelle 
facilité  de  pinceau ,  il  les  a  rendus ,  et  vous  avouerez  que 
s'il  s'est  créé  des  difficultés ,  il  a  su  les  vaincre  avec  un  rare 
bonheur.  La  main  gauche  de  la  jeune  femme  éplorée  est 
un  modèle  en  ce  genre. 

On  a  déjà  dit  que  M.  De  Keyser  avait  su  conserver  à  sa 
composition  les  mœurs  et  le  caractère  de  l'époque  :  mais 
ce  qu'on  n'a  pas  encore  remarqué ,  c'est  la  fidélité  histo- 
rique qu'il  a  mise  dans  la  représentation  des  costumes,  des 
armes  offensives  et  défensives  du  poème  terrible  et  sanglant 
qu'il  a  écrit  avec  son  pinceau.  Pour  arriver  à  cette  con- 
naissance archéologique  du  moyen-âge,  cet  artiste,  si 
jeune  encore,  a  dû  feuilleter  plus  d'un  manuscrit  de  la 
bibliothèque  de  Bourgogne ,  parcourir  plus  d'une  collec- 
tion particulière  à  Anvers,  à  Gand,  à  Courtrai ,  et  consulter 
les  armures  du  Musée  de  Bruxelles.  Car  l'archéologue  vous 
dira  que  ces  casques,  ces  hallebardes,  ces  masses  d'armes, 
ces  cottes  de  maille,  ces  éperons  mêmes  qui  ont  donné 
leur  nom  à  la  bataille,  etc.,  appartiennent  à  l'époque 
représentée  par  l'artiste  ;  nous  dirons  la  même  chose  de  ces 
étendards  et  de  ces  armoiries  qui  jouent  un  si  grand  rôle 
dans  nos  anciennes  batailles. 

Nous  croyons  rendre  la  pensée  de  la  plupart  de  ceux 
qui  ont  visité  notre  salon,  en  répétant  hautement  que 
De  Keyser  par  sa  Journée  des  Eperons  vient  de  se  mettre 
sur  la  première   ligne  de  nos  peintres  d'histoire.   Quel 


(  12  ) 

avenir  pour  cet  intéressant  jeune  homme,  si  bon,  si  modeste, 
s'il  continue  à  travailler  dans  la  retraite,  à  étudier  encore 
nos  grands  maîtres  ainsi  que  ceux  d'Italie,  et  à  acquérir 
ce  talent  complet  qui  a  donné  l'immortalité  à  leurs 
ouvrages. 

Telle  est  la  description  rapide  de  ce  tableau  si  remar- 
quable, conçu,  étudié,  exécuté  en  moins  de  huit  mois  par 
un  jeune  homme  à  peine  âgé  de  vingt-trois  ans.  L'histoire 
de  l'art,  dans  aucun  pays ,  n'a  encore  rien  présenté  d'aussi 
extraordinaire. 

L'Exposition  de  Bruxelles  est  terminée,  et  la  grande 
page  deDeKeyser,  ce  chef-d'œuvre  de  l'école  flamande  mo- 
derne, appelé  à  rehausser  en  même  temps  notre  vieille 
gloire  militaire,  tant  négligée  par  nos  écrivains,  va  passer 
en  Angleterre.  Nous  ne  doutons  pas  qu'elle  n'y  soit  ac- 
cueillie avec  plus  d'enthousiasme  encore  que  n'y  a  été  reçu 
le  Calcaire.  On  se  rappelle  que  la  Journée  des  Eperons  a 
été  achetée  25.000  l'r. ,  lorsque  seulement  trois  têtes  du 
tableau  étaient  à  peine  achevées. 

A.  Voisin. 


(  13  ) 


ïiefcMtion  it  3euntbergen, 

A  PHILIPPE  LE  BON ,  DUC  DE  BOURGOGNE. 


Des  événements  qui  devaient  bientôt  étendre  les  limites 
de  la  Belgique,  et  agrandir  ainsi  les  domaines  de  la  maison 
de  Bourgogne,  se  succédèrent  insensiblement  au  commen- 
cement de  l'an  1425.  Jean  IV,  duc  de  Brabant,  avait 
conçu  de  l'aversion  pour  son  épouse ,  Jacqueline  de  Ba- 
vière, et  l'avait  forcée  de  se  rendre  au  Quesnoy.  Philippe, 
comte  de  Saint-Pol  et  frère  du  duc,  fit  des  efforts  inutiles 
pour  rapprocher  les  deux  époux.  Le  duc  Jean  refusa  de  se 
rendre  à  l'assemblée  générale  convoquée  à  Vilvorde  pour 
mettre  un  terme  à  leurs  démêlés.  Il  se  présenta  entretemps 
devant  Bruxelles  avec  une  armée  composée  de  troupes 
allemandes,  et  il  obtint  la  suppression  de  la  régence 
conférée  au  comte  de  Saint-Pol.  Vers  la  fin  de  la  même 
année,  et  au  milieu  de  l'hiver,  Philippe  le  Bon,  duc  de 
Bourgogne,  forma  le  projet  de  porter  de  nouveau  la 
guerre  en  Hollande.  Il  se  mit  en  marche  avec  une  bonne 
partie  de  soldats  flamands  et  artésiens ,  la  plupart  archers; 
mais  au  lieu  de  continuer  sa  route,  il  assiégea  la  petite 
ville  de  Zevenbergen,  dans  le  Brabant  septentrional,  à 
deux  lieues  nord-ouest  de  Breda.  Plusieurs  escarmouches 
eurent  lieu  entre  les  assaillants  et  la  garnison,  commandée 
par  Gérard  van  Stryen,  seigneur  de  Zevenbergen  :  messire 


(  14  ) 

Thierri  Gherbode  et  le  bâtard  de  Maldeghem  furent  tués 
dans  une  rencontre.  Enfin,  cette  ville,  d'ailleurs  pressée 
par  la  famine,  était  tellement  cernée ,  qu'il  ne  lui  restait 
aucun  espoir  d'être  secourue  par  les  troupes  de  la  comtesse 
Jacqueline,  à  qui  elle  était  restée  fidèle.  Il  n'y  avait  donc 
pas  d'autre  parti  à  prendre  au  seigneur  de  Zevenbergen , 
contre  lequel  les  habitants  s'étaient  soulevés,  et  que  le 
duc  de  Bourgogne  tâchait  vainement  d'attirer  de  son  côté, 
que  de  se  rendre  à  la  merci  du  duc,  ce  qui  eut  lieu  par 
suite  du  traité  conclu  entre  les  parties. 

Le  plus  grand  nombre  des  auteurs  que  nous  avons  con- 
sultés, ayant  passé  sous  silence  cet  événement  dont  le  récit 
intéressant  se  trouve  dans  un  manuscrit  que  nous  avons 
publié  en  1835  (1),  et  qui  contient  aussi  le  traité  dont  nous 
venons  de  parler;  et  ce  que  nous  lisons  à  ce  sujet  dans  la 
chronique  de  Flandre,  ne  suffisant  pas  pour  nous  mettre 
au  fait  des  suites  du  siège  de  Zevenbergen,  qui  a  duré 
trois  mois;  enfin,  aucun  écrivain  ne  nous  ayant  donné 
en  entier  le  texte  de  ce  traité,  nous  avons  cru  qu'il  ne 
serait  pas  inutile  de  le  publier  tel  qu'il  est  consigné  dans 
le  manuscrit,  Il  ne  porte  point  de  date ,  mais  il  paraît 
avoir  été  signé  au  mois  d'avril  1426;  il  est  ainsi  conçu  : 

Traictie  fait  sur  la  rendicion  des  ville  chasteel  terre  et 
seignourie  de  Zevenherghe. 

Premiers  le  seigneur  de  Zevenherghe  a  transporte  et 
livre  es  mains  de  monss.T  le  duc  de  Bourgoigne  les  villes 
fortresse  terre  subgez  et  seignourie  de  Zevenherghe  des- 
susdiz  et  délivre  en  ses  mains  les  clefz  desd.  ville  et 
chastel. 


(i)  Sous  ce  tilre  traduit  :  Événements  remarquables,  surtout  eu 
Flandre  et  Brabant,  ainsi  que  dans  les  pays  limitropbes,  de  1877  à 
i4P  (d'Olivier  Van  Dixmude,  auteur  contemporain  de  l'événement 
que  nous  rapportons) ,  iu-4.0 


(  15  ) 

Item  que  led.  seigneur  de  Zevenbergheet  tous  les  gentil z 
hommes  qui  avec  lui  ont  este  en  lad.e  ville  se  sont  rendus 
es  mains  de  mon  dit  S.T  a  sa  volonté  sauvez  leurs  vies  et 
tendront  prison  a  Lille  en  telles  hostelleries  une  ou  plusieurs 
que  on  leur  ordonnera. 

Item  ont  les  seigneur  de  Zevenherghc  etgentilz  hommes 
dessusdiz  et  aussi  les  autres  estraingniers  délivre  es  mains 
de  mond.  S.T  tous  les  canons,  pouldres,  pierres,  arcs,  arba- 
lestres,  traiz,  barges  et  autres  nefs  et  apparaux  de  guerre 
avec  ce  qui  y  appartient. 

Item  lesd.  estraingniers  assavoir  les  jietits  co?npaigno?is 
estans  en  lad.  ville  se  pourront  partir  en  faisant  ung  an- 
chien  ornede ,  tel  qui  est  accoustume  qui  est  a  entendre 
quilz  feront  serment  de  jamais  eulx  armer  ne  faire  aucune 
chose  contre  mond.  S.r  ses  pays  terres  seignouries  et  subgez, 
ne  de  ceulx  quil  a  ou  aura  en  gouvenlement. 

Item  que  tous  ceulx  qui  du  coste  de  mond.  S.r  sont  pri- 
sonniers audit  Zevenbcrg lie  ou  mains  et  puissance  daucuns 
des  dessusd.  seront  franchement  mis  au  délivre. 

Item  que  les  bourgeois  manans  et  habitans  de  Zeven- 
berghe  recepvront  et  feront  serment  a  mon  dit  seigneur 
comme  a  leur  droiturier  seigneur  et  parmi  ce  mot  avant 
dit  S.r  leur  quittera  et  pardonnera  tout  ce  quilz  puent 
avoir  maiffait  envers  lui  et  les  pays  et  subgez  de  Hollande 
et  de  Zelandc. 

Aussitôt  que  ce  traité  eut  été  accepté  de  part  et  d'autre, 
Zevenbergen  fut  remise  au  duc  qui  y  fit  son  entrée  et  fut 
reconnu  comme  seigneur  du  lieu,  après  que  celui  qu'il 
venait  de  subjuguer  lui  eut  adressé  la  parole  en  ces  termes, 
qui  nous  traduisons  du  flamand. 

Haut  et  puissant  seigneur!  je  me  suis  comporté  en  en- 
nemi de  vous  et  de  vos  jirovinces  et  sujets.  Je  sollicite  donc 
votre  grâce  et  me  rends  prisonnier.  Je  mets  en  vos  mains 
mes  ville ,  château ,  terre ,  seigneurie  et  sujets  de  Zeven- 


(  16) 

bcrghe  avec  tout  ce  qui  en  dépend,  sauf  ma  vie,  et  je  vous 
supplie  instamment  de  me  pardonner  et  d'accorder  la  même 
faveur  aux  chevaliers  et  aux  gens  qui  étaient  de  mon 
parti  et  qui  se  rendent  à  leurs  prisons  en  attendant  leur 
pardon  (1). 

Voici,  au  surplus,  les  noms  des  chevaliers  qui  ont  été 
faits  prisonniers  à  Zevenbergen  :1e  seigneur  du  lieu,  messire 
Florent  de  Haemstede  ;  le  seigneur  de  Gruninghe  ;  messire 
Jean  d'Ostende  et  quinze  ou  seize  gentilhommes  qui  étaient 
avec  eux  et  parmi  lesquels  se  trouvaient  Jean  de  Haemstede, 
Thieri  de  Zandvorst  et  Pierre  van  Roclant  (2).  Gérard 
van  Stryen  et  messire  Jean  d'Ostende  restèrent  enfermés 
au  château  de  Lille,  jusqu'après  la  mort  de  la  comtesse 
Jacqueline,  arrivée  en  1436. 

Lambin. 


(i)  Pour  plus  grande  intelligence,  nous  transcrivons  ici  ce  discours  tel 
qu'il  se  trouve  consigné  dans  le  manuscrit  : 

Hogheboren  vorst  ghenadich  heere  ic  hebbe  ghebruct  jeghen  wven 
ghenaden  landen  ende  onderzaten  waerom  ic  u  le  ghenaden  comme 
ende  gheven  u  over  my  zelven  ghevanghen  voort  drughe  u  ende  livre 
over  uwer ghenaden  myne  steide  slot  land  heerlichede  ende  onderzaten 
van  Zevenberghe  met  al  datler  torbehoort  behouden  myn  lyf,  ende 
bidde  omoedelike  uwen  ghenaden  dat  vergheven  willen  my  ende  den 
riddren  ende  knechten  die  met  my  gheiviest  hebben  ende  in  vanghe- 
nessen  trecken  ende  uive  ghenaden  toensivaert  keeren. 

(2)  Les  familles  de  Haemstede,  de  Cruninghe et  d'Oostende,  paraissent 
être  originaires  de  Dordreclit;  elles  y  étaient  établies  pendant  les  XIV.e 
et  XV.e  siècles.  Messire  Florent  de  Haemstede,  chevalier,  seigneur  de 
Haemstede  et  Moutigny,  vivant  en  1890,  épousa  la  fille  de  Jean,  seigneur 
de  Cruninglie,  et  Rasse  de  Haemstede,  chevalier,  tué  devant  Brouwers- 
haven,  en  i/pG,  s'allia  avec  dame  Agnès  d'Ostende.  Florent  de  Haem- 
stede, fds  de  Florent,  a  été  marié  avec  dame  Pauline  van  de  Werve. 
(Description  de  Dordrecht,  page  3Go).  Pierre  van  floelant  vivait  de  1^4 
à  1.^0.  (Halma,  théâtre,  I,  l58). 


(  17  ) 


IXottce 


SUK 


L'ETAT  DES  ECOLES  GRATUITES  DE  GAM), 


Dans  le  mois  d'octobre  1836,  M.  Thiersch,  conseiller  du 
roi  de  Bavière  et  professeur  à  l'université  de  Munich ,  re- 
venant d'un  voyage  qu'il  avait  fait  en  Europe ,  par  ordre 
de  son  souverain ,  pour  examiner  les  meilleures  méthodes 
d'enseignement,  et  l'état  de  l'instruction  en  chaque  pays, 
s'arrêta  quelques  jours  à  Gand,  visita  nos  établisse- 
ments, examina  tout  avec  le  plus  grand  soin,  j'ajouterai 
même  avec  un  vif  intérêt ,  et  prit  connaissance  de  l'orga- 
nisation complète  de  toutes  nos  écoles,  depuis  celles  de  la 
ville  et  des  Frères  de  feu  le  vénérable  Triest,  jusqu'à  notre 
université. 

On  a  réuni  à  cette  occasion,  pour  les  lui  communiquer, 
diverses  notes  sur  les  Ecoles  gratuites  de  Gand,  notes  qui 
ne  nous  semblent  pas  sans  intérêt.  Nous  en  devons  une 
bonne  partie  à  M.  Van  Nérum,  instituteur  en  chef  de 
l'Ecole  N.°  1 ,  au  Pakhuys ,  et  nous  aimons  à  en  témoigner 
ici  notre  reconnaissance  à  cet  estimable  professeur,  dont 

2 


(  18  ) 

les  connaissances  et  le  zèle  ont  tant  contribué  à  propager 
et  à  faire  fleurir,  à  Gand,  l'instruction  primaire. 

La  création  de  ces  écoles  date  de  1828;  on  y  admet  des 
enfants  de  tous  les  cultes  religieux  sans  distinction. 

Il  n'y  eût  d'abord,  à  Gand,  que  trois  écoles;  leur  nom- 
bre s'augmenta  depuis  jusqu'à  cinq,  et  aujourd'hui  on  en 
compte  huit.  Toutes  ces  écoles  ont  été  entièrement  réorga- 
nisées en  1832,  époque  à  laquelle  elles  furent  réunies  sous 
une  direction  particulière ,  et  confiées  à  des  maîtres  habiles. 
Elles  subsistent  au  moyen  de  subsides  accordés  par  la  ville. 

Le  tableau  suivant  suffira  pour  faire  connaître  l'état  de 
chaque  école  en  particulier  : 


-3 

o 
55 

DESTlSATtON  DE  CHAQUE  ÉCOLE. 

Popula- 
tion. 

Nombre 
de  maîtres 

ou 
maîtresses 

Montant 

des 
appointe- 
ments. 

Frais 
d'en- 
tretien. 

1 

2 
3 
4 
5 
6 

7 

8 

École  de  Garçons 

»                                           » 
»                                           » 

École  centrale  de  fran- 

École  centrale  de  fran- 

École  gardienne  pour  les 
Enfants  de  2  à  S  ans . . 

Totaux . . . 

844 
809 
526 
357 
521 

289 
524 

10 

10 

8 

5 

5 

6 

4 
4 

fr. 

5220 
5220 
4040 
2500 
3600 

3100 

1400 

2500 

fr. 

1025 

1027 

841 

739 

822 

525 

•  329 
200 

4294 

52 

27580 

5508 

(  19  ) 

Ainsi  la  régence  de  Gand  fait  instruire  tous  les  jours 
gratuitement  un  nombre  de  4294  enfants.  Cette  instruction 
est  donnée  par  52  maîtres  ou  maîtresses  :  elle  coûte  an- 
nuellement une  somme  de  34  à  35,000  francs ,  ou  environ 
7  francs  par  élève. 

Les  salles  d'écoles  ont,  comme  celles  de  Prusse  et  de 
Hollande ,  la  forme  d'un  carré  long.  Les  tables  et  les 
bancs  y  sont  aussi  rangés  les  uns  derrière  les  autres ,  depuis 
l'un  des  murs  latéraux  jusqu'à  l'autre,  en  laissant  un  es- 
pace suffisant  entre  le  banc  antérieur  et  la  muraille.  Cette 
disposition  est  nécessaire  pour  que  les  enfants,  qui  sont 
assis  les  uns  derrière  les  autres ,  aient  le  visage  tourné  vers 
les  tableaux  qui  tapissent  l'un  des  murs,  et  sur  lesquels  on 
trace  des  lettres  et  les  exemples  d'écriture ,  ainsi  que  les 
exercices  pour  la  langue,  le  calcul  et  la  musique. 

Les  écoles  sont  partagées  en  quatre  classes  :  a.  Classe  pré- 
paratoire, b.  élémentaire ,  c.  moyenne  et  d.  supérieure. 
Chaque  classe  est  divisée  en  trois  et  même  quatre  sub- 
divisions. 

Pour  se  faire  une  idée  de  l'organisation  de  chaque  école. 
il  suffit  de  jeter  les  yeux  sur  le  tableau  suivant  : 


(  20  ) 


Gusses. 


a.  Supérieure. . .  . 

b.  Moyenne 

l.re  division.  .  .  . 

2.e  division 

3.  eet  -indivisions. 


r.  Elémentaire. 
].re  division. . . 


2.e  et  3.e  divisions, 
4. eet5.edi  visions, 


d.  Préparatoire .  . 
1.™  division. .  . . 


2.e  division . 
3.e  division . 
i.e  division. 


Totaux  . . . 


Instituteurs. 


L'instituteur  en 

chef,  directeur 
de  l'établissent'. 


Un  aspirant  sous- 
maitre 


Nombre 
d'élèves 

de  cliaque 


Nombre 
d'élèves 

le   chaque 
mailre. 


Un  aspir.1  idem. 
Un  sous-mnitre.  . 


Vn  aspirant  sous- 
maitre 


Un  aspir.'  idem. 
Un  sous-maitre . 


Un  aspirant  sous- 
maitre 


Un  sous-maitre. . 
Un  élève  aspirant . 
Un  élève  idem . . 


9  à  10  mnitres. 


121 

22-i 


310 


1-49 


80-4 


121 


52 


o-i 


118 


62 
120 
128 


39 
50 
-40 
20 


80-4 


Appointe- 
ments de 
chaque 

maîlie. 


1700 


300 
200 
800 


200 
500 
800 


100 

800 

60 

60 


5328 


(  21   ) 

Ajoutez  à  cela  un  ou  deux  professeurs  de  musique  pour 
les  classes  supérieure  el  moyenne. 

Dans  la  classe  préparatoire,  il  ne  se  trouve  que  des 
bancs  sans  pupitres  ou  tables,  parce  que  dans  cette  classe 
on  n'écrit  pas.  Les  classes  sont  séparées  les  unes  des  autres , 
pour  faciliter  le  travail  aux  maîtres  et  aux  enfants.  Les  le- 
çons commencent  :  le  matin ,  à  8  heures  et  finissent  à  1 1  3/4  ; 
l'après-dîner.  à  1  1/4  et  finissent  à  4  heures. 

Voici  les  branches  d'enseignement  pour  chaque  classe  : 

■A.  Classe  préparatoire     Principes  de  lecture;  développement  de 

l'esprit,  d'après  Pestalozzi  et  Prinsen; 
livre  des  mères;  calcul  devinatoire, 
etc. 

B,  Elémentaire Lecture;  écriture;  calcul;  langue  fla- 

mande; développement  de  l'esprit, 
d'après  Van  Dapperen  et  Prinsen;  li- 
vre des  mères;  principes  de  dessin 
linéaire;  calcul  devinatoire;  pre- 
mières notions  de  géographie-  et 
d'histoire,  etc;  histoire  naturelle, 
d'après  les  tableaux  de  Haller;  mo- 
rale et  doctrine  chrétienne. 

C.  3Io\e;oe Lecture  perfectionnée. 

Écriture Grand,  moyen  et  fin. 

Langue  flamande. .  .  .   Les  dix  parties  du  discours;  rudiments, 

première  et  seconde  parties;  analyse 
logique  et  grammaticale  d'un  sujet 
donné. 

Arithmétique Les  quatre  règles  fondamentales,  frac- 
tions simples  et  composées,  ordinaires 
et  décimales;  proportions;  règles  de 
trois  simples,  inverses  et  composées; 
arithmétique  généralisée. 


(22) 

Géographie La   Belgique  et   la   Hollande;    notions 

générales  du  globe;  l'Europe  et  par- 
ticulièrement la  France  et  l'Angle- 
terre. 

Histoire Notions  générales  de  l'histoire  du  pays, 

de  chaque  province,  hommes  célè- 
bres; notions  de  l'histoire  générale. 

Dessin  linéaire Principes,  lignes,  réunion  de  lignes  en 

point,  angles. 

Calcul  devinatoire . .  .  Fractions  ordinaires  et  décimales,  mesu- 
res et  poids  anciens  et  nouveaux. 

Développement  de  l'esprit.   Exercices  ,    d'après   Pcstalozzi   et 

Prinsen. 

Morale  et  doctrine  chrétienne.  Les  149  premiers  paragraphes  de 

l'ouvrage  de  Muller,  et  le  catéchisme 
de  Malines. 

Quelques  notions  de  physique  et  d'histoire  naturelle. 

Classe  supérieure Lecture  méthodique  et  déclamation. 

Ecriture Grand,  moven  et  fin. 

7  J 

Langue  flamande Grammaire  et  syntaxe;  analyse  logi- 
que et  grammaticale  d'un  sujet 
donné  ;  rédiger  des  mémoires,  des 
comptes,  des  lettres,  etc. 

Arithmétique Arithmétique  généralisée;  règles  plus 

élevées,  arithmétique  appliquée  au 
commerce. 

Algèbre Règles  fondamentales,  réductions,  frac- 
tions, équations  du  l.er  et 2. "degrés. 

Géométrie  appliquée  aux  arts  et  métiers.  Les  triangles,  cercles, 

lignes,  etc.,  des  surfaces;  forme  et 
grandeur  des  corps,  surfaces  et  lignes  ; 
cylindres  ;  prismes  ;  parallélipèdes , 
grandeur  et  surface;  digues,  canaux; 
principes  de  trigonométrie,  etc. 


(  23  ) 

Gèoçff aphte La  Belgique  et  la  Hollande,  cours  com- 
plet; l'Europe,  cours  complet;  no- 
tions générales  de  la  géographie 
universelle;  voyages  en  Europe  et 
dans  les  autres  parties  du  monde. 

Histoire La  Belgique  et  la  Hollande,  cours  com- 
plet; notions  de  tous  les  peuples  de 
l'Europe,  principes  de  l'histoire  uni- 
verselle. 

Dessin  linéaire Notions  générales. 

Calcul  devina  foire.. . .    Poids  et  mesures;  questions  composées. 
Logique  populaire* ...    Du  §  10  à  127,  d'après  Muller. 
Morale  et  doctrine  chrétiennes. 

Quelques  notions  de  physique,  d'histoire  naturelle,  etc. 
Histoire  sainte,  d'après  la  bihle  flamande. 

Ce  qui  recommande  les  écoles  de  Gand  à  l'attention  des 
publicistes,  c'est  qu'en  général  les  classes  élémentaire  et 
préparatoire  sont  confiées  à  des  sous-maîtres  :  aussi  rien 
n'est  plus  touchant  que  les  exercices  de  ces  plus  jeunes 
élèves;  il  est  impossible  de  se  taire  une  idée  de  renseigne- 
ment de  ces  classes ,  à  moins  de  suivre  pendant  quelque 
temps  les  leçons.  Une  foule  de  questions,  de  définitions,  de 
raisonnements  y  sont  traités  par  ces  enfants  avec  une  aisance, 
une  facilité  qu'on  a  peine  à  comprendre.  Négligés  dans  les 
anciennes  écoles,  abandonnés  dans  plusieurs  écoles  du 
nouveau  système,  soit  à  eux-mêmes,  soit  à  la  surveillance 
•d'un  élève,  les  petits  enfants  sont  l'objet,  dans  les  écoles 
de  Gand,  d'attentions  suivies  et  soutenues;  aussi  n'est-ce 
peut-être  qu'en  cette  ville  qu'on  voit  briller  dans  tout  son 
éclat,  les  méthodes  de  Prinsen  et  de  Pestalozzi,  pour  le 
développement  de  l'esprit  de  l'enfant  :  c'est  à  ce  bel  ensem- 
ble que  l'on  doit  les  progrès  rapides  et  la  solidité  de  toute 
l'instruction  dans  les  classes  supérieures. 


(  24  ) 

Quand  les  leçons  se  donnent,  les  élèves  ne  quittent  ja- 
mais leurs  places  :  tout  se  fait  par  démonstration  sur  des 
tableaux  peints  en  noir  et  suspendus  à  la  muraille.  Les 
élèves  ont  d'ailleurs  des  livres  pour  la  lecture.  Après  cha- 
que lecture  on  adresse  des  questions  raisonnées  pour  bien 
l'aire  comprendre  ce  qui  a  été  lu  ;  on  n'écrit  que  sur  des 
cahiers ,  et  l'emploi  des  ardoises  n'a  lieu  que  pour  les  opé- 
rations d'arithmétique. 

Comme  on  se  propose  dans  ces  écoles  de  conduire  les 
enfants  à  l'instruction ,  plutôt  par  attachement  à  leurs  de- 
voirs et  en  excitant  leur  émulation .  que  par  une  crainte 
servile  des  châtiments,  on  exige  comme  qualités  essentielles 
de  la  part  du  maître,  non-seulement  des  mœurs  irrépro- 
chabls  et  de  la  religion,  mais  encore  une  grande  modé- 
ration dans  le  caractère.  On  veut  d'ailleurs  qu'il  possède  à 
fond  les  règles  des  langues  flamande  et  française .  qu'il  soit 
très-versé  dans  les  mathématiques,  l'histoire  et  la  géogra- 
phie, mais  surtout  qu'il  ait  le  talent  de  communiquer  avec 
facilité  ses  connaissances  à  ses  élèves.  Aussi  les  instituteurs- 
en-chef  ne  sont-ils  admis  à  ces  fonctions  qu'après  avoir 
subi  un  rigoureux  examen ,  tant  sur  la  théorie  que  sur  la 
pratique  de  l'enseignement. 

Chaque  instituteur-en-chef  est  chargé  de  la  direction 
générale  de  son  école  :  il  y  maintient  le  bon  ordre ,  et  veille 
à  ce  que  les  sous-maîtres  et  les  aspirants,  aussi  bien  que  les 
élèves,  remplissent  exactement  leurs  devoirs;  il  concourt, 
en  outre,  personnellement  aux  leçons  qui  se  donnent  dans 
la  classe  supérieure,  et  prend  part,  suivant  l'occurence, 
au  travail  des  autres  classes. 

Les  sous-maîtres  enseignent  sous  la  surveillance  immé- 
diate de  l'instituteur-en-chef,  soit  à  l'aide  de  tableaux  sus- 
pendus à  la  muraille,  soit  en  faisant  lire  les  entants  dans 
leurs  livres.  Ils  sont  nommés  et  révoqués  par  la  ville.  L'ex- 
périence a  cependant  prouvé  qu'il  vaut  infiniment  mieux 


(  25  ) 

laisser  la  nomination  et  la  révocation  des  sous-maitres  à 
l'instituteur-en-chef;  de  deux  choses  l'une,  ou  la  surveil- 
lance des  chefs  municipaux  sur  les  sous-maîtres  doit  être 
active  et  suivie,  ou  l'autorité  du  maître  doit  être  assez 
étendue  pour  assurer  une  impulsion  ferme  et  salutaire  aux 
progrès  de  l'instruction.  En  outre,  il  est  évident  que  si, 
l'instituteur-en-chef  n'a  pas  assez  de  pouvoir  sur  ses  subor- 
donnés, la  marche  de  l'école  en  doit  beaucoup  souffrir. 

Les  aspirants  sous-maîtres  sont  des  jeunes  gens  pris  parmi 
les  sujets  les  plus  instruits  de  la  classe  supérieure;  on  n'ad- 
met comme  tels  que  ceux  qui  se  sont  distingués  par  leur 
application  et  leur  bonne  conduite,  et  qui  ont  manifesté, 
de  concert  avec  leurs  parents,  le  désir  de  se  vouer  à  l'in- 
struction de  la  jeunesse.  Cette  institution  forme  insensible- 
ment une  pépinière  d'instituteurs,  surtout  par  l'avantage 
qu'ont  ces  jeunes  gens,  d'assister  dans  l'intervalle  des  exer- 
cices ordinaires  à  des  leçons  particulières,  données  par  trois 
des  instituteurs-en-chef,  pour  les  former  dans  la  partie 
théorique  et  pratique  de  l'enseignement. 

Il  n'est  que  trop  bien  démontré  aujourd'hui  que  la 
théorie  de  l'instruction  est  une  science ,  aussi  bien  que  le 
droit  et  la  médecine,  et  la  pratique,  un  art  aussi  bien  que 
la  musique  ou  la  peinture;  la  Belgique  doit  donc  de  la 
reconnaissance  à  la  ville  de  Gand  qui ,  la  première  dans  le 
pays,  a  songé  àla  création  d'une  école  normale,  institution 
dont  le  besoin  se  faisait  si  vivement  sentir  et  qui  donne 
déjà  de  si  belles  espérances. 

L'instruction  pour  les  filles  est  la  même  que  celle  poul- 
ies garçons,  excepté  en  arithmétique,  où  les  données  pour 
la  classe  moyenne  peuvent  être  considérées  comme  maxi- 
mum de  progrès; les  filles  reçoivent  en  outre  régulièrement 
de  l'instruction  dans  toutes  sortes  d'ouvrages  à  l'aiguille. 

Les  écoles  centrales  de  français  sont  des  établissements  créés 
par  la  régence  pour  favoriser  l'étude  du  français  en  faveur 


(  26  ) 

des  enfants  du  peuple  ;  les  langues  française  et  flamande 
peuvent  être  considérées  comme  nationales  dans  notre 
pays,  surtout  pour  les  jeunes  gens  qui  se  destinent  à  l'une 
des  carrières  industrielles.  Le  flamand  seul  n'avançait  qu'à 
moitié  le  but  qu'on  voulait  atteindre ,  les  cours  de  français 
sont  donc  d'une  utilité  incontestable  et  rendront  des  ser- 
vices immenses  à  la  civilisation  et  au  progrès  de  l'instruc- 
tion populaire. 

Les  cours  se  donnent  de  cinq  à  huit  heures  du  soir  : 
c'est  une  espèce  d'académie  pour  le  français  seul.  Cette  idée 
est  des  plus  heureuses  ;  elle  a  sauvé  ce  bel  ensemble  de  nos 
écoles,  que  les  hommes  éclairés  ont  trouvé  supérieur  à  tous 
les  établissements  du  même  genre.  Les  enfants  ne  sont  ad- 
mis à  ces  cours  qu'après  avoir  subi  un  examen,  constatant 
qu'ils  sont  assez  avancés  en  flamand.  Les  progrès  toujours 
croissants  de  ces  écoles  gratuites  promettent  de  donner  en- 
core une  plus  grande  extension  aux  cours  de  français. 

Les  écoles  centrales  pour  le  français  sont  partagées  en 
six  divisions  :  deux  divisions  préparatoires ,  deux  divisions 
élémentaires,  une  division  moyenne  et  une  supérieure. 

L'ordre  de  travail  pour  chaque  division  est  réglé  de  la 
manière  suivante  : 

Divisions  préparatoires .  Principes  «le  lecture,  de  langage;  dé- 
clinaisons; lecture  ;  entretiens  fa- 
miliers; mémoire. 

Divisions  élémentaires.  Lecture,  lecture  perfectionnée;  gram- 
maire ,  jusqu'aux  verbes;  ortho- 
graphe absolue. 

Division  moyenne Grammaire;  analyse  logique  et  gram- 
maticale ;  cacographie;  mémoire; 
dictée;  traductions  verbales,  etc. 

Division  supérieure.,  .  .  Syntaxe;  analyse  logique  et  gramma- 
ticale; ponctuation;  formules  de 
comptes;  quittances,  etc.;  décla- 
mation, etc. 


(27  ) 

Nous  avons  dit  que  l'instruction  d'un  élève  ne  coûtait  à 
la  ville  qu'environ  7  francs  par  an  :  mais  nous  avons  né- 
gligé de  dire  que  dans  cette  somme  se  trouvaient  compris 
les  frais  de  livres,  cahiers,  plumes,  encre,  ardoises,  etc. 
Tous  ces  objets  sont  fournis  gratis  aux  élèves. 

Deux  fois  la  semaine,  de  jeunes  ecclésiastiques  viennent 
enseigner  dans  ces  écoles  le  catéchisme  et  y  donner  l'in- 
struction religieuse. 

D'après  l'observation  du  savant  M.  Thiersch ,  bien 
peu  de  villes  en  Europe  peuvent  se  flatter  de  posséder 
un  système  d'instruction  élémentaire  aussi  complet,  aussi 
avancé  que  les  Ecoles  communales  gratuites  de  Gand.  S'il 
y  avait  un  reproche  à  leur  faire,  ce  serait  peut-être  que 
l'instruction  des  sciences  mathématiques  y  est  portée 
trop  loin  :  car  sous  ce  rapport,  d'après  la  réflexion  de 
M.  Thiersch ,  elle  dépasse  même  l'école  d'Amsterdam , 
qui  est  généralement  proposée  comme  modèle  en  ce 
genre. 

Si  nous  n'avons  jusqu'ici  trouvé  que  des  éloges  pour 
ces  écoles,  il  faut  cependant  avouer  que  les  locaux  en 
sont  trop  resserrés,  trop  peu  aérés  et  d'une  propreté  qui 
laisse  quelque  chose  à  désirer.  Ceci  n'étonnera  pas  quand 
on  saura  que  dans  la  seule  Ecole  N.°  1,  au  Pakhuys,  840 
enfants  sont  entassés  dans  quatre  salles  peu  spacieuses  :  ils 
y  sont  tellement  serrés  les  uns  contre  les  autres  qu'ils  peu- 
vent à  peine  se  mouvoir  et  sont  souvent  forcés  d'écrire 
sur  les  genoux. 

L'administration  communale  n'ignore  pas  du  reste  l'exis- 
tence de  cet  encombrement  :  mais  jusqu'à  ce  jour,  elle  n'a 
pu  trouver  de  locaux  pour  de  nouvelles  salles,  et  plus  de 
600  enfants  n'ont  encore  pu  être  admis  à  la  fréquentation 
des  écoles,  faute  de  place. 

Les  fonctions  de  quelques  professeurs  ne  nous  sem- 
blent pas  suffisamment  rétribuées ,  quand  on  les  compare 


(  28  ) 

avec  les  traitements  accordés  dans  certaines  parties  de 
L'Allemagne  à  des  places  analogues.  On  devrait  adoucir 
autant  que  possible  l'existence  de  ces  hommes  estimables 
et  utiles,  qui  consacrent  chaque  jour  dix  à  onze  heures 
à  donner  le  bienfait  de  l'instruction  à  des  enfants,  et 
qui  arrives  à  l'âge  de  35  ou  de  40  ans  sont  souvent  usés 
par  ces  honorables  mais  bien  pénibles  travaux  de  l'en- 
seii;nemen!. 


\.   Voisin. 


Février  1837. 


(  29  ) 


Ttoticc  fiiograpljique 


SUR 


JEAN  DESPREZ..   DIT  D  OUTRE ME USE ,  LIÉGEOIS, 


Nous  avons  lu  avec  intérêt,  dans  la  troisième  livraison 
de  1834,  du  Messager  des  Sciences  et  des  Arts  de  la  Bel- 
gique, page  371  et  suiv. ,  le  résultat  des  recherches  faites 
par  M.1  L.  Polain,  de  Liège,  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de 
Jean  Desprez  dit  d'Outremeuse,  chroniqueur  du  XV.e  siècle. 

Nous  remarquons  que  dans  ces  recherches  il  n'est  ques- 
tion que  d'une  chronique  en  prose  de  Jean  d'Outremeuse, 
et  d'une  autre  en  rymes  francoises,  du  même  auteur. 

Il  a  cependant  encore  composé  un  autre  ouvrage  sur  la 
Scienche  des  piercs  précieuses. 

Dans  le  prologue  de  cet  ouvrage,  que  l'auteur  de  la  pré- 
sente notice  possède  en  manuscrit,  le  savant  Liégeois  s'in- 
titule de  cette  manière  (c'est-à-dire,  à  peu  de  chose  près, 
comme  il  l'a  fait  dans  le  prologue  de  sa  chronique,  rap- 
porté par  M.  Polain)  :  Nous  iehans  ditDoultremeuse  clercque 
citains  de  Liège,  par  la  grâce  de  Dieu  et  de  la  saincte  ma- 
gesteit  imperiael compte  palatins  publics  des  saine  tes  auto- 
riteis  apostoliques  et  impériales  et  de  la  cour  de  Liège 
notaires  et  audienchier,  et  ensuite  il  ajoute  que.  par  les- 


(  30) 

passe  de  xxxij  ans  et  plus  avons  estudiez  et  encore  de  ioni- 
en iour  estudions  en  la  scienche  des  pieres  jwecieuses  et 
que  avons  de  pluiseurs  et  diverses  manières  de  pieres  eu 
si  comme  eîicore  avons  en  notre  poissanche,  etc. 

Ce  manuscrit,  bien  conservé  et  qui  pourrait  bien  être 
le  double  d'une  autre  copie,  si  toutefois  il  n'a  pas  été 
formé  d'après  l'ouvrage  original  de  Jean  Doultremouse, 
est  un  autographe  de  Jean  Van  Dixmude ,  qui  déclare ,  au 
dernier  feuillet,  l'avoir  écrit  et  achevé  le  14  juillet  1520. 
Ce  Jean  Van  Dixmude  habitait  en  ce  temps  la  ville  d'Ypres, 
lieu  de  sa  naissance,  et  jadis  capitale  de  la  Flandre  occi- 
dentale, où  en  la  même  année,  il  remplissait  les  fonctions 
d'échevin.  Son  cri  de  guerre  :  toujours  loyal,  précède  sa 
signature  apposée  à  la  suite  de  cette  déclaration. 

L'auteur  commence  son  œuvre  par  une  description  suc- 
cincte de  la  création  du  monde.  Il  donne  ensuite  une  longue 
liste  nominative  des  anciens  philosophes,  maîtres  et  doc- 
teurs qui  l'ont  guidé  dans  la  composition  de  son  Tresciers 
de  philosophie.  Enfin,  il  s'exprime  ainsi  :  Nous  avons  corn- 
puleitung  lapidaire  de  toute  la  scienche  entièrement  selonc 
la  poissanche  de  nostre  petyt  sens  et  subtyliteit  qui  ne  se 
porroit  entendre  a  si  haulte  œfvre ,  mais  la  fij anche  que 
nous  avions  et  avons  encores  en  perpetuiteit  au  vrai  Dieu 
très  glorieux  qui  humanité it  prist  es  flans  de  rirginiteit, 
cest  a  dire  es  flans  de  la  benoite  virgine  Marie  sans  cor- 
rompre virginiteit,  nous  a  aidiet  et  assista  a  faire  par  sa 
qrace  et  miséricorde  nostre  présent  lapidaire. 

Ensuite ,  al  hayde  de  Dieu  et  de  la  benoitte  virge  Marge 
sa  glorieuse  mère,  Jehan,  dit  Doultremouse,  entre  en 
matière. 

La  Scienche  des  pieresjyrecieuses  forme  un  volume  grand 
in-4.°  de  156  feuilles  (311  pages),  à  deux  colonnes.  Les 
lettres  initiales  sont  en  encre  rouge. 

L'ouvrage  est  divisé  en  quatre  livres;  à  la  fin  de  chaque 
livre,  se  trouve  le  mot  explicit. 


(31  ) 

Le  premier  livre  traite  de  la  scienche  de  philosophie  : 

Le  deuxième,  des  vertus  et  des  couleurs  des  précieuses 
pieres; 

Le  troisième,  des  trois  manières  dymages  contenues  es 
pieres  précieuses, des  jrieres  occidentales  et  de  leurs  vertus; 

Le  quatrième,  de  la  manière  de  fondre  cristal,  de  la  pré- 
paration des  couleurs,  d'amollir  le  verre  et  de  le  peindre 
en  couleurs,  etc. 

Chacun  de  ces  quatre  livres  est  subdivisé  en  plusieurs 

i  chapitres,  qui  sont  précédés  par  des  tables  indicatives  de 

ce  que  chaque  chapitre  contient.  L'auteur  fait  connaître 

i  aussi  chaque  fois  où  les  livres  et  les  chapitres  commencent 

et  finissent. 

Entre  le  3.e  et  le  4.e  chapitre,  se  trouve  ly  bibel  que 
Thecelung  philosophe  iuis  (juif)  fist  des  pieres  figureez7 
puis  ce  que  les  philosophes  de  l'antiquité  ont  dit  des  pieres 
précieuses,  et  ly  traities  Hermès  ly  soverains  pieres  de  phi- 
losophie, qui  moult  parla  des  estoilles. 

Les  titres  de  la  plupart  des  chapitres  sont  d'abord  en 
latin,  soulignés  en  encre  rouge,  et  puis  traduits  en  français. 

L'auteur  reconnait  encore ,  dans  le  prologue  de  son  ou- 
vrage, que  de  toutes  choses  naturelles  il  aprys  ce  que  ly 
bible  en  dyst,  enche  que  saint  iehan  ewanyeliste  en  ra- 
compte  en  lapocalipse  et  chou  quil  en  dit  ung  noble  homme 
;  seigneur  iehan  de  Mandevile  (1)  chevalier  singneur  de  Mon- 
fort,  etc.,  qui  fu  en  orient  et  es  parties  par  delà....  et  selon 
les  ensaignemens  translateis  de  latin  en  fransoys  chou  que 
cescuns  en  dyst  et  compuleit  ung  lapidaire  generael  etc., 


(i)  Médecin  anglais  du  XIV.6  siècle  ;  il  voyagea,  pendant  34  ans,  en 
Asie  et  en  Afrique.  Il  publia  à  son  retour  une  relation  de  ses  voyages, 
en  français  et  en  anglais.  Il  mourut  à  Liège,  le  17  novembre  1872,  et 
avait  son  e'pitaphe  chez  les  Guillelmins,  où  il  s'était  retire  et  où  il  fut 
enterré.  Feller  ,  Dict.  hist  ,  art.  Mandeville. 


(  32  ) 

le  quel  livre,  dit-il,  nous  appelions  et  volons  qu'il  soit  ap- 
pelez ly  Tresciers  de  phylosophie  natuerele  des  pieres pré- 
cieuses. Dans  quelques  endroits,  l'auteur,  en  parlant  de 
son  ouvrage,  le  nomme  aussi  nostre  tresoriere. 

Nous  n'avons  point  trouvé  en  quel  temps  Jean  Doutre- 
mouse  a  composé  l'ouvrage  dont  nous  nous  occupons: 
au  moins  il  ne  le  dit  pas  lui-même.  Il  paraît  qu'il  l'a  rédigé 
pour  rendre  plus  intelligible  et  compléter  ce  qui,  avant  lui, 
avait  été  écrit  sur  la  matière  qu'il  traite;  à  cet  égard,  il 
s'exprime  ainsi  :  a  voirs  est  que  pluisieurs  moult  de  philo- 
sophes ont  parleit  de  pieres  prescieuses  et  fayt  certains 
traeictees  qui  sont  asses  difficiles  a  entendere  a  pluiseurs 
et  que  moult  de  yens  cuident  quil  soient  discordans,  pour 
tant  que  nuls  diaus  ne  traitiat  pleinement  de  toutes  les 
parties  qui  appartiennent  a  la  scienche  des  pieres,  etc. 

Comme  M.  Polain  semble  croire  que  Jean  D'Oultremouse 
mourut  vers  l'an  1399  ou  1400,  nous  ferons  observer  ici  que, 
si  l'on  peut  ajouter  foi  à  l'auteur  du  Recueil  héraldique  des 
bourgmestres  de  Liège  (page  113),  Jean  D'Oultremouse  tré- 
passa réellement  en  la  même  année  1399;  ainsi  il  appar- 
tiendrait, non  au  XV.°  siècle,  mais  au  XIVe. 

Au  reste,  comme  ly  Tresciers  de  philosophie  n'a  peut- 
être  jamais  été  imprimé ,  et  qu'ainsi  il  se  pourrait  que 
l'existence  de  cet  ouvrage  soit  inconnue  à  l'auteur  des  re- 
cherches sur  les  ouvrages  du  chroniqueur  liégeois ,  nous 
avons  cru  qu'il  ne  serait  point  indifférent  aux  amis  de 
notre  ancienne  littérature  de  leur  mettre  sous  les  yeux 
cette  courte  notice.  Peut-être  sera-t-elle  de  quelque  utilité 
à  M.  Polain ,  qui  s'occupe  d'une  biographie  liégeoise. 

Lambin  , 
Archiviste  de  la  ville  d'ipres. 


(  33  ) 


Xtotxtt 


SUR    LE  CABINET 


DE 


M.-  LA  VICOMTESSE  DE  VAERNEWYCK  D'ANGEST; 


\    GA.*1>, 


Il  y  a  bien  peu  de  villes  en  Belgique  qui  n'aient  leurs 
amis  d'archéologie  ou  de  peinture,  leurs  amateurs  de  nu- 
mismatique ou  de  livres,  leurs  collections  particulières 
d'antiquités  ou  de  tableaux,  musées  précieux,  que  chez 
nous  l'on  trouve  constamment  ouverts  à  la  curiosité  des 
étrangers  qui  les  visitent.  Sous  ce  rapport,  Gand  est  peut- 
être  une  de  nos  cités  les  plus  riches  en  ce  genre  de  trésors. 
Quel  voyageur  instruit  n'a  pas  demandé  à  voir  les  verres 
peints ,  les  amphores ,  les  meubles  gothiques  de  M.r  N.  D'Huy- 
vetter;  —  la  collection  de  boutons,  de  monnaies  et  d'éven- 
tails de  M.  Regnaud;  —  les  armures  anciennes  de  M.  Ver- 
sturme-Roegiers;  —  les  antiquités  romaines  de  M.  Verhelst  ; 
—  et  surtout  les  inappréciables  cabinets  de  tableaux  de 
MM.  Schamp  et  Van  Saceghem? 


(34  ) 

Quoique  moins  connu  que  ceux  que  nous  venons  Je 
nommer,  le  cabinet  de  M.me  la  vicomtesse  de  Vaerncwyck 
d'Angest,  née  comtesse  de  Baillet,  renferme  cependant  une 
foule  d'objets  aussi  intéressants  sous  le  point  de  vue  de  l'art 
que  sous  celui  de  l'antiquité  qui  les  dislingue.  Aussi  serait-il 
injuste  de  n'en  point  parler  dans  un  recueil  entièrement 
consacré  à  faire  connaître  ce  que  le  pays  possède  de  débris 
du  passé,  de  souvenirs  des  siècles  qui  nous  ont  précédés. 
Dans  cette  courte  notice ,  nous  ne  mentionnerons  que  som- 
mairement et  en  masse  les  objets  qui  font  partie  de  ce  ca- 
binet. Nous  citerons  surtout  des  antiquités  romaines,  des 
sculptures  en  ivoire  du  plus  beau  fini  ;  des  productions  du 
Corrège,  d'Albert  Durer,  de  Van  Dyck,  etc.;  des  meubles 
en  vieux  laque  ;  des  vases  et  des  porcelaines ,  remarquables 
par  leurs  formes  et  les  dessins  qui  y  sont  représentés.  — 
Arrêtons-nous  un  instant  à  un  magnifique  crucifix  d'ivoire, 
digne  sous  tous  les  rapports  du  ciseau  de  Michel-Ange. 
Toutes  les  proportions  en  sont  si  bien  prises,  l'attitude  du 
Christ  est  si  frappante  qu'on  n'a  cru  mieux  pouvoir  donner 
une  idée  de  ce  chef-d'œuvre  qu'en  le  faisant  graver  par 
M.r  Ch.  Onghena ,  dont  nos  abonnés  ont  depuis  long-temps 
su  apprécier  le  beau  talent.  Le  cadre  sur  lequel  ce  crucifix 
est  attaché,  a  été  sculpté,  il  y  a  peu  de  temps,  par  un  ar- 
tiste d'Anvers,  nommé  Nuyts;  la  délicatesse  des  moindres 
détails  de  cette  pièce  mérite  d'attirer  l'attention.  La  plan- 
che ci-contre  a  fidèlement  reproduit  l'original. 

Parmi  les  autographes  rares  qui  appartiennent  à  M.r 
de  Vaernewyck,  nous  signalerons  une  lettre  du  comte 
d'Egmont ,  avec  apostille  et  signature  de  la  main  de 
l'infortuné  vainqueur  de  Gravelines.  Nous  la  transcri- 
vons ici  : 


. 


: 


rater  pat 

larunai- 
moindre! 
La  plan 


al3 


H 


'    '     ' 


ç,  ' 


■ 


iVi'i 


. 


(  33  ) 

a  Monseign*  d'Ohain,  pour  ce  que  le  bruit  est  icy  que  le 
marquis  Albert  seroit  au  jourd'hui  parti  de  Wolfdorff  et 
Remynghen,  et  allé  vers  le  lieu  nommé  S'e  Barbe  à  deux 
lieues  de  Metz,  jay  despeché  ceste  poste  exprès  vers  vous 
affin  que  me  mandez  à  la  vérité  ce  qui  en  est  et  que  povez 
entendre  de  sa  conduyte  et  intencion.  Pour  respondre  à 
ce  que  mavez  escript  pour  savoir  sy  la  bende  de  Bletenges 

>  pourroit  porter  une  cornette ,  me  semble  que  oy  et  que  le 
»  capne  en  pourra  feire  feire  une  de  telles  couleurs  que  bon 
i  lui  semblera,  et  n'y  aurait  apparence  aller  aux  champs 

>  sans  cornette.  A  tant  monseigneur  d'Ohain,  je  prie  Dieu 

>  vous  avoir  en  garde.  De  Luxembourg  le  xviij0  de  sep- 
»  tembre  xv°lij. 

»  Recommandez  moy  bien  (1)  au  couronne t  Scambourgh 
»  et  luy  dittes  quant  au  ladre  je  suis  davis  que  Ion  ne  le 
d  fase  encore  morir,  comme  aulcunes  raisons  combien  y  ny 
t  la  bien  mérite ,  jentens  que  rien  (?)  pour  le  présent 
»  ordonez,  Xij  lieues  de  Metz. 

»  Vostre  bon  amy , 
»  Lamoral  Degmont.  » 


Cette  lettre  écrite  par  le  comte  d'Egmont  au  seigneur 
d'Ohain  (2) ,  a  été  trouvée  dans  le  château  de  ce  dernier. 
On  sait  que  c'est  dans  ce  château  que  s'organisa,  en  1568, 
une  espèce  de  conjuration  contre  le  farouche  duc  d'Albe. 
Strada,  Van  Meteren,  le  Petit,  Hareeus  et  Le  Roy  en  font  men- 
tion. —  D'autres  lettres  y  furent  encore  découvertes;  feu  le 


(i)   Ce  qui    est    imprimé   en   italiques    est   de    la    main    du   comte 
d'Egmont. 

(a)  Village  à  peu  de  distance  de  Waterloo. 


(  3«  ) 

vicomte  de  Vaernewyck  en  a  l'ait  cadeau  à  la  bibliothèque 
de  l'université  de  Gand. 

Outre  les  curiosités  déjà  mentionnées,  M.rae  de  Vaerne- 
wyck possède  aussi  une  collection  de  verres  de  Venise,  de 
cruches  antiques  et  de  gobelets  bizarres,  qui  témoignent 
à  la  fois  de  l'hospitalité  et  du  patriotisme  de  nos  ancêtres; 
car  tantôt  on  y  lit  soit  une  devise  joyeuse,  soit  des  vœux 
naïvement  énoncés  pour  la  prospérité  du  commerce  et  de 
la  patrie.  Quelques-uns  de  ces  verres  sont  d'ailleurs  inté- 
ressants par  le  nom  seul  de  ceux  à  qui  ils  ont  servi  ;  tels 
sont  les  verres  du  prince  Maurice  de  Nassau ,  de  l'empereur 
Charles  VI  ;  la  coupe  de  l'historien  gantois  Marc  van  Vaer- 
newyck; le  verre  de  l'évêque  ïriest,  orné  du  portrait  de  ce 
vénérable  prélat,  soutenu  par  des  génies  admirablement 
taillés.  Nous  citerons  aussi   un  verre  très-antique,  qu'on 
croit ,  à  tort   ou  à  raison ,  avoir  appartenu  à  Pépin  de 
Heristal. 

Ce  cabinet  renferme  aussi  plusieurs  ivoires  sculptés  : 
entre  autres  un  petit  coffre  fait  d'une  seule  dent  d'éléphant, 
que  la  tradition  attribue  à  Marie  de  Bourgogne.  Le  faire 
délicat  et  original  de  la  sculpture,  atteste  en  effet  le  goût 
bizarre  du  XV.e  siècle.  Nous  mentionnerons  aussi  une 
boîte  à  jeu,  divisée  en  quatre  compartiments,  garnis  eu 
ivoire  et  contenant  des  jetons  :  il  serait  impossible  de  voir 
une  broderie  plus  achevée  que  la  sculpture  de  ce  bijou; 
la  recherche  des  détails  y  est  poussée  à  un  point  de  per- 
fection qu'égale  seule  la  légèreté  de  cette  charmante 
dentelle. 

Quelques  livres  et  manuscrits  méritent  aussi  d'être  cités. 
Un  des  plus  curieux  est  un  livre  d' Heures ,  imprimé  sur 
vélin,  chez  Philippe  Pigouchet,  à  Paris,  en  1499,  avec  un 
luxe  qu'on  n'imite  presque  plus  aujourd'hui.  Chaque  page 
de  texte  est  chargée  de  vignettes,  représentant  presque 
toutes;  des  sujets  différents,  la  plupart  ascétiques,  exécutées 


(87) 

avec  le  goût  le  plus  exquis.  Nous  mentionnons  surtout  ce 
livre,  parce  qu'on  y  retrouve  gravée  toute  entière  cette 
fameuse  danse  des  morts  ou  danse  macabre,  qui  a  occupé 
tant  de  savants  et  de  critiques.  On  y  voit  habillés  selon  le 
costume  de  l'époque  des  individus  de  tous  les  rangs,  obli- 
gés de  suivre  la  Mort  qui,  sous  la  forme  d'un  squelette, 
semble  venir  les  chercher. 

Nous  Unirons  cette  notice,  trop  incomplète  encore,  en 
parlant  de  la  pièce  la  plus  remarquable  qui  distingue  le 
cabinet  de  M.me  de  Vaernewyck.  C'est  un  immense  châssis , 
composé  de  cinq  panneaux  en  vitraux  peints ,  qui  a  le  tri- 
ple mérite  de  représenter  au  premier  coup-d'œil  les  an- 
ciennes gloires  de  la  Belgique,  un  précieux  reste  de  la 
peinture  sur  verre,  et  les  insignes  des  chevaliei-s  de  la 
foison  d'or. 

Chaque  ogive  rappelle  un  souvenir  historique.  Ici  se 
dessinent  les  armoiries  de  Granvelle,  placées  au  sommet 
de  cette  fenêtre,  sans  doute  pour  indiquer  la  prépondé- 
rance que  cet  astucieux  personnage  exerça  pendant  nos 
révolutions  du  XVI.e  siècle.  Là  se  dressent  les  haches 
héraldiques  des  Croy,  noble  souche  dont  sont  issus  tant 
de  grands  noms.  Viennent  ensuite  l'écu  des  princes  de 
Bergues  ,  les  armes  des  barons  de  Bréda ,  des  comtes 
d'Arschot ,  des  marquis  d'Anvers.  Enfin  on  y  voit  briller 
l'écusson  du  comte  d'Egmont,  cette  illustre  victime,  sa- 
crifiée naguères  au  despotisme  cruel  et  soupçonneux 
d'un  proconsul  espagnol.  Cette  riche  fenêtre  ,  habi- 
lement restaurée  et  disposée  dans  le  goût  gothique , 
offre  un  ensemble  admirable.  C'est  sans  contredit  le 
plus  précieux  ornement  de  ce  vaste  hôtel ,  qui  fesait 
partie  jadis  de  l'habitation  ou  steen  où  demeuraient 
au  XVI.e  siècle  les  seigneurs  de  Ravenstein,  —  het  Hof 
van  Ravenstein.  C'est  encore  au  burin  fidèle  et  délicat 
de  M.1  Ch.  Onghena,  que   nous  devons   la  gravure  qui 


(  38) 


représente  la    fenêtre    gothique    que    nous   venons    de 
décrire. 

M.me  la  vicomtesse  de  Vaernewyk,  déjà  si  riche  en  ob- 
jets d'arts  et  d'antiquités,  cherche  encore  tous  les  jours  à 
augmenter  sa  précieuse  collection  qui  ne  tardera  pas , 
nous  l'espérons .  de  former  un  des  plus  curieux  cabinets 
de  la  Belgique. 


Jules  De  Saint-Génois. 


SSrm 


(  39  ) 


61."  ÉVÊQUE  DE  LIÉGL 


1164-1167. 


Les  annales  du  pays  de  Liège  n'attribuent  aucun  fait 
mémorable  à  cet  évêque,  dont  le  règne  ne  dura  qu'en- 
viron trois  ans.  Il  assista  cependant ,  peu  de  temps  avant 
sa  mort,  avec  un  corps  de  troupes  liégeoises,  à  un  combat 
mémorable ,  livré  sous  les  portes  de  Rome,  et  dont  le  ré- 
sultat fut  la  soumission  momentanée  de  la  ville  sacrée  à 
l'empereur  Frédéric  I,  de  la  maison  des  Hohenstaufen ,  et 
à  l'anti-pape  Pascal  de  Viterbe.  L'archevêque  Renaud  de 
Cologne ,  qui  commandait  un  petit  corps  dans  l'armée  de 
l'empereur,  et  dont  les  Liégeois  faisaient  partie,  rend 
compte  de  ce  combat  dans  une  lettre  adressée  au  clergé 
du  diocèse  de  Liège.  Cette  lettre,  qui  est  un  véritable  bul- 
letin d'armée ,  était  restée  inconnue  jusqu'à  ce  jour.  Le 
hasard,  me  l'ayant  fait  découvrir,  inscrite  par  une  main 
du  temps ,  à  la  tète  d'un  Regulare  Sancti  Bernardi,  qui  a 
appartenu  à  L'abbaye  de  S.'-Trond.  je  crois  rendre  service 


(40) 

aux  personnes  qui  s'occupent  de  recherches  historiques, 
en  la  transcrivant  ici. 

R.  (ainaldus) ,  Dei  gratta  Coloniensis  ecclesiae  humilis 
minister,  dilectissimis  amicis  suis,  archidiaconis ,  prae- 
positis ,  abbatibus ,  cunctisque  praelatis  et  totae  ecclesiae 
leodiensi  salutem,  et  sincerae  dilectionis  plenitudinem. 
Inestimabilem  imperii  sacratissimi  victoriam  vobis,  utpote 
specialibus  nostris,  communicare  dignum  ducimus.  Egressi 
siquidem  longe  ab  urbe  in  maxima  superbia  Romani  ante 
Tusculanum,  ubi  nos  cuîh  tota  nostra  et  domini  cancellarii 
militia  eramus  constitutif  castramentati  sunt  ipso  die 
sancto  Pentccostes.  Sequenti  die ,  hoc  est  secunda  feria, 
dominus  Moguntinus  et  dominus  cancellarius  cum  reliqua 
viilicia  et  Rrabantinis  adcentabant.  Jamque  ipsis  prope 
Romanorum  exercitum  tentoria  figere  temptantibus ,  illi , 
subito  suis  agminibus  ordinatis ,  super  eos  bene  cum  XL 
millibus  electorum  ex  urbe pugnatorum  irruerunt.  Intérim 
tota  nostra  militia  undique  advolaoit ,  tantaque  fortitudine 
rupti  et  victi  sunt  in  campo  Ro?nani}per  divinum  auxilium, 
et  fugati  a  Tusculano  usque  ad  Romain,  ut  occisorum  nu- 
merus  supra  novem  millia,  captivorum  autem  numerus 
circa  V  millia  estime tur.  Quot  tentoria,  lorices  et  arma 
alia,  equos,  mulos,  asinos  ,p>ecuniam  et  vestimenta  insuper 
ibi  perdiderint  nullus  enumerare  sufficeret.  Nunc  ergo 
Romani ,  omnium  hominum  paeem ,  per  nos  saepe  ab  ipsis 
quaesitam,  a  nobis  quaerunt ,  nec  inveniunt,  nisi Rollandum 
ejusque  cardinales  et  Oddonem  Frangiapan  in  nostram 
potestatem  tradiderint.  Ideoque  jam  illos  in  cartularia  ipsi 
Romani  obsederunt.  Nos  ut  et  dominus  et  cancellarius  Mo- 
quntinus  cum  ineslimabili  exercitu  victoriae  inDeinomine, 
ante  portas  urbis  hospitamur ;  ibi  dominum  imperatorem 
intrepidem  praestolantcs ,  totamque  terrain  Romanorum 
igni  formque  vastantes. 


(  41   ) 

Quelques  détails  sur  les  laits  qui  précédèrent  el  suivirent 
ce  combat,  me  semblent  assez  curieux,  pour  être  rapportés. 

L'empereur,  étant  occupé  du  siège  cl'Ancône,  avait  dé- 
taché de  son  armée  le  corps  commandé  par  l'archevêque 
Renaud,  pour  l'envoyer  au  secours  du  comte  Raino  de 
Tusculum,  qui  s'était  déclaré  en  sa  faveur,  et  dont  les 
Romains,  pour  ce  motif,  dévastaient  les  états.  Ce  secours 
était  cependant  si  faible,  qu'il  fut  impossible  à  l'arche- 
vêque de  tenir  la  campagne,  contre  les  troupes  nom- 
breuses sorties  de  Rome,  et  il  fut  obligé  de  s'enfermer  dans 
les  murs  de  Tusculum,  que  les  Romains  vinrent  assiéger. 
Pressé  par  ces  derniers,  il  demanda  de  nouveaux  secours 
à  l'empereur,  qui  lui  envoya  Chrétien,  archevêque  de 
Mayence,  avec  une  partie  de  son  armée.  Les  Romains, 
ayant  su  l'arrivée  de  ce  dernier ,  se  portèrent  au-devant 
de  lui,  avec  40,000  combattans,  selon  la  lettre  que  je 
rapporte ,  nombre  que  les  historiens  du  parti  du  pape  ré- 
duisent à  30,000.  L'archevêque  de  Mayence,  n'ayant  que 
quinze  cents  hommes  sous  ses  ordres,  crut  plus  prudent 
d'entamer  des  négociations  que  de  risquer  le  combat- 
Biais  les  Romains,  fiers  de  leur  nombre,  repoussèrent  tout 
accommodement,  et  répondirent  :  «  Que  l'empereur  était 
x»  bien  bon  de  leur  envoyer  des  prêtres  pour  leur  dire  la 
»  messe,  mais  qu'ils  apprendraient  à  ceux-ci  à  psalmodier 
»  sur  un  autre  ton  (1)".  Que  bientôt  l'archevêque,  avec  tous 
»  les  siens ,  serviraient  de  pâture  aux  oiseaux  du  ciel  et  aux 
»  animaux  féroces.  »  A  peine  l'archevêque  eut-il  su  cette 
réponse  insultante,  qu'il  saisit  l'étendard  sacré  et  enton- 
nant l'hymne  :  Seigneur,  qui  êtes  né,  il  se  précipita  avec 
impétuosité  sur  les  Romains,  tandis  que  Renaud  de  Co- 
logne, sortant  des  murs  de  Tusculum,  les  attaqua  par 


(i)  Aliter  ad  cantandum  traiisponemus  ordineni.  Vikg.  Frac.  78. 


(  42  ) 

derrière.  Les  Romains,  consternés  de  cette  hardiesse  extra- 
ordinaire, ne  firent  que  peu  de  résistance  et  se  mirent  à 
fuir;  mais  l'attaque  fut  si  rapide  et  si  habilement  dirigée, 
que  malgré  leur  fuite  précipitée,  ils  perdirent  d'après 
notre  lettre  9000  morts  et  5000  blessés,  nombres  que  les 
auteurs  romains  réduisent  à  3000  morts  et  2000  blessés. 

Ce  fut  sur  le  champ  de  bataille  que  l'archevêque  Renaud 
écrivit  la  lettre  rapportée  ci-dessus.  La  reddition  de  Rome 
fut  le  résultat  de  ce  combat,  et  peu  de  jours  après,  l'em- 
pereur Frédéric  se  fit  couronner  avec  son  épouse  Béatrice, 
dans  la  basilique  de  S. '-Pierre,  par  les  mains  de  l'anti-pape 
Pascal, 

Cependant  le  ciel  se  chargea  de  venger  la  défaite  des 
Romains.  Quelques  nobles  s'étaient  retranchés  dans  leurs 
maisons,  et  le  combat  durait  encore,  lorsqu'une  maladie 
pestilentielle  (1),  occasionnée  par  de  fortes  pluies  après 
de  grandes  chaleurs,  se  déclara  dans  l'armée  de  l'empe- 
reur, et  en  emporta  la  majeure  partie  en  peu  de  jours. 
L'archevêque  de  Cologne  et  lévêque  de  Liège  furent  du 
nombre  des  victimes  de  ce  fléau.  Ce  dernier  mourut  le 
5  août  1167.  L'armée  de  l'empereur  fut  tellement  affaiblie 
par  ces  pertes,  qu'il  dût  céder  à  ses  ennemis,  et  fut  obligé 
d'évacuer  Rome. 

Le  corps  de  l'évêque  de  Liège  fut  transporté  à  Liège,  et 
enterré  dans  l'église  cathédrale  de  S.'-Lambert 

J.  Fiess. 


(i)  La  fièvre  maieiumane.  Hismondi,  II,  169. 


(43  ) 


(Ssqms^s  biographiques 


DE  L'ANCIEN  PAYS  DE  LIÈGE. 


JEAN    ERARD    FOULLON. 


Jean  Erard  Foullon,  l'un  des  meilleurs  historiens  de 
Liège,  naquit  dans  cette  ville  en  1609.  Foullon  apparte- 
nait à  une  famille  patricienne ,  dont  plusieurs  membres 
occupèrent  des  emplois  importants  sous  le  règne  des 
évêques  Ferdinand  et  Maximilien  de  Bavière;  il  fit  ses 
premières  études  à  Liège ,  au  collège  dirigé  par  les  Pères 
jésuites,  qui  ne  tardant  pas  à  découvrir  les  brillantes  dis- 
positions du  jeune  Erard  Foullon ,  ne  négligèrent  rien  pour 
le  décider  à  entrer  dans  leur  ordre.  Ses  pareils  qui  avaient 
conçu  l'espoir  de  le  voir  briller  dans  les  hautes  fonctions 
civiles ,  se  proposaient  de  l'envoyer  à  l'université  de  Lou- 
vain ,  suivre  le  cours  de  droit ,  professé  alors  par  Zoesius , 
qui  avait  remplacé  dans  la  chaire  de  droit  civil ,  Gérard 
de  Courselle,  autre  Liégeois  célèbre;  mais  ils  durent  céder 
aux  vives  instances  de  leur  enfant,  et  à  peine  âgé  de  seize 
ans,  Foullon  fut  admis  dans  la  compagnie  de  Jésus.  11  ac- 
complit avec  ferveur  les  épreuves  de  son  noviciat ,  enseigna 


(44) 

successivement  pendant  six  à  sept  années  la  grammaire 
et  les  belles-lettres,  et  alla  ensuite  étudier  la  théologie  à 
Luxembourg. 

La  réputation  de  Foullon  s'étendit  bientôt  dans  les  Pays- 
Bas.  Doué  de  toutes  les  qualités  qui  font  les  bons  orateurs , 
il  se  distinguait  surtout  dans  la  prédication,  et  l'on  courait 
en  foule  écouter  ses  sermons.  Il  exerça  pendant  quatorze 
ans  l'important  ministère  de  prédicateur  à  la  cathédrale 
de  Liège;  il  dirigea  ensuite  le  collège  des  jésuites  de  Huy, 
et  devint  recteur  de  celui  de  Tournay.  Quand  la  peste  exerça 
ses  ravages  en  1667  en  cette  ville,  Foullon  ne  craignit  pas 
de  s'exposer  à  cet  horrible  fléau  pour  porter  des  secours 
aux  malheureux  qui  en  étaient  atteints;  il  fut  victime  de 
son  humanité  et  mourut  le  25  du  mois  d'octobre  1668. 

Voilà  tout  ce  que  nous  savons  de  la  vie  d'Erard  Foullon, 
vie  pure,  sans  tache,  et  toute  consacrée  au  bonheur  de  ses 
semblables.  Passons  maintenant  à  l'indication  de  ses  ou- 
vrages. L'Ecriture  sainte,  la  morale  chrétienne,  et  surtout 
l'histoire  de  son  pays,  furent  les  principaux  objets  d'étude 
de  cet  écrivain:  on  peut  le  ranger  hardiment  parmi  les  bons 
théologiens  du  XVII.0  siècle,  et  ce  n'est  certes  pas  un  des 
plus  mauvais  historiens  de  la  même  époque. 

Nous  ne  dirons  rien  des  ouvrages  théologiques  de  Foul- 
lon; nous  citerons  seulement  ses  Commentaires  historiques 
sur  les  livres  desMachabées,  Liège,  1659-1665,  2  volumes 
in-folio  encore  fort  estimés  de  nos  jours,  et  la  traduction 
d'un  traité  de  S. '-Jean  Ghrysostôme.  intitulé  :  Remède  gé- 
néral à  tous  les  accÀdens  de  cette  vie,  1641 ,  etc.  On  trouve 
la  liste  de  ses  autres  travaux  théologiques  dans  Paquot  et 
les  bibliographes  des  Pays-Bas. 

Nous  avons  dit  que  Foullon  se  voua  surtout  à  l'étude 
de  l'histoire  de  son  pays  ;  il  nous  a  laissé  sur  ce  sujet  un 
travail  de  la  plus  haute  importance.  Mais  avant  de  se  dé- 
rider à  le  mettre  au  jour,  il  en  publia,  sous  le  voile  de 


(  45) 

l'anonyme,  un  abrégé  in- 18,  intitulé  :  Historiée  leodiensis 
universœ  compe?idium,  in  annos  digestum.  Leodii,  1655. 

Ce  petit  volume  est  excellent.  Fidèle  à  son  épigraphe, 
Pauciloqua  veritas,  l'auteur  y  a  renfermé  beaucoup  de 
choses  essentielles  exposées  en  peu  de  mots;  tous  les  faits 
y  sont  racontés  avec  précision;  le  style  en  est  clair,  éner- 
gique ,  élégant  même,  dit  M.  Dewez  (1),  et  de  tous  nos 
abrégés,  c'est  celui  qui  approche  le  plus  de  la  première 
partie  du  discours  de  Bossuet  sur  l'histoire  universelle.  Cet 
éloge  est  exagéré  sans  doute;  quoi  qu'il  en  soit,  nous  ne 
craignons  pas  d'affirmer  que  le  livre  de  Foullon  est  un 
excellent  résumé  historique,  bien  supérieur  à  la  plupart 
des  résumés  que  nous  avons  vus  paraître  de  nos  jours,  et 
qui  mériterait  d'être  traduit,  afin  de  populariser  l'histoire 
de  Liège. 

Cet  ouvrage  eut  beaucoup  de  succès;  on  en  publia  deux 
éditions  dans  le  courant  de  la  même  année.  Rassuré  par  la 
sur  le  sort  du  grand  travail  historique  qu'il  avait  entrepris. 
Foullon  se  hâta  d'y  mettre  la  dernière  main,  et  peu  de 
temps  après,  il  le  soumit  à  l'approbation  de  ses  supérieurs. 
Des  trois  réviseurs  chargés  d'en  faire  l'examen,  deux  opi- 
nèrent pour  l'impression ,  sauf  le  retranchement  de  quel- 
ques passages;  le  troisième  fut  d'un  avis  contraire  et  pensa 
que  le  livre  ne  pouvait  être  imprimé;  Foullon  embrassa 
ce  dernier  parti  :  «  Si  je  présentais  cette  histoire  aux  Liégeois 
»  telle  qu'elle  est ,  dit  cet  écrivain  dans  une  note  autographe 
»que  nous  avons  eue  sous  les  yeux,  la  vérité  qui  y  b/ille 
«pourrait  déplaire,  et  si  je  la  publiais  avec  des  retranche- 
»mens,  on  s'offenserait  d'y  trouver  fréquemment  cette  vé- 
»  rite  blessée;  j'aime  donc  mieux  ne  point  la  faire  paraître 
»  du  tout.  »  Il  en  laissa  seulement  prendre  des  copies  à  quel- 


(i)  Préface  de  sou  Histoire  de  Liège. 


(46) 

ques  amis;  nous  citerons  entre  autres  celle  que  fît,  sous  les 
yeux  mêmes  de  l'auteur,  Gérard  Dousset,  l'un  de  nos  bons 
peintres,  copie  qui  existait  dans  la  riche  bibliothèque  du 
savant  baron  de  Crassier. 

C'est  sur  ce  même  manuscrilqu'on  publia ,  en  1735, l'his- 
toire du  père  Foullon,  2  vol.  in-folio;  cette  histoire,  écrite 
dans  un  style  clair  et  précis,  s'étend  jusqu'à  la  fin  du  règne 
d'Ernest  de  Bavière.  L'auteur  y  fait  constamment  preuve 
d'une  haute  impartialité,  et  cherche  toujours  à  distinguer 
le  vrai  au  milieu  de  l'obscurité  qui  couvre  certains  faits 
importants  de  notre  histoire;  il  aime  son  pays,  mais  encore 
plus  la  vérité;  s'il  raconte  volontiers  les  hauts  faits  d'armes 
et  les  grandes  actions  de  ses  ancêtres,  il  ne  cache  pas  pour 
cela  les  crimes  qu'a  pu  leur  faire  commettre  un  amour 
effréné  de  la  liberté.  Il  n'y  a  pas,  il  est  vrai,  dans  Foullon, 
cette  richesse  de  détails  que  nous  trouvons  dans  Fisen, 
autre  historien  de  Liège;  celui-ci  se  complait  souvent  à 
longuement  raconter;  Foullon  cherche  à  peindre  en  peu 
de  mots;  son  coloris  est  plus  large  et  plus  sévère;  s'il  était 
permis  d'établir  quelque  rapprochement  entre  ces  deux 
écrivains  et  deux  grands  historiens  de  l'antiquité,  on  pour- 
rait dire  que  la  manière  de  Fisen  a  quelque  ressemblance 
avec  celle  de  Tite-Live,  et  que  Foullon  a  dû  faire  une  lec- 
ture assidue  de  Tacite. 

En  1737,  on  publia  la  continuation  de  l'histoire  de 
Foullon,  écrite  par  quelques  /tommes  habiles,  dit  l'éditeur 
dans  son  avertissement.  Elle  s'étend  jusqu'au  règne  du 
prince  Georges  Louis.  On  peut  dire  de  cette  continuation 
que  c'est  ce  que  nous  avons  de  plus  exact  sur  l'état  de  Liège, 
au  XVII. e  siècle.  Les  auteurs ,  et  l'on  ignore  toujours  leurs 
noms ,  avaient  une  connaissance  parfaite  de  l'histoire  des 
règnes  de  Ferdinand  et  de  Maximilien  de  Bavière  :  ils  avaient 
recueilli  les  innombrables  pamphlets  qui  parurent  à  cette 
époque  .  compulsé  les  archives .  examiné  attentivement 


(47  ) 

toutes  les  pièces  qui  pouvaient  jeter  quelque  jour  sur 
les  troubles  qui  désolèrent  alors  la  principauté  ;  aussi 
leur  travail  est-il  fort  remarquable:  c'est  ce  que  nous  ne 
craignons  pas  d'affirmer,  nous  qui  avons  lu  plus  d'une  fois 
ce  volume,  et  qui  avons  pu  le  comparer  avec  une  bonne 
partie  des  pamphlets  consultés  par  eux. 

Plusieurs  bibliographes  (1)  ont  attribué  celte  continua- 
tion à  MM.  de  Crasser  et  Louvrex.  qui  soignèrent  l'impres- 
sion des  deux  premiers  volumes.  Nous  avons  déjà  combattu 
cette  opinion  dans  la  notice  sur  M.  de  Crassier ,  que  nous 
avons  publiée  en  1831  (Voyez  les  Nouvelles  Archives  jjhilo- 
logiques  de  M.  de  Reiffenberg).  En  effet,  comment  croire, 
disions-nous  alors,  que  ces  deux  personnages  illustres, 
membres  du  conseil  privé  de  l'évêque,  et  jouissant  auprès 
de  lui  d'une  haute  considération,  aient  composé  une  his- 
toire où  l'on  prend  continuellement  à  tâche  de  défendre 
les  droits  du  peuple  contre  les  empiétements  continuels 
de  nos  princes  ;  de  pareilles  doctrines  auraient  mal  sonné 
aux  oreilles  de  Joseph  Clément.  Depuis  lors,  nous  avons 
eu  entre  les  mains  un  travail  inédit  de  Louvrex,  embras- 
sant l'histoire  de  Liège  de  1688  à  1734,  et  nous  avons  pu 
nous  convaincre  qu'il  différait  essentiellement  de  celui  des 
continuateurs  de  Foullon  (2). 

Nous  citerons  encore  de  cet  écrivain  une  dissertation 
historique  publiée  sous  le  nom  de  Nicolas  Fisen,  frère  de 


(i)  Feller,  la  Biographie  universelle,  etc.,  elc. 

(2)  Cette  histoire  de  Liège,  par  l'illustre  Louvrex,  est  restée  com- 
plètement inconnue;  c'est  un  manuscrit  in-folio,  intitulé  :«  Rerum 
leodiensium  sub  Jeanne  Ludovico,  Josepho  Clémente,  Georgio  Ludo- 
vico,  gestarum  annales,  in  treslibros  distincli,  quos  ex  iisquœ  vidit, 
quibus  interfuit  aut  quœ  teslimoniis  fide  dignis  didicit,  surnmd  cura 
congessit  M.  G.  de  Louvrex,  toparcha  in  Ramlot.  SS.  principum  Jo- 
sephi  démentis  et  Georgii  Ludofivi,  in  concilio  privato  consiliarius, 
scabinus  et  ex-consul  leolensis.  » 


(48  ) 

l'historien  et  chanoine  de  l'église  collégiale  de  Visé  5  elle 
est  intitulée  :  Veritatis  et  ecclesiœ  tongrensis,  brevis  vin- 
diciœ,  adversùs  longam  et  super vacuam  diatribam  de 
episcopatu  trajectensi.  Leodii,  L.  Streel,  1653,  in-8°.  C'est 
la  réfutation  du  livre  publié  sur  le  même  sujet  à  Anvers, 
en  1653,  par  le  bollandiste  Godefroid  Henschenius  (1). 

Tels  sont  les  titres  littéraires  de  Foullon  ;  certes ,  si  un 
noble  talent  et  une  belle  vie  suffisent  pour  jeter  quelque 
éclat  sur  un  nom ,  celui  de  Foullon  a  droit  à  nos  souve- 
nirs; et  cependant  il  n'est  plus  guères  connu  que  du  petit 
nombre  de  ceux  qui  s'occupent  encore  de  l'étude  de  nos 
annales;  il  ne  figure  même  pas  sur  les  murs  de  la  Société 
d'Emulation  de  Liège ,  à  côté  des  noms  de  Louvrex  et  de 
Charles  de  Méan. 


(1)  Dans  une  noie  inédite  de  M.  de  Yillenfagne  que  nous  avons  pu 
consulter,  cet  écrivain  assure  que  M.  Fisen  est  l'auteur  de  cette  disser- 
tation; nous  avons  cru  adopter  de  préférence  l'opinion  de  Louvrex; 
l'exemplaire  des  Vindiciœ,  que  nous  possédons ,  a  appartenu  à  ce  savant  ; 
il  a  écrit  sur  le  titre  ces  mots  que  nous  copions  textuellement  :  Auctore 
Foullon,  è  societate  Jesu ,  quamvis  nomen  Nicolai  Fisen,  prœ  se 
ferai. 


(49  ) 


Description 


DE 


L'ENTRÉE  DE  HENRI  VIII  A  TOURNAI. 


On  sait  que  la  ville  de  Tournai  l'ut  assiégée,  en  1513, 
par  les  troupes  de  Henri  VIII  et  celles  de  son  allié  l'empe- 
reur Maximilien ;  forcée  d'ouvrir  ses  portes  (le  21  sep- 
tembre), après  une  résistance  de  dix  jours,  elle  subit  la 
domination  du  monarque  anglais  jusqu'à  la  fin  de  1518, 
époque  de  la  cession  que  Henri  fit  à  François  Ier  de  son 
inutile  conquête.  Ce  curieux  épisode  de  l'histoire  de  Tour- 
nai a  fourni  à  Poutrain  quelques  pages  sur  lesquelles  il 
aurait  pu  répandre  plus  d'intérêt  s'il  lui  eut  été  donné  de 
puiser  aux  véritables  sources.  A  l'aide  des  documents  ori- 
ginaux, nous  avons  déjà  eu  occasion  de  constater  d'impor- 
tantes lacunes;  peut-être  essaierons-nous  de  les  combler 
quelque  jour.  En  attendant,  nous  donnons  ici  une  pièce 
dont  notre  historien  a  tronqué  le  texte;  nous  empruntons 
notre  leçon  au  registre  dit  de  cuir  noir,  reposant  aux  Ar- 
chives de  Tournai,  le  même  qui  a  déjà  fourni  à  M.  Gachard 
plusieurs  documents  inédits  pour  ses  Analçctes  : 


(  50  ) 

De  l'entrée  du  roy  Henri  VHI.e,  roy  Je  France  et 

d'Angleterre. 

c;  Le  dimence  XXV.e  jour  du  mois  de  septembre  l'an 
mil  V.c  et  treise,  Henry,  par  la  grâce  de  Dieu,  huitiesme 
de  son  nom.  roy  de  France  et  d'Angleterre,  seigneur 
d'Irelande.  etc.,  qui,  par  l'espace  de  dix  jours  par  avant, 
avoit  mis  le  siège  devant  ceste  ville  et  cité  de  Tournay  et 
grandement  le  fait  battre  de  gros  engiens,  et  auquel  par 
traictié  et  accord  sur  ce  fait  comme  roy  de  France,  ladite 
ville  s'estoit  rendue,  vint  premièrement  (1)  en  ladite  ville 
et  cité  et  y  fist  son  entrée;  et  avant  sa  dite  entrée,  mes- 
seigneurs  les  Consaulx  d'icelle  ville  envoyèrent  devers  lui, 
au  lieu  de  maire  (2)  où  il  se  tenoit.  pour  savoir  la  journée 
quand  son  bon  plaisir  scroit  de  faire  sadite  entrée  en  ladite 
cité,  adfin  que  on  se  peust  préparer  pour  le  recepvoir.  fes- 
toyer et  honnourer,  aussy  pour  lui  recommander  ladite 
ville  et  l'entrctenement  des  previlèges  et  franchises  d'icelle; 
lequel  seigneur  les  rechut  et  oy  bénignement,  disant  qu'il 
avoit  intencion  de  faire  sadicte  entrée  le  lendemain  entre 
huit  et  noef  heures  du  matin  qui  estoit  ledit  jour  de  di- 
mence,  et  pour  ce  que  le  jour  estoit  sy  brief,  on  fist  hasti- 
vement  nettoyer  les  rues ,  parer  les  maisons  et  faire  aucunes 
histoires  depuis  la  porte  Sainte-Fontaine  ,  par  laquelle 
ledit  seigneur  entra,  tout  jusques  en  l'église  Nostre-Dame; 
et  allèrent  tous  les  quatre  Consaulx ,  conseilliers ,  greffiers , 
procureurs  et  autres  officiers  de  ladite  ville  à  l'encontre 
du  roy  jusques  à  ladite  porte  Sainte-Fontaine,  chacun  ung 
flambeau  ardant  en  la  main,  et  les  chiefs  de  la  loy  et 


(i)  Premièrement,  pour  la  première  fois. 

(i)  Maire,  nom  du  siège  de  la  justice  du  roi  pour  le  Tournaisis  ;  c'est 
aujourd'hui  le  faubourg  de  Maire,  hors  de  la  porte  Sept-Fontaines, 
alors  appelée  Sainte-Fontaine. 


(  51  ) 

tutres  notables  personnaiges  avec  le  premier  conseillier 
le  ladite  ville  qui  estoient  de  cheval,  widèreiit  (1)  ladite 
>orle  et  allèrent  à  l'encontre  du  roy  qu'ilz  trouvèrent 
mdit  lieu  de  Maire  auquel  par  ledit  premier  conseillier  ' 
ut  faite  une  notable  proposicion  (2).  Et  le  jour  précédent, 
>ar  son  commandement  lui  avoient  esté  présentez  les  clefz , 
le  toutes  les  portes  de  ladite  ville  (3),  et  estoit  le  roy 
ceompaignié  de  pluiseurs  princes  et  seigneurs  de  son 
oyaulme  d'Angleterre  avec  sa  garde  en  grant  nombre ,  et 
iluiseurs  seigneurs  des  pays  (4)  de  pardechà  et  tous  en 
rmes,  audevant  du  roy  entroièrent  en  ladite  ville;  et  le 
oy  estant  à  ladite  porte  Sainte-Fontaine  fut  cryé  :  Vive  le 
oy!  et  descendirent  illecq  de  leurs  chevaulx  lesdits  quatre 
hiefz  de  la  loy  de  ladite  ville  et  se  mirent  à  piet  ;  lesquelz 
vecdeux  autres  notables  bourgois  de  ladite  ville  portèrent 
n  hault ,  audessus  du  cliief  du  roy,  ung  chiel  (5)  que  la  ville 
voit  fait  faire  de  bleu  et  de  rouge  velours  (6) ,  semé  de 
eurs  de  lis  et  de  luppars  (7) ,  et  en  cest  estât  s'en  vint  le 
oy  depuis  ladite  porte  Sainte-Fontaine  tout  du  long  de  le 
rant  rue  Saint-Jacques  par  le  saingle  (8)  sur  le  marchié, 
t  par  le  rue  Nostre  Dame  jusques  à  la  grande  église  où  il 


(i)  Widèrent,  sortirent  de;  Poulrain  dit  vinrent. 
(2    Proposition,  allocution. 

(3)  Poutrain  ne  parte  ni  du  discours  adressé  au  vainqueur  ni  de  la  pré- 
natation  des  clés. 

(4)  Des  pays,  ces  deux  mots  sont  omis  dans  Poulrain. 

(5)  Chiel,  dais. 

(G)  Bleu  et  rouge.  Les  armes  de  Tournai  sont  en  champ  de  gueule  au 
îef  cousu  d'azur. 

(7)  Luppars,  léopards. 

(8)  Saingle  ou  chaingle.  Un  pâté  de  maisons  ,  de  forme  triangulaire, 
;  voit  encore  à  l'endroit  indiqué;  une  des  trois  rues  qui  le  ceignent  et 
ui  s'appelle  rue  du  Cygne ,  a  porté  tong-temps  le  nom  de  Sigle,  évi- 
emment  par  corruption  de  cingle  {cingulum,  ceinture). 


(52)  < 

fist  salutation  à  Dieu  et  à  la  glorieuse  Vierge  Marie  (1),  et 
d'illecq  s'en  alla  à  son  logis  en  la  maison  d'un  chanonne 
nommé  maistre  Simon  Huland ,  et  en  amenant  le  roy  par 
les  rues  dessus  dites ,  furent  sonnées  toutes  les  cloches  des 
paroisches  de  ladite  ville  et  furent  portez  à  double  reng 
les  torses  (2)  des  mestiers  de  ladite  ville  ,  et  après  alloient 
par  ordonnance  lesdits  quatre  Consaulx,  conseilliers  gref- 
fiers, procureurs  et  autres  officiers  de  ladite  ville,  cha- 
cun ung  flambel  ardant  en  la  main;  et  audevant  du  roy  y 
avoit  pluiseurs  princes  et  seigneurs  à  cheval,  et  après  le 
roy  venoit  sa  garde  à  piet  en  grant  nombre,  et  s'y  estoient 
la  pluspart  des  maisons  richement  parées  de  tappisseries, 
linges  et  autres  choses;  et  l'après  disner,  lesdits  chiefz  de 
la  loy  et  le  conseil  de  ladite  ville  allèrent  devers  le  roy  en 
sondit  logis,  et  à  sa  première  venue  lui  présentèrent  de 
par  ladite  ville,  six  keues  de  vin  de  Beaune,  lequel  pré- 
sent il  rechut  aggréablement  et  en  merchia  ceulx  d'icelle 
ville  (3), confirma  lesprevilègesd'icelleet  accorda  que  ladite 
ville  excersast  tousjours  sa  juridiction  comme  par  l'accord 
sur  ce  fait  il  avoit  promis;  et  quant  aux  grâces  que  ledit 
seigneur  fist,  il  eslargy  tous  prisonniers  qu'il  trouva  es 
prisons  de  ladite  ville  pour  quelque  maléfice  qui  fust,  et 
aussi  des  prisons  de  l'évesque  et  de  la  justice  de  Maire,  et 
sy  rendy  ladite  ville  à  tous  bannis  qui  le  jour  de  sadite 
première  entrée  vinrent  avec  lui  en  ladite  cité  et  qui  de- 
dens  tierch  jour  se  présenteroient  et  bailleroient  leur 
requeste,  tant  aux  registrez  pour  homicide  que  aux  ban- 


(  i)  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  Henri  VIII ,  alors  âgé  de  21  ans, 
professait  encore  la  religion  catholique  romaine;  ce  ne  fut  que  dix-huit 
ans  plus  tard  (en  i53i)  qu'il  échangea  le  titre  de  défenseur  de  la  foi 
contre  celui  de  protecteur  et  chef  suprême  de  l'église  d'Angleterre. 

(2)  Torses,  torches ,  flambeaux. 

(3)  Poutrain  ne  fait  pas  mention  du  remerciement. 


(  53) 

nis  sans  rappel,  à  tousjours,  à  ung  an,  à  trois  ans,  sons  de 
cloque,  bans  d'argent  et  de  voyaiges  quelz  qu'ilz  fussent 
et  toutdélictz  non  pugnis,  sans  rien  excepter,  saulf et  res- 
cout ceulx  qui  a  voient  commis  murdre,  trayson,  rompu 
paix,  trêves  ou  asseurances,  bouté  feux,  violé  ou  ravy 
femme  ou  femmes,  tensé  ou  composé  gens  (1),  fait  route 
ou  assemblée ,  conspiracion  ou  moriopolle  ou  autres  vilains 
cas  semblables,  enfraint  la  quarantaine  de  long  tamps  ac- 
coustumée  et  observée  *en  ladite  ville ,  par  laquelle  est 
ordonné  que  quant  aucun  débat  survient  entre  aucuns  en 
ladite  ville  (2) ,  les  amis  de  l'une  partie  ne  pevent  assaillir, 
molester  ne  injuryer  les  amis  de  l'autre  partie,  que  avant 
ne  soient  passez  quarante  jours;  et  quiconque  enfraint  ceste 
coustume,  doit  estre  justicyé  à  mort  ou  banny  perpétuele- 
ment  de  ladite  ville,  s'il  se  rend  fugitif.  » 

Le  roi  d'Angleterre  quitta  Tournai  le  1 1  octobre ,  se  diri- 
geant vers  Lille  ;  il  était  accompagné  de  Marguerite  d'Au- 
triche et  de  l'archiduc  Charles ,  son  neveu ,  qui  étaient  venus , 
avec  une  suite  nombreuse,  faire  une  visite  au  puissant  allié 
de  l'empereur  Maximilien. 

Fréd.  H, 


(i)  Tensé,  menace;  composé,  impose,  rançonné.  Poutraln  supprime 
ia  première  de  ces  deux  expressions. 

(a)  Poutrain  ajoute  ici  s'il  se  rend  fugitif,  ce  qui  ne  doit  se  trouver 
qu'à  la  fin  de  la  phrase  dont  une  pareille  transposition  change  le  sens. 
Nous  passons  sous  silence  une  foule  de  variantes  orthographiques  qui , 
sous  la  plume  de  notre  auteur,  dénaturent  le  texte  en  beaucoup  d'eu- 
droits  sans  le  rendre  plus  clair. 


(54) 


tlottC€ 


SUR    LA 


BIBLIOTHÈQUE  DE  M.  CHARLES  VAN  HULTHEM. 


M.  Van  Hulthem  (1) .  mort  à  l'âge  de  soixante-huit  ans.  a 
travaillé  pendant  plus  de  cinquante  ans  à  former  sa  biblio- 
thèque. Il  n'avait  encore  que  neuf  ans  lorsqu'il  acheta 
•son  premier  ouvrage,  du  fruit  de  ses  petites  épargnes  : 
c'était  Ylnleyding  tôt  de  alyemeene  teyhenkonst ,  door 
W.  Goeree  {Introduction  aux  arts  du  dessin).  Sur  le  feuillet 
de  garde  de  ce  livre,  il  en  a  consigné  le  souvenir  en  ces 
mo\s:C'est  le  premier  livre  que  J'aie  acheté  en  1773,  ayant 
alors  neuf  ans  :  il  a  été  suivi  d'un  nombre  considérable  d'au- 
tres ouvrages.  Son  père  lui  avait  laissé  une  bibliothèque 


(i)  Cette  notice  est  extraite  de  la  Notice  biographique  et  littéraire 
sur  M.  Ch.  Van  Hulthem  ,  insérée  pag.  I  à  LXX,  au  i.er  volume  du 
catalogue  de  sa  bibliothèque.  Ce  catalogue  jusqu'à  présent  n'étant  pas 
mis  en  vente  et  la  notice  n'ayant  été  tirée  séparément  qu'à  très-petit 
nombre ,  nous  avons  cru  faire  plaisir  à  nos  lecteurs  en  leur  donnant  cet 
extrait.  On  sait  que  depuis  la  bibliothèque  de  M.  Van  Hulthem  a  été 
acquise  par  le  gouvernement  belge  pour  la  somme  de  3^g,^oo  francs, 
et  qu'elle  doit  servir  à  former  à  Bruxelles  le  noyeau  d'une  bibliothèque 
royale. 


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(  55  ) 

peu  considérable,  ù  l'augmentation  de  laquelle  il  consacra 
successivement,  non  seulement  le  traitement  de  ses  diverses 
places,  qui  s'éleva  dans  certaines  années  de  15  à  18.000  fi\, 
mais  encore  la  plus  grande  partie  de  sa  fortune  par- 
ticulière, que  l'on  disait  assez  considérable.  Ceux  qui  ont 
connu  personnellement  ce  grand  bibliophile,  savent  qu'il 
ne  faisait  de  dépense  que  pour  ses  livres  et  qu'il  n'a- 
vait pas  d'autre  passion.  Il  était  toujours  au  courant  des 
publications  nouvelles,  et  il  ne  se  faisait  pas  de  vente  dans 
la  Belgique ,  en  Hollande ,  en  France  et  sur  les  frontières  de 
l'Allemagne,  dans  laquelle  il  ne  fît  acheter  pour  des  som- 
mes considérables ,  afin  de  compléter  l'histoire  de  chaque 
science.  De  plus,  il  était  en  correspondance  avec  des  savants 
français,  italiens,  anglais  et  allemands,  dans  le  but  d'ob- 
tenir plus  promptement  leurs  nouveaux  ouvrages. 

Insensiblement  sa  collection  réunit  tout  ce  qu'on  pouvait 
posséder  de  plus  curieux  en  imprimés,  en  manuscrits  et  en 
estampes ,  principalement  sur  l'histoire  et  la  littérature  du 
pays  (1).  La  plupart  des  raretés  cachées  jusqu'alors  dans 
les  monastères ,  celles  de  l'évêque  de  JYélis,  de  Major ,  Ser- 
vais,  Ermens,  Van  den  Block ,  Nueivens,  etc. ,  étaient  pas- 
sées entre  ses  mains.  Ses  amis  se  souviendront  toujours  que  , 
lorsqu'on  venait  à  parler  devant  lui  d'un  livre  introuvable , 
d'une  édition  douteuse,  il  laissait  dire  quelque  temps, 
donnait  à  son  sourira  une  expression  malicieuse  et  toute 
particulière ,  puis  d'un  çiir  de  satisfactien  intérieure ,  et 
avec  cet  accent  gaulois  qu'il  serait  impossible  d'imiter, 
terminait  par  ces  deux  mots  :  Je  l'ai. 

Ce  bibliomane  ne  possédait  pourtant  pas  de  bibliothèque 
proprement  dite ,  car ,  avant  qu'on  en  rédigeât  le  catalogue , 
ses  livres  n'étaient  point  classés  :  ils  restaient  déposés  dans 


(■)  Bulletin  du  Bibliophile.  Paris,  i836  ;  pag.  326-3'2b. 


(  56) 

des  caisses,  ou  empilés  dans  les  appartements  de  deux 
maisons ,  l'une  à  Bruxelles ,  l'autre  à  Gand.  Ce  nonobstant , 
il  savait  par  cœur  toutes  les  ?ichesses  dont  il  était  proprié- 
taire, et  que  Camus  admirait  déjà  en  1803.  Souvent  on  le 
surprenait  lavant  des  feuillets  jaunis ,  ou  enfin  contemplant, 
avec  une  enfantine  volupté ,  quelque  beau  torse  de  femme 
en  gravure.  C'était  là  tout  son  commerce  avec  l'autre  sexe. 
Emporté  d'un  coup  d' apoplexie  foudroyante  il  mou- 
rut sur  un  tas  de  livres,  comme  un  brave  sur  le  champ 
de  bataille....  Vers  la  fin  de  sa  vie,  il  s'était  réduit,  pour 
satisfaire  sa  passion  favorite,  et  quoiqu'il  eût  une  for- 
'  tune  assez  considérable ,  à  une  sorte  de  misère  opulente. 
Sa  maison,  sa  table  étaient  négligées ,  mais  ses  livres  se 
multipliaient.  L'or ,  le  tahis  et  le  maroquin  n'y  étaient  pas 
épargnés. 

Si  M.  Van  Hulthem  aimait  les  livres  pour  leur  contenu, 
il  ne  les  aimait  pas  moins  pour  leur  forme  extérieure  : 
aussi  la  plus  grande  partie  de  ses  exemplaires  sont-ils  de 
choix ,  parfaitement  reliés  et  dans  un  excellent  état  de  con- 
servation. On  sait  qu'aidé  de  son  fidèle  et  intelligent  do- 
mestique, Joseph,  qui  l'a  servi  pendant  28  ans,  jusqu'au 
moment  de  sa  mort,  il  a  lavé  lui-même  de  20  à  22,000 
volumes,  qui  maintenant  se  conserveront  encore  intacts 
pendant  deux  ou  trois  siècles.  Quand  l'ancienne  reliure 
était  un  peu  remarquable ,  il  faisait  remettre  le  livre  dans 
la  couverture  :  dans  le  cas  contraire,  il  lui  faisait  donner 
par  Catoir,  alors  relieur  du  roi  à  Bruxelles,  une  reliure 
toujours  en  proportion  de  l'importance  de  l'ouvrage ,  et  qui 
allait  souvent  jusqu'au  maroquin  rouge  ou  vert,  doublé 
en  tabis. 

De  1820  jusqu'en  1830,  M.  Van  Hulthem  a  fait  relier 
annuellement  pour  7  à  8000  francs,  c'est-à-dire  pour  une 
somme  de  plus  de  70,000  francs ,  ce  qu'on  n'a  su  qu'après 
sa  mort,  par  les  comptes  que  l'on  a  trouvés  dans  ses  papiers. 


(  57  ) 

Pendant  ce  laps  de  temps,  son  domestique  a  fait  environ 
300  l'ois  le  voyage  de  Bruxelles  ;  car  M.  Van  Hulthem  ne 
voulait  jamais  que  ses  livres  voyageassent  seuls,  crainte 
d'accident. 

Un  grand  nombre  de  ses  exemplaires  sont  remarquables, 
soit  par  des  armoiries  de  rois  ou  de  princes,  soit  par  des 
notes  manuscrites  et  des  signatures  d'illustres  savants,  aux- 
quels ils  ont  appartenu.  On  sait  quel  prix  les  vrais  amateurs 
attachent  à  ces  sortes  d'exemplaires  :  de  plus ,  environ  900 
volumes ,  surtout  ceux  qui  intéressent  le  pays ,  portent  sur 
leurs  gardes  de  curieuses  annotations  écrites  de  la  main 
de  leur  dernier  possesseur. 

Il  ne  put  malheureusement  jamais  mettre  en  ordre  cette 
immense  collection.  Il  avait  à  peine  fait  revenir  les  restes 
de  sa  bibliothèque  de  Bruxelles,  lorsque  la  mort  le  surprit; 
il  n'avait  alors  classé  qu'un  petit  nombre  d'ouvrages 
d'histoire  dans  une  seule  chambre.  Tout  le  reste  était  en- 
tassé pêle-mêle,  à  hauteur  d'homme,  dans  un  vaste  salon 
et  dans  quatorze  chambres ,  ou  renfermé  encore  dans  des 
caisses  depuis  25  ou  30  ans.  Pour  qu'on  pût  les  cataloguer , 
on  fut  obligé  de  faire  établir  des  rayons  de  bibliothèque 
qui  coûtèrent  6000  francs.  On  devine  facilement  quel  tra- 
vail dût  présenter  ce  premier  placement,  surtout  pour  le 
complément  des  ouvrages  dépareillés. 

Parmi  ses  reliures  les  plus  précieuses ,  on  en  remarque  de 
Derome ,  Padeloup ,  Bozérian ,  Bradel  l'aîné ,  Bisiaux ,  tous 
relieurs  célèbres"  de  Paris;  d'Ickeleir  et  de  De  Keyser, 
d'Anvers;  de  Schavye  et  de  Catoir ,  de  Bruxelles;  de 
J.  et  A.  Froding  ,  et  de  A.  Van  Rossum ,  d'Amsterdam ,  etc. 
D'autres  anciennes  reliures ,  aussi  de  luxe ,  portent  des  ar- 
moiries de  Louis  XIV,  de  Louis  XV  et  du  Dauphin  de 
France  (plus  tard  Louis  XVI) ,  du  président  De  Thou ,  de 
De  Bose ,  secrétaire  perpétuel  de  l'académie  ,  du  cardinal 
Armand  Gaston  de  Ilohan  de  Soubise ,  du  duc  d'Orléans , 


(58) 

du  cardinal  de  Brieime  deLoménie,  deColbert,  du  président 
Hénault,  de  l'évêque  Huet,  du  président  De  Cùte,  de  Papou 
de  Mancune,  de  Fleurieu ,  ministre  de  Louis  XIV,  du  cardi- 
nal prince  de  Bourbon,  de  Du  Gange,  du  chancelier  d'Agues- 
seau,  du  ministre  Turgot,  etc.  D'autres  plus  intéressantes 
pour  notre  pays .  sont  aux  armoiries  de  la  maison  d'Autri- 
che. d'Albert  et  d'Isabelle.  d'Ant.  Fugger ,  célèbre  négociant 
d'Anvers,  du  prince  Charles  de  Lorraine,  de  Cobentzl,  de 
la  maison  de  Ligne  et  d'Aremberg.  de  Marguerite  d'Autri- 
che, tante  de  Charles  V,  d'Olden  Barnevelt,  du  cardinal 
d'Alsace ,  archevêque  de  Malines ,  etc. ,  etc. 

Il  attachait  un  très-grand  prix  aux  ouvrages  portant  la 
signature  d'hommes  connus  dans  la  république  des  lettres  : 
aussi  en  a-t-il  réuni  un  bien  grand  nombre.  Il  possédait 
beaucoup  d'exemplaires  avec  les  signatures  suivantes  ,  in- 
téressantes pour  les  Pays-Bas  :  Ant.  Sanderus,  Jean  De 
Witt,  Chrétien  Huygens,  Abr.  Ortelius,  Liévin  Torren- 
tius,  H.  Goltzius,  Huydecoper.  D.  Wyttenbach,  Ph.Clichto- 
vaeus,  J.  Perizonius,  Dan.  Papenbroeck,  baron  Du  Bois  de 
Schoondorp.  La  Serna  Santander ,  Chr.  Plantin,  Raphelen- 
gius,  Verhoeven,  Aub.  Mirœus,  Anna  Maria  van  Schuur- 
man,  Fr.  £wertius,  André  Schot,  Ant.  Triest,  Lauwerin, 
de  Bruges,  Clusius,  H.  Boerhaave,  H.  Cliffort,  H.  C.  Cras, 
J.  M.  Kemper,  président  C.  Wynants,  Jean  Meursius,  Justus 
Ryckius,  président  de  Neny,  M.me  \\  yttenbach,  née  Gallie, 
Pierre  Gillis  (iEgidius) ,  G.  Gevarlius ,  Dom.  Lampsonius. 
de  Bruges,  etc.,  etc.  Pour  la  France  et  tes  autres  pays  de 
l'Europe,  nous  trouvons  les  célébrités  suivantes  :  le  peintre 
David,  Malesherbes,  défenseur  de  Louis  XIV,  Pingre, 
Etienne  Baluze,  L.  Langlès.  général  de  Pommereuil.  l'abbé 
Le  Blond,  président  De  Thou,  A.  V.  Arnauld,  Anquetil 
Duperron,  Kock,  auteur  de  l'histoire  des  révolutions  en 
Europe,  Joli.  Schweighœuser,  A.  G.  Camus,  J.  Bernouilli, 
Grégoii-e.  ancien  cvèque  de  î3lois.  J.  J.  Casaubon,  Gabr. 


(  59  ) 

Brotier,  J.  D.  Sehoepflin,  A.  Valesius,  Gabr.  et  Guili. 
Fabricius,  Guill.  Gambden  ,  Thomas  Astle,  F.  Creuzer, 
P.  Lambecius,  Jacopo  Morelli,  Philibert  de  la  Mare,  M.me 
De  Staël,  Paeciaudi,  leP.Affo,  J.  B.Gence,  J.Boileau,  docteur 
de  Sorbonne ,  Jean  Racine ,  Hans  Sloane ,  Vaillant ,  etc. ,  etc. 

Ce  qui  est  plus  intéressant  encore ,  ce  sont  les  ouvrages 
annotés  à  la  main  par  des  hommes  connus.  Parmi  ceux 
qui  appartiennent  à  cette  catégorie,  nous  remarquerons, 
pour  les  Pays-Bas,  les  noms  suivants  :  Daniel  Heinsius, 
Samuel  Pitiscus,  J.-B.  Verdussen ,  Paquot,  Foppens,  P.  Bur- 
mann  junior,  P.  Francius,  le  bollandiste  Ghesquière,  Mois, 
d'Anvers,  Rutgerus  Tapperus,  docteur  de  Louvain,  Jacq. 
Goyers,  chanoine  de  Malines,  P.  Wierdsma,  surnommé 
le  Salomon  de  la  Frise,  Ermens,  G.Meerman,  le  comman- 
deur C.  F.  de  Nieuport,  Mathieu  Verheyden,  peintre  à 
La  Haye,  F.  G.  Verhoeven,  Jaerens,  héraut  de  l'ancien  Bra- 
bant,  Jean  Molanus,  etc.  Pour  les  autres  pays  nous  trou- 
vons :  Bossuet(l),  Adr.  Valesius,  De  la  Lande,  DeLambre. 
A.  G.  Camus,  d'Ansse  de  Villoison,  l'abbé  de  Saint-Léger. 
Basan,  T.  T.  De  Murr ,  le  cardinal  Jérôme  Alexandre, 
L.  C.  Valkenaer,  l'évêque  Huet,  l'abbé  Rive,  J.-Christ.  von 
Aretin,  Titon  du  Tillet,  J.  J.  Oberlin,  Houard,  La  Harpe,  le 
célèbre  philantrope  Howard ,  etc. 

M.  Van  Hulthem  a  fait  graver,  pour  placer  en  tête  de 
ses  livres,  cinq  espèces  de  vignettes,  avec  son  nom  :  deux 
de  ces  vignettes  portent  aussi  son  titre  de  président  de  la 
société  de  botanique  de  Gand,  auquel  il  tenait  plus  qu'à 
tous  les  autres.  La  première,  qui  est  aussi  la  plus  belle,  fut 


(i)  N.°  i363  du  catalogue:  J.  B.  Bossuet ,  évesque  de  M  eaux , 
Maximes   et  rèjlect Ions  sur  la  comédie.   Paris,  i Cg4-   in- 12.   v.  ec. 

«Cet  exemplaire,  dit  en  note  M.  Van  Hulthem,  était  destiné  à  une 
nouvelle  édition.  Les  changements  et  les  retranchements  sont  de  la 
main  de  Bossuet.  » 


(60) 

gravée  en  1806  par  E.  De  Ghendt ,  de  S. '-Nicolas,  d'après  le 
dessin  de  B.  Duvivier,  de  Bruges;  elle  représente  l'Etude, 
dans  un  cabinet  de  travail  %  orné  de  tous  les  attributs  des 
diverses  connaissances  humaines,  avec  cette  épigraphe  : 
Omnes  artes,  quœ  ad  humanitate?n  pertinent,  habent  com- 
mune quoddam  vinculum.  Gic.  11  a  payé  cette  vignette 
60  louis  :  ce  prix  paraîtrait  exagéré,  si  l'on  ne  savait  com- 
bien M.  Van  Hulthem  aimait  à  encourager  les  artistes. 

La  seconde,  gravée  par  A.  Cardon,  de  Bruxelles,  d'après 
A.  Lens,  d'Anvers,  nous  montre  Minerve  assise,  tenant 
d'une  main  une  palme  et  de  l'autre  une  couronne.  On  lit 
au-dessous  :  Secundas  res  ornât,  adcersis  perfugium  ac 
solatiumprœbet.  Dans  sa  troisième  vignette,  il  a  choisi  pour 
emblème  une  bibliothèque,  au  milieu  de  laquelle  domine 
le  buste  de  cet  immortel  Erasme  dont  il  était  l'un  des  ad- 
mirateurs les  plus  ardents  :  elle  est  gravée  par  Jouvenel,  de 
Gand,  d'après  le  dessin  de  l'architecte  F.  T.  Suys,  de  Nieu- 
port,  et  porte  pour  épigraphe  ces  mots  célèbres  d'Erasme, 
Chap.  I,  Ep.  12  :  Libri  voca ti  pr œsto  sunt ,  invocati  non  in- 
gerunt  sese ,  jussi  loquuntur ,  injussi  tacent ,  secundis  in 
rébus  moderantur ,  consolantùr  in  afflictis ,  cum  fortuna 
minime  variantur.  La  quatrième ,  gravée  par  Ch.  Onghena , 
de  Gand ,  représente  d'après  la  belle  médaille  que  Braemt , 
aussi  de  Gand,  a  gravée  pour  la  société  d'agriculture  de 
la  même  ville,  la  tête  de  Gérés,  avec  cet  exergue  :  Ex  libris 
Car.  Van  Hulthem  soc.  reg.  agricult.  et  botan.  Gand. 
2)rœsidis.  Elle  est  entourée  d'une  riche  guirlande  formée 
de  rieurs  et  de  fruits ,  de  la  composition  de  T.  F.  Suys. 
La  cinquième  enfin  ,  renferme  dans  une  guirlande  de 
fleurs  et  de  fruits  cet  éloge  de  l'agriculture ,  emprunté  à 
Cicéron  :  Nihil  est  agricultura  melius,  nihil  homine ,  nihil 
libero  dignius. 

Il  aimait  singulièrement  à  recueillir  les  ouvrages  qui 
portent  les  vignettes  des  premiers  bibliophiles  de  la  Bel- 


(  61   ) 

gique,  auxquels  il  avait  voué  une  sorte  de  culte  :  il  possé- 
dait beaucoup  d'exemplaires  qui  ont  appartenu  aux  ama- 
teurs suivants  :  H.  J.  De  Rega,  docteur  en  médecine,  à 
Louvain,  mort  en  1754-  J.  F.  Foppens,  mort  en  1761; 
C.  F.  Custis,  mort  en  1762;  L.  Bosch,  prêtre  de  l'oratoire,  à 
Louvain,  en  1765;  Guill.  Smils,  récollet  d'Anvers,  en 
1770;  J.  B.  Verdussen,  d'Anvers,  en  1773;  Fr.  Mois,  de  la 
même  ville,  en  1791;  Van  Paffenrode,  aussi  d'Anvers, 
en  1793-  Pierre  van  Reysschoot,  de  Gand,  en  1795;  Henri 
Van  den  Block,  curé  de  S.,e  Gudule,  àBruxelles,  en  1807; 
G.  J.  De  Servais,  àMalines,  même  année;  comtesse  d'Yve, 
à  Bruxelles,  en  1814;  Ch.  L.  Van  Bavière,  dans  la  même 
ville,  en  1815;  J.  P.  Baudewyns,  aussi  à  Bruxelles,  en 
1817;  J.  F.  Van  de  Velde,  à  Beveren  (Flandre  orientale), 
mort  en  1823;  J.  B.  Lauwers,  à  Anvers,  en  1825. 

Quand  un  amateur  mourait,  sans  avoir  fait  exécuter  sa 
vignette,  M.  Van  Hulthem  se  chargeait  de  ce  soin  :  c'est 
ainsi  que  tous  les  exemplaires  qui  ont  appartenu  à  Reys- 
schoot, son  premier  maîire,  à  Jérôme  De  Bosch,  d'Amster- 
dam, mort  en  1811,  à  Baudewyns  et  à  Lauwers,  ont 
des  vignettes  imprimées  à  ses  frais. 

M.  Van  Hulthem  aimait  tant  ses  livres,  qu'il  en  avait 
partout,  jusque  dans  son  salon  et  dans  sa  salle  à  manger 
la  table,  sur  laquelle  il  prenait  son  modeste  dîner,  en  était 
couverte  et  à  peine  y  avait-il  place  pour  étendre  une  ser- 
viette; l'alcove  même,  dans  lequel  il  couchait,  en  était  en- 
combrée. Il  craignait  si  fort  la  fumée  et  la  poussière  pour 
ses  livres,  qu'il  ne  voulut  jamais  de  feu  dans  sa  chambre, 
même  pendant  les  hivers  les  plus  forts.  Dans  les  dix  derniè- 
res années  de  sa  vie,  lorsque  le  froid  était  trop  intense,  et 
qu'étant  au  lit,  il  éprouvait  de  la  peine  à  se  réchauffer,  il 
se  faisait  mettre  sur  les  pieds  un  de  ses  in-folios.  Le  livre  de 
prédilection  qu'il  avait  choisi  à  cet  effet,  était  :  C.  Barlœi 
rerum  per  octennium  in  Brasilia  et  alibi  aestarum ,  sub 


(  62  ) 

prœfcctura  co??ritis  J.  Mauritii,  '  Nassoviœ  principes, 
historia.  Amst. ,  1647,  in-folio  relié  en  parchemin.  Nous 
avons  déjà  dit  qu'à  Paris,  en  1795,  au  milieu  delà  famine, 
quoiqu'étant  sans  pain  depuis  plusieurs  jours,  il  s'était  oc- 
cupé à  recueillir  six  grandes  caisses  de  livres.  Pendant 
l'hiver  rigoureux  de  1825,  on  le  vit  revenir  en  diligence 
du  fond  de  la  Hollande:  il  avait  oublié  son  manteau,  et 
tenait  sur  ses  genoux,  avec  une  opiniâtre  persévérance, 
deux  .magnifiques  volumes  in-4.°.  qu'il  n'avait  pas  osé, 
crainte  qu'ils    ne  se    frottassent,  déposer  dans  sa  malle. 

Ces  détails  de  bibliophile  sont  plus  que  suffisans;  nous 
aurions  pu  citer  une  foule  d'anecdotes  qui  prouveraient 
quel  amour  M.  Van  Hulthem  éprouvait  pour  ses  livres,  et, 
par  suite,  la  parfaite  conservation  dans  laquelle  ils  se  trou- 
vent. Car,  à  l'exception  d'une  vingtaine  de  volumes,  per- 
cés de  balles  lors  de  l'attaque  du  Parc,  en*  1830,  et  quel- 
ques autres  de  peu  d'importance  qui  ont  souffert  d'un  trop 
long  séjour  dans  des  caisses,  tous  les  autres  sont  de  beaux 
exemplaires. 

La  bibliothèque  de  M.  Van  Hulthem ,  y  compris  les  ma- 
nuscrits, s'élève  après  de  32,000  numéros,  ce  qui  donne 
environ  64.000  volumes,  d'après  le  calcul  ordinaire  de 
deux  volumes  par  numéro,  l'un  portant  l'autre. 

n  est  encore  important  de  remarquer  que  cette  pré- 
cieuse bibliothèque  est  la  plus  complèie .  pour  tout  ce  qui 
concerne  le  pays,  qu'aucun  gouvernement  ou  particulier 
ait  jamais  réunie  en  Belgique,  et  qu'il  serait  impossible 
aujourd'hui,  avec  une  somme  de  500,000  francs,  et 
trente  ans  de  travail  et  de  peines,  d'en  créer  une  sem- 
blable, parce  que  M.  Van  Hulthem  a  formé  sa  collection 
des  débris  de  celles  des  couvents  et  des  abbayes,  non  seule- 
ment des  Pays-Bas,  mais  encore  de  la  France. 

Un  extrait  du  voyage  imprimé  du  savant  Camus,  en 
1803.  nous  fera  connaître  ce  qu'était  déjà  la  bibliothèque 


(  63  ) 

de  M.  Van  Hulthcm  ù  cette  époque  (1),  et  la  réputation 
dont  elle  jouissait  aux  yeux  des  étrangers  : 

«  La  bibliothèque  du  citoyen  Van  Hulthem  mérite  elle- 
même  d'être  comptée  parmi  les  plus  belles  bibliothèques 
particulières.  Je  ne  m'arrêterai  pas  sur  les  parties  qui  sont 
communes  chez  tous  les  amateurs  éclairés;  collections 
d'auteurs  classiques,  collections  de  monuments  histori- 
ques, etc. ,  etc.  Ce  qui  est  propre  à  cette  bibliothèque ,  c'est 
une  nombreuse  collection  d'ouvrages  sur  l'histoire  de  la 
Belgique.  Tout  ce  qui  a  trait  à  cette  histoire,  dans  quelque 
langue  que  ce  soit ,  y  est  rassemblé  :  des  collections  rares 
et  complètes  de  mémoires  d'académies,  notamment  d'aca- 
démies hollandaises,  tels  que  ceux  des  sociétés  de  Harlem 
d'Utrecht,  de  Rotterdam,  de  la  littérature  hollandaise  de 
Leyde,  de  l'académie  des  sciences  de  Vlissingue,  et  d'autres 
sociétés  littéraires  ;  de  la  société  de  médecine  d'Anvers ,  de 
la  société  de  médecine  de  Bruxelles:  les  mémoires  couron- 
nés par  l'académie  de  Bruxelles,  etc.  :  ensuite  une  autre 
collection  également  considérable  d'ouvrages  sur  l'histoire 
littéraire  et  la  bibliographie;  les  premiers  livres  imprimés 
à  Gand  :  une  collection  d'estampes,  riches  en  premières 
productions  de  la  gravure  et  en  belles  épreuves  d'estampes 
de  graveurs  de  l'école  flamande  ;  enfin ,  quelques  manus- 
crits relatifs  à  l'histoire  et  à  la  législation  de  la  Belgique , 
et  particulièrement  de  la  ville  de  Gand;  des  recueils  inté- 
ressants, et  en  grande  partie  manuscrits,  acquis  à  la  vente 
delà  bibliothèque  de  Mercier,  abbé  de  Saint-Léger,  entre 
autres  un  exemplaire  de  l'Histoire  de  l'imprimerie ,  par 
Prosper Marchant,  considérablement  augmenté  dénotes  par 
Marchant  lui-même,  copiées  sur  le  manuscrit  original  qui 


(i)  Voyage  dans  les  tlépurtemens  nouvellement  réunis,  par  A.  G. 
Camus,  membre  d«j  l'institut  national,  etc.  Paris,  i8o3.  2  vol.  iu-iG. 
Voyez  vol.  II ,  ring.  \-x^  et  suivantes. 


(  64  ) 

est  à  la  bibliothèque  de  Leyde:  X  Onomasticon  de  Saxius, 
avec  un  grand  nombre  de  notes  et  de  corrections  par  Mer-* 
cierj  la  correspondance  de  Mercier  avec  Crevenna  et  le 
Suédois  Bjornstal,  etc.  » 

Tel  était  l'état  où  cette  bibliothèque  se  trouvait  déjà  en 
1803.  Depuis  il  n'y  a  pas  eu  une  vente,  surtout  en  Bel- 
gique, où  elle  n'ait  fait  de  nombreuses  et  importantes 
acquisitions.  Jamais  M.  Van  Hulthem  n'a  revendu  ou  cédé 
un  seul  livre;  aussi  a-t-il  souvent  jusqu'à  trois  ou  quatre 
exemplaires  des  livres  les  plus  rares.  Le  nombre  de  ceux 
qu'il  a  donnés  est  fort  minime  :  nous  ne  connaissons  que 
MM.  Braemt  et  Onghena,  tous  deux  graveurs,  qui  aient' 
reçu  de  lui  en  cadeau  quelques  ouvrages  sur  l'art  de  la 
gravure. 

Ce  serait  un  fort  long  travail  que  d  enumérer  seulement 
les  principaux  livres  très-rares  et  très-précieux  rassemblés 
dans  sa  bibliothèque  :  l'amateur  saura  bien  les  reconnaître 
en  feuilletant  les  cinq  volumes  du  catalogue  imprimé.  Nous 
nous  contenterons  de  jeter  un  coup-d'œil  rapide  sur  l'en- 
semble des  parties  les  plus  riches. 

Nous  remarquerons  d'abord  la  collection  qui  traite  des 
arts,  des  sciences,  des  lettres  et  de  l'histoire  de  la  Belgique. 
On  sait  combien  M.  Van  Hulthem  aimait  son  pays  et  il  a 
réuni  tous  les  ouvrages  qui  y  avaient  rapport  directement 
ou  indirectement.  On  peut  dire  qu'il  possédait  dans  sa 
bibliothèque  tout  livre  où  il  était  fait  mention  d'un  Belge, 
n'importe  en  quel  pays  ce  livre  ait  paru.  Non  seulement 
M.  Van  Hulthem  avait  recueilli  tout  ce  qu'il  y  avait  de 
mieux  en  ce  genre ,  dans  les  collections  les  plus  connues 
du  pays ,  telles  que  celles  de  l'évêque  de  Nélis ,  de  l'abbé 
Ghesquière,  de  Van  den  Blocli,  d'Ermens,  de  Servais, 
de  Neuwens,  de  Gasparolij  de  Brasseur,  de  la  comtesse 
d'Yve,  de  Meerman,  etc.,  mais  il  a  eu  le  bonheur  de  se 
procurer    à  l'étranger  plusieurs  ouvrages  de  cette  caté- 


(  65  ) 

gorie,  si  rares  qu'on  ne  les  avait  Jamais  possédés  dans 
ces  collections,  déjà  fort  riches.  Souvent  même  il  compte 
deux  ou  trois  exemplaires  de  livres  d'une  telle  rareté  que 
beaucoup  d'amateurs  n'avaient  jamais  pu  les  voir. 

Nous  citerons  principalement  ensuite  les  collections  sur 
les  sciences  et  les  beaux-arts ,  telles  que  sur  l'histoire  des 
mathématiques,  de  la  musique  ,  de  la  botanique  ancienne 
et  moderne,  surtout  dans  ses  rapports  avec  la  Belgique,  de 
la  peinture,  de  la  sculpture,  etc.  ;  les  livres  de  luxe  à  estam- 
pes, la  numismatique  de  tous  les  pays,  l'iconographie,  etc. 

La  division  des  belles-lettres  n'est  pas  moins  riche,  sur- 
tout sous  le  rapport  de  la  collection  d'auteurs  grecs  et  latins 
des  éditions  les  plus  estimées,  telles  que  celles  des  Vctrio- 
rum,  des  Aides,  des  E/zevirs  et  des  Barbou,  et  sous  celui 
de  la  philologie,  des  collections  académiques,  des  facéties 
et  des  livres  singuliers.  Sa  collection  des  Plantins  est  la  plus 
complète  que  l'on  connaisse  dans  le  pays.  Un  seul  exem- 
ple, pris  dans  les  polygraphes  latins,  prouvera  la  richesse 
de  la  bibliothèque  de  M.  Van  Hulthem.  En  1827  ou  en 
1828,  l'université  de  Louvain  ayant  proposé  l'éloge  de 
Louis  Vives,  célèbre  écrivain  espagnol,  mort  à  Bruges  au 
commencement  du  XVI.0  siècle,  ceux  qui  voulurent  traiter 
cette  question  ne  trouvèrent  dans  toutes  les  bibliothèques 
publiques  de  la  Belgique  que  deux  ou  trois  des  traités  sé- 
parés de  cet  illustre  savant ,  mais  nulle  part  ses  œuvres  com- 
plètes :  aussi  la  question  ne  fut  pas  résolue.  Aujourd'hui 
la  bibliothèque  de  M.  Van  Hulthem  est  encore  la  seule  qui 
possède  ces.  œuvres  complètes,  et  elle  en  possède  quatre 
exemplaires,  parmi  lesquels  se  trouve  celui  de  la  meil- 
leure édition,  en  8  volumes,  qu'il  fit  venir  directement 
de  Florence.  Voyez  son  catalogue,  tome  II,  n.°  13,375  à 
13,379. 

Une  grande  division,  l'une  des  plus  complètes,  est  celle 
qui  renferme  l'histoire  générale .  et  particulière,  les  grands 

5 


(66  ) 

voyages,  la  géographie,  l'histoire  littéraire,  la  bibliogra- 
phie, l'histoire  de  l'imprimerie  et  la  biographie. 

Il  est  généralement  connu  que  M.  Van  Hulthem  possé- 
dait dans  sa  bibliothèque  presque  toutes  les  premières  édi- 
tions des  livres  imprimés  dans  les  Pays-Bas,  dont  quelques- 
uns  tels  que  la  Bible  des  pauvres,  le  Spéculum  humanœ 
salvationis,  se  vendent  seuls  jusqu'à  plusieurs  milliers  de 
francs.  Voyez  son  catalogue  N.0*  190.  191,  192,  etc. 

La  notice  sur  les  manuscrits  trouvera  sa  place  en  télé  du 
sixième  volume  du  catalogue  qui  leur  sera  consacré. 

A.  Voisro. 


(  07  ) 


2lnalîj0C0  critiqxtC0  ï>'©uurage0. 


Reisaert  de  Vos,  episch  fabeldicht  van  de  twaelfde  en 
dertiende  eemo ,  met  aenmerkingen  en  ophelderingen 
van  i.  F.  Willems.  Gent,  F.  en  C.  Gyselynck,  1836; 
in-8.°,  XI  et  352  pages,  avec  13  lithographies. 

Depuis  la  renaissance  des  lettres  jusqu'au  temps  où  la 
littérature  française  et  avec  elle  l'influence  des  opinions 
modernes  s'étendirent  sur  l'Europe,  on  n'avait  cessé,  du- 
rant environ  300  ans ,  de  fouiller  dans  les  ruines  de  l'Italie 
et  de  la  Grèce.  Les  savants  de  tous  les  pays  avaient  pris 
part  à  ces  travaux ,  et  c'est  des  débris  recueillis  par  eux  de 
la  civilisation  et  de  la  littérature  de  deux  grands  peuples , 
qu'ont  été  composées  peu  à  peu  et ,  pour  ainsi  dire ,  pièce 
par  pièce  notre  civilisation  et  nos  littératures  modernes. 

Vers  la  fin  du  siècle  dernier,  la  France,  qui  avait  d'abord 
confondu  dans  son  admiration  le  siècle  de  Louis  XIV  avec 
celui  d'Auguste ,  mais  qui ,  dominée  de  plus  en  plus  par 
le  génie  de  ses  propres  écrivains,  s'était  accoutumée  in- 
sensiblement à  n'admirer  plus  que  ce  qu'elle  lisait,  et  ne 
voyait  déjà  même  le  siècle  de  Louis  XIV  que  dans  le  loin- 
tain ,  derrière  les  grandes  figures  de  Voltaire  et  de  Rousseau , 
se  déclara  tout-à-coup  indépendante  des  anciens  comme 
de  tout  le  reste ,  et  présenta ,  pour  les  remplacer ,  à  l'Eu- 
rope qu'elle  voulait  convertir,  ses  poètes,  ses  philosophes, 
ses  orateurs  et  ses  historiens;  et  elle  vint  bientôt  achever 


(68) 

comme  puissance  politique,  la  révolution  qu'elle  avait 
commencée  comme  puissance  littéraire.  Si  l'on  n'adopta 
pas  précisément  sa  littérature,  on  adopta  assez  générale- 
ment ses  principes  et  l'on  suivit  en  grande  partie  son 
exemple  (1).  L'Italien,  l'Espagnol,  l'Anglais  jetèrent  un 
regard  autour  d'eux  et  crurent  être  également  assez  riches 
de  leur  propre  fonds,  pour  pouvoir  se  passer  des  Grecs  et 
des  Latins.  En  effet ,  on  les  avait  si  bien  pillés ,  qu'on  était 
excusable  de  croire  qu'il  restait  peu  de  chose  à  prendre. 
La  Hollande  et  l'Allemagne  elle-même  subirent  quelque 
temps  cette  influence  ;  mais  où  elle  régna  sans  limite,  ce  fut 
dans  la  Belgique.  Habituée ,  depuis  plusieurs  siècles ,  à  obéir 
plutôt  à  une  volonté  étrangère  qu'au  sentiment  de  sa  na- 
tionalité, ayant  oublié  jusqu'à  sa  langue,  elle  devint, 
surtout  sous  ce  dernier  rapport ,  entièrement  française ,  et 
nulle  part ,  si  l'on  excepte  la  France  même ,  l'étude  de  l'an- 
tiquité ne  fut  plus  complètement  mise  de  côté  que  dans 
notre  pays. 

Comme  toute  opinion  qui  passe  dans  la  société  et  y 
exerce  une  influence  plus  ou  moins  durable,  doit  contenir 
nécessairement  quelque  chose  de  vrai,  nous  pouvons  croire 
que  tout  n'était  pas  erreur  dans  cette  nouvelle  manière 
d'apprécier  les  langues  anciennes  et  les  connaissances 
qu'elles  supposent.  Il  est  même  très-facile  de  prouver  qu'il 
n'y  a  eu  qu'exagération  :  on  a  proscrit  ce  que  l'on  devait 
se  contenter  de  ne  pas  encourager.  On  n'était  plus  au  XVF 


(i  )  J'aurais  peut-être  dû  dire  seulement  qu'on  fit  comme  elle  et  à-peu- 
près  à  la  même  époque.  Je  ne  voudrais  pas  paraître  exagérer  l'influence 
que  les  Français  ont  exercée  sur  les  nations  voisines,  ni  attribuer  à  ce 
peuple,  ce  qui  probablement  se  serait  tout  aussi  bien  fait  sans  lui; 
mais  pour  échapper  ici  à  tout  reproche,  il  m'eût  fallu  ou  me  taire  sur 
cette  matière,  ou  me  résoudre  à  écrire  un  volume.  Jai  préféré  généra- 
liser un  peu  trop,  que  d'ennuyer  le  lecteur,  en  me  reposant  du  reste  sur 
son  bon  sens. 


(69  ) 

siècle;  le  grec  et  le  latin  ne  devaient  plus  être  cultivés 
comme  s'il  n'y  avait  point  eu  d'autres  langues  (et  ils  avaient 
cessé  de  l'être  ainsi  depuis  long-temps);  mais  on  devait 
encore  moins  chercher  à  éteindre  le  foyer ,  auquel  notre 
jeune  Europe  a  allumé  le  flambeau  qui  l'éclairé. 

Les  peuples  sentent  leurs  besoins  comme  les  individus, 
et  cet  instinct  est  chez  eux  d'autant  plus  sûr,  qu'il  se  dé- 
veloppe à  la  fois  et  de  la  même  manière  dans  des  millions 
d'individus ,  par  l'action  qu'exercent  sur  chacun  d'eux  les 
circonstances  extérieures,  qui  seules  rendent  ces  besoins 
réels.  Or  un  besoin  c'est  le  manque  de  quelque  chose ,  et 
comme  ce  qui  manque  à  un  peuple,  ne  lui  manque  que 
parce  que  le  contraire  existe  chez  ce  peuple,  son  instinct 
le  porte  à  s'attaquer  d'abord  à  ce  qui  est ,  pour  faire  place 
à  ce  qui  doit  être.  Mais  toutes  les  choses  contraires  ne  sont 
pas  contraires  dans  tous  leurs  rapports,  et  bien  souvent 
ce  que  l'on  détruit ,  est  composé  en  partie  des  mêmes  élé- 
ments qui  doivent  compléter  ce  par  quoi  on  le  remplacera. 
Alors  celui  qui  détruit  tout,  détruit  trop.  Il  recule  le  but 
au  lieu  de  l'avancer ,  et  quelquefois  détruit  irréparable- 
ment et  par  avance  ce  qui  devait  naître  de  la  destruction. 

Le  grec  et  le  latin,  comme  langues,  comme  moyen  de 
communication  entre  les  vivants,  avaient  lait  leur  temps, 
et  c'eût  été  une  folie  de  les  recommander  comme  telles. 
Mais  ces  langues  n'avaient  pas  fait  leur  temps  encore  comme 
instruments  de  perfectionnement,  comme  terme  de  com- 
paraison, comme  dépositaires  des  idées  et  des  sentiments 
de  deux  grandes  civilisations,  et  comme  étant  le  résumé 
de  l'humanité  antérieure,  et  peut-être  la  clé  qui  doit  ouvrir 
un  jour  la  barrière  qui  nous  sépare  encore  du  vieil  Orient. 

On  est  donc  allé  trop  loin  en  les  proscrivant ,  et  l'on  n'a 
pas  tardé  à  s'en  apercevoir.  Il  y  avait  dans  ces  littératures 
modernes  un  grand  vide ,  que  ne  pouvaient  remplir  ni  les 
événements  politiques,  quelque  importants  qu'ils  aient  été  > 


(  70) 

ni  l'imagination  de  ceux  qui  se  mêlaient  d'écrire.  L  ima- 
gination, quoiqu'on  en  dise,  orne,  mais  ne  crée  pas;  et 
les  événements  politiques  avaient  encore  trop  de  réalité 
et  trop  peu  d'illusion,  pour  pouvoir  fournir  seuls  aux 
besoins  littéraires.  Il  restait  l'industrie  5  mais  les  idées  nou- 
velles en  industrie  comme  en  politique,  sont  trop  maté- 
rielles pour  être  littéraires,  et  d'ailleurs  trop  pressées  de  se 
répandre ,  pour  qu'elles  aient  le  temps  de  se  dégager  de 
leurs  chiffres.  D'un  autre  côté ,  on  n'avait  plus  pour  mo- 
dèles que  des  copies,  et  charger  dut  s'appeler  mieux  faire. 
La  vue,  concentrée  dans  un  espace  trop  étroit,  devint 
myope  :  on  ne  vit  plus  que  les  détails.  Les  objets  eux- 
mêmes  virent  leurs  proportions  réduites  avec  l'horison, 
et  si  quelques-uns  avaient  conservé  une  certaine  grandeur, 
on  ne  pouvait  pas  se  mettre  à  distance  pour  les  juger.  Les 
critiques  se  sont  efforcés  d'expliquer,  par  je  ne  sais  quelles 
causes,  la  sécheresse  et  la  stérilité  de  la  littérature  fran- 
çaise sous  l'Empire  ;  je  viens  d'en  indiquer  la  seule  cause 
véritable,  et  je  n'en  borne  point  les  effets  à  l'Empire  seul, 
ni  même  à  la  France. 

Toutes  les  facultés  de  L'homme  sont  bornées,  même  sa 
pensée ,  et  ne  le  sont  pas  seulement  de  leur  nature ,  mais 
encore  par  toutes  sortes  de  causes  extérieures.  C'est  ce  qui 
fait  que  quelques  hommes  nous  paraissent  avoir  devancé 
leur  siècle.  En  effet ,  il  entre  dans  toute  civilisation  et  dans 
chaque  époque  marquante  d'une  civilisation,  un  certain 
nombre  d'idées  premières,  caractéristiques,  dont  quelques 
hommes  extraordinaires  s'emparent  et  qui  se  développent 
sous  leur  main  jusques  dans  leurs  dernières  conséquences, 
mais  derrière  lesquelles  le  génie  lui-même  ne  voit  plus 
lien.  Quand  la  littérature  en  a  parcouru  le  cercle,  elle 
doit  ou  s'arrêter,  c'est-à-dire  reculer,  ou  le  recommencer 
de  nouveau  .  et  l'on  sail  qu'une  littérature  ne  recom- 
mence pas. 


(  71  ) 

Après  avoir  donc  épuisé  tout  le  fond  de  notre  civili- 
sation .  après  l'avoir  tourné  et ,  si  je  puis  m'exprimer  ainsi , 
remanipulé  de  raille  manières,  d'abord  chacun  à  la  sienne, 
un  peu  plus  tard  à  la  manière  des  autres,  tous  se  faisant 
tour  à  tour  Italiens,  Espagnols,  Français,  Anglais  et  en 
dernier  lieu  Allemands,  sans  autre  résultat  que  d'avoir 
faussé  toutes  les  langues ,  on  s'est  senti  las  de  répéter  des 
idées  que  l'on  rencontrait  partout,  et  ne  pouvant  anticiper 
sur  l'avenir,  on  a  de  nouveau  tourné  ses  regards  vers  le 
passé. 

Mais  le  temps  qui  doit  remettre  l'antiquité  en  honneur 
n'est  pas  encore  venu  ;  on  s'est  arrêté  au  moyen-âge. 
C'est  la  synthèse  qui  a  succédé  à  l'analyse.  Après  avoir 
étudié  le  monde,  on  étudie  le  chaos,  et  l'on  y  retrouve 
les  mêmes  éléments ,  moins  l'ordre.  Car  notre  civilisation 
est  aussi  la  continuation,  le  développement  et,  si  l'on  veut, 
le  débrouillement  du  moyen-âge.  Mélange  confus  de  cent 
peuples  divers ,  qui  sont  venus  y  amalgamer  leur  sang ,  leurs 
langues ,  leurs  institutions  et  leurs  mœurs ,  il  nous  a  légué 
quelque  chose  de  tout  cela.  S'il  ne  nous  a  point  légué  une 
littérature,  c'est  qu'une  littérature  est  toujours  le  résumé 
d'une  civilisation,  et  le  moyen-âge  n'avait  été  destiné  qu'à 
voir  périr  l'une  par  l'autre  et  s'ensevelir  ensemble  l'an- 
cienne civilisation  du  Midi  et  la  barbarie  du  Nord,  et  à 
recueillir,  autour  de  leur  commun  tombeau,  les  premiers 
éléments  d'une  civilisation  nouvelle. 

Ainsi  c'est  le  besoin  d'idées,  d'idées  nouvelles  ou  renou- 
velées, la  satiété,  l'ennui  qui  nous  ont  jetés  dans  le  moyen- 
âge.  Il  eût  été  étonnant  que  dans  ces  temps  de  merveilles, 
où  chaque  jour  procure  à  nos  sens  presqu'autant  de  sur- 
prises que  de  sensations,  l'âme  seule  fût  restée  endormie 
au  milieu  de  plaisirs  depuis  long-temps  usés. 

On  ne  doit  point  entendre  ce  qui  vient  d'être  dit,  comme 
si  antérieurement  déjà  on  ne  s'était  occupé  de  ces  recher- 


(  72  ) 

ches  sur  les  premiers  temps  de  notre  civilisation.  Certes  les 
savants  d'aujourd'hui  ont  trouvé  partout  sur  leur  route 
des  devanciers  dignes  d'eux.  Les  Baluze  les  Bu  Gange,  les 
Leibnitz  n'ont  pas  à  craindre  que  leurs  noms,  qui  y  sont 
inscrits  partout,  s'effacent  jamais.  Ils  y  ont  laissé  des  traces 
trop  fortement  empreintes,  pour  qu'un  jour  on  puisse 
oublier  qu'ils  y  ont  passé;  mais  c'étaient  là  des  exceptions. 
De  nos  jours ,  cette  étude  est  devenue  générale.  Autrefois 
elle  était  pour  un  petit  nombre  d'esprits,  trop  vastes  pour 
pouvoir  se  contenter  des  idées  de  leur  siècle,  ou  placés 
hors  de  leur  siècle,  comme  les  Bénédictins,  qui  n'étaient 
eux-mêmes  qu'un  reste  survivant  du  moyen-àge.  Alors  elle 
était  exclusivement  pour  la  science,  aujourd'hui  elle  ap- 
partient déjà  à  la  littérature  et  à  l'art  ;  elle  appartient  à 
notre  siècle. 

C'est  la  marche  constante  de  l'humanité  dans  son  dé- 
veloppement. Des  essais  isolés  préparent  les  travaux,  ou 
comme  on  l'appelle  plus  communément, l'esprit  de  chaque 
époque.  Quand  ces  essais  se  sont  multipliés,  la  littérature 
s'empare  de  cet  esprit  naissant  et  lui  donne  ces  formes 
qui  doivent  inspirer  le  peintre,  le  sculpteur  et  le  musicien. 
Alors  il  règne,  il  est  revêtu  de  gloire  et  de  puissance.  Il 
a  son  trône  dans  le  palais  des  rois,  ses  autels  dans  les  tem- 
ples de  Dieu  même.  Biais  bientôt  il  se  répand  dans  les 
masses  et  descend  dans  tous  les  rangs  de  la  société.  Devenu 
populaire,  il  quitte  les  temples  et  les  palais.  Le  marbre 
qui  ornait  le  salon  du  riche  devient  plâtre;  le  magnifique 
tableau,  s'est  fait  une  image  grossière ,  pour  orner  la  che- 
minée du  pauvre,  et  les  notes  harmonieuses  qui  avaient 
été  applaudies  dans  les  théâtres,  retentissent  dans  les  cafés 
et  dans  les  rues. 

Ainsi  les  idées  qui  doivent  animer  une  époque  et  en  for- 
mer comme  le  caractère,  se  développent  peu  à  peu  sous 
toutes  les  formes  qu'elles  sont  susceptibles  de  recevoir  entre 


,    (  73  ) 

les  mains  du  savant,  du  littérateur  et  de  l'artiste.  C'est  par 
eux  qu'elles  se  répandent  dans  le  peuple.  Apôtres  étemels 
de  l'humanité,  ils  ont  comme  les  apôtres  duXhrist,  le  don 
des  langues  et  des  miracles.  Par  eux  les  aveugles  voient, 
les  sourds  entendent  ;  les  idées  deviennent  visibles  et  pal- 
pables et  se  communiquent  à  l'homme  par  tous  ses  sens. 
Dès  ce  moment  elles  ont  fait  leur  temps,  les  arts  n'ont 
plus  rien  à  leur  demander  ni  à  leur  donner,  et  elles  ces- 
sent d'être  littéraires,  parce  qu'elles  sont  devenues  tri- 
viales. 

C'est  là  le  grand  désavantage  qu'auront  toujours,  comme 
élément  littéraire ,  les  idées  prises  dans  la  société  actuelle , 
parce  qu'elles  sont  essentiellement  vulgaires.  C'est  moins 
un  présent  qu'on  fait  à  son  époque,  qu'un  emprunt,  et 
il  faut  plus  que  du  talent,  presque  plus  que  du  génie,  pour 
en  payer  l'intérêt.  Aussi  voyez  combien  peu  a  duré,  je  ne 
dirai  pas  ici  le  règne,  mais  la  vogue  littéraire  des  idées 
françaises,  depuis  qu'on  a  fait  divorce  avec  l'antiquité. 
Combien  vite  ce  fond,  dont  on  était  si  fier  et  qui  paraissait 
inépuisable,  s'est  trouvé  épuisé.  Déjà  pour  trouver  du  neuf 
on  a  parcouru  le  bagne  et  la  morgue,  on  a  remué  le  sang 
et  la  boue ,  et  c'est  peut-être  en  fouillant  dans  les  tombeaux 
et  dans  les  oubliettes  qu'on  a  percé  dans  le  moyen-âge. 

En  sera-t-il  de  même  de  celui-ci?  je  ne  le  pense  pas.  Des 
matériaux  amassés  durant  mille  ans  ne  s'épuisent  pas  comme 
le  produit  d'un  siècle.  On  est  loin  encore  de  connaître 
tout  ce  qu'il  renferme,  et  ce  ne  sera  que  quand  ses  ruines 
seront  déblayées,  quand  les  lettres  et  les  arts  les  auront 
toutes  interrogées,  décrites,  dessinées,  qu'on  laissera  de 
nouveau  le  temps  y  accumuler  sa  poussière. 

Je  pourrais  en  dire  autant  de  l'antiquité ,  à  laquelle  on 
reviendra;  autant  des  recherches  sur  les  langues  et  les  mo- 
numents orientaux.  Car  là  aussi  on  mesure  déjà  le  terrain 
et  l'on  plante  çà  et  là  quelques  jalons,  qui  doivent  diriger 


(  74  ) 

la  marche  des  explorateurs  à  venir;  mais  plus  d'un  lecteur 
trouvera  que  ce  n'est  déjà  ici  que  trop  d'étalage  philoso- 
phique à  l'occasion  du  vieux  poème  flamand  qu'on  vient  de 
publier  et  auquel  toutes  ces  réflexions  paraîtront  passable- 
ment étrangères.  D'autres  y  découvriront  peut-être  le  rap- 
port que  j'ai  cru  y  remarquer  moi-même,  mais  ils  trouve- 
ront ces  réflexions  trop  vagues ,  trop  générales  et  peut  être 
même  incohérentes.  Il  est  vrai  que  les  bornesqui  me  sont  pres- 
crites ont  exclu  les  exemples  et  les  détails,  et  ne  m'ont  pas 
permis  de  signaler  par  des  phrases,  la  liaison  qui  existe  entre 
les  idées ,  ni  le  passage  des  unes  aux  autres.  Mais  on  excuse- 
rait plus  facilement  ces  défauts,  qu'on  ne  me  pardonnerait 
d'avoir  mal  apprécié  l'importance  de  l'étude  du  moyen- 
âge.  Je  proteste  donc  que  je  suis  loin  de  prétendre  que 
nous  n'avons  pas  autre  chose  à  chercher  dans  cette  étude, 
qu'un  remède  à  notre  ennui ,  un  peu  plus  de  variété  dans 
nos  plaisirs  littéraires  et  artistiques ,  ou  même  la  connais- 
sance des  éléments  dont  s'est  formée  notre  société  actuelle; 
l'origine  de  nos  institutions,  de  nos  mœurs  et  de  nos  usa- 
ges; des  Chartres,  des  privilèges:  les  causes  d'une  liberté  et 
d'une  prospérité  toujours  passagères  et  suivies  souvent  de 
longues  années  de  misère  et  d'assujétissement;  certes  nous 
y  trouvons  tout  cela,  mais  nous  Belges  surtout,  outre  ces 
jouissances  et  cette  instruction,  nous  y  trouvons  encore  au 
milieu  de  la  vie  tumultueuse  de  nos  pères,  de  grands  exem- 
ples de  vertu,  de  courage  et  de  dévouement,  exemples  do- 
mestiques ;  comme  les  appelaient  les  anciens,  qui  ne  reste- 
ront pas  stériles.   Nous  y  retrouvons   les  preuves  d'une 
nationalité  que  nous  nous  étions  laissé  contester,  et,  avec 
elle,  une  langue  que  nous  avions  méconnue  et  oubliée. 
Ah!  c'était  une  langue  surtout  que  nous  avions  à  rede- 
mander au  moyen-âge ,  car  au  lieu  d'une  langue  nous 
n'avions  plus  qu'un  jargon  hybride,  nous  avions  désappris 
celle  que  nos  pères  nous  avaient  léguée,  simple  et  énergique 


(75) 

comme  eux,  riche  et  fertile  comme  le  sol  sur  laquelle  elle 
était  née.  Par  une  punition  ordinaire  et  juste,  nous  avions 
perdu  à  la  fois  notre  langue  et  notre  nationalité ,  et  l'étran- 
ger avait  eu  raison  de  nous  dire  :  vous  n'êtes  pas  un  peuple. 

Mais  ce  temps  est  passé.  Il  est  vrai  que  c'est  en  partie  aux. 
étrangers  eux-mêmes  que  nous  devons  d'avoir  retrouvé  les 
titres  de  notre  propre  bien,  mais  la  Belgique  aussi  ne  se 
manquera  pas  à  elle-même.  Non  seulement  des  hommes 
instruits  et  amis  de  leur  pays  s'occupent  avec  ardeur  de 
déterrer  et  de  tirer  de  l'oubli  les  anciens  monuments  de 
notre  langue  et  les  premiers  essais  d'une  littérature  étouffée 
dans  son  enfance ,  mais  dont  l'enfance  même  a  été  marquée 
par  des  chefs-d'œuvre  ;  non  seulement  nos  artistes  se  mon- 
trent jaloux  de  consacrer  par  leurs  talents  le  souvenir  de 
la  gloire  de  nos  ancêtres,  tandis  que  partout  dans  nos  villes 
les  restes  du  moyen-âge ,  que  le  temps  et  les  hommes  ont 
épargnés,  sont  restaurés  et  préservés  d'une  destruction  to- 
tale; mais  le  public  comprend  ce  qu'on  fait ,  il  s'y  intéresse 
et  y  applaudit,  et  le  gouvernement  assez  éclairé  pour  y  voir 
la  preuve  et  la  source  de  notre  nationalité  et  lier  de  con- 
tribuer à  l'avenir  qu'elle  nous  prépare ,  seconde  tous  ces 
travaux  et  les  encourage  par  son  exemple. 

La  publication  de  nos  chroniques  nationales  est  une 
entreprise  digne  d'un  gouvernement  qui  ne  craint  pas  les 
souvenirs  de  notre  ancienne  liberté,  ni  la  comparaison  trop 
souvent  injuste  du  passé  avec  le  présent.  C'est  à  ce  même 
zèle  qui  l'anime  pour  tout  ce  qui  intéresse  notre  gloire  na- 
tionale, que  nous  devons  l'acquisition  et  la  publication  du 
livre  dont  nous  allons  nous  occuper.  On  sait  que  le  seul 
Ms.  complet  que  l'on  connaisse  du  Reinaert  flamand,  après 
avoir  appartenu  à  la  Hollande  jusqu'en  1827,  passa  à  cette 
époque  en  Angleterre  et  fut  acquis  par  notre  gouvernement 
au  mois  de  février  1836 ,  à  la  vente  des  livres  de  M.  Richard 
Héber,  pour  à  peu  près  4000  francs,  cl  devint  ainsi  la  pro- 


(  76  ) 

priété  de  la  Belgique.  On  sait  aussi  que ,  bientôt  après,  le Ms. 
fut  confié  à  M.  Willems  pour  être  publié  :  et  cette  détermi- 
nation, ainsi  que  le  choix  de  l'éditeur,  sont  une  nouvelle 
preuve  de  l'importance  que  le  gouvernement  a  attaché  à 
cette  acquisition.  11  ne  s'est  pas  agi  pour  lui  d'enrichir  la 
bibliothèque  de  Bourgogne  d'un  manuscrit  unique,  mais 
il  a  senti  qu'il  était  temps  enfin  que  la  Belgique  cessât  d'être 
tributaire  de  la  Hollande  et  de  l'Allemagne  pour  ses  pro- 
pres ouvrages ,  et  que  le  seul  moyen  de  leur  faire  obtenir 
dans  leur  pays  natal  l'estime  que  n'a  pu  leur  refuser  l'é- 
tranger, c'était  de  les  publier  lui-même.  D'un  autre  côté, 
de  tous  les  Belges  qui  vivent  aujourd'hui,  M.  Willems 
est  certainement  celui  qui  a  rendu  le  plus  de  services  à 
notre  langue,  et,  à  part  ses  connaissances  spéciales,  qui  le 
mettaient  mieux  en  état  que  personne  de  se  bien  acquitter 
de  cette  tâche ,  la  reconnaissance  seule  voulait ,  autant  que 
l'intérêt  de  la  chose  même ,  qu'on  invitât  le  premier  de  nos 
littérateurs  à  attacher  son  nom  au  premier  de  nos  monu- 
ments littéraires. 

Si  nous  devons  beaucoup  aux  travaux  de  Grimm ,  de 
Moue,  de  Hoffmann,  de  Massmann  et  de  Meyer,  qui  ont 
bien  voulu,  depuis  quelques  années,  s'occuper  de  notre 
littérature,  et  se  charger  de  la  publication  d'ouvrages  fla- 
mands dont  l'existence  même  nous  était  en  quelque  sorte 
inconnue,  il  est  peut-être  vrai  de  dire,  qu'avec  tous  leurs 
efforts,  soutenus  souvent  d'une  érudition  réellement  éton- 
nante, ils  n'ont  réussi  qu'à  nous  convaincre  que,  pour  bien 
comprendre  nos  anciens  poèmes,  il  ne  faut  pas  seulement 
connaître  notre  langue,  mais  la  sentir,  et  être  né  dans  le 
pays  même  où  jadis  elle  a  fleuri.  La  langue  est  aussi  un 
instinct  qui  se  transmet  avec  la  vie  et  se  modifie  avec  les 
accidents  du  sol  et  du  climat,  mais  ne  se  communique  pas 
par  la  voix  d'un  maître,  ni  ne  s'apprend  dans  des  livres. 

Ainsi  grâces  au  zèle  de  notre  gouvernement  et  à  l'activité 


(  77  ) 

du  savant  éditeur  de  Van  Heelu  et  du  Reinaert,  l'héritage 
de  nos  pères  ne  passera  plus  dans  des  mains  étrangères,  et 
nous  n'avons  plus  à  craindre  le  reproche  que  nous  faisait 
encore  il  y  a  deux  ans  M.  Grimm,  à  l'occasion  de  notre 
Reinaert  même,  dont  il  regrettait  de  n'avoir  pu  se  pro- 
curer une  copie  :  Zioar  geht  dièse  alte  dichtung  zunaechst 
die  Belgier  an,  doc  h  wer  hat  bei  ihnen  seit  j akrJmnderten 
anhaeng lickeit  und  theilnahme  fur  ihre  muttersjirache  ge- 
troffen? Innerste  selbstvergessenheitraccht  sich  allerenden  : 
aus  dieser  schônen gegend ,wo  immittelalter auchdie poésie 
wohnte,  ist  sie  lange  schon  fortgezogen  und  etitivichen. 

Il  se  présentera  peut-être  une  meilleure  occasion  de 
rechercher  les  causes  et  surtout  les  effets  de  cet  oubli  de 
notre  langue  et  de  nous-mêmes,  que  le  savant  Allemand 
ne  nous  reprochait  malheureusement  encore  alors  qu'avec 
trop  de  raison  ;  maintenant  il  est  temps  que  nous  passions 
à  l'examen  du  livre  dont  M.  Willems  vient  de  nous  faire 
présent.  Nous  nous  occuperons  d'abord  de  l'édition  comme 
édition,  c'est-à-dire  de  ce  qui  est  du  fait  de  l'éditeur  ;  un  se- 
cond article  contiendra  nos  observations  sur  le  texte  même. 

Tout  le  fond  de  la  fable  du  Renard  était  connu  depuis 
long-temps,  tant  par  le  Reinaert  en  prose  flamande,  imprimé 
pour  la  première  fois  en  1479,  à  Gouda,  par  Van  Leeu,  et 
ensuite  à  Délit  en  1485  (1),  que  par  la  traduction  en  vers 
bas-saxons  imprimée  d'abord  à  Lubeck  en  1498,  et  réim- 
primée depuis  plusieurs  fois.  Une  version  en  prose  bas- 
allemande  avait  eu  aussi  de  nombreuse  éditions.  Il  existait 
également  quelques  extraits  du  Renard  français.  Ce  ne  fut 
qu'en  1812  que  Graeter  publia  à  Breslau  dans  son  Odina 
und  Teutona  les  3474  premiers  vers  du  Reinaert  flamand . 


(i)  Suhl  fit  reproduire  exactement  l'édition  de  Delft,  en  1783,  à 
Lubeck;  et  Budding  a  fait ,  il  y  a  quelques  anne'es,  la  même  chose  pour 
la  première,  en  Hollande. 


(  78  ) 

dont  on  avait  jusques-là  ignoré  l'existence,  ou  plutôt  que 
l'on  croyait  perdu;  car  la  prose  de  Van  Leeu  avait  conservé 
un  grand  nombre  de  rimes  (disjecti  memhra  poetae) ,  qui 
trahissaient  la  forme  primitive  de  l'ouvrage,  et ,  d'un  autre 
côté,  Van Wyn  avait,  dès  avant  1800,  découvert  un  frag- 
ment de  1 038  vers  appartenant  à.  la  dernière  partie ,  c'est- 
à-dire,  à  la  continuation  du  poème. 

En  1834 ,  M.  Grimm ,  dans  son  Reinhart  Fùchs,  en  donna 
une  seconde  édition  plus  correcte,  d'après  le  même  Ms.  de 
Comburg  dont  s'était  servi  Graeter,  et  y  joignit  le  fragment 
de  Van  Wyn  mentionné  plus  haut,  dont  le  professeur  Ty- 
deman  àLeyde  lui  avait  envoyé  une  copie.  Il  y  joignit  aussi 
bon  nombre  de  notes  très-savantes. 

Comme  on  savait  depuis  1825  qu'il  existait  à  Amsterdam 
unMs.  du Reinaert  flamand,  comprenant  7816  vers(I),  qui 
selon  toute  apparence,  devaient  renfermer  toute  la  suite 
du  poème,  on  se  doute  bien  que  ce  ne  fut  point  la  faute  de 
M.  Grimm ,  s'il  dut  se  borner  à  n'en  donner  qu'un  frag- 
ment, mais  celle  de  ses  correspondants  hollandais,  qui  ne 
purent  on  ne  voulurent  point  lui  en  procurer  une  copie. 
Cependant  à  l'époque  où  M.  Grimm  publia  son  livre,  le 
Ms.  hollandais  était  déjà  passé  en  Angletterre,  et  il  n'exis- 
tait en  Hollande  que  les  copies  qu'en  avaient  fait  faire  MM. 
Groebe  et  ïen  Broeke  Hoekstra  ;  celle  du  dernier,  déposée 
aux  archives  de  l'Institut  royal  à  Amsterdam,  est,  dit-on, 
toute  préparée  pour  l'impression  (2). 


(i)  M.  Grimm  croyait  que  le  Ms.  d'Amsterdam  ne  contenait  que 
7747  vers,  et  que  par  conse'quent  il  n'en  manquait  plus  dans  son  édition 
que  32oo,  au  lieu  de  33o4  qu'il  en  manque  réellement. 

(2J  Dernièrement  "M.  Tydeman  a  été  chargé  de  faire  sur  ce  travail 
un  rapport  dont  nous  ignorons  les  conclusions  et  le  résultat.  Mais  nous 
venons  de  voir  un  Prospectus  publié  par  M.  De  Groebe  au  commence- 
ment de  Tannée  1 836,  dans  lequel  ce  savant  annonçait  la  publication 


(  79  ) 

Comme  mon  but  n'est  pas  de  donner  dans  cet  article 
l'histoire  littéraire  du  Renard  (aussi  bien  ne  pourrais-je 
que  copier  ce  qu'en  ont  dit  M.  Grimm  et  M.  Willems,  dont 
les  savantes  recherches  ont  éclairci  tous  les  points  suscep- 
tibles de  l'être),  ce  court  aperçu  suffira  pour  faire  connaître 
quels  sont  les  secours  que  l'éditeur  du  Reinaert  a  trouvé 
dans  ses  devanciers. 

On  devait  s'attendre  qu'aidé  de  ces  différentes  publica- 
tions et  ayant  en  outre  à  sa  disposition  tous  les  travaux  des 
savants  allemands  que  nous  avons  nommés  plus  haut,  ainsi 
que  les  recherches  des  Huydecoper,  des  Clignett,  des 
Bilderdyk  et  de  tous  les  collecteurs  de  Glossaires,  depuis 
Kiliaen  jusqu'à  nos  jours ,  un  homme  aussi  versé  que  l'est 
M.  Willems  dans  les  écrits  de  nos  anciens  poètes  et  poète 
lui-même,  éditeur  déjà  d'un  ouvrage  considérable  de  la 
même  époque  et  traducteur-poète  de  la  première  partie 
de  l'ouvrage  même  qu'il  allait  maintenant  publier,  muni 
d'ailleurs  d'un  Ms.  aussi  précieux ,  nous  donnerait  une  édi- 
tion qui  ne  laissât  presque  rien  à  désirer  tant  sous  le  rap- 
port de  l'exactitude  et  de  la  correction  du  texte  et  de  l'or- 
thographe, qu'en  ce  qui  regarde  les  explications  et  les 
éclaircissements.  Et  c'est  ce  que  M.  Willems  a  fait  en  effet. 
Il  a  su  profiter  de  tout  ce  qu'il  y  avait  de  bon  dansGraeter 
et  dans  Grimm ,  et  par  la  comparaison  de  l'ancienne  prose 
et  du  Reineke  avec  l'original  dont  ils  sont  issus ,  il  est  par- 
venu à  rétablir  le  texte  en  une  infinité  d'endroits  et  àéclair- 
cir  un  grand  nombre  de  passages  qui  seraient  peut-être 
encore  long-temps  restés  inintelligibles. 


prochaine  du  Reinaert.  Le  prix  était  fixé  à  4  fi-  et  la  liste  de  souscrip- 
tion devait  se  fermer  le  3o  mai  i836.  L'acquisition  du  Ms.  original  par 
notre  gouvernement,  et  l'ordre  qui  fut  donné  aussitôt  de  le  publier,  ont 
seuls  empêché  l'exécution  du  projet  de  M.  Groebe. 


(  80  ) 

Mais  s'il  ne  fallait  pour  faire  ce  qu'à  fait  M.  Willems  rien 
mions  que  cet  apparat  que  nous  venons  d'énumérer  et  les 
connaissances  grammaticales ,  historiques  et  topographi- 
ques qu'il  possède  si  largement,  avouons  aussi  que,  pour  en 
tirer  tout  le  parti  possible ,  il  fallait ,  même  à  M.  Willems , 
un  peu  plus  de  temps  qu'il  n'en  a  employé  à  terminer  son 
édition.  On  sait  que  le  Ms.  ne  lui  fut  remis  que  dans  le 
courant  du  mois  de  mai ,  et  qu'avant  la  fin  du  mois  d'août 
l'ouvrage  était  déjà  mis  en  vente.  Nous  n'avons  pu  nous 
dissimuler ,  en  le  parcourant ,  qu'il  se  ressent  un  peu  de  la 
précipitation  avec  laquelle  il  a  été  publié ,  et  qu'excuse  à 
peine  la  crainte  qu'on  pouvait  avoir  d'être  prévenu  par  les 
Hollandais.  Nous  ne  pouvons  du  moins  attribuer  à  une 
autre  cause  le  petit  nombre  de  taches  qui  le  déparent  en- 
core, et  qu'un  peu  plus  de  soin  pouvait  faire  disparaître. 
Mais  ceci  appartient  à  un  autre  article ,  et  il  est  temps  que 
nous  passions  à  la  description  de  l'ouvrage  même  dont 
nous  avons  à  rendre  compte. 

Le  volume  entier  de  LXVII  et  356  pages  in-S.° ,  se  com- 
pose :  I.°  d'une  préface,  pag.  V-XI;  —  il.°  d'une  intro- 
duction, pag.  XII-LXVII;  —  III.°  du  texte,  accompagné 
de  notes  et  de  variantes,  pag.  1-286;  —  IV.0  d'un  appen- 
dice ,  comprenant  quelques  contes  et  proverbes  flamands 
ayant  rapport  au  sujet  du  poème,  et  un  extrait  de  1556 
vers  du  Renard  français,  pag.  302-339;  —  V.°  d'une  table 
de  matières  et  d'un  glossaire ,  suivis  d'un  errata ,  p.  339-356. 
Il  contient  en  outre  treize  vignettes  fort  bien  exécutées, 
et  ornées  chacune  d'un  fac-similé  du  Ms.  hollandais. 

1°.  La  préface ,  après  nous  avoir  fait  connaître  les  noms 
des  savants  qui  se  sont  occupés  depuis  dix  ans  de  la  fable 
du  Renard  et  le  plan  que  M.  Willems  a  cru  devoir  suivre 
dans  son  édition ,  nous  apprend  que  le  texte  du  Bis.  qui  lui 
a  été  confié,  diffère  d'un  bout  à  l'autre  de  celui  du  Ms.  qui 
avait  servi  aux  éditions  de  Graeter  et  de  Grimm ,  et  lui  est 


(  81   ) 

de  beaucoup  inférieur,  comme  étant  bien  moins  correct  et 
d'une  date  beaucoup  plus  récente  (1). 

Par  respect,  dit  M.  Willems,  pour  ce  qui  était  plus  an- 
cien et  meilleur,  j'ai  cru  devoir  prendre  pour  base  de  mon 
édition  les  3474  premiers  vers  publiés  par  Grimm ,  en  pla- 
çant sous  ce  texte,  dans  des  colonnes  séparées,  les  variantes 


(i)  Le  premier  paraît  avoir  été  e'erit  au  commencement  du  XIVe 
siècle,  tandis  que  celui  dont  s'est  servi  M.  Willems  est  tout  au  plus 
<lu  commencement  du  siècle  suivant.  Le  fragment  trouvé  par  Van  Wyn 
était  de  1 4^5  ou  plutôt  de  1477,  si  j'entends  bien  les  vers  qui  se  trou- 
vent à  la  fin  : 

Dit  boec  is  ghescreuen  in  dien  tiden 

Doe  men  schreef  MCCCCLXXV  en  twe  iden, 

Op  onser  Vrouwen  avont  in  den  oest 

God  moet  wesen  onser  aire  troest.  Amen. 

M.  Grimm,  de  qui  je  les  emprunte,  dit  :  Dièse  zeitrechnung  is  mir 
unlclar;  soll  idus  hier  auchfûr  1 5  tage  oder  einen.halben  monat  stehen 
diirfen  ,  so  weiss  ich  nicht  was  oest  d.  i.  ôst ,  ôgst  (august)  soll  und 
unser  frauen  abend  (der  25  merz)?  Vermutlich  ist  unser  frauen 
himmelfahrt  (i5  aug.)  gemeint.  Certes,  il  ne  s'agit  ici  que  de  la  fête 
de  l'Assomption  qui  tombe  le  i5  août,  mais  le  mot  ide  n'a  jamais 
signifié  i5  jours,  mais  bien  le  i5e  jour,  et  deux  ides  ne  pourraient  , 
tout  au  plus,  signifier  que  deux  jours  quelconques  entre  les  nones  et 
les  ides.  Mais  twe  Iden  sont  ici  tout  simplement  deux  II,  c'est-à-dire 
deux  années.  Il  est  même  probable  que  les  deux  vers  ont  été  primi- 
tivement écrits  ainsi  : 

Dit  boec  is  geschreven  in  dien  tijen  (ou  tien) 
doe  men  screef  MCCCCLXXV  en  twe  lien; 

c'est-à-dire,  doe  men  screef  MCCCCLXXVII.  Car  il  est  absurde  de 
supposer  que  toutes  les  subscriptions  des  anciens  Mss.  soient  du  fait  du 
dernier  copiste.  Il  se  peut  aussi  que  l'erreur  ne  provienne  que  du 
copiste  employé  par  M.  Tydemann  ,  ou  même,  en  admettant  que  la 
première  leçon  soit  vraie,  lien  peut  avoir  été  changé  eu  iden  pour  la 
rime.  Mais  je  regarde  ceci  comme  bien  moins  probable,  quoique  les- 
copistes,  quand  ils  se  font  poètes,  prennent  souvent  bien  d'autres 
libertés.  Je  trouve  une  faute  presque  pareille  dans  cette  autre  subscrip- 
tion  placée  à  la  fin  du  Rymbybel  de  Van  Maerlant,  et  citée  par  M.  Wil- 
lems, Verhand.,  etc. ,  I ,  pag.  i56,  d'après  le  superbe  Ms.  qu'il  possède  : 

6 


(  82  ) 

du  Ms.  hollandais.  Mais  la  différence  des  deux  textes  était 
tellement  grande .  les  variantes  tellement  nombreuses,  que 
j'ai  été  obligé ,  pour  ne  pas  donner  les  deux  textes  en  entier, 
de  négliger  les  différences  les  moins  importantes  d'ortho- 
graphe et  de  construction ,  et  de  ne  donner  comme  variante, 
que  ce  qui  était  un  changement  véritable  et  réel,  ou  ce  qui 


Nu  hoort,  ic  ben  wel  seker  das, 
Na  die  gheboornis[se]  van  ons\en\  hère, 
TVaest  XII  hondert  jaer  eh  mère 
LXX  ende  in  een  ghegaen. 

11  est  évident  qu'il  faut  lire  :  LXX  ende  een  inghegaen,  c'est-à-dire 
septaute-et-un  commencé;  savoir  il  était  le  25  du  mois  de  mars:  die 
achtende  halende  van  Aprille.  Ayant  eu  l'occasion  de  consulter  le  Ms. 
même,  j'ai  pu  m'assurer  que  la  faute  est  ancienne;  le  Ms.  qui  est  du 
XIVe  siècle  porte  clairement  in  een  ghegaen,  à  telles  enseignes  que  in 
est  écrit  in ,  avec  une  barre  sur  \*n,  comme  dans  tout  le  reste  du  Ms., 
ce  que  l'on  peut  regarder  comme  une  singularité  assez  remarquable. 
J'avertirai  encore  en  passant  qu'il  a  de  même  été  commis  une  erreur 
dans  la  date  apposée  à  la  fin  du  roman  De  Jcinder  van  Limborch ,  et 
que,  de  plus,  les  vers  qui  la  renferment  ont  été  mal  compris  par  M. 
Hoffmann,  Horae  Belg. ,  p.  67.  De  deux  dates  bien  distinctes,  celle  où 
l'ouvrage  fut  commence  et  celle  où  il  fut  terminé ,  il  n'en  fait  qu'une  , 
en  soustrayant  l'une  de  l'autre.  Voici  les  vers  : 

Die  hi  begonste  in  dien  tide 
Dat  men  screef  ons  heren  jaer 
IIII.C  dat  es  waer 
.XX.  men  en\de~\  .XL.  ;  —  gheent , 
Als\e\  men  den  daet  gesereven  vent 
Van  der  gheborten  ons  heren , 
Die  Maria  droech  met  eren, 

.XVIII.*  [jaer]  en[de]  .XVII 

Op  Sente  Sebastiaens  dach , 
Die  doe  op  enen  vridach  gelach. 

Begonste  et  gheent  et  toute  la  suite  du  sens  indiquent  clairement  une 
double  date.  Mais  quelles  dates?  je  crois  qu'il  faut  lire:  .XIIIIC..LXXX. 
men  (minder)  en  XI,  c'est-à-dire  MCCCIX;  et  pour  l'autre  date  : 
XIII.C  eh  XVIII;  et  qu'il  travailla  neuf  ans  à  son  poème. 


(  83  ) 

me  paraissait  être  de  quelque  utilité  pour  la  connaissance 
de  notre  ancienne  langue. 

La  plupart  des  lecteurs,  particulièrement  ceux  de  notre 
pays,  ne  pourront  que  savoir  gré  à  M.  Willems  d'avoir 
adopté  ce  système;  mais  il  est  douteux  qu'il  obtienne  éga- 
lement l'approbation  des  savants  étrangers,  qui  possèdent 
déjà  l'une  ou  l'autre  des  premières  éditions  et  auxquels  il 
serait  infiniment  plus  agréable  de  pouvoir  comparer  en- 
semble les  deux  textes  d'un  bout  à  l'autre.  Il  nous  est  ar- 
rivé plus  d'une  fois  à  nous-mêmes,  en  parcourant  le  livre 
de  M.  Willems,  de  nous  voir  abandonnés  par  les  variantes, 
au  moment  que  nous  voulions  apprécier  une  leçon  un  peu 
douteuse,  ou  saisir  la  suite  d'une  phrase  un  peu  embarrassée, 
et  de  regretter,  par  conséquent,  de  n'avoir  pas  devant  nous 
une  copie  fidèle  du  Ms. 

Si  M.  Willems  avait  reproduit  exactement  te  Ms.  hollan- 
dais, au  lieu  de  suivre  l'édition  de  M.  Grimm ,  nos  lecteurs 
belges,  comme  je  viens  de  le  dire,  qui  n'ont  pas  l'ouvrage 
de  ce  savant,  y  auraient  perdu  peut-être,  mais  il  nous 
semble  que  le  livre  même  y  aurait  beaucoup  gagné.  Il  y 
aurait  eu  plus  d'harmonie  entre  les  différentes  parties  et  un 
ton  de  style  et  de  langage  à  peu  près  égal  du  commence- 
ment jusqu'à  la  fin;  tandis  que  du  système  suivi  par  l'édi- 
teur, ilestrésulté  deux  ouvrages  d'une  couleur  entièrement 
différente. 

Il  est  vrai  que  cette  différence  ne  provient  pas  seulement 
de  l'état  actuel  des  Mss. ,  mais  que ,  comme  M.  Willems  nous 
le  dit  dans  cette  même  préface  et  le  prouve  au  long  dans 
son  introduction,  la  compositon  même  de  ces  deux  parties 
appartient  à  des  époques  différentes.  La  première  partie  est 
duXIP  siècle,  tandis  que  l'autre  est  du  XIIIe;  et  il  était  bien 
difficile,  pour  ne  pas  dire  impossible,  qu'aucune  combi- 
naison effaçât  entièrement  la  différence  de  couleur  qui 
devait  en  résulter.  Car  la  versification  même  de  ces  deux 


(  84  ) 

parties  ne  se  ressemble  pas.  Non  seulement  les  rimes  de  la 
seconde  sont  beaucoup  moins  exactes,  mais  les  vers  aussi 
sont  en  général  d'une  ou  de  deux  syllabes  plus  longs  que 
ceux  de  la  première,  môme  en  les  prenant  dans  le  Ms. 
hollandais.  Bien  plus,  M.Willems,  en  divisant  l'ouvrage  en 
deux  livres  dont  le  premier  renferme  la  partie  ancienne 
et  l'autre  la  continuation,  a ,  par  cette  division,  qu'autori- 
sait l'économie  même  du  poème,  corrigé  en  grande  partie 
le  défaut  que  nous  venons  de  signaler.  Déjà  l'auteur  du 
Reineke  bas-saxon  avait  donné  l'exemple  de  cette  division. 
Chez  lui  aussi ,  tout  ce  qui  répond  à  la  première  moitié  du 
Reinaert  flamand,  forme  un  livre,  et  le  reste,  quoique 
partagé  en  trois  autres  livres ,  aurait  dû,  au  jugement  de 
M.  Grimm,  pag.  CLXVII,  se  réunir  en  un  seul.  Nous  ne 
pouvons  donc  en  cela  qu'approuver  la  manière  de  voir  de 
M.  Willems,  tout  en  regrettant  de  n'avoir  pasleMs.  hollan- 
dais en  entier. 

Le  reste  de  la  préface  rend  compte  des  libertés  que 
M.  Willems  a  cru  pouvoir  se  permettre ,  pour  nous  donner 
une  édition  non-seulement  plus  complète,  mais  aussi  plus 
critique  que  celles  que  nous  possédions.  Muni  des  secours 
que  nous  avons  indiqués  plus  haut,  M.  Willems  ne  s'est  pas 
contenté  de  corriger  les  fautes  commises  par  les  copistes, 
qui  avaient  défiguré  et  transposé  un  grand  nombre  de  vers, 
mais  il  en  a  même  suppléé  plusieurs  qui  avaient  été  omis 
entièrement.  Comme  l'éditeur  a  eu  soin  d'indiquer  exacte- 
ment chacun  de  ces  changements,  et  d'enfermer  entre  des 
crochets  les  mots  et  les  vers  qui  sont  de  lui ,  nous  ne  dirons 
rien  ici  d'un  système  qui  a  été  si  funeste  aux  auteurs  an- 
ciens, mais  nous  nous  réservons  d'examiner  en  son  lieu 
jusqu'à  quel  point  ces  additions  et  ces  changements  ont  été 
ou  nécessaires  ou  heureux.  Avouons  toutefois  que  le  but  qu'il 
s'était  proposé,  de  donner  à  la  Belgique  un  livre  qu'elle  pût 
lire  avec  plaisir,  ne  lui  permettait  guère  de  laisser  subsister 


(  85  ) 

dans  le  texte  des  fautes  et  des  lacunes  qui  auraient  pu  en 
rendre  l'intelligence  difficile.  Dès  qu'il  ne  s'agissait  plus 
de  donner  au  monde  savant  une  reproduction  rigoureuse 
du  Ms.  qu'on  venait  d'acquérir  (sauf  à  indiquer  dans  les 
notes  les  corrections  et  les  conjectures  de  l'éditeur) ,  le  sys- 
tème adopte  par  M.  Willems  était  le  seul  raisonnable,  et  la 
critique  n'a  plus  à  s'enquérir  que  de  l'exécution. 

Bien  plus  grandes  ont  été  les  libertés  que  M.  Willem  â  a 
prises  par  rapport  à  l'orthograplie.  Celle  du  Ms.  hollan- 
dais est  extrêmement  irrégulière,  et  même  souvent  absurde. 
Elle  appartient  d'ailleurs  à  un  dialecte  particulier,  qui  ne 
paraît  pas  avoir  été  celui  du  dernier  copiste,  puisque  dans 
les  vers,  où  il  révèle  son  nom  (1),  il  suit  une  orthographe 
un  peu  différente.  Cette  circonstance,  jointe  à  la  supposition 
probable  qu'il  aura  voulu  en  conserver  les  propriétés,  ex- 
plique peut-être  les  irrégularités  qu'on  remarque  dans  sa 
copie.  M.  Willems  croit  qu'il  appartient  à  la  Hollande,  et 
c'est  par  suite  de  cette  opinion  qu'il  désigne  le  Ms.  sous  le 
nom  de  Ms.  hollandais. 

Il  est  inutile  de  dire  que,  quant  aux  corrections,  M.  Willems 


(i)  Il  s'appelait  Claes  Van  Ahen.  Dans  les  i!\  petits  vers  de  quatre 
syllabes  qu'il  amis  à  la  fia  du  Ms. ,  son  nom  se  trouve  réellement  deux 
fois,  comme  il  en  avertit  lui-même,  en  prenant  la  dernière  lettre  de 
chaque  vers  et  en  remontant  du  dernier  vers  au  premier.  Voici  les  qua- 
tre premiers,  dont  l'acrostiche  est  Aken;  je  rétablis  le  h  du  Ms.  ,  auquel 
M.  Willems  a  cru  devoir  substituer  un  c,  parce  que  partout  ailleurs  le  c 
remplace  le  k  final  : 

Nu  int  gemeiN  Vint  men  certeÏN 

Die  Reinaerts  se     Nu  volgen  iuk 
Al  sonder  saeK.        le  geef  die  ivra-em 
Hoe  dattet  gk  Den  Heer  hier  nk ,  etc. 

Ce  nom  que  M.  Groebe,  sous-bibliothécaire  de  l'Institut  néerlandais , 
ai  M.  Willems  n'avaient  pu  découvrir ,  a  été  trouvé,  depuis  la  publica- 
tion, par  M.  A.  E.  Gheldolf,  traducteur  de  l'Histoire  de  la  Flandre,  par 
M.  Warnkocnig. 


(  86  ) 

a  été  beaucoup  plus  réservé  dans  la  partie  du  poème  qu'il 
a  empruntée  de  l'édition  de  M.  Grimm.  Nous  devons  le  féli- 
citer d'autant  plus  de  n'avoir  pas  adopté  l'orthographe 
de  ce  savant,  qui  est  on  ne  peut  plus  fausse  et  contraire  en 
tout  à  l'usage  constant  de  notre  langue.  Déjà  M.  Mone 
(Anzeiger ,  1835,  pag.  52  et  suiv.)  l'avait  désapprouvée, 
en  en  faisant  voir  l'inconséquence  et  les  inconvénients, 
même  pour  l'intelligence  du  texte.  Malheureusement 
M.  Mone  lui-même  ne  paraît  pas  trop  au  l'ait  de  la  valeur 
ni  de  la  véritable  prononciation  de  nos  voyelles,  soit  sim- 
ples, soit  doubles  ou  diphtliongues;  et  le  système  qu'il  sub- 
stitue à  celui  de  M.  Grimm,  quoique  beaucoup  moins 
étrange,  n'est  pas  non  plus  exempt  de  grandes  erreurs.  Ce 
n'est  pas  ici  le  lieu  de  faire  la  critique  des  principes  établis 
ou  admis  par  ces  deux  savants.  11  me  suffit  de  faire  remar- 
quer que,  quoique  nous  leur  devions  de  la  reconnaissance 
de  l'intérêt  qu'ils  attachent  à  une  chose  qui  est  pour  nous 
d'une  si  haute  importance,  il  y  a  toujours  de  la  témérité, 
pour  des  étrangers ,  de  vouloir  prescrire  des  règles  sur  un 
point  de  grammaire ,  sur  lequel  ceux  même  qui  parlent  la 
langue ,  ont  tant  de  peine  à  s'accorder. 

Autre  chose  d'ailleurs  est  l'orthographe  ancienne  qui 
doit  être  la  seule  employée  pour  nos  écrivains  du  XIIe  jus- 
qu'au XVIe  siècle,  et  qui  est  presqu'aussi  arbitraire  que  les 
inflexions  des  mots  mêmes  et  les  formes  de  leur  syntaxe; 
autre  chose  celle  à  employer  dans  une  langue  déjà  plus 
parfaite  et  régulière.  Pour  celle-là  les  règles  doivent  être 
plutôt  déduites  de  l'analogie  et  de  l'usage  général  attesté 
par  les  meilleurs  Mss.,  et  peuvent  être  purement  à  poste- 
riori; puisqu'il  ne  s'agit  pas  de  savoir  comment  nos  pères 
auraient  dû  écrire,  mais  comment  ils  ont  écrit:  tandis  que, 
pour  nous ,  c'est  tout  le  contraire.  Nous  sommes  obligés 
d'examiner  à  priori  si  l'orthographe  que  nous  adoptons  est 
aussi  conforme  à  la  raison  et  d'accord  avec  les  principes 


(87) 

généraux  de  la  grammaire.  Il  en  est  de  notre  ancienne 
langue  comme  de  la  langue  anglaise;  elle  a  son  ortho- 
graphe à  elle,  qu'il  faut  étudier  et  lâcher  de  lui  conserver 
sous  peine  d'avoir  d'autant  plus  tort,  qu'en  apparence  on 
aura  plus  raison. 

Nous  ne  saurions  dire  si  c'est  par  respect  pour  l'autorité 
de  l'homme  à  qui  ses  vastes  connaissances  en  linguistique 
ont  permis  de  comparer  entre  eux  tous  les  dialectes  de  la 
grande  famille  Teutonne ,  ou  par  propre  conviction ,  que 
M.  Willems  écrit  partout  encle  pour  en ,  sans  que  ce  dernier 
mot  se  rencontre  une  seule  fois  dans  tout  le  poème ,  taudis 
qu'il  est  certain  que,  dans  le  Ms.  de  Combourg  et  dans  le 
nôtre,  c'est  presque  tout  le  contraire.  M.  Willems  ne  rend 
pas  compte  des  raisons  qui  l'ont  déterminé  à  adopter  cette 
manière  d'écrire,  mais  M.  Grimm  s'en  explique  assez  au 
long  :  «  Die  copula  wird  in  der  handscrift  geschrieben  en, 
»was  ich  in  encle  aufgelôst  habe,  und  kaum  darf  man 
»  anders  :  en  wûrde  e  geschrieben  sein ,  enn  oder  end  wi- 
»  dersprechen  dem  geist  der  mnl.  schreibung,  vielleicht 
»  aber  liesse  sich  einsilbiges  ent abwechselndmit  encle,  und 
«zwarnach  metrischer  rûksicht,  dulden?  nur  mûste  dan 
»  die  hs.  wirklichen  wechsel  beider  formen  bezeiclmen , 
»  nicht  ûberal  en  setzen;  auch  wûrde  wol  aus  en,  te,  waere 
»  es  ent  (vers  1684, 1685),  geworden  sein  ente,  wie  erweis- 
»lich  aus  haer  encle  claer,  harentare ,  aus  encle  die ,  entie. 
»Der  punct  is  fur  das  richtige  lesen  mnl.  verse  nicht  ge- 
»  ringfûgig ,  und  weiterer  erwaegung  werth.  Ob  der  Am- 
»  sterdammer  Codex ,  von  dem  ich  nichts  kenne  als  die  im 
»konst  en  letterbode  1826,  pag.  403,  mitgetheilten  neun 
sersten  zeilen,  fur  die  schreibung  und  ùberhaupt  den 
»  text  des  gedichts  bedeutende  œnderungen  herbeifùhren 
»  wird,  mufs  ich  dahin  gestellt  sein  lassen.  » 

Comme  cette  manière  d'écrire  la  conjonction  est  com- 
mune à  tous  les  Mss.   flamands,  la  dernière  phrase    cïe 


(88) 

M.  Grimm  regarde  plutôt  ce  qu'il  avait  dit  un  peu  plus 
haut  de  l'orthographe  en  général ,  que  ce  qu'il  venait  de 
dire  d'en.  Mais  nous  avons  cru  devoir  la  transcrire  ici,  pour 
l'aire  voir  sous  quels  rapports  entre  autres,  ce  savant  regar- 
dait la  possession  du  Bis.  hollandais  comme  importante. 

Quant  à  la  question  même ,  je  vais,  sur  l'invitation  de 
M.  Grimm,  exposer  avec  quelque  détail,  ce  que  j'en  pense. 
Kiliaen,  dans  son  Dictionnaire,  ne  connait  en  que  comme 
négation;  pour  la  conjonction  il  n'a  que  ende  et  nnde.  Dans 
le  serment  de  Louis  le  Germanique,  et  de  son  armée,  a.  842, 
je  trouve  ind  et  indi  :  ind  unser  bedhero gealtnissi  etc. ,  so 
mir  got  gewissi  indi  mahd  furgibit,  etc.  Dans  la  chanson 
sur  la  victoire  remportée  par  Louis  III  sur  les  Normands, 
a.  881,  c'est  and  et  ande  qu'on  trouve,  ainsi  que  dans 
Willaramus,  mort  en  1087:  Thie  sich  ana  znochon,  thas 
si  thine  gesellon  s  in ,  ande  sint  avor  thine  viande.  Des 
anciennes  ordonnances  du  XIIIe  siècle  en  langue  frisonne 
écrivent  de  même  a?id;  comme  encore  aujourd'hui  les  An- 
glais,  mais  les  Frisons  disent  aussi  in  (Hamaker,  Acad.Voor- 
lez.,  pag.  143)  :  et  in  se  trouve  aussi  parfois  dans  nos  vieilles 
pièces  flamandes.  Enfin  les  Allemands  qui  aujourd'hui  di- 
sent und  pour  nnde,  avaient  autrefois,  comme  les  Bas- 
Saxons,  une  forme  plus  courte  encore,  un.  Dans  Grave 
Ruodolf,  publié  par  Grimm  d'après  un  Bis.  du  XIIe  siècle. 
se  lisent  les  vers  suivants  que  je  cite  d'après  Bleyer  : 

Daer  uf  (1)  saz  der  cuone  degen 
Unde  reit  banechen  an  das  velt; 
Ja  gienc  virwenentliche  in  zelt 
Bonthart  rechte  alsame  ein  tiet; 
Ja  uas  inricenet  un  fier 
Der  helt  die  dar  uffe  sas. 


')  Il  s'agit  d'iiu  cheval. 


(89  ) 

Nous  avons  donc  dans  notre  dialecte  et  dans  ceux  qui  s'en 
rapprochent  le  plus  :  (an),  and,  ande  ;  en  (en) ,  ende  (dansMar- 
nix  et  dans  quelques  autres  end' ,  même  devant  une  con- 
sonne); in,  ind,  indi;  un.  und,  unde.  De  toutes  ces  formes,,  an 
et  ande  (and)  paraissent  les  plus  anciennes.  An  est  la  racine 
qui,  selon  le  professeur  Hamaker,  pag.  133,  marque  exis- 
tence, mouvement,  ou  selon  Bilderdyk,  ce  qui  au  fond  est 
la  même  chose,  liaison,  réunion.  De  là  ane,  aen,  aan,  en 
français  à,  en  latin  ad:  de  là  encore  geannen  (gonnen, 
yunnen,  jonnen) ,  qui  vient  lui-même  de  annen  (accorder, 
joindre,  annuere,  addere,jungere,  et  jonnen).  Mais  comme 
ande  est  le  participe  présent  de  cet  ancien  verbe,  an  eu  est 
la  syllabe  verbale  ou  radicale,  et  il  est  probablement  aussi 
ancien  ,  comme  conjonction,  que  le  participe  même. 

Si  avec  M.  Hamaker  (pag.  132, 110, 88  etc.),  nous  voulons 
en  remontant  plus  haut  encore ,  le  dériver  du  participe  sans- 
crit (je  prie  le  lecteur  de  se  rappeler  que  je  viens  de  citer 
M.  Hamaker) ,  du  sanscrit,  dis-je,  et  du  participe  ant,  qui 
perd  tantôt  la  dentale  t,  tantôt  la  nasale  n,  il  en  résultera 
même  que  l'addition  de  la  lettre  e,  qui  a  fait  changer  t  en  d 
(ant,  ande),  est  d'une  date  postérieure,  et  par  conséquent 
ande  postérieur  à  ant  et  à  ses  deux  autres  formes  an  et  at. 

Il  est  vrai  que  le  même  professeur ,  pag.  141 ,  dit  que  en 
est  une  apocope  de  end ou  ende  (en  afgekort  uit  end of  ende)  ; 
mais ,  pag.  185,  il  reconnait  de  nouveau  en  et  an  pour  pri- 
mitifs, et  ne  voit  dans  de  qu'un  accroissement  syllabique 
par  lequel  l'abstrait  est  changé  en  concret  ;  ce  qui  prouve 
au  moins  quelque  doute  au  sujet  de  l'apocope. 

Mais  en  fût-il  autrement  et  le  monosyllabe  ne  fût-il  réelle- 
ment que  le  résultat  d'une  apocope  du  de  dans  ende  (ce  qui 
est  si  non  impossible,  du  moins  sans  exemple)  (1  ) ,  il  n'en 


(i)  Je  ne  me  rappelle  qu'un  petit  nombre  de  mots   tels  que  spade, 
koude ,  gade ,  schade  (dommage) ,  qui  perdent  réellement  leur  de,  mais 


(90) 

est  pas  moins  vrai  qu'il  se  rencontre  presque  à  chaque 
ligne  dans  nos  plus  anciens  Mss.  La  tendance  que  l'on 
croit  apercevoir  dans  notre  langue  dès  les  temps  les  plus  re- 
culés à  se  défaire  de  ses  finales  muettes ,  n'explique  pas  la 
disparition  du  d;  et  d'un  autre  côté  en  (avec  un  trait  sur 
h  et  non  sur  e  ) ,  ne  peut  pas ,  d'après  toutes  les  règles  de  la 
sténographie  diplomatique,  valoir  ende,  mais  serait  ou 
simplement  enn  ou  etien.  Je  serais  donc  porté  à  croire  que 
en  est  la  véritable  conjonction  flamande,  et  que  l'euphonie 
seule ,  devant  certaines  voyelles ,  et  l'affinité  du  son  de  Yn  et 
du  d  (puisque  après  la  prononciation  de  Yn  pur,  la  langue 
se  repose  presque  nécessairement  sur  le  son  don  t),  peut- 
être  aussi  l'influence  de  l'un  ou  de  l'autre  dialecte  plus  rude, 
a  changé  en  en  end  (comme  les  Danois  disent  encore  aujour- 
d'hui ind  pour  in,  dans)  ;  dont  la  langue  plus  coulante  de 
nos  ancêtres  aura  ensuite  fait  ende ,  en  y  attachant  ce  qu'on 
est  convenu  ,  d'après  les  Allemands  et  Bilderdyk ,  d'appeler 
du  nom  hébraïque  de  Schwa  ou  Schéva ,  en  langage  ordi- 
naire, un  e  muet,  sans  que  jamais  la  forme  monosyllabique 
en  ait  cessé  d'être  en  usage  dans  le  dialecte  qui  est  propre 
à  notre  pays.  On  peut  prétendre  tout  au  plus  que  les  deux 
formes  ont  été  employées  concurremment  l'une  avec  l'autre, 
et  que  l'oreille  seule  y  mettait  parfois  quelque  différence. 
Peu  importe  que  dans  quelques  livres  imprimés  vers  1 560 , 
par  exemple  dans  les  Psaumes  de  Marnix ,  que  nous  avons 
déjà  nommés  plus  haut,  et  dans  ceux  de  Dathenus,  on 


ils  ne  prouvent  rien  ici ,  le  de  e'tant  précédé  d'une  voyelle.  Les  mots  qu  i 
redoublent  la  même  consonne,  comme  karre  ,  kar ,  penne,  pen,  etc., 
ne  prouvent  pas  davantage.  Gepeinsde ,  gepeins ,  gezegde  ,  gezeg ,  etc. , 
qui  appartiendraient  au  cas  dont  ii  s'agit,  sont  des  formes  différentes 
d'une  même  racine,  mais  non  des  abréviations;  et  och  ,  of ,  pour  ochte , 
ofte,  qui  sont  les  seuls  mots  qu'on  pourrait  encore  m'objecter,  ne  sont 
qu'une  corruption  d'orthographe  pour  oclit ,  oft.  Quant  à  Vendo  ou  indu 
latin,  pour  in,  ou  me  permettra  de  ne  pas  m'en  occuper. 


(91  ) 

trouve  souvent  end',  avec  une  apostrophe ,  même  devant 
des  consonnes.  Cela  ne  prouve  que  le  système  particulier 
de  ces  auteurs  ou  même  des  imprimeurs  de  cette  époque , 
ou  plutôt  la  nécessité  de  mieux  marquer,  pour  la  foule  peu 
instruite,  la  mesure  de  ces  vers  destinés  à  être  chantés 
dans  les  réunions  religieuses. 

Je  devrais  peut-être  m'arrêter  ici,  dans  une  question 
qui  n'appartient  que  très-indirectement  à  cet  article  ;  mais 
la  solution  en  est  tellement  importante  pour  notre  an- 
cienne poésie  en  général,  et  pour  le  Reinaert  en  particu- 
lier, auquel  le  système  de  M.  Grimm  vient  d'être  appliqué 
pour  la  seconde  fois  avec  tant  de  rigueur ,  qu'on  me  par- 
donnera si  je  cherche  à  l'éclaircir  davantage. 

On  sait  que  plus  les  Mss.  sont  anciens ,  plus  les  abbrévia- 
tions  d'écriture  y  sont  rares,  et  qu'il  y  en  a  qui  n'en  recon- 
naissent absolument  aucune ,  si  ce  n'est  peut-être  dans  les 
noms  propres.  Tel  est,  entre  autres,  celui  qu'a  publié  le 
professeur  Meyer.  Il  est  du  XIIIe  siècle  et  contient  la  vie 
de  Jésus-Christ,  tirée  des  Evangélistes  et  divisée  en  245 
chapitres,  formant  un  fort  volume  in-8°.  Il  n'a  que  cinq 
ahbréviations,  Jhc  ou  Jàs  pour  Jhesus;  Xps  pour  Christus 
(on  voit  que  ce  sont  deux  monogrammes  empruntés  des 
Grecs) ,  Jhrlm,  pour  Jherusalem ,  Isrl,  pour  Israël,  Joh's 
pour  Johannes,  et  enfin  m  pour  mcn.  Eh  bien!  dans  tout 
ce  gros  livre,  où  la  conjonction  dont  il  s'agit  doit  se  trouver 
au  moins  cinq  mille  fois,  nous  n'avons  rencontré  qu'une 
seule  fois  endc ,  pag.  3,  ligne  3,  si  toutefois  ce  n'est  pas 
une  faute  d'impression;  mais  du  reste  constamment  en, 
tandis  que  men  et  Jan}  Jan  Baptista,  y  sont  le  plus  sou- 
vent écrits  en  toutes  lettres,  et  parfois  aussi  Jhesus,Kerste 
(Christus)  et  Israhel.  Ne  serait-il  pas  singulier  qu'ende  seul 
eût  dû  faire  exception,  et  que  l'auteur,  qui  aime  tant  les 
formes  adoucies  a/se,  omme,  ane}  ochte,  etc. ,  ne  se  fût  ou- 
blié qu'une  seule  fois  jusqu'à  écrire  aussi  ende  en  entier? 


(  92  ) 

Eu  conclurons-nous  qu'il  ne  connaissait  point  cette  forme 
allongée?  Non  sans  doute,  ce  serait  une  autre  absurdité; 
mais  nous  ne  craignons  pas  de  dire ,  que  le  dialecte  dans 
lequel  il  écrivait,  et  dont  un  jour  nous  tâcherons  d'indi- 
quer les  principaux  idiotismes,  ne  l'admettait  pas.  Il  s'en 
faut  que  ende  ait  jamais  été  aussi  commun  dans  la  partie 
flamande  du  pays  de  Liège,  qu'en  Flandre  et  dans  le  pays 
voisin.  Dans  d'autres  écrits,  qui  de  même  ne  reconnaissent 
point  d'abréviations,  on  rencontre  ende  et  en,  mais  le 
premier  bien  plus  rarement  que  le  second,  et  comme  par 
exception.  Malgré  cette  absence  de  toute  autre  abréviation, 
M.  Grimm  et  Meyer  (1.  c.  pag.  257)  en  feront  une  de  en, 
quoique  selon  nous  cela  prouve  seulement  que  l'auteur  a 
cru  pouvoir  employer  les  deux  formes.  Car  enfin,  et  c'est 
peut-être  par  où  nous  aurions  dû  commencer,  quelle  est 
la  question?  Si  partout  où  un  Ms.  a  en. ,  l'éditeur  moderne, 
qui  ne  veut  point  se  servir  d'abréviations,  doit  mettre 
ende  ;  ce  qui  revient  à  demander  si  nos  ancêtres  ont  ou 
n'ont  pas  connu  notre  en  comme  monosyllabe.  S'ils  l'ont 
connu,  pourquoi  ne  l'auraient-ils  pas  écrit,  et  pourquoi, 
s'ils  l'ont  écrit,  le  changeons  nous  en  ende?  Est-ce  à  cause 
de  la  barre  qui  surmonte  toujours  et  si  invariablement  Yn? 
Mais  en  n'était  pas  seulement  conjonction  chez  nos  ancê- 
tres; il  était  encore  négation,  article  d'unité,  et  quelquefois 
préposition  (in),  et  cette  marque  de  distinction  était  d'au- 
tant plus  nécessaire ,  que  souvent  dans  une  même  phrase  il 
a  presque  toutes  ces  acceptions  différentes,  sans  qu'il  soit 
toujours  facile  de  les  distinguer.  On  n'a  qu'à  ouvrir  un  Ms. 
pour  s'en  convaincre.  Si  l'on  demande  pourquoi  ce  trait 
se  trouve  plutôt  sur  la  conjonction  que  sur  ses  homonymes, 
notre  réponse  sera  :  Parce  qu'il  fallait  bien  la  mettre  sur 
l'un  des  quatre,  et  peut-être  aussi,  parce  que  ayant  une 
autre  forme  plus  allongée,  on  a  cru  plus  tard  pouvoir,  de 
préférence,  lui  appliquer  le  signe  de  l'abbréviation  ordi- 


(93  ) 

naire.  Cela  est  d'autant  plus  probable,  que  toutes  les  t'ois 
qu'au  lieu  de  en  on  rencontre  in  (ce  qui  n'est  pas  très-rare) , 
ou  quand  en  est  suivi  d'un  enclitique,  par  exemple,  entie, 
enten,  cette  barre  est  supprimée ,  comme  n'étant  plus  né- 
cessaire. D'un  autre  côté ,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  dans 
la  note  p.  82,  ce  même  in,  comme  préposition,  se  trouve 
quelquefois  surmonté  de  ce  trait  dans  toute  la  suite  d'un 
Ms. ,  sans  que  personne  se  soit  jamais  avisé  d'en  faire  inde , 
ni  même  ind,  à  moins  que  ce  ne  soit  quelque  Danois. 

Mais  d'où  nous  vient  notre  en,  si  nos  pères  ne  l'ont  point 
connu ,  et  de  quelle  date  est-il  ?  Si  la  versification  du  XIIIe  et 
du  XIV6  siècle  était,  comme  la  nôtre,  astreinte  à  une  cer- 
taine mesure  et  à  un  nombre  déterminé  de  syllabes,  rien 
ne  serait  plus  facile,  que  de  prouver,  que  dès  lors  déjà  on 
n'écrivait  pas  seulement,  mais  qu'on  prononçait  en  en  une 
seule  syllabe.  Malheureusement  ce  critérium  nous  manque 
pour  cette  première  époque  de  notre  littérature,  et  ce  n'est 
qu'un  siècle  plus  tard  que  les  vers  commencent  à  devenir 
un  peu  plus  réguliers  (1).  Mais  aussi  dès  ce  moment  on  ne 
peut  plus  méconnaître  l'existence  de  la  conjonction  mono- 
syllabique; elle  prédomine  même  tellement,  qu'on  peut 


(i)  Je  parle  ici  selou  l'opiniou  commune,  quoique  je  sois  convaincu 
que  tous  les  vers  de  Van  Maerlant ,  de  Jean  de  Clerc  et  des  autres 
poètes  de  leur  époque ,  ont  eu  un  nombre  fixe  de  syllabes  (sept  ou  huit , 
rarement  davantage),  une  espèce  de  repos  (autant  qu'il  en  faut  dans  les 
petits  vers)  ,  et  qui  plus  est,  deux  à  deux  le  même  rhylhnie,  quelquefois 
ïambique,  mais  plus  souvent  trochaïque.  Si  jusqu'aujourd'hui  on  y  a 
méconnu  tout  cela  ,  la  faute  en  est  en  partie  aux  copistes,  qui  ont  misé- 
rablement défiguré  presque  tous  les  Mss. ,  en  partie  aussi  à  nous,  qui 
avons  négligé  de  nous  enquérir  des  règles  que  nos  pères  observaient  en 
faisant  et  en  lisant  leurs  vers.  Quoique  je  me  propose  de  traiter  cette 
question  dans  un  article  à  part ,  je  veux  cependant  appuyer  ce  que  je 
viens  de  dire ,  par  un  exemple.  Je  prends  au  hasard  dans  Hoffmann 
V.  Fallersleben ,  H.  B.,  I,  p.  99,  les  vers  suivants  de  Jean  de  Clerc,  qui 
écrivait  vers  i32o  : 


(94  ) 

déjà  prévoir  en  quelque  sorte  qu'un  jour  elle  régnera 
seule.  Or  qu'est-ce  qui  nous  empêche  de  croire  qu'elle 
existât  également  dans  les  deux  siècles  antérieurs,  ou  com- 


Dîé  der  \  dé  boec  \  gdet  hier  |  due , 
diè  u  |  sdl  doen  [  té  ver  \  stdne 
scône  |  séden  \  en  ma  \  niéren, 
diè  dat  |  vôllec  |  sdl  han  \  tiéren  ; 
wdt  men  |  m'innen  j  sdl  en  \  hàten  , 
wdt  men  j  doen  sal  \  ènde  \  Idten; 

hoe  men  |  oèc  ghe  \  noéch  doen  \  sdl 

gôd  en  |  dén  mensc  \  ôver  \  dl. 

TVdnt  mo  |  râle  \  sait  meest  |  wèsen 
ddt  ghi  in  \  désen  |  boéc  suit  |  lésen , 

ddt  sie  |  lèn  en  \  Hue  \  méde 

sdl  in  |  bringhen  |  sdlic  \  héde,  etc. 

Je  ne  sais  trop  comment  diviser  ce  dernier  mot  ;  mais  que  manque-t-il 
à  ces  vers  pour  pouvoir  s'appeler  réguliers  et  très-réguliers,  pourvu  que 
l'on  veuille  bien  admettre,  ce  qui  est  incontestable,  que  les  anciens  se 
souciaient  fort  peu  de  l'accent,  et  allongeaient  à  volonté  les  syllabes 
brèves?  Et  cependant  quels  sont  les  changements  que  j'y  ai  faits?  j'ai 
ajouté  oec  au  septième  vers,  et  au  neuvième  j'ai  mis  morale  h  la  place 
de  moi aliter ,  évidemment  corrompu.  On  voit,  en  outre,  que  je  n'ai 
conservé  qu'une  fois  ende,  et  je  ne  pense  pas  qu'aucun  lecteur  veuille  le 
rétablir  dans  les  autres  endroits  d'où  je  l'ai  éliminé;  car  M.  Hoffmann 
est  aussi  grimmiste  en  ce  point.  Je  prends  cliez  lui ,  ibid.,  p.  i/j ,  un  autre 
exemple  de  Maerlant  : 

(    En  ôm  |  dat  ic  \  een  Vlà  \  mine  bèn, 
{    met  goè  |  der  lier  \  te  bid-d  \  ic  hén , 

__      ,       /  diè  dit  I  diétsce  I  sûllen  I  lésen , 

Troch.   f     ...    ..'       •         i    .      .-.'.  . 

y    dat  si  |  mijns  ghe  \  nadich,  \  wesen  , 

[    en  lé  |  sen  sire  |  in  sô  \  mich  woért  (lisez  :  sir') 

\    dat  in  |  haer  Idnt  \  is  on  \  ghehoért, 
mén  moet  \  ôm  die  \  rime  |  soéken 
misse  \  Uke  \  tônghe  in  |  boéken  (lisez ■.tongh'1) , 
Troch.  ^    duûtso ,  dietsc ,  |  brdbantsç,  |  vldemsc  en  |  seéusc , 
wdlsc ,  la  |  tijn,  griex  \  en  he  |  bréeusc 
ôm  vray  \  thôudene  \  njm  en  \  sin,  etc.  (lisez:  thoud'ne). 

J'ai  choisi  cet  exemple  de  préférence  à  un  autre,  à  cause  du  mélange 


(95  ) 

ment  oserons-nous  le  nier,  si  nous  jetons  les  yeux  sur  les 
Mss.  dont  le  témoignage  n'est  ici  ni  moins  constant  ni  moins 
uniforme.  Mais  il  ne  serait  peut-être  pas  impossible ,  malgré 
la  liberté  accordée,  comme  on  croit,  à  nos  anciens  versifi- 
cateurs de  mêler  ensemble  des  vers  de  toute  longueur  de- 
puis 8  jusqu'à  15  et  16  syllabes,  d'en  trouver  que  les  ende 
répétés  allongeraient  outre  mesure.  D'un  autre  côté  l'eu- 
phonie aussi  peut  fournir  une  preuve,  qui  jointe  aux  autres 
que  nous  avons  apportées,  ne  serait  pas  sans  force.  Nous 
lisons,  dans  Melis  Stoke,  I,  v.  675  et  suiv. 

En  offerde  sente  Aeïbrechte 

Een  gouden  cruce  van  [scoenre]  manière^], 

En  oec  cne  kaswffle  diere, 

Eue  aelmatike  en  een  missael, 

Capitulaer  en  [een]  passionnel, 

En[de\  ander  goedc  hoeke  [der\  met, 

En  doude  en  de  nie  wet,  etc.  (lisez :nië.) 


des  deux  rhythmes.  Les  deux  mots  souslignés  ont  été  ajoutés  par  moi. 
Dans  l'exemple  suivant,  j'en  efface  un  (Hoffmann,  ibid.,  p.  5i);  ce  sont 
encore  des  vers  de  Maerlant  : 

Diê  sco  |  né  a>al  \  scé  [valsce]  po  |  éten , 
dié  meer  |  rimen  |  ddn  si  \  weten , 
belié  J  ghen  grô  j  teri  Caèr  \  le  vé  \  le 
in  scô  J  nen  wàr  |  den  en  \  bispé  \  le,  etc. 

où  valsce  est  un  jeu  de  mots ,  ou  même  une  erreur ,  un  doute  ,  de  l'un 
ou  de  l'autre  copiste. 

Ceci  suffira  pour  faire  voir  quel  vaste  champ  est  ouvert  à  la  critique 
dans  tous  ces  poèmes  si  corrompus.  Je  viens  de  lire  le  roman  de  Carel 
ende  Elegast ,  publié  par  M.  Hoffmann  V.  F.  On  n'a  qu'à  consulter  les 
variantes  pour  avoir  mille  aulres  preuves  de  ce  que  nous  venons  de  dire. 
Mais  nous  reviendrons  sur  cette  matière,  et  nous  tâcherons  de  reprendre 
en  sous-œuvre  les  essais  de  Castelyn  et  de  Huisinga  Bàkher,  en  met- 
tant également  à  profit  les  recherches  de  Von  der  Haghen  et  de  Lat-k- 
mann,  sur  la  versification  des  Niebelungen. 


(  96   ) 

Qui  croira  que  jamais  le  dernier  vers  ait  été  lu 

Ende  doude  ende  de  nie  tcet? 

Qui  croira  encore  que  dans  îleinaert,  le  vers  157  et  suiv. 
aient  été  lus  comme  nous  les  trouvons  imprimés  dans  les 
éditions  de  MM.  Grimm  et  Willems  : 

Ende  diende  van  sinen  ouden  spele, 

Ende  hadde  Cuwaerde  bi  der  kele, 

Ende  soude  hem  thooft  [«/]  hehben  gcnomen? 

Est-ce  ainsi  d'ailleurs  qu'on  raconte  ? 

Peut-être  la  prose  même  viendrait-elle  ici  à  notre  se- 
cours. Voyez  dans  Mieris,  III,  p.  134,  dans  une  décision  de 
l'année  1361 ,  des  villes  de  Leyden,  Dordrecht,  Delft,  etc.  : 
Bat  sullen  si  hem  wt  doen  reyken,  ende  hem  wedergheven, 
ende  daer  en  tenden  sullen  si  hem  gheven,  etc.  Lira-t-on 
aussi  :  ende  daer  ende  tenden  ?  Daer  en  tenden  nous  rappelle 
daer  en  boven,  daer  en  tusse hen,  daer*  en  teghen,  qui  ne 
sont,  quoi  qu'on  en  dise,  que  des  hyperbates,  pour  en  daer 
boven,  etc.,  et  au  sujet  desquels  nous  ferons  la  même  ques- 
tion. Quant  à  harentare  et  entie,  cités  par  M.  Grimm  comme 
venant  de  haer  ende  daer,  et  de  ende  die,  c'est  une  preuve 
de  plus ,  que  ce  savant  n'a  pas  bien  examiné  les  raisons  sur 
lesquelles  il  a  bâti  son  système,  car  il  ne  pouvait  pas  igno- 
rer, que  dans  les  mots  composés  de  cette  manière ,  et  dont 
l'une  des  parties  est  ou  enclitique  ou  proclitique  ou  con- 
sidérée comme  telle,  la  consonne  douce  (ténue)  de  la  der- 
nière est  presque  toujours  changée  en  sa  forte,  ce  qui 
équivaut  à  l'apposition  d'un  second  accent  ou  à  la  conser- 
vation de  l'aigu  dans  la  langue  grecque.  Met  desen  devient 
mettesen;  dat  du  hem,  dattune;  moghes  du  het,  moghestuut', 
op  den,  opten,  etc.;  qu'on  attribue  cela  à  l'attraction, 
ce  qui  est  souvent  le  plus  simple ,  ou  à  telle  autre  cause 
qu'on  voudra ,  il  n'en  est  pas  moins  très-certain  que  haren- 


I 


(  97  ) 

tare  et  cntie,  viennent  tout  uniment  de  huer  en  dûer,  et 
d'en  die,  sans  que  le  de  de  ende  y  entre  pour  rien.  Con- 
cluons donc,  car  il  en  est  plus  que  temps,  qu'en  adoptant 
en  ce  point  le  système  orthographique  de  M.  Grimm , 
M.  Willems  a  eu  d'autant  plus  tort  que,  par  cette  exception, 
ilyadonné  une  nouvelle  autorité,  et  que  son  exemple  peut 
avoir  de  plus  graves  conséquences.  Nous  savons  que  Bilder- 
dyk  a  regretté  la  suppression  totale  de  cet  ende,  mais  il  est 
permis  de  croire  aussi  qu'i]  n'aurait  pas  voulu  le  voir  régner 
exclusivement ,  et  il  s'est  bien  gardé  de  le  substituer  jamais 
à  en  dans  les  vieux  fragments  qu'il  a  publiés  en  assez  grand 
nombre.  Ce  regret  du  reste  était  loin  d'être  raisonnable, 
parce  qu'un  mot  ne  se  perd  jamais  dans  une  langue  vivante, 
que  quand  il  est  devenu  inutile  ou  qu'il  a  cessé  de  plaire 
à  ceux  qui  la  parlent  ;  et  il  y  a  plus  que  de  la  folie  pour 
un  écrivain  à  vouloir  opposer  son  goût  particulier  à  celui 
de  plusieurs  générations  et  de  tout  un  peuple.  Non  seule- 
ment, chez  les  Hollandais,  ende  était  déjà  entièrement  banni 
de  la  langue  du  temps  de  Vondel ,  Hooft  et  Cats ,  dans  les 
poésies  desquels  nous  ne  nous  rappelons  pas  de  l'avoir  ja- 
mais rencontré,  mais  dans  nos  provinces  mêmes,  il  deve- 
nait de  plus  en  plus  rare  dans  la  langue  écrite  et  n'existe 
probablement  plus  depuis  des  siècles  dans  la  langue  parlée. 
Or  on  sait  ce  qu'a  été  pour  nous  depuis  trois  cents  ans  la  lan- 
gue des  livres ,  une  tradition  de  maîtres  d'écoles  ignorants 
et  entêtés.  Nous  sommes  convaincus  que  c'est  par  eux ,  et 
par  eux  seuls,  que  cet  ende  a  été  perpétué  chez  nous. 

Si  nous  croyons  que  M.  Willems  a  trop  déféré  en  ce  point 
à  l'exemple  de  M.  Grimm,  nous  ne  pouvons  pas  approuver 
davantage  qu'il  s'en  soit  écarté  en  un  autre  point,  bien 
moins  important ,  il  est  vrai ,  dans  les  conséquences  qu'il 
peut  avoir,  mais  intimement  lié  avec  le  système  général 
d'orthographe  suivi  par  nos  pères  ;  nous  voulons  parler  de 
l'aspiration  {h)  après  le  g,  quand  celui-ci  est  suivi  d'un  e 

7 


(  98  ) 

ou  d'un  ».  M.  Grimm  l'avait  conservé  avec  soin,  et  nous  ne 
croyons  pas  nous  tromper  en  affirmant  que  M.  Willems  est 
le  premier  éditeur  d'un  ancien  livre  flamand  qui  ait  cru 
devoir  la  supprimer.  Van  Ackerdyck  n'a  fait  que  suivre 
son  Ms.  Il  est  vrai  que  M. Willems  avait  aussi  pour  lui  son 
Ms. ,  qui  écrit  partout  ge,  gi,  à  en  juger  d'après  les  fac- 
similc  joints  à  l'édition;  mais  il  suffisait,  nous  semble-t-il, 
que  le  Ms.  de  Combourg  suivit  une  orthographe  diffé- 
rente, pour  que  M.  Willems  fût  autorisé  à  corriger  (c'est 
ici  le  mot  propre)  cette  nouvelle  faute  du  Ms.  hollandais. 
Il  n'est  pas  vraisemblable  que  M.  Willems  ait  vu  dans  cette 
suppression  de  l'aspiration  un  moyen  de  plus  de  populariser 
son  livre,  car  ghi  bcclaghet  n'est  pas  plus  étrange  à  nos 
yeux  que  gi  heclaget,  et  ainsi  de  tous  les  autres  mots;  au 
contraire  je  ne  sais  comment  ce^^  qui  n'est  plus  legâi  de 
nos  pères,  et  qui  n'est  pas  encore  notre  gy ,  me  gène  et  me 
déplaît  dans  sa  forme  indécise.  C'est  un  mot  que  je  ne  re- 
connais plus.-  Van  Ackerdyck  même  a  respecté  le  ;.i-oiiora. 
M.  Willems  s'est  encore  permis  quelques  autres  change- 
ments dans  l'orthographe ,  surtout  où,  par  la  suppression 
des  muettes  finales,  le  Ms.  semblait  trop  s'écarter  du  dialecte 
flamand  proprement  dit.  Le  flamand,  dit-il,  n'a  jamais 
aimé  ces  formes  dures  et  ces  mots  pour  ainsi  dire  tronqués, 
qui  distinguaient  déjà  le  dialecte  hollandais  dès  le  com- 
mencement du  XVIe  siècle  et  même  avant.  Ceci  se  lie  in- 
timement à  la  question  de  la  versification  ancienne  dont| 
nous  avons  parlé  dans  la  note  p.  93.  Cet  article  d'ailleurs  ne 
doit  pas  devenir  une  suite  de  dissertations,  et  il  est  d'autant 
moins  nécessaire  de  présenter  sur  ce  point  quelques  obser- 
vations, que  M.  Willems  avoue  lui-même  qu'il  ne  s'est  point 
astreint ,  dans  ces  changements ,  à  un  système  invariable  et 
uniforme,  qu'excluait  la  marche  entièrement  arbitraire  de, 
l'orthographe  ancienne.  11  n'a  voulu  que  rendre  au  poète 
flamand  ce  qui  lui  était  particulièrement  propre. 


(  99  ) 

Enfin  M.  Willems  nous  parle  aussi  des  notes  dont  il  a 
enrichi  son  édition.  Elles  sont  la  plupart  explicatives,  et  se 
bornent  le  plus  souvent  à  donner  le  synonyme  des  mots 
surannés.  Quelquefois  il  y  a  ajouté  une  courte  interpré- 
tation ,  sans  se  croire  obligé  de  l'appuyer  toujours  d'exem- 
ples ou  d'autorités,  encore  moins  de  distraire  à  chaque 
instant  le  lecteur  par  de  longues  excursions.  C'est  ainsi  que 
M.  Willems  s'exprime  lui-même ,  mais  nous ,  qui  avons  exa- 
miné les  noies  avec  quelque  soin,  nous  ajouterons,  qu'il 
n'était  guère  possible  de  mettre  plus  de  jugement  dans 
le  choix  de  ces  notes  qu'il  l'a  fait ,  ni  de  les  rendre  à  la  fois 
et  plus  circonscrites  et  plus  complètes.  Il  n'a  passé  aucune 
difficulté,  tout  en  évitant  avec  soin  les  redites.  C'est  la 
partie  de  son  travail  qui  lui  fera  le  plus  d'honneur,  et  qui 
sera  en  même  temps  la  plus  utile ,  tant  pour  l'intelligence 
du  poème,  que  pour  la  connaissance  de  la  langue  en  géné- 
ral. Ceux  qui  s'occupent  de  l'étude  de  nos  anciennes  insti- 
tutions, de  l'histoire  et  de  la  géographie  du  moyen-âge,  y 
trouveront  pareillement  des  remarques  qui  les  intéresse- 
ront et  dont  ils  pourront  tirer  profit.  Ceci  s'applique  aussi 
et  surtout  à  l'introduction  dont  maintenant  nous  allons 
indiquer  en  peu  de  mots  le  contenu. 

11°.  Quoique  cette  introduction  soit  dix  fois  aussi  longue 
et  infiniment  plus  importante ,  sous  tous  les  rapports ,  que 
la  préface  dont  nous  venons  de  rendre  compte ,  le  lecteur 
n'a  pas  à  craindre  que  nos  observations  croient  dans  la 
même  proportion.  Dans  la  préface  nous  avions  à  examiner 
le  système  particulier  de  l'éditeur ,  et  le  plan  qu'il  y  a  suivi 
dans  son  édition;  et  tout  ce  que  nous  en  avons  dit  doit  s'ap- 
pliquer au  livre  même.  Juger  le  plan,  c'était  juger  l'œuvre. 
Il  n'en  est  pas  ainsi  de  l'Introduction,  qui  n'est ,  comme 
devrait  être  toute  introduction,  qu'une  espèce  de  note 
générale,  préliminaire,  destinée  seulement  à  nous  mieux 
préparer  à  la  lecture  de  l'ouvrage.  Elle  ne  contient  que 


(  100  ) 

l'exposition  succincte  des  principales  questions  qui  s'y  rat- 
tachent, sans  que  de  toutes  les  opinions  que  l'éditeur  y 
expose  ou  y  combat,  aucune  ait  pu  influer  sur  l'état  de 
l'ouvrage  même.  Toute  notre  critique  se  bornera  donc  ici 
à  une  très-courte  analyse. 

La  fable  des  animaux  (dieren  fabel)  est  née  chez  les 
Francs,  peuple  qui  conserva  long-temps,  même  après  l'oc- 
cupation des  Gaules,  ce  goût  et  ce  soin  pour  les  animaux 
domestiques,  qui  caractérisent  les  peuples  nomades.  Trois 
grands  poèmes  attestent  que  ce  fut  dans  notre  pays  qu'elle 
passa  d'abord  à  l'état  d'épopée,  Xlsengrimus,  le  Re inardus 
Vufpes  et  notre  Reinaert.  Celui-ci  appartient  à  la  seconde 
moitié  du  XIIe  siècle,  quoique  la  fable  du  Renard  et  du 
Loup  fût  déjà  naturalisée  chez  nous  comme  conte  (vo/ks- 
lied,  sage)  dès  avant  le  IXe  siècle.  Ainsi  ce  poème  com- 
posé vers  1170,  est  le  plus  ancien  de  nos  monuments 
littéraires,  et  la  source  de  tous  les  autres  Renards  français, 
bas-saxons  et  allemands.  Tel  est,  en  deux  mots,  le  résultat 
des  recherches  consignées  par  M.  Willems  dans  son  intro- 
duction. Ses  preuves  sont  tirées  en  partie  de  l'histoire,  en 
partie  du  Reinaert  même  et  confirmées  par  la  comparaison 
des  plus  anciennes  branches  du  Renard  français ,  qui  por- 
tent les  marques  les  plus  évidentes  de  leur  origine  fia-| 
mande. 

Le  lecteur  en  a  pu  voir  quelques-unes  dans  le  MessaA 
ger  des  Sciences  et  des  Arts,  deuxième  livraison  1836  J 
pag.  294  et  suivantes;  mais  pour  en  bien  saisir  l'ensemble 
et  les  apprécier  à  leur  juste  valeur,  il  faut  lire  l'introduc- 
tion même.  M.   Willems  y  examine  en  passant  tant  d< 
questions  secondaires ,  il  les  discute  avec  tant  d'érudition 
et  de  jugement ,  et  les  groupe  avec  tant  d'art  autour  de  h 
question  principale ,  qu'elles  ne  peuvent  que  perdre  infi 
niment  à  être  séparées  les  unes  des  autres.  Parmi  cesques 
tions  sont  les  suivantes  :  Si  plusieurs  des  poèmes  flamand 


(   101  ) 

qu'on  a  rapportés  jusqu'ici  au  XIVe  siècle,  ne  sont  pas 
d'une  époque  antérieure,  comme  par  exemple  Florys  of 
Blanchefloer?  Si  la  chanson  des  Niebelungen,  Graef  Ruo- 
dolfelc,  n'appartiennent  pas  originairement  à  notre  pays? 
Ce  que  c'était  que  les  Isangrins  et  les  Blavotins  à  la  fin 
du  XII0  et  au  commencement  du  XIIIe  siècle?  Si  Willem 
Utenhove  et  Willam  dio  Madoc  maecte  sont  une  même 
personne,  et  ce  que  c'était  que  ce  iïladoc?  Si  la  seconde 
partie  du  Reinaert  peut  être  attribuée  à  Willem  Uten- 
hove? etc.,  etc. 

M.  Willems  a  jeté  la  plus  grande  lumière  sur  toutes  ce 
questions  et  l'on  ne  peut,  en  général,  qu'être  de  son  avis. 
S'il  reste  peut-être  encore  quelque  doute  au  lecteur  au  sujet 
de  ou  du  Madoc  et  de  l'explication  qu'il  donne  des  noms 
d,Isa?igrinselde  Blavotins,  nous  croyons  qu'il  serait  diffi- 
cile de  mettre  à  la  place  quelque  chose  de  plus  probable. 
Nous  relèverons  cependant  une  petite  inexactitude  qui  est 
échappée  à  M.  Willems  à  l'endroit  où  il  parle  de  Willem  Uten- 
hove. L'aventure  dont  il  s'agit  v.  62S6  et  suiv,  n'eut  pas  lieu 
sur  une  digue  près  d'Àerdenburg ,  mais  sur  la  glace  de  la 
Meuse  (v.  6292),  et  prouverait  par  conséquent  contre  l'opi- 
nion de  M.  Willems,  si  un  nom  de  rivière  pris  au  hasard  par 
le  poète  et  uniquement  pour  la  rime,  pouvait  balancer  tou- 
tes les  autres  preuves  sur  lesquelles  cette  opinion  se  trouve 
établie. 

Après  ces  recherches  sur  l'antiquité,  et  sur  la  patrie  de 
la  fable  du  Renard,  ainsi  que  sur  son  développemment 
pendant  le  XII"  et  le  XIIIe  siècle,  M.  Willems  examine  aussi 
ce  qu'elle  est  devenue  plus  tard  chez  d'autres  peuples.  Une 
liste  bibliographique  très-complète  et  très-curieuse  des 
éditions  du  Renard  en  différentes  langues,  et  l'indication 
de  toutes  les  sources  de  son  histoire  littéraire ,  permettent 
au  lecteur  de  juger,  d'un  seul  coup  d'œil,  de  l'intérêt  ex- 
traordinaire que  ce  livre  a  toujours  inspiré ,  en  même  temps 


(  102  ) 

qu'elles  lui  l'ont  voir  la  limite  dans  laquelle  son  individua- 
lité l'a  pour  ainsi  dire  circonscrit. 

Il  faut  bien  que  la  fable  du  Renard  porte  en  elle  le  ca- 
ractère d'une  grande  individualité,  puisqu'elle  n'a  trouvé 
accès  que  chez  les  peuples  au  milieu  desquels  elle  a  pris 
naissance.  Née  chez  les  Francs,  elle  n'a  jamais  pénétré  ni  en 
Espagne  ni  en  Italie.  Le  midi  même  de  la  France  semble 
l'avoir  ignorée,  tandis  que  plus  de  80.000  vers  en  langue 
d'o?7  attestent  encore  sa  vogue  prodigieuse  dans  tout  le 
nord  du  même  pays.  Il  en  est  de  même  des  peuples  qui  sont 
plus  à  l'est.  A  peine  si  l'on  trouve  chez  eus  quelques  ves- 
tiges qui  indiquent  qu'elle  y  ait  passé.  C'est  entre  l'Elbe , 
le  Danube  et  la  Seine  qu'elle  se  renferme  tout  entière.  Les 
seules  langues  qu'elle  parle,  c'est  le  flamand,  le  français,  le 
bas-saxon  et  l'allemand.  Si  elle  parle  aussi  latin,  le  latin 
au  XIIe  siècle  était  la  langue  écrite  de  tous  les  pays,  et  ici 
les  flandricismes  révèlent  encore  son  origine  (1).  On  ne  l'a 
même  traduite  que  dans  les  langues  qui  appartiennent  à 
cette  même  famille.  M.  Willems  cite  des  traductions  an- 
glaises, danoises,  suédoises;  pas  d'autres  (2).  C'est  l'épopée 
du  Nord  du  moyen-âge,  l'épopée  franque,  l'épopée  ger- 
manique, l'épopée  flamande. 

Voilà  la  réflexion  que  nous  avons  faite  après  avoir  lu 
cette  savante  notice ,  et  nous  avons  cru  devoir  la  consigner 
ici ,  parce  qu'elle  explique  en  même  temps  le  grand  in- 


(i)  Chose  singulière!  les  Mas.  mêmes  ,  maigre' le  pillage  et  la  dispersion 
de  tant  de  bibliothèques,  n'ont  pu  franchir  la  limite  que  nous  venons 
d'indiquer. 

(2)  Il  en  existe  pourtant  une  en  hébreu  :  Mischne  Schualim,  par  le 
Rabbin  Barachias  Ben-Natrouai ,  Mautoue,  iSS?. 

Voici  le  relevé  des  traductions  ou  refontes  citées  par  M.  Willems  : 
Flamandes  ,  8  ;  anglaises ,  4  ;  bas-snxones  ,10;  allemandes ,  8  ;  danoise ,  i  i 
suédoises,  2;  françaises  ,  2  ;  latine,  i.  Sans  compter  le  Reinardus,  etc., 
ni  les  branches  françaises. 


(   103  ) 

tèrét  que  ces  fables  ont  eu  pour  nus  pères .  et  justifient 
l'estime  avec  laquelle  nous-mêmes  nous  les  avons  accueil- 
lies. Aujourd'hui  que  les  nuances  qui  distinguaient  les 
différents  peuples  s'effacent  de  plus  en  plus ,  il  sera  cu- 
rieux d'observer  jusqu'à  quel  point  les  travaux  des  Grimm , 
des  Mone ,  des  Raynouard ,  des  Willems  parviendront  à  faire 
goûter  ces  traditions  dans  les  pays  où  l'élément  romain  ou 
esclavon  prédomine.  Nous  croyons  toutefois  qu'il  s'écou- 
lera encore  des  siècles  avant  qu'on  s'en  informe  au-delà 
des  Alpes  et  des  Pyrénées. 

L'introduction  se  termine  par  une  explication  non  moins 
savante  et  ce  qui  plus  est,  presque  toujours  heureuse,  de  la 
plupart  des  noms  propres  que  le  poète  donne  aux  person- 
nages qu'il  met  en  scène.  Reinaert signifie  le  conseiller,  de 
raedgecer ,  du  mot  gothique  ragin,  conseil.  Le  nom  du 
loup,  Tseng  rim,  Isengrgn,  et  dans  le  Ms.  hollandais 
Isegrim,  signifie  le  farouche,  deyselgkgrimmige.  M.  Wil- 
lems prouve  que  ce  n'est  pas  un  nom  exclusivement  alle- 
mand, comme  le  prétend  M.  Mone,  mais  qu'il  appartient 
bien  plutôt  à  notre  pays ,  soit  qu'on  le  dérive  de  Isen  ou 
Isan,  fer ,  soit  qu'on  le  fasse  venir  de  ysen,  frissonner.  Nous 
ajouterons  aux  preuves  qu'il  a  donné  tant  de  sa  popularité 
chez  nous ,  que  de  cette  dernière  élymologie ,  qu'il  préfère 
avec  raison,  qu'aujourd'hui  encore  dans  une  partie  des 
provinces  du  Limbourg  et  du  Brabant ,  un  homme  som- 
bre, un  garçon  de  mauvaise  humeur  ou  pleureur  s'appel- 
lent communément  Isegrim:  'tis  eenen  Iseg.im;  o  du 
(doe)  Ise  grimï  sont  avec  celui  de  doer  Çt  is  eenen  doer, 
dommerik,  dans  le  sens  d'entêté) ,  les  seuls  sobriquets  dont 
on  se  serve  en  pareille  circonstance,  et  le  du,  pour  le  gg 
ou  ge  de  la  langue  moderne,  est  en  outre  la  preuve  de  leur 
antiquité.  Nobel,  le  lion ,  de  edcle.  Le  lion  se  trouve  sur  les 
armoiries  de  toutes  nos  provinces.  Robert  le  Frison ,  comte 
de  Flandres,  fut  le  premier  qui  le  porta  sur  sonécu,  en  1072; 


(  104  ) 

et  depuis  Philippe  d'Alsace,  il  passa  dans  les  armoiries  de 
nos  souverains.  Brune,  l'ours,  de  Bruine,  nommé  ainsi 
d'après  la  couleur  de  sa  pelisse.  Firapeel,  le  léopard ,  doit 
ce  nom  à  la  beauté  de  sa  peau .  fier-à-pel.  Quant  à  Belyn,  le 
bélier,  M.  Willems ,  après  avoir  cité  le  vers  du  Reinardus 
Vulpes  : 

....  Nomen  dat  vitrea  lana  Belino  , 

dit,  qu'on  peut  aussi  penser  au  mot  latin  balaie ,  bêler, 
d'où  bélier  (mal  bélier),  et  qu'en  1053  il  y  avait  à  Nevers 
un  Belinus  clericus.  11  fallait  s'en  tenir  au  témoignage  du 
poète  latin.  Belyn.  n'est  comme  firapeel,  qu'un  nom  pris 
du  français,  belle  laine,  vitre  a  lana  \  dans  Reineke  Bellyn. 
Nous  passons  quelques  autres  noms  dont  l'interprétation 
est  ou  moins  intéressante  ou  plus  douteuse,  pour  arriver 
à  celui  du  lièvre,  Cuwaert.  Nous  voudrions  pouvoir  trans- 
crire en  entier  les  quarante  lignes  que  M.  Willems  y  a  con- 
sacrées, pour  donner  une  idée  au  lecteur  de  l'érudition 
et ,  disons  le ,  de  l'adresse  singulière  qu'il  a  déployée  dans 
îa  plupart  de  ces  questions  accessoires  qu'il  avait  à  trai- 
ter. M.  Grimm  avait  eu  recours  au  mot  français  couard , 
ital.  codardo,  espagn.  eobarde ,  qui  servent  à  désigner  un 
animal  à  qui  la  peur  fait  serrer  la  queue.  M.  Willems 
prétend  que  cino,  cou  (comme  schuw,  schouic,  etc.)  n'est 
autre  chose  que  koude,  qui  anciennement  s'employait 
pour  koorts ,  fièvre,  plus  tard  koudwee.  Dans  le  Bei- 
naert  (v.  2654),  on  demande  au  Renard,  qui  tremble,  s'il 
a  la  fièvre ,  Cuicaert,  heb  di  coude  9  ghi  bevet.  Dans  la 
branche  française,  il  se  guérit  de  la  fièvre  par  miracle  sur 
le  tombeau  de  Coupée,  la  poule.  A  Bruges  etc. ,  on  dit  en- 
core koede  pour  koude ,  o  gy  vervaerde  koetl  ô  le  peureux! 
De  là  les  Français  ont  forgé  leur  mot  goutte,  qui  se  disait 
autrefois  de  toutes  sortes  de  maladies;  parce  que,  ajoute 
M.  Willems.  toute  maladie  est  plus  ou  moins  accompagnée 


(  »05  ) 

de  fièvre.  Le  roman  du  Renard  (v.  14322)  appelle  ainsi  Le 
mal  des  dents  : 

La  maie  go  te  aies  es  denz. 

Dans  le  fabliau  de  Guillaume  au  faucon,  il  est  employé 
simplement  pour  la  fièvre  : 

Une  molt  granù  dolor  me  tient: 
Une  goûte  qui  va  et  vient 
Me  tient  es  membres  et  el  chef..... 
Ce  n'est  mie  du  mal  du  doit , 
Ainz  est  un  mal  qui  fait  suer 
Ceux  qui  l'ont,  et  souvent  tranhler. 


En  latin  du  moyen-âge.  on  disait gutta,  et  voilà  pour- 
quoi l'animal  craintif  qui  est  nommé  ici  Cuwaert,  s'ap- 
pelle Guttero  dans  le  Reinardus  latin. 

Voilà  en  substance  ce  que  M.  Willems  a  dit  sur  ce  nom , 
et,  à  voir  cette  masse  de  preuves  qui  se  soutiennent  mu- 
tuellement ,  on  ose  à  peine  douter  que  l'identité  étymolo- 
gique du  nom  flamand  et  du  nom  latin  ne  soit  aussi  bien 
établie  que  celle  du  personnage  même.  Autre  chose  est  toute- 
fois si  on  les  examine  séparément.  Cuw  pour  cou  n'a  jamais 
existé,  et  schuiv,  rinv,  kluw  n'ont  avec  cou  (coude)  aucune 
analogie.  Dans  Cuwaert  hehdi  coude?  coude  est  un  adjectif 
et,  de  plus,  coude ,  fièvre,  vient  du  français  chaud.  Voyez 
Kiliaen  et  comparez  koude-jJts.  Enfin  le  mot  des  Brugeois 
prouve  seulement  que  ces  Messieurs  y  entendent  malice  ; 
ailleurs,  où  l'on  est  plus  simple,  on  dit  vervaerde  kloet,  en 
toutes  lettres.  Kloet,  kloot  (Kil.  kloete,  homo  obtusus  etc.), 
bûche,  lourdaud,  sot.  Que  signifierait  d'ailleurs  vervaerde 
koorts?  Malgré  tout  cela,  et  quoiqu'il  soit  bien  probable 
encore  que  dans  les  deux  passages  français  cités  par  le  sa- 
vant éditeur,  ainsi  que  dans  la  plupart  de  ceux  que  rap- 
porte Du  Cange,  la  goutte  n'est  prise  que  pour  son  frère 


(  106  ) 

le  rhumatisme  (ce  qui ,  pour  le  dire  en  passant,  ferait  plus 
d'honneur  à  la  médecine  du  moyen-âge  qu'à  Rivaricius 
qui  en  a  voulu  tracer  l'histoire  et  qui  expose  gutta  par 
eatharre,  fluxion,  quod  guttatim  fluat)^  nous  ne  pouvons 
que  féliciter  M.  Willems  du  résultat  auquel  ses  recherches 
en  général  l'ont  conduit,  tant  ici  que  dans  tout  le  reste  de 
son  introduction. 

Ici  nous  avons  fini  la  tâche  que  nous  nous  étions  im- 
posée. Dans  un  prochain  article,  nous  examinerons  le  texte 
du  Reinaert  même  en  comparant  entre  elles,  et  avec  le 
Ms. ,  les  éditions  de  Graeter,  de  M.  Grimm  et  de  M. Willems. 
Cette  recension  sera  la  partie  la  plus  importante  de  notre 
travail ,  en  tant  que  nous  appliquerons  à  ce  livre  un  sys- 
tème de  critique,  qui  n'a  pas  été  employé  jusqu'ici  par  les 
éditeurs  des  anciens  monuments  de  notre  langue  et  qui 
seul  peut,  à  notre  avis,  en  faire  disparaître  les  fautes  in- 
nombrables qui  les  défigurent,  et  leur  rendre  leur  forme 
primitive. 


(  107  ) 

Collection  de  Documents  inédits  sur  l'Histoire  de  France  , 
publiés  2iar  ordre  du  Roi  et  par  les  soins  du  Ministre 
de  l 'Instruction publique \  —  Paris,  Imprimerie  royale, 
1835  et  années  suiv. ,  7  vol.  in-4°. 

M.  Guizot  vient  de  sortir  du  ministère  avec  autant  de 
dignité  que  de  désintéressement.  Aujourd'hui  qu'il  faut 
parfois  plus  de  courage  pour  louer  un  ministre  que  pour 
l'accabler  d'invectives,  nous  hésitons  moins  à  rendre  hom- 
mage à  cette  haute  intelligence  politique ,  à  cette  vaste  ca- 
pacité littéraire ,  depuis  qu'elles  ne  nous  apparaissent  plus 
avec  l'appareil  du  pouvoir. 

Quoiqu'il  arrive,  les  personnes  studieuses  de  tous  les 
pays  conserveront  le  souvenir  de  ce  que  M.  Guizot  a  fait 
comme  ministre  pour  les  lettres  qu'il  a  honorées  comme 
écrivain.  Les  amis  de  l'histoire  lui  témoigneront  surtout 
une  reconnaissance  particulière. 

Mais  en  remerciant  M.  Guizot  de  ce  qu'il  a  rendu  à  la 
science  qui  s'était  montrée  si  prodigue  envers  lui  de  ses 
dons  les  plus  précieux,  nous  ne  pouvons  taire  qu'il  avait 
été  précédé  par  des  Belges  dans  la  création  d'un  comité 
historique.  L'entreprise  rêvée  par  Juste-Lipse  ,  ébauchée 
successivement  par  Erycius  Puteanus,  par  le  comte  de 
Cobentzl,  l'Académie  de  Bruxelles  et  l'évêque  d'Anvers, 
De  iSélis,  l'un  de  ses  membres  les  plus  actifs,  M.  Van  Gob- 
belschroy,  à  la  pressante  sollicitation  d'un  écrivain  qui 
avait  malheureusement  plus  de  patriotisme  que  de  savoir 
et  de  talent,  résolut  de  la  mener  à  bien.  De  formidables 
événements  donnèrent  un  démenti  à  ses  espérances.  En 
1834,  M.  Rogier  reprit  un  projet  aussi  souvent  abandonné 
que  con^-u;  il  quitta  immédiatement  son  portefeuille  et  laissa 
à  M.  deTheux  l'honneur  d'achever  ce  qu'il  avait  commencé. 
Qu'il  nous  soit  permis  de  dire  qu'on  ne  pouvait  être  mieux 
secondé.  Ceci  n'est  qu'une  justice.  Une  pareille  déclara- 


(  108  ) 

lion  ne  sera  pas  suspecte  sous  une  plume  qui  n'a  jamais 
flatté  ni  le  crédit  ni  la  puissance ,  et  qui  d'eux  n'a  rien  à 
attendre  ni  à  redouter. 

Pendant  que  l'Académie  des  inscriptions  continuait  labo- 
rieusement l'œuvre  immense  à  laquelle  Dom  Bouquet  a 
attaché  son  nom,  M.  Guizot  méditait  la  publication  géné- 
rale et  officielle  de  tous  les  matériaux  importants  et  inédits 
sur  l'histoire  de  France.  Sentant  que  chaque  jour  de  retard 
rendait  la  tâche  plus  difficile ,  que  non-seulement  les  tra- 
ditions s'effacent  et  nous  enlèvent  en  s'effaçant  bien  des 
moyens  de  compléter  et  d'interpréter  les  témoignag  s 
écrits,  mais  que  les  monuments  eux-mêmes  s'altèrent  ma- 
tériellement, il  mit  aussitôt  la  main  à  l'œuvre. 

Son  rapport  au  Roi  donne  une  idée  de  son  plan.  Il  ren- 
fermera l'histoire  des  villes,  des  provinces,  des  faits  et  des 
usages  locaux ,  éclaircie  par  les  bibliothèques  et  les  archi- 
ves départementales  ;  l'histoire  générale  des  idées ,  des 
usages,  des  mœurs  et  des  rites,  par  les  grandes  biblio- 
thèques de  Paris,  par  les  archives  du  royaume;  enfin  l'his- 
toire particulière  des  traités  et  des  ambassades,  par  les 
archives  des  affaires  étrangères:  celle  de  la  législation  et 
des  grands  procès,  par  les  archives  du  parlement;  celle 
des  sièges ,  des  batailles ,  de  la  marine  et  des  colonies ,  par 
les  archives  de  la  guerre  et  de  la  marine. 

On  le  voit,  M.  Guizot  ne  s'arrête  pas  aux  faits  maté- 
riels et  proprement  dits;  il  veut  que  l'on  recueille  aussi 
tout  ce  qui  tient  au  développement  intellectuel  et  moral 
des  différentes  époques  :  ce  n'est  pas  lui  qui  regardera 
comme  perdu,  le  papier  employé  à  reproduire  les  vieil- 
les poésies  où  se  peint  le  moyen-âge  et  qui  expliquent  si 
fréquemment  nos  croyances  et  nos  préjugés  modernes. 
Estimer  le  mérite  d'un  ouvrage  imprimé  par  le  nombre 
de  caractères  qui  en  couvrent  chaque  page,  ne  recon- 
naître l'histoire  que  dans  ce  qu'elle  offre  de  palpable ,  c'est 


(  109  ) 

une  manière  de  juger  qui  appartient  à  des  esprits  d'une 
autre  trempe. 

Les  rapports  et  instructions  de  M.  Guizol  forment  un 
volume  de  85  pages.  L'étendue  n'en  est  pas  assez  considé- 
rable pour  rebuter  les  censeurs  dont  nous  venons  de  ré- 
sumer la  doctrine.  Ces  messieurs  feront  donc  bien  de  lire 
spécialement  la  circulaire  relative  à  la  perquisition  des 
monuments  scientifiques  et  littéraires,  ainsi  que  de  ceux 
qui  appartiennent  aux  arts.  Le  ministre  appelle  principa- 
lement l'attention  de  ses  correspondants  sur  ce  qui  pour- 
rait éciaircir  les  origines  de  la  langue  française,  a  Vous 
«voudrez  donc  bien,  leur  dit-il,  rechercher  ce  que  vos 
»  collections  manuscrites  pourraient  contenir  en  fait  de 
»  longues  compositions  épiques  et  chevaleresques,  chansons 
»  dites  de  geste,  romans  en  vers  et  en  prose ,  se  rapportant 
«aux  cycles  de  Charlemagne,  d'Arthus,  d'Alexandre  ou 
»  de  la  guerre  de  Troie,  ou  à  toute  autre  variété  de  sujets... 
»  Les  chroniques  en  vers,  qu'il  faut  distinguer  des  romans, 
»  et  dans  le  genre  du  Rou  ou  du  Brut,  vous  offriraient  une 
»  valeur  historique  étroitement  uniç  à  la  curiosité  litté- 
»  raire.  » 

M.  Guizot  va  plus  loin  •  il  prétend  même  faire  entrer 
dans  ses  Documents  historiques,  non-seulement  des  romans 
et  des  chroniques  rimèes,  mais  des  mystères ,  des  farces , 
sotties  et  moralités!  Quoi  ce  serait  encore  là  véritable- 
ment de  l'histoire?  Oui,  pour  celui  qui  sait  la  compren- 
dre. Pour  tout  autre ,  pour  les  censeurs  dont  nous  avons 
parlé,  ce  n'est  que  du  papier  perdu. 

Les  six  volumes  déjà  publiés,  indépendamment  de  celui 
qui  contient  les  rapports  et  instructions,  embrassent  l'his- 
toire diplomatique ,  l'histoire  militaire,  l'histoire  politique 
et  celle  de  la  philosophie.  Nous  allons  les  passer  rapide- 
ment en  revue. 


(  no  ) 

Négociations  relatives  à  la  successio?i  d' Espagne  sous 

Louis  XIV ou  correspondances ,  mémoires  et  actes  diplo- 
matiques concernant  les  prétentions  et  l'avènement  de  la 
maison  de  Bourbon  au  trône  d'Espagne,  accompagnés  d'un 
texte  historique,  et  précédés  d'une  introduction ,  par  M. 
Miguel,  membre  de  l'Institut,  conseiller  d'état,  garde  des 
archives  du  ministère  des  affaires  étrangères.  1835,  2  vol. 
in-4°. 

Ce  recueil  a  un  intérêt  très-vif  pour  la  Belgique,  puis- 
qu'il y  est  question  des  prétentions  de  Louis  XIV  sur  les 
Pays-Bas,  du  chef  de  sa  femme  Marie-Thérèse  d'Autriche. 
Là  sont  expliqués  ces  fameux  débats  à  propos  du  droit  de 
dévolution,  débats  qui  ont  fait  naître  tant  de  brochures, 
et  qui  devaient  humilier  un  monarque  habitué  à  ne  tenir 
sa  puissance  que  de  lui-même  et  de  Dieu,  sans  se  courber 
devant  le  tribunal  de  l'opinion  publique. 

L'introduction  de  M.  Mignet  est  un  morceau  comme  en 
sait  écrire  l'historien  de  la  révolution  française.  Ce  qui 
suit  n'est  pas  une  simple  transcription  de  documents  iné- 
dits; chaque  pièce,  en  effet,  est  liée  à  la  suivante,  par  un 
texte  qui  l'explique  ou  la  prépare. 

Ce  recueil  aura  plus  de  deux  volumes.  Le  second  s'ar- 
rête à  la  paix  d'Aix-la-Chapelle,  en  1668,  paix  où  inter- 
vint avec  autorité  un  Belge,  le  baron  de  Bergeyck. 

Mémoires  militaires  relatifs  à  la  succession  d'Espagne 

sous  Louis  XIV,  extraits  de  la  correspondance  de  la  cour 
et  des  généraux,  par  le  lieutenant-général  de  Vault,  direc- 
teur du  dépôt  de  la  guerre,  mort  en  1790  ;  revus,  publiés  et 
précédés  d'une  introduction  par  le  lieutenant-gènéralVelet , 
député  de  la  Haute-Garonne,  directeur-général  du  dépôt  de 
la  guerre.  Tome  I.cr,  1835  ;  in-4°. 

Ces  mémoires  seront  le  complément  de  ceux  rédigés  par 
M.  Mignet.  Ainsi  que  les  précédens,  ce  sont  des   pièces 


(  111  ) 

officielles  liées  par  un  récit.  La  première  partie  est  con- 
sacrée à  la  campagne  de  Flandre  en  1701. 

—  Journal  des  Etats-généraux  de  France  tenus  à  Tours 
en  1484,  sous  le  règne  de  Charles  VIII ,  rédigé  en  latin 
par  Jehan  Masselin,  député  du  baillage  de  Rouen,  publié 
et  traduit  pour  la  première  fois  sur  les  manuscrits  inédits 
de  la  bibliothèque  du  Roi,  par  A.  Bernier,  avocat  à  la  cour 
royale  de  Paris.  1835,  in-4°. 

—  Procès-verbaux  des  séances  du  conseil  de  régence  (?) 
du  roi  Charles  VIII  pendant  le  mois  d'août  1484  à  jan- 
vier 1485  ,  publiés  d'après  les  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque royale,  par  A.  Bernier,  avocat  à  la  cour  royale  de 
Paris.  1836 ,  in-4°. 

—  Ouvrages  inédits  d'Abélard,  pour  servir  à  l'histoire 
de  la  philosophie  scolastique  en  France  ,  publiés  par  31. 
Victor  Cousin.  Paris,  1836;  in-4°. 

Les  écrits  d'Abélard  imprimés  dans  ce  volume  sont  : 
le  oui  et  le  ?wn  (Sic  et  non),  la  Dialectique,  un  fragment 
sur  les  genres  et  les  espèces,  des  gloses  sur  Porphyre , 
d'autres  gloses  sur  les  catégories  d'Aristote,  sur  son  livre 
de  l'Interprétation  ,  sur  les  Topiques  de  Boëce.  Partout 
éclate  la  force  de  tête  de  celui  qui,  avec  Descartes,  partage 
en  France  le  sceptre  de  la  philosophie.  Le  couteau  de  Ful- 
bert n'avait  pu  énerver  cette  âme  virile,  et  en  mutilant 
Abélard  il  l'avait  forcé,  pour  ainsi  dire,  de  concentrer  dans 
sa  pensée  toute  son  activité  et  ces  passions  brûlantes  dont 
il  lui  enlevait  désormais  la  satisfaction.  Abélard  est  un 
puissant  dialecticien,  et  à  ce  titre  il  devait  plaire  à  M.  Cou- 
sin ,  dont  la  philosophie  n'est  souvent  qu'un  pur  artifice 
logique.  L'introduction  et  les  appendices  dont  le  savant 
éditeur  a  enrichi  sa  publication,  sont  dignes  de  sa  traduc- 
tion de  Platon  et  de  ses  profondes  dissertations  sur  la  phi- 


(  U2  ) 

losophie  ancienne.  C'est  par  de  tels  travaux  que  M.  Cousin 
répondra  convenablement  à  ceux  qui  lui  reprochent  si 
durement  sa  nouvelle  fortune  et  s'obstinent  à  ne  voir  dans 
son  éclectisme  qu'une  ambition  cupide,  choisissant  dans 
toutes  les  positions  sociales  les  avantages  à  sa  convenance, 
et  pactisant  avec  tous  les  pouvoirs  qui  promettent  des 
honneurs  et  des  richesses. 

Voilà  où  en  est  la  collection  ordonnée  par  M.  Guizot. 
Espérons  que  son  successeur  mettra  le  même  zèle  que  lui 
à  la  poursuivre. 

Chez  nous ,  Dieu  merci ,  l'ardeur  des  investigations  ne 
se  ralentit  pas.  Néanmoins  ne  perdons  pas  de  vue  une  vé- 
rité que  nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  rappeler.  Secouer 
la  poussière  des  bibliothèques,  réunir  de  vieux  papiers, 
livrer  à  l'impression  des  documents  ignorés,  certes  c'est 
chose  utile  et  louable.  Mais  c'est  un  labeur  plutôt  qu'une 
œuvre  ;  que  toute  l'activité  littéraire  se  porte  sur  ce  genre 
d'occupation ,  que  l'accessoire  devienne  le  principal ,  et  les 
jeunes  imaginations  vont  se  flétrir,  et  l'âge  de  la  verve  et 
de  l'enthousiasme  va  se  consumer  en  d'arides  fatigues. 
D'ailleurs  il  n'est  pas  séant  que  l'ignorance  et  la  médio- 
crité, par  cela  seul  qu'elles  ont  mis  la  main  sur  un  ma- 
nuscrit, puissent  réclamer  arrogamment  une  place  parmi 
les  véritables  gens  de  lettres.  Si  l'on  veut  que. la  littérature 
soit  respectée ,  il  ne  faut  pas  la  prostituer  au  premier  venu. 
Elle  n'a  rien  à  gagner,  croyez-nous,  à  se  montrer  si  facile. 

De  Reiffenberg. 


(  U8  ) 


bulletin  Oibito0vapl)ique. 


HISTOIRE     BELGIQUE. 

Les  Pays-Bas  avant  et  durant  la  domination  romaine,  ou  Ta- 
bleau historique,  géographique,  physique,  statistique  et  archéo- 
logique de  la  Belgique  et  de  la  Hollande,  depuis  les  premiers 
temps  historiques  jusqu'au  VI.e  siècle,  par  A.  G.  B.  Schayes, 
membre  de  plusieurs  sociétés  littéraires.  2  vol.  in-8.°,  ornés 
rie  3  cartes.  Bruxelles,  1837,  établiss.  encyclographique. 

[Le  i.tr  volume  a  paru.] 

Description  historique  et  topographique  de  Liège,  ou  Guide 
Ju  voyageur  dans  cette  ville,  par  Henaux.  Liège,  1837; 
in-18.  de  172  pages. 

Histoire  des  Àvoueries  en  Belgique ,  mémoire  qui  a  obtenu 
la  médaille  d'argent  au  concours  de  l'Académie  royale  des 
Sciences  et  Belles-Lettres  de  Bruxelles,  en  1834,  par  le  baron 
Iules  de  St.-Genois.  Bruxelles,  1837,Hauman,  Cattoir  etComp.; 
?rand  in-8.°  de  IV  et  256  pages. 

Beisebriefe  aus  Belgien ,  mit  einigen  studien ,  zur  Politik , 
ieschichte  und  Kunst,  von  D.  Joli.  Wilh.  Loebell.  Ber- 
lin, 1837;  petit  in-8.°  de  "X  et  396  pages. 

Liège  et  Bourgogne,  ou  les  six-cents  Franchimontais,  par 
H.  L.  Polain.  Liège,  Jeunehomme,  1836;  m-8.°  de  16  pages. 

Beautés  de  l'histoire  des  Belges,  ou  Becueil  historique  et 
chronologique  des  plus  beaux  traits  et  des  actions  les  plus  re- 
narquables  qui  ont  illustré  la  Belgique.  Bruxelles,  Fro- 
uent,  1835;  in-8.°  de  312  pages. 

DeNoordmannen  inNederland,  geschiedenis  hunner  invallen 

3 


(  114  ) 

gedurende  de  IX.e.  X.e  en  XI. c  eeuwen,  met  opgnvc  van  der- 
zelver  gevolgen,  uit  echte  bronnen  geput,  door  J.  A.  Van 
Bolhius.  Utrecht,  1834-1835;  2  vol.  in-8.° 

Marezoll  (Louise),  des  Freiherrn  von  Rheinstein  und  seiner 
Kinder  1  eh rreicheund  unterhaltende  Reisen  durch  die  Rhein- 
lande  nach  Holland  und  Belgie.  Weimar,  Voigt,  1837;  grand 
in- 12  de  272  pages. 

Verbond  en  smeekschriften  der  nederlandsche  edelen  ,  van 
den  boog  wel  geb.  béer  baron  M.  d'Yvoy  vanMydrecbt;  ver- 
meerderd  met  eenige  aenteekeningen  en  verrykt  met  byna 
aile  de  faesimile,  door  jonkbeer  T.  J.  Beeldsnyder;  deze  uit- 
gaaf  is  niet  in  den  handel.  in-8.°  de  IV  et  86  pages. 

Hoppus  (John),  tbe  Continent  inl8oo.  Sketcbes  inBelgium, 
Germany,  Switzerland,  Savoy  and  France;  including  bistori- 
cal  notices  and  statements  relative  to  tbe  existing  aspect  of 
the  protestant  religion    in    tbose  conntries.    London,   1836; 
2  vol.  in-8.° 

Gerrits  (G.  Engelberts),  Keur    van  gedenkwaardige  tafe- 
reele  uit  de  geschiedenis  der  Nederlanden ,  van  de  vroegste 
dagen  af  tôt  op  den  tegemvoordigen   tyd;   derde  verb.  en; 
verm.  uitgave.  Eerste  en  tweede  deel,  met  platen.  Amster- 
dam, 1836;  grand  in-8.° 

LITTÉRATURE. 

Le  Gamin  de  Bruxelles,  comédie-vaudeville  en  deux  actes, 
par  Auguste  Joubaud,  non  représenté  sur  le  théâtre  anti-na- 
tional de  Bruxelles  le  8  avril  1837.  Bruxelles,  Lelong,  1837; 
in-18  de  74  pages. 

La  Clé  d'or,  histoire  merveilleuse  du  XVI.6 siècle;  traduite 
d'après  un  Ms.  flamand  de  1457,  avec  une  préface.  Gand, 
Rousseau,  1837;  46  pages. 

Willem  Tell,  treurspel  in  vyf  bedryven,  door  M.  Prudentius 
VanDuyse.  Antwerpen,  W.e  J.  Schoesetters,  1836;  in-8.°  de 
VIII  et  62  pages. 

Punt-en  mengeldichten,  door  den  abt  Coninckx.  St.-Truyen, 
Yamvest-Pluymers,  1837;  in-12  de  XXX  et  207  pages. 


(  its  ) 

La  Cour  du  duc  Jean  IV,  chronique  branbançonne,  1418- 
1421,  par  le  baron  Jules  de  St. -Génois.  Bruxelles,  Ilau- 
man,  1836;  in-18.  2  vol.  de  219  et  222  pages. 

Grattan's  Skissen,  und  Romane  ûbersetzt  von  Will.  Alixis, 
Th.  Hell  und  K.  L.  Meth-Mûller.  —Die  Erbin  von  Brugge; 
4  vol.  in-12.  —  Jacqueline  von  Holland;  4  vol.  in-12. 

Alboin.  Maxirailian  in  Flandern  ,  dramatische  dichtungen, 
von  A  Pannasch.  Giins,  Reicbard,  183o;  IV  et  216  pages 
in-8.° 

Ritmes  et  Refrains  tournésiens,  poésies  couronnées  par  le 
Puy  d'Escole  de  Rhétorique  de  Tournay,  1477-1491.  Mons, 
Le  Roux,  1837;  XX  et  159  pages. 

[C'est  le  troisième  volume  de  la  société  des  Bipliophiles  belges. 

Cette  publication  est  faite  par  M.r  F.  Hennebert,  arebiviste  de  la 
ville  de  Tournai  ;  l'ouvrage  est  précédé  d'une  préface  intéressante  sur 
ce  genre  de  poésies,  fort  à  la  mode  au  XV. e  siècle.  Il  est  en  outre  orné 
d'un  fac-similé  des  signatures  de  ceux  qui  composèrent  les  Ritmes  et 
Refrains.  ] 


HISTOIRE  LITTERAIRE   DE  LA  BELGIQUE. 

Biographie  liégeoise,  par  le  comte  de  Becdelièvre;  tome  II, 
l.re  livraison.  Liège,  1837;  I  et  132  pages. 

Notice  biographique  et  littéraire  sur  Charles  Van  Ilulthem, 
par  A.  Voisin.  Gand,  1837,  Poelman  ;  70  pages. 

[Cet  ouvrageest  orné  d'un  portrait  de  feu  Van  Hultbcm.] 

Notice  historique  sur  le  général  Dunonceau,  par  M.  le 
baron  de  Stassart,  lue  à  la  séance  publique  de  l'Académie 
royale  des  Sciences  et  Belles-Lettres  de  Bruxelles  du  16  dé- 
cembre 1836.  Bruxelles,  Rayez,  1836;  in-8.°  de  15  pages. 

Biographische  Notiz  ûber  Roland  de  Latre,  bekannt  unter 
dem  Namen  Orland  de  Lassus,  aus  dem  Franzosichen  ûbersetzt 
und  mit  anmerkungen  herausgegeben  von  F.  W.  Dehn ,  mit 
2  litogr.;  grand  in-8.°  de  X  et  139  pages.  Berlin,  Crautz,  1837. 

[C'est  la  traduction  allemande  de  l'intéressante  notice  de  feu  M.  Del- 
motte.  ] 


(     HO    ; 

DROIT     BELGIQUE. 

Histoire  du  Droit  belgique,  contenant  les  institutions  poli- 
tiques et  la  législation  de  la  Belgique  sous  les  Francs,  par 
L.  A.  Warnkœnig.  Bruxelles,  Ad.  Wahlen,  1837;  in-8.°  de 
IX  et  203  pages. 

Von  der  Wichtigkeit  der  kunde  des  Redits  und  der  Ge- 
sehichte  der  Belgischen  Provinzen  fur  die  deutsehe  Staats  und 
Nechtsgesehichte;  eine  Rede,  gehalten  bei  den  feierlichen 
Antritt  seines  Lehramts  an  der  Universitaet  Freiburg  ini 
Breisgau,  von  D.r  L.  A.  Warnkœnig.  Freiburg,  Fr.  Wagner, 
1837  ;  in-8.°  de  98  pages,  avec  fac-similé. 

ÉCONOMIE     POLITIQUE.     ETC. 

Note  sur  la  propriété  littéraire  et  des  moyens  d'en  assurer 
la  jouissance  aux.  auteurs  dans  les  principaux  états  de 
l'Europe,  sans  nuire  aux  intérêts  matériels  des  peuples  et  sans 
nécessiter  des  lois  prohibitives,  par  un  compagnon  imprimeur. 
Seconde  édition.  Bruxelles,  Berthot,  1836;  18  pages. 

Mémoire  sur  les  traitements  des  vicaires,  présenté  au  sénat 
et  à  la  chambre  des  représentants.  Gand,Van  Ryckegem,  1836; 
24  pages. 

Du  meilleur  emploi  de  la  vapeur,  sous  le  rapport  de  l'éco- 
nomie et  de  la  sécurité,  etc.,  par  D.  Tack,  ingénieur  méca- 
nicien. Bruxelles,  1834;  in-8.° 

De  H.  Ferdinand  Meeus  et  de  la  mutualité  industrielle,  par 
D.  J.  Bruxelles,  Ad.  Wahlen  ,1836;  in-8.°  de  49  pages. 

Rapport  du  jury  sur  les  produits  de  l'industrie  belge, 
exposés  à  Bruxelles  en  1835,  rédigé  par  31.  Gachard,  archi- 
viste du  royaume.  Bruxelles,  Van  Dooren  frères,  1836;  VI 
et  440  pages. 

[  Cet  ouvrage  se  distingue  par  des  notions  historiques  sur  la  plupart 
de   nos  industries.  ] 

De  la  répression  du  Duel,  par  Coomans  aîné,  avocat.  Gand, 
Blockeel,  1836;  brochure  de  12  pages. 


(  H7  ) 

OU  v  R  A.GES     l'LtUOlUQl'ES. 

Recueil  industriel  belge,  consacré  aux  manufactures,  à 
l'agriculture,'  au  commerce  et  aux  beaux-arts;  etc.,  12  nu- 
méros par  an, formant  4  vol.  Bruxelles,  Mclinc,  Cans  et  C.e 

La  Belgique  littéraire  et  industrielle,  revue  de  la  littéra- 
ture, des  arts,  des  sciences  et  de  l'industrie;  l.rc-16.e  livrai- 
sons, janvier-avril  1837. 

[Les  écrivains  qui  jusqu'ici  ont  contribue  à  la  rédaction  de  ce  recueil 
sont  :  MM.  Eugène  Gaussoin,  André  Van  Hasselt,  Théod.  Just ,  Ad.  Ma- 
thieu ,  A.  Baron,  J.  B.  Vautier,  Pli.  Lesbroussart,  E.  Gauwens , 
M.me  De  la  Motte,  Soudain  de  Niederwerth ,  Finniii  Lebrun,  Louis 
Labar,  Frédéric  Schiflers,  Jules  de  Saint-Génois,  H.  M.  delà  Croix, 
J.  B.  Deprez,  Nestor  Pauwels  ,  Raimond  Mabauden ,  Fréd.  Liedts , 
Ch.  de  Cuy per ,  etc. ,  etc.] 

Annales  littéraires  et  philosophiques;  l.rc  livraison,  jan- 
vier 1837.  Liège,  Lardinois,  1837;  48  pages  in-8.° 

[Ce  nouveau    recueil    paraîtra   par  cahiers,  tous  les  mois.  ] 

Revue  belge,  publiée  par  l'association  nationale  pour  l'en- 
couragement de  la  littérature  en  Belgique;  troisième  année. 
Liège,  1837,  Jeunehomme. 

[3  livraisons  ont  paru  ;  parmi  les  articles  les  plus  remarquables,  nous 
signalerons  ceux  de  V.  Godet  sur  les  sociétés  anonymes;  un  club  en 
i83o,  de  F.  Rey;  sur  la  répression  du  duel ,  par  Ninon;  promenades  his- 
toriques sur  les  bords  de  la  Vesdre  et  de  l'Ourthe;  la  Madeleine  du  vil- 
lage, par  Toussaint.  Ce  recueil  qui  s'améliore  de  jour  en  jour  tant  pour 
la  partie  intellectuelle  que  pour  la  partie  typographique  ,  est  un  de  nos 
écrits  périodiques  qui  mérite  le  plus  de  succès.  ] 

Belgisch  Muséum  voor  de  nederduitsche  tael-  en  letterkunde 
en  de  geschiedenis  des  Vaderlands,  uitgegeven  door  J.  F.  Wil- 
lems;  1  deel,  1  aflevering.  Gent,  Gyselinck,  1837;  106  pages 
in-8.°  avec  4  planches. 

[Cette  première  livraison  contient  :  i.°  un  article  sur  l'oiigine,  le 
caractère  et  la  formation  naturelle  de  la  langue  flamande,  par  J.  F.  Wil- 
lems.  2.°  Une  charte  en  flamand  de  i3'2o,  sur  les  écoles  de  Bruxelles. 
3.°  Un  poème  flamand  qui  raconte  un  combat  judiciaire  qui  eut 
lieu  à  Louvain  en  i-i3G.  !\.n  Un  article  sur  le  dialecte  flamand  de 
Bruxelles.  5."  Une  pièce  de  vers  sur  Annesscns,  par  P.  Van  Duyse. 
o.°  L'inauguration  de  Jcan-sans  Peur  à  Gaud  ,  en  i  |o5  ;  par  Ph.  Iîlom- 
maeit.  | 


(  H8) 


CHIMIE,    MEDECINE. 


Éléments  de  Chimie,  par  E.  Milscherlieh,  traduits  de  l'alle- 
mand sur  la  dernière  édition  ,  par  M.  V.  Valérius.  Bruxelles, 
L.  Hauman  et  Comp. ,  1836,  tome  III;  in-8.°  de  238  pages, 
avec  9  planches. 

[  Cet  ouvrage  formera  4  volumes.  ] 

Mémoires  concernant  l'usage  des  pompes  dans  la  pratique 
médicale  et  chirurgicale,  par  Ch.  Hauff.  Paris,  1836;  grand 
in-8.°  avec  une  planche  gravée. 

BOTANIQUE. 

Mémoires  sur  les  Clostéries,  par  Ch.  Morren.  Paris,  1836; 
in-8.°  avec  3  planches  gravées  et  coloriées. 

Mémoire  sur  l'émigration  du  Puceron  du  Pécher  et  sur 
l'anatomie  de  cette  espèce,  par  le  même.  Paris,  1836;  in-8.° 
avec  2  planches  gravées. 

Quelcpu.es  mots  sur  l'histoire  de  l'horticulture,  suivi  du  rap- 
port sur  la  première  période  décennale  de  la  société  d'horti- 
culture de  Liège,  par  son  président  honoraire  Morren. 
Liège,  1836;  in-8.°  de  16  pages. 

Recherche  sur  la  Catelepsie  du  Dracocophalum  virginia- 
num,  par  Ch.  Morren.  Bruxelles,  1836;  18  pages,  avec  une 
planche. 

Catalogue  des  Graines  récoltées  au  Jardin  holanique  de 
Liège,  1836;  in -8." 

PUBLICATIONS    DIVERSES. 

Essai  historique  sur  l'Irlande,  contenant  l'origine  de  toutes 
les  familles  nohles  de  ce  pays,  etc.,  par  P.  comte  ô  Kelly 
d'Aghrim ,  ancien  employé  au  conseil  supérieur  de  noblesse 
du  rovaume  des  Pavs-Bas.  vol.  in-8.°  Bruxelles,  Wiart,  1837. 

Géographie  de  la  Belgique,  ou  Description  topographique 
et  historique  du  royaume  Belge  ;  ornée  de  dix  cartes  coloriées. 
Maîines  et  Bruxelles,  Hanicq,  1836;  in-24  de  237  pages. 

[Petit  ouvrage  fait  avec  soiu  et  méthode.  ] 


(  119  ) 

Recueil  héraldique,  publié  par  le  baron  de  Reiffenbcr^. 
Grand  in-8.°,  livr.  1  et  % 

[Introduction  inachevée,  pages  I-XVI  ;  texte,  pages  i-i  la.  Les  maisons 
dont  il  est  parle  dans  ce  texte  sont  celles  A'Errernhault  du  Mesnîl  , 
à?  Argent  eau  et  de  DieSt.  Il  est  accompagne  de  8  planches  fort  Lieu 
exécutées  et  représentant  des  armoiries,  des  vues  de  château  et  des 
sceaux. 

Cet  ouvrage  a  été  précède1  d'un  spécimen  orné  de  trois  planches.  ] 

Dictionnaire  des  Définitions  logiques ,  accompagné  d'un 
plan  sommaire  d'un  cours  de  logique  en  quatre  tableaux, 
par  M.  E.  Tandel,  prof,  de  pbilosopbie  à  l'Université  de  Liège. 
Liège,  Lemarié,  1837;  grand  in-8.°  de  21  pages,  et  4  tabl. 

Annuaire  de  l'Université  catbolique  de  Louvain,  1837;  pre- 
mière année.  Louvain,  Van  Lintbout  et  Van  denZande;  in-18 
de  3-i,  30,  58  et  36  pages,  avec  une  lithographie. 

[Cet  annuaire  qui  se  compose  de  quatre  paginations  diflérentes,  con- 
tient tous  les  règlements  relatifs  à  l'Université  ,  le  personnel  des  profes- 
seurs, le  relevé  des  élèves  de  cet  établissement,  la  composition  géné- 
rale des  jurys  d'examen  pour  l'année  i836  ,  etc. 

La  lithographie  représente  la  façade  principale  de  l'Université,  connue 
sous  Je  nom  de  Halle.  ] 

Nathan  (J.),  the  Life  of  madame  Malibran-de  Bérioi,  inter- 
spersed  v.ilh  original  anecdotes  and  critieal  remarks  on  her 
-musical  powers.  London,  1836;  in-12. 


(  120  ) 


Chronique  &cs  Sciences  et  arts,  et  Uarictes. 


COMMISSION    ROYALE    D  HISTOIRE. 

Séance  du  2  mars  1886. 

M.  de  Gerlache  annonce  que  le  Roi  recevra,  à  une  heure, 
la  commission,  qui  désire  lui  faire  hommage  du  premier 
volume  des  Chroniques  belges  inédites,  contenant  celle  du 
poète  et  historien  flamand  Van  lleelu,  dont  M.r  J.  F.  Willems 
est  l'éditeur, 

La  commission  délibère  sur  les  moyens  de  répandre  cet 
ouvrage  dans  le  public.  Un  projet  est  arrêté  et  soumis  à 
31.  le  ministre  de  l'intérieur,  à  qui  l'on  demande  en  même 
temps  l'autorisation  d'offrir  des  exemplaires  de  la  chronique 
imprimée  à  certains  corps  et  individus. 

M.  Gachard  demande  et  obtient  la  parole  pour  la  com- 
munication suivante  : 

«  Dans  sa  première  séance,  la  commission  arrêtant  le 
programme  des  publications  par  lesquelles  elle  commence- 
rait ses  travaux,  y  comprit  la  relation  française  du  voyage 
de  Philippe-le-Beau  en  Espagne,  en  1301,  par  le  S.r  de  La- 
laing,  et  elle  décida  que  l'édition  de  cet  ouvrage  me  serait 
confiée. 

»  Dans  sa  quatrième  séance,  tenue  le  28  octobre  183-4, 
elle  résolut  que  je  serais  encore  chargé  de  la  mise  au  jour 
du  «  Recueil  de  plusieurs  entreprises  et  actions  de  l'empereur 
»  Charles-Quint,  environ  l'an  lo-iO,»  conservé  à  la  biblio- 
thèque de  Tournai. 

»  Informée  ultérieurement  que  le  gouvernement  venait 
d'acquérir,  pour  la  bibliothèque  de  Bourgogne,  le   Journal 


(   121  ) 

des  voyages  de  Charles-Quint  par  Vandenesse,  et  les  Mémoires 
de  Laurent  Vital  sur  quelques  faits  et  actions  du  même  prince, 
la  commission  arrêta  enfin  que  ces  derniers  ouvrages  seraient 
réunis  aux  deux  précédents,  pour  en  former  une  seule  et 
même  publication,  sous  le  titre  de  Collection  de  Voyages  en- 
trepris par  des  souverains  de  la  Belgique. 

»  Il  fut  écrit  à  M.  le  ministre  de  l'intérieur,  afin  d'obtenir, 
par  son  entremise,  tant  de  M.  le  conservateur  de  la  biblio- 
thèque de  Bourgogne,  que  de  la  régence  de  la  ville  de  Tour- 
nai, les  manuscrits  des  ouvrages  indiqués  ci-dessus. 

»  M.  le  ministre  a  transmis  à  la  commission  le  «  Recueil  de 
»  plusieurs  entreprises  et  actions  de  l'empereur  Charles- 
i  Quint,  »  que  de  la  régence  de  Tournai  s'est  empressée  de  lui 
faire  parvenir;  il  nous  a  également  envoyé  la  relation  du 
voyage  de  Philippe-le-Beau  en  1301  :  quant  au  Journal  de 
Vandenesse,  et  aux  Mémoires  de  Laurent  Vital,  il  nous  a  in- 
formés qu'ils  ne  pouvaient  être  mis  à  notre  disposition,  M.  le 
conservateur  de  la  bibliothèque  de  Bourgogne  en  avant 
besoin,  pour  des  recherches  auxquelles  il  est  occupé. 

»  La  tâche  que  la  commission  m'a  confiée  se  trouve  par-là 
restreinte  aux  deux  ouvrages  qui  avaient  en  premier  lieu  fixé 
son  attention. 

»  Cependant  il  existe  encore,  dans  le  pays,  d'autres  docu- 
ments inédits  qui  pourraient  faire  partie  de  la  Collection  des 
Voyages  des  souverains  de  la  Belgique,  et  j'ai  cru  devoir  sou- 
mettre à  la  commission  les  notions  que  j'ai  recueillies  à  ce 
sujet,  avant  de  commencer  le  travail  auquel  ses  décisions 
m'appellent  à  donner  mes  soins. 

»  M.  Lammens,  bibliothécaire  de  l'université  de  Gand,  en 
possède  deux ,  qu'il  eut  la  complaisance  de  me  communiquer 
lors  d'une  tournée  que  je  fis  dans  la  Flandre  orientale  l'année 
dernière. 

»  L'un  est  un  Commentaire  ou  Diumal  de  V expédition  de 
Thtinesl(Timis),  faicte  par  le  très-auguste  et  très-vertueulv 
empereur  Charles  cinquiesme  :  c'est  un  volume  petit  in-4.°  sur 
papier,  ayant  80  feuillets  environ,  écrit  vers  le  milieu  du 
XVI. e  siècle. 

»  L'autre  est  un  Mémoire   de  ce  qu'a  passé  au  voyage  de  la 


(  122  ) 

Royne  et  de  l'archiducq  Albert  depuis  son  partetnent  des  Pays- 
Bas  pour  Espaigne  et  des  choses  succédées  aux  séjour  et  retour 
de  leurs  Altczes  serenissimes  :  c'est  aussi  un  volume  petit 
in-4.°  sur  papier  ayant  112  feuillets  écrits. 

»  On  jugera  du  contenu  de  ce  dernier  manuscrit,  par  le 
sommaire  suivant  que  j'en  ai  fait  : 

(Sans  cote)  Liste  des  dames  et  cavaliers  qui  firent  le  voyage 

d'Espagne. 
Fol.     1-40.  Voyage  de  l'archiduc  et  de  sa  suite  jusqu'à  Gênes. 
40-43.  Traversée  de  Gênes  en  Espagne.  —  Débarquement. 
4S-49.  Choses  advenues  en  Espagne. 
49-54.  Traversée  d'Espagne  en  Italie. 
54-57.  Entrée  à  Milan. 

57-64.  Voyage  par  l'Italie,  la  Suisse,  la  Lorraine. 

65-68.  Entrée  dans  le  Luxembourg  et  le  Brabant. 

69-85.  Entrée  à  Bruxelles  et  choses  survenues  depuis  (du 

5  septembre  au  20  décembre  1599). 

89-112.  Entrée  des  archiducs   dans  les  différentes  villes 

des  Pays-Bas. 

Les  deux  ouvrages  dont  je  viens  de  donner  l'indication 
n'appartiennent  pas  à  la  bibliothèque  de  l'université  de 
Gand,  mais  à  la  bibliothèque  privée  de  M.  Lammens,  la  plus 
riche  du  royaume  en  manuscrits  (je  ne  parle  pas  des  biblio- 
thèques publiques),  après  celle  délaissée  par  feu  M.  Van 
llulthem.  Ce  savant  bibliographe,  qui  prend  un  vif  intérêt  à 
nos  travaux,  m'a  autorisé  à  déclarer  que,  si  la  commission  ju- 
geait utile  de  les  rendre  publies,  il  les  mettrait  avec  plaisir  à 
sa  disposition. 

»  A  la  bibliothèque  de  l'université  de  Liège,  il  se  trouve 
un  manuscrit  in-4.°  sur  papier,  intitulé  Copie  de  la  mémoire 
de  la  conduyete  de  la  roync  Marguerite ,  fille  aisnée  de  l'empe- 
reur Maximilien,  le....  de  ce  nom,  empereur  des  Allemaig nés, 
fiancée  aveenostre  catholicque  roy  Phelippc,  roy  des  Espaingnes, 
en  la  ville  de  Spirs,  pir  le  frère  dudit  empereur ,  son  oncle ,  et 
ce  vers  Espaingne  susdit,  el  de  nostre  voyaige  de  France. 

»  Cette  relation  commence  au  25  septembre  1570,  jour  de 
rembarquement  de  la  reine,  à   Flessingue,  sur  le  navire  de 


(   123  ) 

l'amiral  comte  de  Boussu,  appelé  Saint-Philippe,  L'auteur 
raconte  les  particularités  delà  traversée;  l'arrivée  de  la  flotte 
i  Saint-Ander  en  Biscaye;  les  dangers  qu'elle  y  courut,  par 
suite  d'une  forte  tempête,  la  réception  de  la  reine  à  Saint- 
\nder;  son  départ  de  cette  ville  pour  Burgos  :  cette  partie  du 
uémoirc  comprend  les  feuillets  1-12.  Les  feuillets  là  à  23, 
juiest  le  dernier,  sont  consacrés  au  récit  du  retour  d'Espagne 
iux  Pays-Bas.  Le  24  novembre  1570,  la  flotte  mit  à  la  voile; 
e  27,  elle  fut  séparée  par  une  tempête  qui  l'exposa  aux 
dus  grands  périls;  le  3  décembre,  le  navire  sur  lequel  était 
'auteur  de  la  relation,  échoua  sur  la  côte  de  Bretagne  :  l'é- 
[uipage  et  la  compagnie  d'infanterie  qui  y  avait  été  embar- 
[uée  se  dirigèrent,  à  travers  les  pays  de  Poitou,  d'Anjou,  du 
laine,  du  Perche,  de  Normandie,  de  l'ile  de  France  et  de 
'icardie,  vers  le  Pays-Bas;  ils  arrivèrent  à  Cambrai  le  25 jan- 
ier  1371,  jour  où  s'arrête  la  relation. 

»  Ce  manuscrit,  qui  renferme  des  particularités  et  des 
létails  curieux,  se  termine  par  les  lignes  suivantes  : 

»  De  cecy,  et  de  mon  nom  et  divise,  m'a  requeru  mon 
très-singulier  amy,  comme  frère  à  jamais,  nions. r  Adolf 
de  Boevekercke,  m'ayant  esté  compaignon  en  ce  mesme 
voyage. 

«  Vlyxes  de  Coterew. 

»  Amor  m'y  contraint.  » 

»  Je  pense  qu'il  conviendrait  de  comprendre  le  Diurnal  de 
'expédition  de  Charles-Quint  contre  Tunis,  la  Relation  du 
oyage  de  l'archiduchesse  Marguerite,  épouse  de  Philippe  II, 
t  celle  du  voyage  des  archiducs,  dans  la  Collection  des  Vouâ- 
tes entrepris  par  des  souverains  de  la  Belgique. 

»  Le  voyage  des  archiducs,  surtout,  mérite  d'y  être  inséré, 
ar  il  contient  plus  de  détails  relatifs  aux  Pays-Bas  qu'aucun 
es  autres.  Je  serais  en  mesure  de  l'enrichir  de  pièces  intéres- 
antes,  notamment  d'une  relation  succincte  du  même  voyage 
crite  parle  comte  de  Solre,  pour  les  Etats-Généraux  des  pro- 
inees  belges,  qui  l'avaient  commis  à  l'effet  d'accompagner 
n  leur  nom  l'archiduc  Albert. 

»  Au  moyen  de  la  réunion  des  divers  ouvrages  dont  il  est 


(  124  ) 

parlé  ci-dessus,  la  collection  projetée  offrirait,  ce  me  semble, 
quelque  attrait  aux  amis  de  l'histoire  nationale. 

»  Pour  en  augmenter  l'intérêt,  on  pourrait  faire  précéder 
le  voyage  de  Philippe-le-Beau  d'un  Itinéraire  des  ducs  de 
Bourgogne.  Je  prie  la  commission  de  permettre  que  j'entre 
dans  de  brèves  explications  sur  les  matériaux  qui  servi- 
raient à  cet  Itinéraire,  et  sur  la  forme  qu'on  pourrait  lui 
donner. 

»  Parmi  les  documents  que  le  gouvernement  français  remit, 
en  1770,  au  gouvernement  des  Pays-Bas,  en  exécution  du 
traité  des  limites  du  13  mai  1769,  et  qui  furent  extraits  des 
archives  de  la  chambre  des  comptes  de  Lille,  il  se  trouve  un 
double  du  compte  de  la  recette  générale  des  finances  du  duc 
de  Bourgogne  Philippe-Ie-bon,  de  l'année  1464 — 1-465(1). 
En  parcourant  ce  compte,  je  fus  agréablement  surpris  d'y 
rencontrer  un  chapitre  contenant  l'indication,  journée  par 
journée,  des  divers  séjours  faits  par  le  duc,  depuis  le  l.er  oc- 
tobre 1464  jusqu'au  30  septembre  1465,  époque  qu'em- 
brasse le  compte  rendu  par  le  trésorier-général. 

»  Quelques  extraits  donneront  à  la  commission  une  idée 
de  la  manière  dont  ces  séjours  sont  rapportés;  je  transcris 
littéralement  : 

»  Lundy,  premier  jour  du  mois  d'octobre,  l'an  mil  cccc. 
»lxiiij,  monseigneur  le  duc  de  Bourgoingne  et  de  Brabant 
»  tout  le  jour  à  Hesdin,  et  ce  jour  furent  en  l'ostel,  et  aux 
»  despens  de  mondit  seigneur,  madame  la  duchesse  de  Bour- 
»  bon,  madame  de  Gheildres  la  josne  et  madamoiselle  Margaritc 
»  sa  seur,  filles  de  madicte  dame  de  Bourbon,  et  avec  ce  mondit 
»  seigneur  fit  délivrer  de  pain,  vin  et  viande,  son  chastellain 
»  dudit  Hesdin  :  escu  xx  s.  à  la  valeur,  de  xl  gros,  monnoye 
»de   Flandres;    somme   du  jour,   sans    garnisons,    comprins 

»  gaiges   .  .  ixxx  xij    1.  vij  d 

»  Dimanche,  xviije  jour  de  novembre,  l'an  mil  iiijc  lxiiij, 
»  monseigneur  le  duc   de  Bourgoingne  et  de  Brabant  tout  le 


(i)  Les  comptes  de  la  recette   générale,  depuis  environ  i385  jusqu  a 
1G66,  doivent  se  conserver  à  Lille,  aux  archives  départementales. 


(   125  ) 

jour  à  Lille,  et  furent  ee  jour  illecq,  aux  despcns  de  mondît 
seigneur,  madame  la  duchesse  de  Bourbon,  madame  de 
Gheildres  la  josne  et  madamoiselle  Margarite  sa  seur,  filles 
'  de  madicte  dame  de  Bourbon;  et,  ce  jour,  mondit  seigneur 
fist  festoyer  au  disner  les  ambassadeurs  du  roy  de  France,  et 
>  au  soupper,  en  l'ostel  de  Pbelippe  Fremault,  monseigneur 
de  Charroloys,  monseigneur  le  duc  de  Bourbon,  monsei- 
gneur Adolf  de  Clèves,  monseigneur  Jaques  de  Bourbon  et 
plusieurs  aultres  grans  seigneurs,  chevaliers  et  escuiers, 
avec  lesdictes  dames  et  damoiselles;  et,  avec  ce,  fist  délivrer 
son  hoste  de  pain,  vin  et  viande:  escu  xx  s.  à  la  valeur,  de 
xl  gros,  monnoye  de  Flandre;  somme  du  jour  sans  garnisons, 
comprins  gaiges ijR  xlj  1.  iiij  s.  ixd. 

»  Dimence,  feste  et  solcmpnité  de  Pasques  charnels,  xiiij" 
jour  d'avril  l'an  mil  cccc.  Ixv,  monseigneur  le  duc  de  Bour- 

goingne  et  de  Brabant  tout  le  jour  à  Brouxelles Et, 

ce  jour,  monseigneur  l'evesque  de  Tournay  fist  le  service 
divin  devant  mondit  seigneur,  et  tint  icellui  seigneur  salle, 
et  disnèrent  avec  lui  monseigneur  le  conte  de  Charrolovs  et 
ledit  prélat,  et  aussi  disnèrent  en  Iadicte  salle  les  cbappel- 
lains  de  la  cbappelle ,  et  avec  ce  disnèrent  ce  jour  en  son 
hostel,  et  à  ses  despens,  le  povre  commun  dudit  Brouxelles, 
et  si  fist  délivrer  de  pain,  vin  et  viande  ung  frère  prescbeur  : 
escu  xx  s.  à  la  valeur  de  xl  gros  monnoye  de  Flandres.  Somme 
du  jour  sans  garnisons,  comprins  gaiges  .  .  ijc  lix  1.  ixs.  iij  d. 

»  Dimence,  feste  et  solcmpnité  de  la  Penthecoust,  second 
jour  de  juing   l'an   mil  iiijc  Ixv,  monseigneur  le  duc   de 

Bourgoingne  et  de  Brabant  tout  le  jour  à  Brouxelles Et, 

ce  jour,  lesufFragant  de  monseigneur  l'evesque  de  Tournav 
fist  le  service  divin  devant  mondit  seigneur  le  duc,  et  disnè- 
rent ce  jour  en  l'ostel,  et  aux  despcns  de  mondit  seigneur. 
i  les  cbappellains  de  sa  cbappelle,  ses  médecins,  et  le  povre 
commun  dudit  Brouxelles  :  escu  xx  s.  à  la  valeur,  de  xl 
»  gros,  etc.  ij°  xv  1.  xiijs.  ix  d  .  .   : 

»  Jeudy,  xxvij6  jour  de  juing,  l'an  mil  iiijc  Ixv,  monsei- 
1  gneur  le  duc  de  Bourgoingne  et  de  Brabant  tout  le  jour  à 
»  Brouxelles.  .  .  .  Et,  ce  jour,  icellui  seigneur  se  baigna  en 
■  son  hostel  de  Saint  Josse  de  Nouye  (Saint-Joss°-ten-Noocle). 


(  126  ) 

»  et  fist  faire  de  creue  trois  platz  de  viande  :  cscu  xx  s.  à  la 
»  valeur,  de  xl  gros,  etc.  viij    1.  xiiijs.  iij  d 

»  Mercredi,  xxvejour  de  septembre,  l'an  mil  iiijc  Ixv,  mon- 
»  seigneurie  duc  de  Bourgoingne  et  de  Brabant,  etc.,  disner 
»  en  son  hostel  de  Saint  Jossc  de  Nouye,  soupper  et   giste  à 

»  Brouxelles Et,  avec  ce,  icellui  seigneur  fist  faire  de 

»  creue  trois  platz  de  viande,  pour  festoyer  monseigneur  le 
»  duc  de  Clèves  :  escu  xx  s.,  etc.,  vij*s  xviij  1.  vij   s.  iiij  d.  » 

»  Il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  les  comptes  qui  précèdent  et 
qui  suivent  celui  de  146-4 — 146o  contiennent  les  mêmes  ren- 
seignements :  il  ne  s'agirait  donc  que  de  les  dépouiller ,  pour 
rassembler  les  éléments  d'un  Itinéraireaussi  exact  que  complet 
des  ducs  de  Bourgogne.  Et  de  quel  prix  ne  serait  pas  un  pareil 
recueil  !  La  chronologie  y  trouverait  un  puissant  secours;  bien 
des  actes  et  des  faits  dont  nos  annalistes  n'ont  pas  su  assigner 
la  date,  et  qui  apparaissent  confus  dans  leurs  récits,  vien- 
draient se  ranger  à  leur  véritable  place,  à  l'aide  des  indica- 
tions précises  de  ce  journal  officiel;  les  curieuses  révélations 
qu'il  offrirait  sur  la  vie  publique  des  princes  serviraient  enfin 
à  remplir  une  lacune  qui  se  fait  remarquer  dans  cette  partie 
de  notre  histoire. 

»  Deux  modes  différents  pourraient  être  adoptés  pour  la  pu- 
blication de  l'Itinéraire  des  ducs  de  Bourgogne, 

»  L'un  consisterait  à  reproduire  littéralement,  et  dans  son 
entier,  le  texte  des  comptes,  ainsi  que  je  l'ai  fait  ci-dessus 
pour  quelques  extraits. 

»  L'autre  se  réduirait  à  faire  connaître  simplement  les 
dates  et  les  lieux  des  séjours  des  princes  sans  autres 
détails. 

»  Il  serait  difficile  de  se  prononcer  sur  l'adoption  de  l'un 
ou  de  l'autre,  avant  d'avoir  eu  sous  les  yeux  les  documents 
originaux. 

»  Sans  vouloir,  quant  à  présent,  rien  préjuger  à  cet  égard 
je  ferai  observer  que,  si  l'on  donnait  la  préférence  au  second, 
on  pourrait  resserrer,  dans  un  assez  petit  nombre  de  pages, 
une  longue  série  d'années.  L'analyse  suivante  du  compte  en- 
tier de  l'année  1464  —  1-465  en  fournit  la  preuve  : 


(  127  ) 

«Le  lundi  1. "octobre  1464  et  les  jours  suivants,  jusqu'au  6 
Philippe-le-Bon  séjourna  à  Hesdin. 

»  Le  dimanche  7  octobre,  il  dina  à  Hesdin  et  soupa  à 
Saint-Pol. 

»  Le  lundi  8  octobre,  il  dina  à  Saint-Pol,  soupa  et  coucha  à 
Houdain. 

»  Le  mardi  9  octobre,  il  dina  à  Houdain,  soupa  et  coucha  à 
la  Bassée. 

•  Le  mercredi  10  octobre,  il  dina  à  la  Bassée,  soupa  et 
coucha  à  Lille. 

»  Du  jeudi  11  octobre  jusqu'au  26  novembre,  il  séjourna  à 
Lille. 

»  Le  mardi  27  novembre ,  il  dina  à  Lille,  soupa  et  logea  à 
Lannov. 

»  Le  mercredi  28  novembre,  il  dina  à  Lannov,  soupa  et 
coucha  à  Antoing. 

»  Le  jeudi  29  novembre,  il  dina,  soupa  et  coucha  àLeuze. 

»  Le  vendredi  30  novembre,  il  dina  à  Leuze,  soupa  et 
coucha  à  A  th. 

»  Depuis  le  samedi  l.er  décembre  jusqu'au  mercredi  suivant, 
il  séjourna  à  Ath. 

»  Le  jeudi  6  décembre,  il  dina  à  Ath,  soupa  et  coucha  à 
Enghien. 

»  Le  7  et  le  8  décembre,  il  dina,  soupa  et  logea  à  Haulx 
(Hal). 

»  Le  dimanche  9  décambre,  il  dina  à  Hal,  soupa  et  coucha 
à  Bruxelles. 

«Depuis  le  lundi  10  décembre  jusqu'au  30  septembre  de 
l'année  suivante  1463,  le  duc  résida  continuellement  à 
Bruxelles.  » 

»  Pour  me  résumer,  je  propose  que  la  Collection  de  Voyages 
des  souverains  de  la  Belgique  comprenne  les  ouvrages  suivants, 
savoir  : 

»  1.°  La  Relation  du  voyage  de  Philippe-le-Beau  en  Espagne, 
en  1801; 

»  2.°  Le  Diurnal  de  l'expédition  de  Charles-Quint  contre 
Tunis,  en  1535; 


(  128 


\ 


»  â.°Le  Recueil  de  plusieurs  entreprises  et  actions  de  Charles- 
Quint,  vers  l'année  1540; 

»  4.°  La  Relation  du  voyage  en  Espagne  de  l'archiduchesse 
Marguerite  d'Autriche,  épouse  de  Philippe  II,  en  1570; 

»  5.°  Enfin,  la  Relation  du  voyage  en  Espagne  de  l'archiduc 
Albert,  et  de  son  retour  aux  Pays-Bas,  en  1598  et  1599. 

»  Je  propose,  de  plus,  que,  en  tète  de  cette  collection,  soit 
placé  un  Itinéraire  des  ducs  de  Bourgogne,  formé  tant  d'après 
les  comptes  de  la  recette  générale  des  finances  et  de  l'hôtel 
du  prince  conservés  à  Lille,  que  d'après  tous  autres  documents 
pouvant  servir  à  la  même  fin  qui  existeraient,  soit  dans  le 
même  dépôt ,  soit  aux  Archives  du  Royaume,  à  Bruxelles.  » 

La  commission,  applaudissant  aux  vues  énoncées  en  ce  rap- 
port, autorise  M.  Gachard  à  insérer,  dans  le  recueil  dont 
l'édition  lui  est  confiée,  tous  les  documents  qui  lui  paraîtront 
de  nature  à  en  augmenter  l'intérêt.  Elle  décide,  de  plus,  qu'il 
fera  copier,  soit  d'après  l'original,  qui  est  conservé  à  la  biblio- 
thèque de  Besançon,  soit  d'après  une  copie  qu'en  possède  la 
bibliothèque  de  Rheims,  le  Journal  des  Voyages  de  Charles- 
Quint  par  Vandenesse,  cette  importante  relation  ne  pouvant 
être  omise  dans  la  Collection  des  Voyages  des  souverains  de  la 
Belgique.  » 

M.  de  Reiffenberg  fait  ensuite  un  rapport  sur  les  manuscrits 
de  la  bibliothèque  de  Lille,  relatifs  à  notre  histoire.  Il  re- 
marque que  le  catalogue  de  sir  Phillips,  publié  par  M.  Haenel 
et  extrait  par  M.  Piers,  est  insuffisant  et  inexact,  et  il  com- 
mence en  ces  termes  son  énumération  : 

—  EM.  47  fol.,  pap.  Feste  de  l'espinette  d'anchienneté  in- 
stitué en  la  ville  de  Lille  en  Flandre. 

Les  armoiries  des  rois  commencent  à  Jean-le-Grand  en  1283. 
Le  dernier  roi  est  Henri  de  Ruremonde  enl'<87.  A  la  fin  sont 
diverses  entrées. 

—  EM.  46  fol.,  pap.  Ms.  de  1706  sur  les  fêtes  de  Vépinette  à 
Lille ,  provenant  de  la  bibliothèque  de  31.  Jean  François  Palisot 
de  Beauvois  6t  ensuite  de  celle  du  chapitre  de  S.1  Pierre  à  Lille. 

—  EM.  69  fol.,  pap.  du  milieu  du  XVII. e  siècle;  intitulé 
Veprecularia ,  pour  rappeler  sans  doute,  dit  une  notice  écrite 


(  129  ) 

en  1825,  la  couronne  ou  bouquet  de  fleura  de  noble  épine  qui 

"était,  décernée  au  vainqueur  des  joutes. 

J'ai  parlé  de  ces  divers  manuscrits  dans  une  longue  note  du 
tome  V.6  de  mon  édition  de  l'Histoire  des  ducs  de  Bourgogne 
par  M.  de  Barante,  pag.  281  et  suivantes,  note  où  j'ai  cité  ce 
que  dit  de  la  fête  de  l'épi  nette  M.  Quenson,  conseiller  à  la  cour 
royale  de  Douai,  dans  ses  remarques  sur  la  curieuse  disserta- 
tion qu'il  a  consacrée  à  la  Croix  pèlerine.  La  bibliothèque  de 
Cambrai  possède  aussi  un  manuscrit  intitulé  :  n.°  775 ,  Diffé- 
rents tournois  et  joustcs;  ce  Ms.  contient  une  liste  des  rois  de 
l'épinette  semblable  à  celles  des  Mss.  de  Lille.  Voyez  l'utile  ca- 
talogue publié  par  M.  A.  Le  Glay. 

—  EG.  36  fol.,  pap.  contenant  303  feuillets,  écriture  du 
XVI.e  siècle,  chroniques  de  Molinet  depuis  1474  jusqu'en  1508. 

—  EG.  37  fol. ,  pap.  2  vol.  Chroniques  de  Molinet  depuis 
1489  jusqu'en  1508.  C'est  le  troisième  volume.  Le  premier, 
suivant  le  prologue,  commençait  en  1474,  le  second  en  1485. 

—  EG.   38  fol.  pap.   long.  lig.   Chroniques  de  Molinet    de 
1474  à  1485. 

En  général  les  Mss.  de  Molinet  ne  sont  pas  rares.  Les  meil- 
leurs sont  peut-être  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne,  dont  il 
serait  si  urgent  de  publier  le  catalogue.  J'en  ai  parlé  dans 
l'introduction  de  mon  édition  de  Van  der  Vynckt.  La  biblio- 
thèque de  Cambrai  possède  également  un  bon  manuscrit  où 
se  trouve  un  chapitre  omis  dans  l'édition  de  M.  Buchon,  qui 
avait  paru  si  fautive  à  l'ancienne  commission  d'histoire  qu'il 
avait  été  question  d'en  donner  une  autre.  Ce  chapitre  se  lira, 
au  reste,  dans  le  dixième  volume  de  l'Histoire  des  ducs  de 
Bourgogne,  avec  la  notice  sur  Molinet  que  j'ai  insérée  dans 
les  mémoires  de  la  société  d'émulation  de  Cambrai,  notice 
considérablement  augmentée. 

—  EM.  66  fol.,  pap.  XVI.e  siècle.  Catalogue  des  comtes  et 
comtesses  de  Flandres.  A  la  page  459  commence  :  E.vtraict  des 
registres  des  chartes  jadis  reposant  au  chasteau  de  Lille  et  pré- 
sentement en  la  Chambre  des  Comptes  en  leur  trésorerie  audict 
Lille.  Cet  extrait  finit  page  572. 

—  DU.  18.  fol.,  XYI.e  siècle.  Histoire  du  siège  de  Nuits  en 
1474.  Quoique  ce  soit  là  le  titre  général  du  Ms.,  le  siège  de 

9 


(  130  ) 

Nuits  s'arrête  au  fol.  21.  Le  reste  contient  différentes  pièces 
très-étendues.  C'est  uu  Ms.  dont  les  ratures  semblent  indiquer 
un  original. 

EM.  86 ,  pap.  Histoire  chronologique  du  couvent  des  frères 
prêcheurs  de  Lille,  des  hommes  recommandables  tant  par 
'leur  science  que  par  leur  rare  mérite  qui  y  ont  vécu,  et  des 
faits  les  plus  mémorables  qui  y  sont  arrivés  depuis  son  établis- 
sement jusqu'à  présent,  par  le  R.  P.  A.  C.  (Ambroise  Cousin, 
mort  le  29  août  1751 ,  et  qui  n'a  point  d'article  dans  la  Bio- 
graphie universelle);  religieux  du  même  couvent.  Copie  tirée 
de  l'original  des  Dominicains  de  Lille. 

—  EM.  55.  Autre  copie  du  même  ouvrage. 

—  EM.  38.  Antiquités  de  Flandre.  C'est  l'ouvrage  de  P.  "VVie- 
lant,  dont  j'ai  fait  l'analyse  dans  la  première  partie  des  Noti- 
ces et  extraits  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  de  Bourgogne, 
ouvrage  entrepris  en  1829  et  interrompu  faute  de  fonds. 

—  BG.  12  fol.  ,  parchemin.  Martyrologe  et  obi  tu  aire  de  Ci- 
soing.  Vol.  incomplet  de  119  feuillets.  Il  commence  en  juin, 
et  on  y  trouve  des  extraits  de  Meyer,  ce  qui  prouve  que  c'est 
une  copie  moderne  quoiqu'on  se  soit  étudié  à  imiter  la  lettre 
ancienne.  On  y  a  fait  des  surcharges  dont  une  porte  la  date 
de  1660. 

—  DX.  32  fol.,  parchemin  Galefridi  Monuniethensis  historia 
Brittonum.  XII. e  et  XIII.e  siècles. 

—  EM.  82  fol. ,  pap.  Copie  de  la  chronique  de  Jehan  ii 
Tartiers,  prieur  de  l'église  de  Cantimpretz,  commençant  à 
S1. -Louis  et  finissant  vers  1305.  L'auteur,  contemporain  de 
Froissart,  promet  une  suite  qui  n'est  pas  dans  le  manuscrit. 

—  EN.  20,  pap.  XV.e  ou  XVI.e  siècle.  Des  lois  ordonnées  par 
le  comte  Bauduin  en  forme  de  la  paix. 

Ce  Ms.,  qui  finit  à  Maximilien,  est  étendu  et  curieux  pour 
la  législation  du  Hainaut. 

—  EV.  114  fol.,  pap.  Théâtre  généalogique  de  la  noblesse 
de  Flandre  par  ***,  grand  oncle  du  comte  de  Gomecourt,  en 
1606.  Copié  sur  l'original  reposant  à  l'abbaye  d'Arras.  Curieux- 

—  EM.  89  fol.,  pap.  Becucil  de  l'histoire  de  Flandres  de 
WieUnt,  Voir  plus  haut  EM  38. 

—  EM.  71  fol.,  pap.  S'ensuivent  diver»  services  faicts  à  l'iin- 


(  131   ) 

périalle  et  roialle   maison  d'Autrice  par  ceulx  de  la  très-noble 
famille  de  Gand  et  Villain  en  Flandres. 

Ce  Bis.  commence  en  1480  par  des  lettres  de  Blaximilien. 

'C'est  un  recueil  de  nominations  et  déclarations  de  plusieurs 

souverains  en  faveur  des  Vilains.  La  dernière  est  de  1603.  Le 

tout  est  authentiqué  par  notaire  et  légalisé  par  le  magistrat 

de  Bruxelles ,  le  14  janvier  1619. 

—  EM.  54  fol.,  pap.  XVII.e  siècle.  Auteurs  de  Lille  ou Bihlio- 
theca  Gallo-Flandrica ,  458  feuillets. 

Cette  compilation  assez  bien  faite  en  latin  mentionne  277 
personnes,  la  plupart  ecclésiastiques.  Les  auteurs  sont  rangés 
comme  dans  Valère  André,  Sweertius  et  Foppens,  par  ordre 
alphabétique  des  prénoms;  mais  il  y  a  à  la  fin  une  table  par 
ordre  alphabétique  des  noms. 

Ce  volume  provient  de  S'. -Pierre  de  Lille. 

—  DB.  Il  fol.,  pap.  Discours  véritable  des  grands  troubles 
et  séditions  advenues  en  la  ville  d'Arras  l'an  1578  par  Potithus 
Paijen,  seigneur  des  Essarts. 

C'est  l'exemplaire  de  Verdussen.  Il  y  en  a  une  copie  à  La  Haye. 

—  EH.  52  fol.,  pap.  Recueil  histoirique,  XVI.0  siècle.  Cette 
collection  fournit  des  documents  sur  les  voyages  de  Charles- 
Quint. 

—  BIS.  8,  in-4.°,  pap.  Voyage  de  George  Languerand,  de 
Mons  enHainaut,  dans  la  terre  sainte  en  1485  (et  non  en  1474 
comme  on  Fa  écrit  sur  le  titre.  ) 

M.  Mone  parle  de  ce  voyage  dans  son  Anzeiger  furKunde  der 
tcutsche  Vorzeit,  18â5,  III,  27â — 74,  recueil  qui,  quoique 
spécialement  consacré  à  l'Allemagne,  fait  une  si  large  part  à 
la  Belgique,  dont  son  auteur,  ancien  professeur  de  l'univer- 
sité de  Louvain,  semble  se  souvenir  toujours  avec  plaisir;  et 
certes  si  BI.  Blone  aime  la  Belgique,  la  Belgique,  à  son  tour', 
n'a  pas  vu  s'éloigner  sans  déplaisir  un  savant  d'une  érudition 
si  variée  et  si  profonde,  d'un  caractère  si  droit  et  si  noble. 

—  EG-.  in-8.°,  parchemin.  La  Chronique  de  Flandres. 

C'est  celle  publiée  par  Sauvage,  et  que  BI.  Blonin  a  cru 
dernièrement  être  l'ouvrage  de  Jehan-le-Bel ,  le  prédéces- 
seur de  Froissart,  sur  lequel  j'ai  inséré  une  notice  dans  le 
Bulletin  de  la  société  de  l'histoire  de  France. 


(  132  ) 

—  EM.  156  in-4.",  parchemin.  Cartulaire  de  la  collégiale  de 
SZ-Pierre  à  Lille. 

Volume  très-précieux.  On  y  trouve  dos  pièces  en  roman, 
une  de  1244,  une  autre  de  1268,  etc. 

M.  de  Reiffenberg  ayant  cessé  de  parler,  M.  Warnkoenig 
fait  le  rapport  qu'on  va  lire. 

Manuscrits  relatifs   à  l'Histoire  hclgique ,  d'Arras,  de  Douai, 
de  Cambrai  et  de  Rheims. 

ARRA.S. 

Codex  n.°  184.  A  la  fin,  4  feuilles  écriture  de  la  fin  du XII. e 
siècle  ou  du  commencement  du  XIII. e  Manque  feuillets  2,  4  et  7 . 

C'est  le  même  texte  qui  se  trouve  au  manuscrit  de  Saint- 
Omer. 

Après  suit  une  très-courte  chronique  des  comtes  de  Bou- 
logne, qui  finit  aussi  à  la  fin  du  XIe  siècle. 

Codex  n.°  226.  Annales  de  Saint-Vaast,  depuis  l'origine 
jusqu'en  1512.  Ce  manuscrit  contient  d'abord  la  chronologie 
des  abbés  en  latin  et  en  français  jusqu'en  1499,  puis  un  dé- 
tail des  maisons  et  revenus  de  l'abbaye,  rempli  d'anecdotes; 
les  dates  sont  annotées.  Ce  manuscrit  mérite  d'être  extrait 
pour  l'histoire  belgique.  Il  y  est  beaucoup  question  de  Maxi- 
milien.  La  partie  la  plus  ancienne  n'est  qu'un  sommaire.  La 
fin  du  XV.0  siècle  est  exposée  d'une  manière  plus  étendue.  L'é- 
criture est  très-lisible,  mais  la  fin  est  d'une  autre  main  moins 
exacte. 

Codex  n.°  SI 5,  et  une  copie  de  ce  manuscrit  au  n.°  264. 

CHRONIQUE    DE    FLANDRES. 

De  la  Bibl.  de  St.-Vaast  du  XVIIe  siècle,  contenant  : 

1.  Plusieurs  choses  et  mémoires  advenues  en  Flandres,  des 
guerres  des  rois  de  France  contre  des  Flamcngs  et  autres 
choses  depuis  1058  jusqu'à  1345. 

Ce  n'est  pas  une  chronique  continue,  on  ne  parle  que  de 
quelques  épisodes  de  1244,  1285 ,  1327-44  (  fol.  30  ). 

2.  De  trente  Roys  de  Tournai,  1361.  Ce  sont  des  rois  d'ar- 
mes de  différentes  villes  assemblés  par  Philippe-le-Bel  à 
Tournai  (fol.  31). 


(  133  ) 

3.  Lettres  données  à  ceux  de  Dunkerquo  par  Jolente,  com- 
tesse de  Flandre,  pour  les  méfaits  et  outrages,  1379  (fol.  31-35). 

4.  Privilèges  de  Bourbourg  donnés  par  Philippe  d'Alsace  et 
ses  successeurs  (fol.  35). 

5.  Le  duc  d'Autriche,  fait  chevalier,  tient  la  fête  de  la  Toi- 
son-d'Or  à  Bruges,  l'an  U78  (fol.  38  et  297), 

6.  Petite  chronique  de  Flandre,  depuis  1200  jusqu'en 
1280.  (fol.  48). 

7.  Noms  des  seigneurs  et  ambassadeurs  des  Rois  et  Princes 
qui  s'assemblèrent  à  Arras,  pour  y  conclure  la  paix  de 
1436  (fol.  55). 

8.  Emprise  d'armes  tenue  par  Louis  de  la  Gruthuise  en 
!  1461.  (fol.  101). 

9.  Guerres  de  l'empereur  Charles-Quint  et  des  Français,  de- 
puis 1519  jusqu'en  1528. 

Codex  n.°  230.  Traités  sur  les  torts  du  roi  de  France  à  l'é 
;  gard  du  duc  Charles-le-Téméraire,  manuscrit  du  XV. e  siècle, 
I  de  119  feuillets  en  parchemin,  dont  les  8  derniers  sont  en 
partie  endommagés. 

C'est  un  mémoire  sur  les  droits  du  duc,  méconnus  par  le 
roi. 

Codex  n.°  288.  Les  antiquités  de  Flandres  par  Philippe  Wie- 
lant  :  cet  exemplaire  du  XVl.e  siècle  est  au  grand  complet  et 
fort  bien  écrit. 

Codex  n.°  286.  Chronique  de  Liège  composée  par  maître 
Jehan  d'Oultre  Meuse. 

Manuscrit  du  XVI. e  siècle,  petite  écriture,  mais  fort  lisible. 

La  chronique  finit  avec  l'an  1418. 

Mais  on  a  essayé  de  donner  quelques  notes  sur  des  évêques 
postérieurs  de  Liège,  Jean  de  Hornes  (1480-1506),  Erard  de 
la  Marck,  jusqu'en  1538,  Corneille  de  Bergh  :  le  tout  finit  à 
1560.  Il  y  a  178  feuillets. 

Codex  n.°  297.  Liber  continens  historiam  brevem  Torna- 
censem  et  alia.  (10  feuillets  et  demi). 

Catalogus  episcoporum  Tornacensium  (3  feuillets  et  demi . 
jusqu'en  1550). 

Alia  historia  Tornacensis. 


(  134  ) 

Epitome  cbronîcae  ecclesiae  Tornacensis  (1)  (commence  de 
même,  \  feuillets). 

Haec  sunt  quœ  de  Tornacensium  episcopis  collecta  sunt  per 
fratrem  Adamum  de  Saestin  (2)  clericali  tonsura  insignitum  in 
Wasia  anno  Domini  1451  ,prœsente  domino  JoanneChiourt(3)> 
divina  miseratione  Tornacensi  episcopo. 

Suit  : 

1.  Une  liste  chronologique  française  des  évèques  de  Tour- 
nai jusqu'en  1S6S,  18  feuillets. 

2.  Chronica  episcoporum  Attrebatensium  cum  indice  suc- 
cincto  eoruradem  episcoporum,  \o  feuilles  et  6  f.  indices. 

3.  Recueil  des  évêques  de  Cambrai,  69  feudlets  jus- 
qu'en 156o. 

4.  Déclarations  des  fiefs  des  pairs  du  comté  de  Cambresis, 
12  feuillets. 

5.  Touchant  la  châtellenie  de  Cambrai,  6  feuil.  et  demi. 

6.  Les  archevêques  de  Cologne,  15  f.  (chronique). 

7.  Episcopi  Trajectences  (liste  succinte),  3  f. 

8.  Episcopi  Morinenses  (  les  noms)  ;  1  feuillet  et  demi. 
Comment  Valentinien,  empereur,  vaincquitles  Wiltes ,  qui 

avoient  entrepris  aller  en  Gaulle  et  la  gaster  :  puis  détruisit 
le  castel  de  Wittembourg,  et  subjugea  les  Frisons. 

Ainsi  commence  une  grande  chronique  générale  en  fran- 
çais, de  plus  de  loO  pages,  qui  depuis  le  XI.e  siècle  est  plus 
particulièrement  chronique  de  Cambrai. 

N.°  306.  Chronicon  Iperii ,  chronica  sive  historia  monasterii 
Sancti  Bertini,  197  feuillets,  belle  écriture  très-lisible  du  XVI. e 
siècle  ou  XVIIe. 

Finit  à  l'abbé  Eustache. 

N.°  313.  Herimanni  chronicon  abbatisc  Saincti-Martini  Tor- 
nacensis, 67  feuillets  dont  36  sont  endommagés. 

N.°  606.  Copie  des  cartulaires  des  abbayes  de  Sainte-Marie 
de  Bruyla  auprès  d'Aunay  et  de  Mareuil. 


(i)  Cette  chronique  commence  par:  Anno  ab   urbe  condila  cxnm 
Priscus  Taïquimus  ;  elle  a  18  pages  et  8  lignes. 

(■2)  Sans  doute  Saeftin  ou  Van  Saeftinghe.  C.  P.  S. 
(3)  Chevrot ,  D.  R. 


(  135  ) 

N.°  61 1.  Généalogie  de  la  maison  de  Luxembourg  (-4  volumes 
en  3  tomes). 

N.°  767.  Historia  Lobiensis  Monasterii  in-4.°,  73  feuillets;  ee 
Ms.  semble  composé  au  XVLe  siècle;  il  contient  au  commence- 
ment des  raisonnements  philosophieo-religieux. 

N.°  655.  Manuscrit  deDynter,  du  XVI.e  siècle,  acheté  en  1667 
à  la  vente  de  livres  à  Bruxelles. 

N.°  650.  Manuscrit  de  Gualbert,  du  XVI.0  siècle. 

N.°  420.  Mauvais  extraits  de  Meyerus. 

N.°  -422.  Turcorum  imperatoi'es  compendioso  carminé  des- 
cripti  seu rerum  Turcicarum  epitome,  par  Philippum Meyeruin 
Àttrebatensem. 

N.°  34.  Des  forestiers  et  comtes  de  Flandres  jusqu'à  la  com- 
tesse Marguerite  inclusivement  ;  la  fin  écrite  en  latin  par  le 
sire  Jean  de  Foency,  abbé  de  Hénin-Liétard,  vers  1639.  Le 
volume  se  termine  par  l'histoire  de  la  Toison-d'Or. 

DOUAI. 

N.°  750.  Un  manuscrit  de  Sigebert  de  Gembloux  avec  les 
continuateurs  jusqu'à  1171;  écrit  à  la  fin  du  XIII. e  siècle.  II 
commence  par  la  ebronique  d'Eusèbe  et  contient  plusieurs 
passages  inédits  :  nous  en  avons  extrait  quelques-uns  sur  les 
comtes  de  Flandre. 

N.°  753.  Une  ebronique  du  inonde  écrite  dans  le  XI.e  siècle, 
écriture  du  temps;  nous  n'avons  pas  eu  les  moyens  de  consta- 
ter si  elle  est  imprimée  ou  inédite. 

Ce  manuscrit,  sur  parebemin  fort  épais,  provient  de  l'ab- 
baye de  Marcbiennes  et  forme  un  gros  volume  in-quarto. 

N.°  806.  Un  très-ancien  manuscrit  des  Vies  des  Saints;  nous 
y  avons  remarqué  la  vie  de  St.-Amand  par  Baudemond. 

N.°  800.  La  chronique  de  Balderic;  manuscrit  in-octavo,  du 
XII.e  siècle,  utilisé  par  M.  Le  Glay  dans  sa  nouvelle  édition  de 
ce  chroniqueur. 

N.°  740.  Liber  Floridus.  C'est  une  copie  faite  au  XV.e  siècle 
des  parties  historiques  du  Liber  Floridus  de  St-Bavon,  aujour- 
d'hui à  la  bibliothèque  de  l'université  de  Gand.  À  la  fin  se 
trouvent  les  annales  Sancli-Bavonis  publiées  par  Pcrtz,  et  qui 
seront  reproduites  dans  notre  recueil  des  Chroniques  de 
Flandre. 


(  136  ) 

N°855.  Annales  Àquicinctinac. 

N.°  757.  C'est  un  des  plus  célèbres  manuscrits  de  Sigebert 
de  Gembloux,  provenant  d'Anchin  et  contenant  toutes  les 
continuations.  Mirceus  s'est  servi  de  ce  mauuscrit,  mais  il  a 
omis  à  dessein  plusieurs  passages,  marqués  par  lui  d'une  X- 
Il  a  ajouté  à  la  fin  ces  lignes  : 

«  Si  quœ  in  boc  codice  occurrunt  offendentia,  cura  Baronii 
annalibus,cum  chronicis  ab  Auberto  Mirœoeditis,  et  aliisca- 
tholicorum  hujus  arvi  scriptis  conferantur.  Aubertus  Mirseus.» 

Nous  avons  pu  constater  que  le  manuscrit  ou  une  copie  a 
servi  au  rédacteur  de  la  chronique  de  Saint-Bavon. 

N.°  869.  Genealogia  Flandrensium  comitum  (pièce  très- 
courte  d'où  nous  avons  extrait  quelques  passages). 

N.°  8-iO.  Historia  Andreœ ,  prioris  Marchisnensis  :  de  regibus 
Francorum,  etc.,  etc. 

Cette  chronique  est  très-connue  :  elle  a  été  publiée  par 
Beauchamps,  moine  de  Marehiennes,  en  1633. 

N.°  748.  Che  livre  des  voyages  appartenant  à  messire  de 
Zillebeke,  chevalier  de  Jérusalem,  demeurant  à  Commines. 

Il  contient  le  récit  d'un  voyage  à  Borne  et  à  Lorette. 

CAMBRAI. 

Comme  le  catalogue  de  tous  les  manuscrits  de  cette  biblio- 
thèque a  été  publié  par  M.  Leglay,  nous  nous  bornons  à  dire 
qu'elle  contient  beaucoup  de  manuscrits  sur  l'histoire  belgique. 

Nous  signalerons  cependant  le  n.°  863  de  la  chronique  de 
Sigebert  de  Gembloux  avec  une  continuation  inédite. 

RHEIMS. 

N.°  870.  «  Sommaires  des  voyages  faits  par  Charles,  cin- 
quième du  nom,  toujours  auguste,  etc. ,  depuis  l'an  mil  cinq 
cent  et  quatorze  jusque  le  25  de  may  de  l'an  mille  cinq  cent 
cinquante  et  un ,  exclusivement  recueilliz  et  mis  par  escript 
par  Jehan  de  Van  den  Esse  controlleur  ayant  suivy  Sa  Majesté 
entour  lesdits  voyages.  » 

Ce  manuscrit  est  du  XVII. e  siècle,  d'une  écriture  très-lisible, 
de  226  feuillets  in-folio  sur  papier. 

Il  a  été  donné  autrefois  à  la  cathédrale  de  Bheims,  par 
31.  N.  Caron,  chanoine  de  cette  église. 

Le  livre  est  dédié  au  cardinal  de  Granvelle, 


(  137  ) 

M.  VViUems  attire  ensuite  l'attention  de  la  commission  sur 
une  chronique  qu'il  a  mentionnée  p.  xxxvm  de  l'introduction 
de  son  édition  de  Van  Heelu,  sous  ce  titre  ;  Chronicon  ducum 
Brabantiœ ,  écriture  du  XVe  siècle,  relié  avec  d'autres  docu- 
ments dans  le  premier  volume  des  registres  noirs  de  la  chambre 
des  comptes,  aux  archives  du  royaume,  à  Bruxelles.  M.  WU- 
lems  soupçonne  que  ce  pourrait  bien  être  un  orginal  de  Din- 
terus  ou  de  P.  à  Thymo. 

La  séance  est  levée  et  la  commission  se  rend  au  Palais,  à 
l'audience  du  Roi. 

S.  M.  a  accueilli,  avec  intérêt,  le  volume  qui  lui  a  été  pré- 
senté, et  s'est  entretenue  avec  les  membres  de  la  commission 
de  manière  à  prouver  que  tout  ce  qui  tient  à  la  littérature  na- 
tionale excite  puissamment  son  attention. 

Séance  du  ^juillet. 

Le  secrétaire  lit  une  lettre  de  M.  Pelet  de  la  Lozère,  ministre 
de  l'instruction  publique  en  France,  qui  remercie  la  commission 
de  lui  avoir  offert  un  exemplaire  de  la  Chronique  de  Van  Heelu. 

Afin  de  donner  à  ses  travaux  plus  d'ensemble  et  de  célé- 
rité, la  commission  arrête  qu'elle  se  réunira  habituellement 
une  fois  chaque  trimestre,  indépendamment  des  assemblées 
extraordinaires  dont  la  nécessité  serait  reconnue. 

Le  secré taire  s'engage  à  publier  dans  le  Bulletin ,  en  y 
ajoutant  quelques  éclaircissements,  un  relevé  des  divers  in- 
ventaires de  manuscrits  existants  en  Belgique,  qui  ont  été 
fournis  par  le  département  de  l'intérieur  ou  qu'il  s'est  pro- 
curés lui-même. 

On  vote  l'impression  du  rapport  suivant,  adressé  par  M.  le 
docteur  Coremans,  employé  aux  archives,  pour  la  partie  alle- 
mande. Il  est  décidé  qu'on  lui  écrira  officiellement,  afin  de  le 
remercier  de  son  zèle ,  et  de  le  féliciter  du  succès  de  ses  re- 
cherches. 

A  Messieurs  les  memhres  de  la  Commission  royale  d'histoire. 
Messieurs , 
J'ai  l'honneur  de  vous  prévenir  que,  conformément  a  la 
dépêche  eu  date  du  13  mai  dernier,  de  M.  De  Gerlache,  prési- 


(  138) 

dent  de  la  eour  de  cassation  et  de  la  commission  royale  d'his- 
toire, je  me  suis  immédiatement  occupé  des  travaux  qui  m'ont 
été  indiqués  par  M.  Gachard,  archiviste  du  royaume. 

Ma  première  besogne  a  été  de  classer  et  de  mettre  en  ordre 
une  correspondance  de  Charles-Quint  avec  son  frère  Ferdinand 
et  divers  agents  diplomatiques,  ayant  pour  objet  principal  la 
négociation  terminée  par  le  traité  de  Passau,  en  1552.  Ces 
pièces,  dont  la  lecture  offre  de  grandes  difficultés,  contien- 
nent des  détails  intéressants  sur  les  affaires  de  cette  époque, 
sur  les  causes  qui  amenèrent  la  conclusion  du  traité  consoli- 
dant la  réforme  religieuse  en  Allemagne. 

Après  cela  j'ai  entrepris  un  travail  plus  important,  c'est- 
à-dire  la  confection  d'un  inventaire  provisoire,  qui  donnera 
un  aperçu  général  de  tous  les  documents  dont  se  compose  la 
partie  allemande  des  archives ,  et  qui  indiquera  les  pièces  qui 
mériteront  d'être  classées  ultérieurement. 

Déjà  mes  recherches,  secondées  par  l'obligeante  sollicitude 
de  M.  l'archiviste  Gachard  et  de  M.  Wouters,  archiviste  adjoint, 
ont  été  couronnées  d'un  résultat  qui  a  surpassé  mon  attente, 
et  qui  me  donne  lieu  de  croire  que  je  ferai  des  découvertes 
plus  importantes  encore.  Parmi  les  pièces  inventoriées  jus- 
qu'à ce  jour,  se  trouvent  entre  plusieurs  autres  moins 
importantes  : 

A.  Trois  liasses  contenant  des  lettres  minutes  écrites  pen- 
dant les  années  1572-73  et  1576-78,  par  le  duc  d'Albe,  Don 
Juan  d'Autriche,  Requesens  et  le  prince  de  Parme,  ainsi  que 
plusieurs  liasses  contenant  des  lettres  adressées  aux  gouver- 
neurs des  Pays-Bas,  par  les  personnes  indiquées  ci-dessus. 
Pièces  importantes  et  relatives  à  une  des  époques  les  plus 
remarquables  de  l'histoire  des  Pays-Bas. 

B.  Une  relation  des  événements  remarquables  qui  ont  eu 
lieu  dans  les  Pays-Bas  en  1601-1605 ,  recueils  d'extraits  de 
dépèches  adressées  au  gouvernement,  remplis  de  faits  inté- 
ressants sur  le  siège  d'Ostende. 

C.  Plusieurs  liasses  renfermant  des  lettres  plus  ou  moins 
remarquables  des  empereurs  d'Allemagne  des  rois  de  Dane- 
marck  et  de  Suède,  des  archiducs  d'Autriche,  des  électeur? 


(  139  ) 

de  Mayence,  de  Cologne,  etc.,  adressées  au  gouvernement  des 
Pays-Bas,  depuis  1548  jusque  1620. 

D.  Deux  liasses  renfermant  des  lettres  des  ducs  de  Bavière; 
entre  autres  une  correspondance  du  célèbre  électeur  Maximi- 
lien  ,  par  laquelle  il  rend  compte  des  événements  de  sa  mémo- 
rarable  campagne  de  Bohème  (1620),  qui  mit  fin  au  règne  de 
Frédéric,  le  roi  d'un  hiver  (uinter-kœnig),  beau-frère  de 
l'infortuné  Charles  I.er,  roi  d'Angleterre. 

E.  Un  inventaire  dressé  en  1593,  des  objets  précieux  et  des 
livres  trouvés  dans  les  appartements  de  la  reine  Elisabeth  de 
France,  après  sa  mort;  un  inventaire  des  objets  de  prix  que 
cette  reine  légua  au  couvent  des  Saints-Anges,  à  vienne;  enfin 
un  inventaire  des  richesses  appartenantes  à  la  couronne  im- 
périale et  à  la  maison  d'Autriche,  documents  du  commence- 
ment du  XVII.e  siècle. 

Tel  est  jusqu'à  présent  les  résultats  de  mes  recherches  aux 
archives  de  l'État.  J'ose  me  flatter,  Messieurs,  que,  faisant 
connaître  des  pièces  dont  l'existence  était  ignorée  jusqu'ici, 
elles  serviront  à  ouvrir  une  mine  féconde  aux  personnes  qui 
s'intéressent  aux  études  historiques;  qu'elles  honoreront  la 
Belgique  en  Allemagne,  seconderont  les  essais  d'un  rapproche- 
ment amical,  scientifique  et  littéraire,  entre  la  Belgique  et  le 
pays  de  philosophique  intelligence  et  de  profond  savoir,  au- 
quel la  majorité  des  Belges  peut  se  glorifier  d'appartenir,  par 
son  origine ,  sa  langue  et  ses  mœurs. 

Bruxelles,  le  30  juin  1836.  Le  docteur  Coremans. 

Séance  du  5  novembre. 

M.  De  Beiffenberg  dépose  sur  le  bureau  le  premier  volume 
de  la  Chronique  rimée  de  Philippe  3Iouskes,  évêque  de  Tour- 
nai,  au  XIII.e  siècle,  volume  dont  l'impression  vient  d'être 
achevée. 

Il  en  sera  fait  hommage  au  Boi,  aux  Chambres  et  à  M.  le 
Ministre  de  l'intéreur. 

M.  WiHems  ayant  offert  à  S.  M.  le  roi  de  Prusse,  dans  les 
Etats  duquel  se  trouve  actuellement  le  champ  de  bataille  de 
woeringen ,  un  exemplaire  de  la  Chronique  de  Van  Heelu,  ce 


(  140) 

prince  l'a  honoré  d'une  lettre  autographe  et  lui  a  accordé  la 
grande  médaille  d'or  que  décerne  habituellement  l'académie 
de  Berlin. 

M.  le  président  De  Gerlache  annonce  que  long-temps  oc- 
cupé d'une  histoire  de  la  Belgique,  depuis  1815 ,  Il  n'a  pu 
hâter  autant  qu'il  l'aurait  voulu  le  travail  dont  il  s'est  chargé 
comme  membre  de  la  commission.  Mais  il  ajoute  qu'il  va  être 
incessamment  en  mesure  de  le  terminer. 

M.  De  Ram  informe  l'assemblée  qu'après  Pâques ,  il  com- 
mencera l'impression  de  la  Chronique  de  Dinterus.  Quant  aux 
Acta  sanctorum  Belgii,  il  a  déjà  achevé  plusieurs  vies  très-lon- 
gues et  très-importantes. 

M.  Willems  se  propose  de  mettre  bientôt  sous  presse  la 
Chronique  métrique  flamande  de  De  Klerck  ou  Clcricus. 

M.  De  Smet  est  au  moment  de  terminer  le  premier  volume 
du  Corpus  Chronicorum  Flandriœ,  commencé  par  M.  Warn- 
kœnig.  Ce  recueil  aura  deux  volumes. 

ML  Gachard  met  sous  les  yeux  de  la  commission  les  65  pre- 
mières feuilles  du  premier  volume  de  l'Inventaire  des  Archi- 
ves du  royaume.  Il  annonce  que  ce  volume,  qui  contiendra  la 
description  des  cartulaires,  des  recueils  historiques  et  de  tous 
les  registres  d'administration  des  anciennes  Chambres  des 
comptes  de  la  Belgique,  au  nombre  d'environ  dix-huit  cents 
numéros  ainsi  qu'une  notice  historique  sur  ces  grands  corps 
de  l'État,  verra  le  jour  dans  les  premiers  mois  de  l'année 
1837. 

M.  Gachard  annonce  que ,  conformément  à  l'ordre  des  pu- 
blications arrêté  dans  la  séance  du  3  avril  1835,  il  s'occu- 
pera très-prochainement  de  l'édition  de  la  Collection  des 
Voyages  entrepris  par  des  souverains  de  la  Belgique. 

Il  rappelle  qu'il  a  été  convenu  de  comprendre  dans  cette 
collection: 

1.°  Le  voyage  de  Philippe-le-Beau  en  Espagne,  en  1501, 
écrit  par  Antoine  De  Lalaing,  Sr  de  Montigny  ; 

%°  Le  diurnal  de  l'expédition  de  Charles-Quint  contre 
Tunis,  en  1535  (anonyme); 

3.°  Le  recueil  de  plusieurs  entreprises,  belles  chasses,  et 
entrées    faites    par    sa    majesté    impériale    (Charles-Quint), 


(  141  ) 

en  poursuivant  son  voyage  d'Alger,  environ  l'an  15'«0 
(anonyme); 

4.°  Le  journal  des  voyages  de  Charles-Quint,  par  Van  den 
Esse; 

5.°  La  relation  du  voyage  en  Espagne  de  l'archiduchesse- 
Marguerite,  fiancée  ù  Philippe  II,  en  1570,  écrite  par  Félix 
Cottereau  ; 

6.°  Enfin  la  relation  du  voyage  en  Espagne  de  l'archiduc 
Albert  et  de  son  retour  aux  Pays-Bas,  en  1598  et  1599 
(anonyme). 

Il  a  été  décidé,  de  plus,  que  l'éditeur  ferait  précéder  ce 
recueil  d'un  itinéraire  des  ducs  de  Bourgogne,  s'il  lui  était 
possible  d'en  réunir  les  éléments,  et  qu'il  y  insérerait  du  reste 
tous  les  documents  qui  seraient  de  nature  à  en  augmenter 
l'intérêt. 

M.  Gachard  informe  ses  collègues  que  les  ouvrages  indiqués 
sous  les  n.09  1,3  et  5,  sont  les  seuls  dont  il  ait  pu  jusque  pré- 
sent se  procurer  la  copie.  Feu  M.  Lammens,  bibliothécaire  de 
l'université  de  Gand,  avait  offert  de  communiquer  à  la  com- 
mission les  manuscrits  des  voyages  indiqués  sous  les  n.°*  2  et  6; 
sa  mort  a  empêché  que  cette  offre  n'eût  de  suite.  Quant  au 
Journal  de  Vandenesse,  indiqué  sous  le  n.°  4,  il  aurait  été 
résolu,  à  la  vérité,  dit  M.  Gachard,  de  le  faire  copier  à  Besan- 
çon ou  à  Reims;  mais,  comme  on  l'a  assuré  qu'il  en  existait 
une  très-bonne  copie  dans  les  manuscrits  de  feu  M.  Van  Hul- 
them,  dont  le  gouvernement  a  fait  l'acquisition,  il  a  cru  devoir 
demander  à  la  commission  si,  avantd'écrire  aux  bibliothécaires 
de  Besançon  et  de  Reims,  il  ne  conviendrait  pas  de  faire  les 
démarches  nécessaires  pour  se  procurer  cette  dernière  copie. 

La  commission,  après  en  avoir  délibéré,  décide  d'écrire  à 
M.  le  ministre  de  l'intérieur,  afin  qu'il  veuille  bien  réclamer 
de  M.  le  professeur  van  Coetsem,  à  Gand,  héritier  de  M.  Lam- 
mens, la  communication  des  manuscrits  ci-dessus  mentionnés. 
Elle  ne  doute  pas  que  le  but  dans  lequel  cette  communication 
est  demandée,  ne  le  dispose  à  y  accéder  avec  plaisir. 

A  l'égard  du  Journal  de  Vandenesse,  M.  le  ministre  sera  prié 
de  vouloir  le  mettre  le  plus  tôt  possible  à  la  disposition  de  la 
commission. 


(  142  ) 

M.  Gachard  présente  un  second  rapport  de  M.  le  docteur 
Coremans,  sur  l'examen  et  le  classement  dont  il  a  été  chargé 
par  la  commission,  des  archives  allemandes  qui  font  partie  du 
dépôt  général  des  archives  du  royaume.  La  commission,  ayant 
entendu  la  lecture  de  ce  rapport,  en  ordonne  l'insertion  au 
procès-verbal  de  la  séance,  et  décide  qu'il  sera  écrit  de  nou- 
veau à  M.  Coremans,  pour  lui  témoigner  sa  satisfaction  de  la 
manière  dont  il  s'acquitte  de  la  tâche  qui  lui  a  été  confiée. 

Le  rapport  est  ainsi  conçu  : 

Messieurs , 

Conformément  à  votre  dépêche  en  date  du  l.er  juillet,  qui 
approuve  la  marche  que  j'ai  adoptée  dans  mes  travaux  aux 
archives  de  l'Etat,  j'ai  continué  à  inventorier  les  pièces  dont 
se  compose  la  partie  allemande  des  archives,  et  je  suis  parvenu 
à  l'heure  qu'il  est,  à  un  point  qui  permet  déjà  de  se  faire  une 
idée  plus  complète  de  toute  la  collection.  Elle  présente  des 
documents  précieux  pour  l'histoire  de  la  période  de  1520 
jusqu'à  1636  et  embrasse  principalement  trois  grandes  épo- 
ques, savoir  : 

A.  le  règne  de  Charles-Quint. 

B.  Le  règne  de  Philippe  II,  c'est-à-dire  l'époque,  des  dis- 
sensions et  troubles  dans  les  Pays-Bas. 

C.  Le  règne  d'Albert  et  d'Isabelle  et  le  commencement  de  la 
guerre  de  trente  ans,  1598-1633. 

Les  liasses  qui  concernent  le  règne  de  Charles-Quint,  ne 
forment  pas  un  ensemble  aussi  complet  que  celui  des  deux 
autres  époques;  ce  ne  sont  que  des  fragments  épars  dont  plu- 
sieurs méritent  cependant  de  fixer  l'attention  des  personnes 
qui  s'occupent  d'études  historiques.  Je  citerai  par  exemple  : 

1.°  La  liasse  contenant  une  suite  de  lettres  de  Ferdinand, 
roi  des  Romains,  écrite  à  la  princesse  Marguerite,  tante  de 
Charles-Quint,  ainsi  que  des  rapports  d'un  agent  diplomatique 
de  l'empereur,  adressés  à  la  même  princesse. 

Ces  lettres,  partie  en  allemand,  partie  en  français,  sont 
écrites  pendant  les  années  1523-1526,  et  offrent  d'intéressants 


(  M3  ) 

détails  sur  les  événements  qui  précédèrent  et  suivirent  immé- 
diatement la  bataille  de  Pavie. 

2.°  Deux  autres  liasses  se  composant  d'une  masse  de  minutes, 
en  allemand  et  en  latin,  de  procurations, privilèges,  licences, 
dispenses,  diplômes  et  d'autres  pièces  de  ce  genre,  émanant 
presque  toutes  de  Charles-Quint,  ainsi  que  diverses  minutes 
de  lettres  adressées  par  cet  empereur  au  Grand-Turc,  au  grand 
duc  des  Moscovites,  aux  rois  de  Pologne,  de  Suède,  d'Ecosse, 
de  Danemark  et  à  d'autres  princes;  d'une  copie  d'une  lettre 
écrite  à  l'empereur  par  le  Sophi  de  Perse,  d'une  lettre  du  fils 
du  roi  des  Maures,  de  deux  lettres  du  Grand-Turc  et  d'une 
lettre  originale  du  célèbre  Sigismond,  roi  de  Pologne,  etc. 

8.°  Quelques  liasses  ayant  trait  aux  démêlés  de  Charles-Quint 
avec  les  princes  protestants  de  l'Allemagne.  Elles  renferment 
des  pièces  remarquables,  entre  autres  des  rapports  et  des 
lettres  interceptés  ainsi  que  différents  pamphlets  publiés  p;ir 
les  adversaires  du  luthéranisme. 

S  IL 

La  seconde  partie  des  archives,  celle  relative  au  règne  de 
Philippe  II,  présente  un  ensemble  d'un  haut  intérêt.  Outre 
les  liasses  contenant  des  lettres  d'une  quantité  de  princes  con- 
temporains adressées  à  Marguerite  de  Parme,  au  duc  d'Albe, 
au  grand-commandeur  Requesens  ,  à  Don  Juan  d'Autriche,  à 
Alexandre  Farnèse ,  au  comte  de  Mansfeld,  aux  archiducs 
Mathias,  Ernest  et  Albert;  liasses  déjà  citées  dans  mon  premier 
rapport,  et  qui  se  sont  complétées  par  beaucoup  d'autres  de 
la  même  catégorie;  je  ferai  mention  ici  des  pièces  suivantes  : 

1.°  Remontrances  faites  par  les  princes  protestants  de  l'Alle- 
magne à  Marguerite  de  Parme  au  sujet  des  mesures  de  Phi- 
lippe II;  des  observations  sévères  de  ces  princes  adressées  au 
duc  d'Albe  à  l'occasion  des  sanglantes  exécutions  d'Egraont,  de 
Hornes  et  de  tant  d'autres  victimes;  des  lettres  de  plusieurs 
princes  catholiques  touchant  le  même  sujet,  et  surtout  de 
l'empereur  Maximilien  IL  Ces  dernières  auxquelles  se  trouve 
annexée  la  copie  d'un  mémoire  justificatif  du  prince  d'Orange, 
adressé  à  l'empereur,  détruisent  complètement  le  soupçon 
que  ce  monarque  approuva  secrètement  la  cruauté  du  fléan 


(  144  ) 

des  Belges  (i),  et  viennent  à  l'appui  de  l'opinion  favorable  que 
les  historiens  modernes  nous  font  concevoir  de  cet  empereur, 
nommé  par  le  célèbre  Hormayr,  le  plus  aimable  des  Habs- 
bourgs.  La  plupart  des  lettres  de  Maxiuiilien  sont  accompagnées 
d'extraits  ou  sommaires  de  leur  contenu  en  langue  française. 
2.°  Correspondance  d'Albert-le-Magnanime,  duc  de  Bavière, 
avec  le  duc  d'Albe ,  Bequesens  et  Don  Juan  d'Autriche.  Albert 
était  un  des  plus  ardents  alliés  de  Philippe  II.  II  prêtait  de 
l'argent  au  duc  d'Albe  et  lui  communiquait  ce  qui  se  passait 
de  plus  important  en  Allemagne  et  dans  le  Nord.  Il  entre- 
tenait surtout  à  la  cour  de  son  parent,  le  palatin  Jean  Casimir, 
des  espions  zélés  qui  lui  procuraient  des  copies  des  pièces  les 
plus  marquantes  que  recevait  le  palatin,  surtout  de  la  part  des 
huguenots  français.  Deux  de  ces  pièces  méritent  ici  d'être 
mentionnées  comme  se  rapportant  particulièrement  à  la  Bel- 
gique. C'est  une  relation  circonstanciée  de  l'emprisonnement 
des  comtes  d'Egmont  et  de  Ilornes,  de  la  manière  dont  on  les 
traitait,  etc.;  relation  écrite,  ace  qu'il  paraît,  pour  quelqu'un 
de  la  cour  du  palatin,  et  qui,  transcrite  par  un  agent  secret 
du  duc  Albert,  avait  été  communiquée  par  celui-ci  au  duc 
d'Albe,  pour  lui  faire  savoir  comment  ses  ennemis  envisa- 
geaient ses  actions.  L'autre  pièce  est  le  rapport  d'un  agent 
confidentiel  envoyé  par  Albert  à  Don  Juan,  mais  qui,  arrivé 
à  Bruxelles,  trouva  la  ville  dans  les  mains  des  états,  et  le 
colonel  Fugger,  le  protégé  du  duc  Albert,  emprisonné  au 
Broodhuys.  Ce  rapport  contient  des  faits  très-caractéristiques 
pour  cette  époque. 


(1)  Au  commencement  de  la  résistance  ries  Pays-Bas  contre  les  vo- 
lontés de  Philippe  II,  Maximilien,  trompé  par  les  assurances  de  la  di- 
plomatie espagnole,  se  montrait  très-défavorable  à  l'opposition  des 
Belges.  Dans  une  lettre  patente  du  i5  novembre  i56G  dont  les  archives 
possèdent  i5  exemplaires  sur  parchemin,  munis  du  sceau  impérial,  il 
permettait  à  Philippe  II  de  recruter  3ooo  chevaux  et  10,000  fantassins 
en  Allemagne  ,  et  affirmait  que  les  Belges  calomniaient  la  clémence  et  la 
douceur  innée  de  leur  gracieux  souverain ,  lorsqu'ils  l'accusaient  de  vou- 
loir introduire  l'inquisition  dans  les  provinces  du  cercle  de  Bourgogne. 


(   145  ) 

&.°  Lettres  des  princes  protestants  alliés  de  l'Espagne,  sur- 
tout d'Adolphe  de  Holstein,dont  l'intervention  armée  dans  les 
affaires  des  Pays-Bas  devint  si  funeste  aux  gueux. 

A.°  Rapports  de  divers  agents  secrets  que  le  duc  d'Albe  en- 
tretenait en  Allemagne  et  en  France.  Ils  font  connaître  beau- 
coup de  faits  curieux ,  particulièrement  à  l'égard  des  affaires 
de  France  en  1567  et  1568. 

5.°  Différents  documents  relatifs  aux  négociations  qui,  sous 
les  auspices  de  l'empereur,  furent  entamées  du  temps  de  Don 
luan,  dans  l'intention  de  pacifier  les  Pays-Bas. 

6.°  Les  pièces  concernant  la  négociation  du  duc  d'Albe  avec 
les  moines  de  Gladbach,  pour  obtenir  d'eux  la  tête  de  Saint 
Laurent  que  Philippe  II  voulait  faire  transporter  à  l'Escurial; 
négociation  qui  traîna  en  longueur  et  occasiona,  sous  le 
'ègne  d'Albert,  l'envoi  à  Gladbach  d'un  mandataire  spécial, 
Baptiste  de  Taxis. 

7.°  Documents  relatifs  à  Gérard  (1),  l'archevêque  marié  de 
Pologne.  La  tradition  populaire  de  l'Allemagne,  qui  aime  tou- 
ours  de  réunir  le  merveilleux  à  l'histoire,  nous  représente 
jérard  comme  un  homme  distingué  par  les  plus  belles  qualités, 
mais  à  qui ,  malheureusement  pour  lui ,  l'astronome ,  astrolo- 
gue et  magicien  Scotus  fit  voir,  dans  un  miroir  enchanté,  la 
figure  d'une  femme  dont  la  beauté  était  si  ravissante  que 
aérard  en  devint  éperduement  amoureux.  Cet  amour  alla  un 
peu  loin.  La  femme  du  miroir  magique  était  une  comtesse  de 
ïïansfeld,  religieuse  à  Girresheim.  Les  frères  de  la  comtesse 
forcèrent  l'archevêque  de  réparer  l'honneur  de  leur  sœur  en 
l'épousant;  c'est  ce  qu'il  fit  en  février  1583,  après  s'être  dé- 
claré calviniste  le  19  décembre  1582.  Mais  bientôt  toutes  les 
puissances  catholiques  s'élevèrent  contre  lui,  et  le  chapitre  de 
Cologne  le  déclara  déchu  de  sa  dignité  d'archevêque  et  de  sou- 
verain. Les  Bavarois  et  les  Belges  entrèrent  dans  ses  états,  qu'il 
léfendit  énergiquement,  mais  avec  si  peu  de  succès  que  bien- 
ôt  (en  janvier  158-4)  il  perdit  Bonn,  l'unique  place  forte  qui 
ui  restât,  le  Godesberg  ayant  déjà  été  pris  peu  de  temps  au- 


(i)  Gebhard 

10 


(  146  ) 

puravant.  Les  troupes  des  Pays-Bas  se  distinguèrent  d'une  ma- 
nière brillante  pendant  cette  guerre,  surtout  au  combat  près 
de  Bourg;  mais  on  leur  reproche,  non  sans  raison,  d'avoir 
souillé  leur  victoire  par  d'affreux  excès.  Gérard  mourut  à 
Strasbourg  en  1601.  Cet  épisode  de  l'histoire  belge  mériterait 
ds  trouver  son  historien;  la  partie  allemande  des  archives 
pourrait  lui  fournir  d'utiles  matériaux. 

8.°  Documents  concernant  les  troubles  d'Aix-la-Chapelle. 
Une  foule  de  pièces  de  nos  archives  jettent  du  jour  sur  les  ré- 
volutions de  cette  antique  cité,  sur  les  négociations  qu'elles 
occasionnèrent,  ainsi  que  sur  ses  relations  avec  les  Pays-Bas 
qui  exerçaient,  envers  elle,  le  droit  de  protection. 

9.°  Documents  touchant  l'affaire  de  Blankenbeil.  Une  petite 
liasse  nous  apprend  qu'un  homme  de  ce  nom  proposa  à  l'ar- 
chiduc Ernest,  en  lo94 ,  de  lui  révéler,  moyennant  une  grande 
récompense,  un  secret  qui  mettrait  le  gouvernement  en  état 
de  reconquérir,  en  un  an  et  quelques  mois,  les  provinces  in- 
surgées du  nord,  et  de  s'assurer  désormais  ces  possessions  au 
moyen  de  la  construction  d'une  forteresse  qui  maintiendrait 
toute  la  Hollande  en  respect.  L'homme  au  secret  parvint  à 
captiver  la  confiance  de  l'archiduc,  et  ce  dernier  eut  même 
la  faiblesse  de  s'engager,  par  une  lettre-patente,  à  récom- 
penser Blankenbeil  comme  il  le  demandait,  si,  par  son  secret, 
on  parvenait  à  dompter  les  rebelles  du  nord.  Blankenbeil  ob- 
tint aussi,  comme  le  démontre  sa  quittance,  un  petit  à 
compte  de  300  couronnes  du  bon  archiduc. 

I 

L'époque  d'Albert  et  d'Isabelle  est  largement  représentée. 
Cette  partie  contient  : 

1.°  Plusieurs  liasses  de  lettres  écrites  à  l'archiduc  Albert,  ou 
à  l'Infante,  par  les  rois  deDanemarck,  de  Pologne  et  de  Suède, 
ainsi  que  par  presque  tous  les  princes  de  l'empire  depuis  1597 
jusqu'à  1633. 

2.°  La  correspondance  de  l'archevêque  de  Mayence,  Jean 
Schweikart,  avec  l'archiduc  Albert  et  l'Infante  Isabelle,  cor- 
respondance d'une  partie  de  laquelle  la  découverte  est  déjà 


(  147  ) 

mentionnée  dans  le  rapport  que  j'ai  eu  l'honneur  de  vous 
adresser  le  l.or  juillet  dernier. 

3.°  La  correspondance  des  empereurs  Rodolphe  II  et  Mathias 
avec  l'archiduc  Albert,  depuis  1597  jusqu'à  1619,  présentant 
plusieurs  faits  marquants,  peu  on  point  connus. 

•4.°  La  coi'respondance  de  l'empereur  Ferdinand  avec  le 
même  archiduc,  pendant  les  années  1619-1621.  Elle  nous 
montre  Ferdinand  en  guerre  avec  presque  toutes  les  pro- 
vinces de  ses  Etats  héréditaires,  dont  les  plus  faibles  mêmes 
osaient  défier  la  puissance  du  successeur  des  Césars,  et  déso- 
béissaient aux  ordres  de  l'empereur,  toujours  Auguste;  ce 
souverain,  harcelé  par  les  insurgés  de  la  Hongrie  et  de  la 
Bohème,  qui  se  montraient  jusque  sous  les  murs  de  son  Wie- 
nerbourg,  puis  tout  à  coup  sauvé  par  la  bataille  du  Hontblanc 
près  de  Prague,  que  l'électeur  Maximilien-le-Grand  de  Bavière 
gagna  le  l.er  novembre  1620,  le  dimanche  :  «  Reddite  quœ 
vint  Cœsaris  Ccesari.  »  Ce  n'est  pas  un  historien  qui  nous  ra- 
conte ici  les  événements  plus  ou  moins  défigurés  par  la  par- 
tialité ou  l'erreur,  c'est  le  principal  acteur  même  qui  les  fait 
onnaître  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  ont  lieu,  «à  un  frère,  un 
imi  fidèle,  qui  le  secourt,  non-seulement  par  de  bons  conseils, 
nais  aussi  en  lui  envoyant  de  fortes  sommes  d'argent  et  des 
nommes  capables  de  lui  rendre  de  grands  services.  Ces  lettres 
tt  les  réponses  d'Albert  méritent  l'impression;  j'ose  espérer 
pie  le  gouvernement  m'accordera  la  permission  de  les  publier; 
in  libraire  renommé  de  l'Allemagne,  qui  attache  volontiers 
ion  nom  à  de  pareilles  publications,  en  deviendrait  en  ce  cas 
'éditeur. 

S.0  La  correspondance  du  palatin  de  Neubourg,  Wolfgang- 
iuillaume,  qui  s'efforçait  de  rétablir  le  catholicisme  en  ses 
;tats.  Il  n'est  pas  sans  importance  de  connaître  la  part  que  le 
çouvernement  des  Pays-Bas  prit  à  ces  efforts. 

6.°  Quelques  liasses  renfermant  la  correspondance  de  diffé- 
ents  princes  allemands  avec  l'Infante  Isabelle,  depuis  1621 
usqu'à  1683.  Elles  sont  également  riches  en  faits  historiques 
rès-intéressants.  Les  grandes  figures  des\Vallenstein,desTilly, 
les  Gustave  Adolphe,  y  apparaissent,  et  en  face  des  mèrnora- 
•les événements  de  laguerre  sanglante  entre  legrand  principe 


(  1^8  ) 

de  la  liberté  d'examen  et  eelui  non  moins  grand  d'une  auto- 
rité divine  supérieure  à  l'esprit  humain,  se  dessine  le  fervent 
catholicisme  d'Isabelle,  qui,  écrivant  au  plus  grand  guerrier 
du  XVII.rae  siècle,  le  félicitait  avant  tout  de  ce  que  ses  vic- 
toires lui  avaient  ouvert  les  portes  de  la  ville  où  se  trouvait  le 
corps  de  Saint-Norbert,  dont  elle  désirait  ardemment  l'envoi 
immédiat  à  Bruxelles. 

Quoique  la  secrétairerie  d'état  allemande  semble  avoir 
subsisté  jusqu'au  milieu  du  XVIII. me  siècle,  les  archives  ne 
renferment  que  peu  de  documenîs  postérieurs  à  la  mort  d'Isa- 
belle. 

Je  citerai  cependant  : 

A.  Une  liasse  contenant  quelques  pièces  intéressantes  de 
l'époque  de  1674  à  1700.  B.  Une  autre  qui  fournit  des  maté- 
riaux pour  l'histoire  des  événements  politiques  de  1673.  C.  Une 
troisième  enfin  qui  concerne  diverses  négociations  de  l'abbé 
d'Echternach  en  Allemagne,  et  donnant  des  détails  sur  le 
siège  de  Luxembourg,  ainsi  que  sur  celui  de  Trêves,  en  168-4. 

Les  papiers  relatifs  aux  diètes  de  l'empire,  auxquelles  les 
Pays-Bas  ont  pris  part  depuis  1548  (1)  jusqu'à  la  fin  du 
XVII.rae  siècle,  et  ceux  concernant  les  redevances  du  cercle 
de  Bourgogne  à  l'empire,  sont  nombreux  et  peuvent  en  plu- 
sieurs cas  être  consultés  avec  fruit. 

Les  liasses  inventoriées  jusqu'ici  fournissent  en  outre  d'utiles 
renseignements  pour  l'histoire  de  quelques  pays  et  localités. 
J'ai  déjà  parlé  d'Aix-la-Chapelle  et  de  Cologne;  l'historien  de 
Trêves,  de  Juliers,  de  l'Ostfrise,  de  la  Saxe,  de  la  Livonie,  etc. 
trouvera  aussi  des  choses  dignes  de  son  attention  dans  nos  ar- 
chives. L'historien  del'archiduché  d'Autriche  saura  utiliser  les 
documents  précieux  qu'elles  offrent  concernant  les  démêles 
des  états  de  ce  pays  avec  leurs  souverains  au  commencement 
du  XVII. me  siècle,  et  la  renonciation  de  l'archiduc  Albert  à 
cet  archiduché,  dont  il  était  l'héritier  légitime. 

Je  passerai  ici  sous  silence  une  foule  de  pièces  détachées, 


(i)  Époque  où  fut  conclu  le  traite  qui  mit  tous  les  Pays  d'en  bas,  sans 
exception  :  sous  les  luition,  défense  et  sauvegarde  du  Saint-Empire. 


(  1^9) 

remarquables  par  leurs  auteurs  ou  par  les  personnes  dont 
elles  émanent;  l'énumération  en  deviendrait  trop  longue; 
mais  je  me  permettrai  encore  de  faire  remarquer  que  l'ama- 
teur d'autographes  et  de  lettres  originales  pourrait  faire  une 
ample  moisson  dans  les  nombreuses  liasses  renfermant  les 
correspondances  de  1520  à  163-4. 

Je  me  croirais  heureux  si  mes  travaux  continuaient  à  jouir 
de  vos  suffrages,  et  je  désire  ardemment  que  l'espoir  exprimé 
dans  mon  dernier  rnpport  de  pouvoir  faire  encore  d'intéres- 
santes découvertes,  se  soit  réalisé  à  vos  yeux. 

Daignez  accepter  l'hommage  du  profond  respect  avec  lequel 
j'ai  l'honneur  d'être, 

Messieurs, 

Votre  très-humble  et  très-obéissant 
serviteur, 

Le  docteur  Coremans. 
Bruxelles,  le  i .cr  novembre  i836. 

Inventaire  de  divers  manuscrits  existants  dans  quelques  délits 

publics. 

louv ain  (  Université) . 

Communiqué  par  M.  De  Reiffenberg. 

1.  Annales  des  Pays-Bas,  1  vol.  in-fol. 

2.  Recueil  de  diverses  pièces  concernant  les  troubles  de  la 
religion  du  royaume  (de  France),  depuis  1589-1592,  par 
M.  Talon,  4  vol.  in-fol. 

3.  Annales  des  ducs  de  Brabant,  depuis  Charles  ditHasbain, 
jusques  y  compris  l'infante  Isabelle,  avec  leurs  armoiries 
bien  enluminées,  etc.  (1260-1555),  1  vol.  in-fol. 

4.  Chronicon,  Augustianum  Lovaniense,  1  vol.  in-fol. 

5.  Supplément  aux  trophées  du  Brabant  parButkens,  1  vol. 
in-fol. 

6.  Accuratior  abbatum  Vlierbacensium  séries,  ex  antiquis, 
ut  vocant,  mortuariis,  aliisque  manuscriptis,  concinnata, 
1  vol.  in-fol. 

7.  Necrologium  conventus  fratrum  calceatorum  ordinis 
B.  V.  Mariac  de  Monte Carmelo  urbis  Brux.  a  fundatione  ejusdem 


(  150  ) 

monasterii  a  1249,  ad  pricsens  tempus  usque  productum  (1780), 
1  vol.  in-fol.  (Ce  nécrologe  va  jusqu'en  1780  et  commence  au 
XIII.6  siècle).  * 

8.  P.  Divaei  annales  Lovanienses,  in  het  nederduyts  over- 
geset  en  vermeerdert  door  Guil.  Ant  Divaeus,  l  vol.  in-fol. 
Voy.  notre  édit.  de  Ph.  Mouskes,  I,  cccl. 

9.  Mémoires  de  Hopperus,  touchant  l'état  et  gouvernement 
des  Pays-Bas,  1  vol.  in-fol. 

10.  Epitaphes  et  tombes  du  Brabant,  1  vol.  in-fol. 

1 1 .  Mémoires  politiques  pour  les  marchands  de  bières  étran- 
gères à  &and,  contre  les  échevins  de  la  keure  de  ladite  ville, 
1  vol.  in-fol. 

12.  Becueil  van  de  besonderste  conventien,  accoorden  en 
tractaeten  tusschen  de  universiteyd  ende  de  stad  Loven  be- 
treffende,  1  vol.  in-fol. 

13.  Promotiones  in  artibus  ab  erectione  univ.  Lovan.  ab 
anno  1428,  collectas  a  D.  Guil.  Leunckens,  usque  ad  an.  1797. 
1.  vol.  in-fol. 

14.  Chronicon  Diestense. 

Ms.  in-fol.,  pap.  de  8  feuillets  écrits.  XVI. e  siècle.  La  date  la 
plus  récente  est  1516. 

Ce  Ms.  est  intéressant.  Il  contient  aussi  la  charte  de  liberté 
de  Diest,  déjà  publiée  par  Kremer.  Je  me  suis  servi  de  ce  Ms. 
dans  un  travail  sur  les  sires  de  Diest,  présenté  à  l'académie  et 
imprimé  dans  mes  Mémoires  Héraldiques. 

1 5.  Rerum  cœnobii  Lovaniensis  ordinis  Eremitarum  S.  P.  Au- 
gustini  aliarumque  rerum  intercurrentium  in-folio.  (XVII.° 
siècle),  238  pp. 

Provient  de  la  bibliothèque  de  Nie.  Van  den  Reydt;  prieur 
provincial  delà  FI.  Belg.,  dans  l'ordre deSaint-Augustin. Cette 
chronique  finit  à  l'année  1379. 

16.  Liber  itineris  et  successuum  ejusdem  facti  per  Reveren- 
diss.  in  Chr.  P.  ac  dm.  dm.  Petrum  Vorstium  episcopum 
Aquensem  ac  comitem,  unius  ex  sacri  Palatii  apostolici  causa- 
rura  auditoribus,  Iocum  tenentem,  cura  esset  in  legatione  sua 
ad  Germaniam  ad  intimandum  générale  concilium  in  civitate 
Mantuoccelebrandum,  et  ad  XXIII.  diem  mensis  maii  proxime 
futuri  videlicet  anni  1537  inchoandum ,  incipieutem  aVienna 


(   151  ) 

Auslriœ  tlei  VI  nov.  1536,  authore  1).  Cornelio  Eltenio,  scrip- 
torc  archivi  apostolici,  curicc  ejusdem  Rev.  Dni  Pétri  Vorstii 
secretario.  Gr.  in-4.°  provenant  de  la  bibliothèque  de  Ver- 
dussen,  qui  y  a  mis  cette  note  :  «  Hoc  illustrissimi  Pétri  Vorstii 
Antwerp.,  opus  rarum,  curiosum  et  nunquam  impressuni 
est.  »  148  pp. 

A  la  fin  est  un  court  éloge  do  Vorstius  et  une  table  alpha- 
bétique des  matières. 

16.  Relatione  di  Francia  dell'  Ecc.™  signor  cavalière  Bloro- 
sini,  16!5o,  in-fol. 

17.  Origo  et  acta  capituli  B.  Mariée  Virginis  in  Alba  Longa, 
item  registrum  benefactorum  et  beneficiorum  in  eandem 
ecclesiam  B.  M.  Virginis  collatorum.  Lov.  1608,  in-fol. 

Il  y  a  deux  titres  imprimés  par  Joannes  Masius. 

18.  Instructions  pour  notre  conseil  d'état  établi  aux  Pays 
Bas,  dépêchées  à  Vienne  le  A  janvier  1719  et  autres  pièces  sur 
le  gouvernement  de  la  Belgique,  in-fol. 

19.  Chronica  Ultrajecti,  Ilollandiœ,  Frisiaî,  Brabantia-, 
Flandria1,  Gueldriœ,  Zutphania?,  Cleviaî  et  Montis.  Ms.  sur 
pap.,  in-8.°,  longues  lig.,  XV.e  siècle. 

Il  a  fait  partie  de  la  célèbre  bibliothèque d'Uffenbach,  dont 

;le  catalogue  des  Mss.  parut  en  1720,  in-fol.  Il  avait  appartenu 

précédemment  à  un  savant  qui  y  a  fait  quelques  notes,  et 

qui  le  considérait  comme  un  morceau  précieux.  Le  nom  de 

ce  personnage  a  été  effacé,  mais  on  lit  distinctement  Adria- 

nus Le  chiffre  imprimé  en  or  sur  la  couverture,  est  aussi 

A.W.Les  différents  traités  que  ce  Ms.  renferme  et  dont  le  plus 
étendu  (il  a  80  feuillets)  est  la  chronique  d'Utrecht,  ont  été 
écrits  vers  l'an  1461. 

Voici  l'idée  que  l'auteur  donne  de  la  Frise  : 
«  Frisia  est  valdè  magna  et  raultce  provincial  sunt  in  ea, 
»quum  multi  sunt  ibi  episcopatus,  ducatus  et  coniitatus,  qui 
»  modo  satis  sunt  famosi  ethonesti,  et  principes  eorum  qui  ab 
«antiquo  intra  Frisiam  computati  erant,  ae  inferiorem  Saxo- 
»  niam,quia  a  flumine  qui  (quod)  praiterlluit  ïïamburch  nomine 
»  Elve,  usque  Sincval  ( Wahal)  hoc  locum  habitum  est  pro  Frisia 
»  vel  inferiori  Saxonia.  Et  isti  Frisonès  vel  Saxones  fueruntpo- 
»pulus  multum  incultus  et  indomitus,  et  terra  fuit  lata  et 


(   152  ) 

»  inculta  et  omniuo  bestialis,  et  ad  ultiiuuui  est  per  multuiu 
«populum  perdomita  et  inhabitata. 

GANn. 

Notice  contenant  les  manuscrits  relatifs  à  l'histoire  de  la  Bel- 
gique, qui  ont  été  acquis  pour  la  bibliothèque  de  l'université , 
réunie  à  celle  de  la  ville  depuis  1816. 

(Cette  liste  est  uu  supplément  au  catalogue  publié  en  1816,  par  M.  J.-A.  Wahvein  de 

Teirliet). 

118.  Annotations  sur  l'érection  et  dédicace  de  l'église  de 
l'abbaye  des  chanoines  d'Elseghem;  sur  les  décès  des  religieux, 
à  commencer  de  juillet  1452;  et  ceux  de  la  famille  de  Brade, 
avec  indication  des  legs  faits;  les  anniversaires  à  célébrer,  etc., 
jusqu'en  l'année  1777,  folio;  bulle  du  pape  Innocent  XII,  du 
28  mars  1699,  portant  des  indulgences  accordées  aux  couvents 
des  Augustins  des  Pays-Bas. 

120.  Diplôme  original  de  Baudouin  IV,  comte  de  Hainaut, 
de  l'an  1177,  par  lequel  il  donne  deux  parties  de  dîmes  de 
terrain  cultivé  à  Lombiolle,  que  possédait  de  lui  en  fief  Engel- 
bert  de  Sternquerie,  et  que  ce  dernier  lui  restitue  à  condition 
de  les  donner  à  l'abbaye  de  Cambron. 

88.  Cœremoniale  Blandiniense;  précède  le  cérémonial  et 
prières  usitées  lors  des  inaugurations  des  souverains  à  l'abbaye 
de  St.-Pierre  à  Gand;  on  y  trouve  le  serment  ordinaire  que 
les  comtes  de  Flandre  y  prêtaient,  ainsi  que  celui  de  Phi- 
lippe II  en  particulier,  in~4.° 

1291.  Annotatien  op  de  costumen  van  Gend,  3  d.  in-fol. 

1292.  Secrète  resolutien  van  den  raede  in  Vlaendcren,  van 
1584  tôt  1700,  2  deelen  in-fol. 

1293.  Cort  begryp  ende  tafel  van  diversche  registers  ende 
filiasen  van  den  raedt  in  Vlaenderen.  Begistre  noir  en  forme 
de  petit  feuillet,  écrit  en  parchemin,  reposant  en  l'armoire 
du  conseil  de  Flandre,  in-fol. 

1294.  Beglement  raekende  de  kooplieden  in  wynen  van 
Gend,van  10  mey  1672. 

1297.  Begistrum  actorum  tempore  B.  D.  Caroli  Masii  IV 
episcopi  Gandavensis,  incipiens  a  5  nov.  1610  usque  ad  7  aug. 


(  153) 

1621,  continuatum  per  R.  D.  Henr.-Franc.  Vander  Burght, 
Vum  episc. ,  ac  per  R.  D.  Jacobura  Boonen  (consecratus  fuit 
R.  D.  Vander  Burght,  17  febr.  1613,  et  R.  D.  Boonen,  3  febr. 
1617),  et  continuaturu  a  die  Martii  1622  usque  ad  9  sept. 
1672,  in-fol.  Suivent  encore  quelques  actes  relatifs  à  la  juri- 
diction épiscopale  de  Gand. 

1306.  Interpretatien ,  decreten  en  andere  acten  van  den 
majesteyt,  van  den  privéen  raed,  raeden  van  Mechelen  en 
Vlaenderen,  schepenen  van  der  keure  en  gedeele  van  Gend, 
in-fol. 

1317.  Gechreven  handvesten  of  privilegien  van  Delftland, 
van  1-4-45  tôt  1613,  als  mede  handtvesten  van  t'heemraetschap 
van  Rhynland  en  ordonnantien  van  Delftland,  tôt  1589,  in-fol. 

1882.  Costumen  van  St.-Pieters  nevens  Gend.  Item  van  de 
heerlykhede  van  Crombrugghe.  Item  de  wetten,  vierschaeren 
en  boven  van  de  heerlykhede  toebehoorende  de  kerke  van 
St.-Pieters  nevens  Ghendt,  in--4.° 

1891.  Lantrecht  voor  die  rechters  van  Westerwoldinger- 
lant,  in-4.° 

2278.  Considérations  historiques  et  politiques  sur  la  prag- 
matique sanction,  sa  garantie  et  son  infraction,  jusqu'à  la 
paix  d'Aix-la-Chapelle,  en  17-48,  in-8.° 

9.  Het  leven  van  S.  Amandus,  in  verzen.  Brugge,  1336, 
petit  in-4.° 

26.  Procès-verbal  des  limites,  en  exécution  du  traité  de 
Nimègue,  par  MM.  Le  Pelletier  et  de  Vuoerden,  commissaires 
députés  par  S.  M.  très-chrétienne  et  MM.  Simon  et  Vaes,  et 
depuis  M.  Christyn  au  lieu  du  premier ,  commissaires  députés 
par  S.  M.  Catholique,  à  Courtrai,  le  20  décembre  1679,  in-fol. 

35.  Privilégie  van  Karel  den  V,  aen  de  stad  Middelburg 
verleent  op  het  vermaeken  aen  de  stads  regeringe ,  van  23 
january  1518,  in--4.° 

33.  Déduction  du  gouvernement  des  Pays-Bas.  Règlement 
sur  la  nouvelle  forme  du  même  gouvernement.  Bruxelles, 
1703,  in-4.°;  le  règlement  est  imprimé. 

37.  Fama  Brugensis  resonans,  vitas  et  scripta  Brugensium, 
sanctitate,  vertutibus,  eruditione  aliave  nota,  etc.,  auctore 
C.  F.  Custis,  3  vol.  in-4.°  Indiqué  dans  la  Biog.  Vniv. 


(  154) 

39.  Mémoire  touchant  la  forme  du  gouvernement  politique 
des  Pays-Bas,  et  des  conseils  et  officiers  qui  en  composaient  le 
ministère,  dressé  par  M.  le  président  Hovinnes,  en  1662,  pour 
être  envoyé  au  roi,  avec  des  remarques  faites  par  M.  le  con- 
seiller de  Wynants,  in-fol. 

40.  Généalogie  delà  famille  de  Hornes,  avec  blasons  colo- 
riés, in-4.° 

41.  Lyste  van  de  burgemeesters  van  den  lande  van  den 
vrye  en  van  1397  tôt  1504,  getrokken  uyt  'slands  rekeningen. 

42.  Mémoire  sur  les  finances  des  Pays-Bas ,  suivi  de  l'arrêt 
du  grand  conseil  de  Malines  dans  le  procès  criminel  entre  les 
conseillers  fiscaux  de  S.  M.,  acteurs  contre  Adam- Joseph, 
baron  de  Potvliet ,  du  4  septembre  1741 ,  in-fol. 

43.  Becueil  qui  traite  des  affaires  des  finances  des  Pays-Bas 
autrichiens,  qui  en  détaille  les  revenus  et  la  dépense,  et  pro- 
duit différents  mémoires  sur  la  matière,  in-fol. 

45.  Justification  du  droit  de  dame  Marie  de  Bourgogne  et 
de  monseigneur  l'archiduc  Maximilien  son  époux,  aux  duché 
de  Bourgogne,  comtés  d'Artois,  Bourgogne,  Boulogne,  Quesnes, 
Orchies,  avec  les  appartenances,  etc. ,  et  composée  par  M.  Jehan 
Daufïay,  natif  de  Béthune,  vivant  conseiller  du  duc  Charles 
et  depuis  aussi  desdits  seigneurs  et  dame  en  leur  grand  con- 
seil ,  envers  l'an  1479,  in-fol. 

44.  Bes  Gandtc,  ou  recueil  des  pièces  historiques  pour  la 
province  de  Flandre  et  en  particulier  pour  la  yille  de  Gand. 
On  v  trouve  entre  autres  la  liste  des  échevins  de  la  heure  et 
des  Parchons,  depuis  1301  jusqu'à  1525,  entremêlées  d'anno- 
tations historiques.  —  Dit  es  testament  dat  Gilles  de  Kame- 
ieere  ghemaect  heeft;  en  vers  flamands.  — Edict  van  'tmagis- 
straet  van  Brussel,  tegen  de  Geuserye.  —  Van  de  Privilegien 
van  Gend,  etc.,  in-4°. 

46.  Mémoire  contenant  des  notions  générales  de  tout  ce 
qui  concerne  le  gouvernement  des  Pays-Bas,  formé  en  1730 
par  le  comte  de  Wynants,  in-fol. 

47.  Recueil  de  Jehan  d'Hollander,  gantois,  proton,  apostol. 
et  romain  de  Ste-Wauldru.  à  Mons,  touchant  les  baillyfs  du 
vieuf  bourg  en  la  ville  de  Gand ,  avecque  l'origine  du  dict 
office,  in-4.° 


(   155  ) 

-48.  Ghciultsche  geschiedenissen,  of  copie  van  den  druk 
van  1752,  2  deelen  in-8.°,  door  M.  Roothaese,  pastor  van 
Belcele,  in-4.° 

•49.  Ghendsclie  gechiedenissen  van  12  aug.  1566  tôt  novem- 
ber  1593,8  vol.  in-fol. 

50.  Varia  sur  la  ville  de  Gand,  commençant  par  la  liste  des 
échevins  de  cette  ville,  depuis  1301  jusqu'en  1566,  mêlé 
d'annotations  historiques,  in-fol. 

51.  Tafel  van  't  gène  begrepen  in  de  XLVII  registers  rus- 
tende  ter  grefifte  van  schepenen  van  der  keure  der  stad  Gend, 
tôt  den  jaere  1695,  in-fol. 

52.  Mechlinia  Christo  nascens  et  crescens  ab  anno  670, 
usque  ad  annum  1263,  in-fol.  grand,  48  pages. 

54.  Chronique  de  Hainaut,  jusqu'en  1050,  in-4.° 

55.  Colleetio  diploraatum  a  comitibus  Hollandiœ  familiae 
van  Borselen ,  concessorum ,  in-4.° 

57.  Vita  B.  Beatricis,  ordinis  cisterciensis  priorissœ  in  Na- 
zareth prope  Lovanii ,  ab  ipsa  flandrice  vel  gallice  conscripta  , 
interprète  anonymo,  in-foî. 

59.  Reyse  van  de  deputatie  der  staten  van  Vlaenderen  nae 
Weenen,ter  oorsaecke  van  de  gepretendeerde  executie  van 
limiten,  door  de  heeren  staeten  van  Hollandt,  in-4.° 

63.  Vita  beati  Rumoldi,  mart.  et  pont.,  in-8.° 
237.  Varia  sur  l'histoire  Belgique,  principalement  pour  la 
Flandre  et  la  ville  de  Gand,  jusqu'à  l'an  1607,  en  flamand; 
contient  entre  autres  :  De  prophétie  van  den  smet  vanHuysse; 
de  belegering  van  Gend,  ten  tyde  van  graef  Arnhout  van 
Vlaenderen,  in  963  of  965;  over  de  komst  van  Karel  den  V , 
te  Gend,  in  1539,  etc.,  in-fol. 

malices  {Archevêché ). 

Communiqué  par  M.  De  Ram. 

1.  Cartulaire  original  de  l'abbaye  de  Cambron;  grand  vol. 
in-fol.  sur  parchemin.  —  Ancienne  copie  du  même  cartulaire; 
in-fol.  —  Plusieurs  Chartres  relatives  à  la  même  abbaye  fondée 
en  1148. 

2.  Chartulairc  original  de  l'abbaye  de  Ninove,  fondée  en 
1 137;  in-fol.  sur  parchemin. 


(  156) 

3.  Diversche  brieven,  cyrographien,  privilegien,  vouuissen 
des  godshuys  van  sinte  Cornelis,  by  Niniven;  vol.  in-fol.  de 
5-4  pp.  sur  parchemin ,  renfermant  plusieurs  actes  et  titres  du 
X1II.C  et  du  XIV.e  siècle. 

-4.  Amati  Coriache,  archidiaconi  et  vicarii  gen.  Mechlinien- 
sis  miscellanea,  seu  collectio  monumentorum;  15  vol.  in-fol. 
L'archidiacre  Foppens  a  extrait  plusieurs  pièces  de  ce  recueil, 
pour  son  édition  de  Miraeus. 

5.  Contrat  de  mariage  entre  Philippe-le-Beau ,  fils  de  Maxi- 
milien,  archiduc  d'Autriche,  et  Jeanne  de  Castille,  fille  du 
roi  Ferdinand;  it.  entre  Marguerite  d'Autriche,  sœur  de 
Philippe  et  Jean,  fils  du  même  roi  Ferdinand,  149-4;  vol. 
in-fol.  sur  parchemin,  à  la  fin  duquel  on  lit  :  Collacio  harum 
pm.  Lrarum.  et  copiar.  psn  scriptar.  débita  fcta  est  cum  ipsis 
Lris.  originalib.  per  nos  Boele. 

6.  Traité  de  paix  entre  Henri  VII,  roi  d'Angleterre,  et 
Philippe-le-Beau,  duc  de  Bourgogne  et  comte  de  Flandre,  vol. 
in-fol.  sur  parchemin.  La  dernière  pièce  porte  la  date  sui- 
vante :  «  Datem  Cales  in  die  sancti  Marci  evangeliste  XXV  die 
aprilis  anno  domini  millesimoquadringentesimo  nonagemo  no- 
no.  »  Le  recueil  est  authentiqué  comme  le  précédent. 

7.  Lettres  originales  de  Marguerite  de  Parme  à  Florent  de 
Montmorency,  seigneur  de  Montigny ,  gouverneur  de  Tournai, 
avec  ses  réponses  à  la  gouvernante,  par  rapport  aux  troubles 
du  Tournaisis,  en  1563 .  in-fol.  —  Notre  collègue  M.  Willems, 
dans  ses  Mengelincjen  van  vaderlandschen  inhoud,  tom.  I.er, 
p.  325,  a  publié  une  lettre  intéressante  tirée  de  ce  recueil  (1). 

8.  Lettres  du  roi  d'Espagne  Philippe  II,  de  son  secrétaire 
Don  Juanldiaquez,  etc.,  eu  espagnol,  in-fol. 

9.  Mechlinia  Christo  nascens  et  crescens,  seu  acta  urbem, 
ecclesiam  Mechliniensem ,  ejusque  viros  pietate  et  dignitate 
conspicuos  concernentia ,  collecta  et  ordine  disposita  per  Bev. 
admodum  ac  Ampliss.  D.  D.  Joannein  Franciscum  Foppens, 
Bruxellensem ,  S.  T.  L.,  ecclesiœ  S.  Bumoldi  Mechliniœ  cano- 
nicum  granduatum  et  archidiaconum;  3  vol.  in-fol.,  copiés 


(  i  )  Ces  lettres  ont  été  publiées  dans  le  Messager  de  i836. 


(  157  ) 

et  augmentés  par  M.  Servais.  Le  Ms.  original  de  Foppens  se 
trouve  à  la  bibliothèque  de  Bourgogne. 

10.  Belgica  Christiana;  5  vol.  in-fol.  Ce  Ms.  de  l'archidiacre 
Foppens  renferme  les  notices  des  archevêques  de  Malines ,  de 
Cambrai,  d'Utrecht  et  de  leurs  suffragants;  il  est  remarquable 
par  le  grand  nombre  de  portraits  gravés  par  Pontius ,  de  Jode, 
Hollar ,  Neeffs ,  Pilsen ,  etc. 

Manuscrits  relatifs  aux  monts-de-piétê. 

1.  Règlement  et  instruction  pour  établir  lesdits  monts  à 
Bruxelles  et  autres  villes  deBrabant,  1618. 

2.  Eenige  brieven  van  Vereyken  à  Castro. 

8.  Somets  de  remarcque  sur  le  subject  de  l'annexion  de  la 
depositairie  de  mont-de-piété  à  Lille. 

4.  Collection  de  plusieurs  lettres  adressées  à  son  altesse  séré- 
nissime. 

5.  Varia  Hieronim.  van  Seul.  —  Oblata  illust.  Dom.  archiep. 
Mechlin. 

6.  Collection  dans  laquelle  se  trouve  :  Édit  de  Philippe ,  roy 
d'Espagne. — Règlement  de  Cobergher,  1618. — Deux  édits 
de  Philippe, 

7.  Projet  à  correction  par  forme  de  placard  à  dresser  sur  le 
fait  des  dépositairies.  —  Philippe  par  la  grâce ,  etc. 

8.  Extractum  e  litteris  D.  F.  Sylvii  ad  archiep.  Mechlin. 

9.  Les  deniers  levez  au  mont-de-piété  sur  les  bagues  de  la 
sér.me  infante  Isabelle.  —  Varia. 

10.  Compt  om  te  maeken  en  fonderen  eenen  berch  van 
bermherlicheyt  binnen  de  stadt  van  Loven. 

11.  Introduction  du  papier  scellé. 

12.  Balance  générale  de  l'état  des  monts-de-piété,  1650. 

13.  Berg  van  bermherligheyt  tôt  Brugghe,  1649. 

14.  Abrégé  de  ce  que  contient  l'examen  général  dressé  sur 
l'érection  des  mont-de-piété. 

15.  Touchant  les  déportements  des  officiers  et  serviteurs. 

16.  Memorie  voor  zyne  hoogweerdigheyd  onder  correctie. 

17.  A  liquider  entre  les  monts  et  les  héritiers  de  Cobergher. 

18.  Abrégé  total  des  charges  jusqu'à  1646. 


(  158  ) 

19.  Les  conseillers  des  monts- Jc-piété.  —  De  nouveau  visité 
et  corrigé  par  monseigneur  de  Malines,  1626. 

20.  Berg  van  B.  tôt  Naemen. 

21.  Ordonantie  gesteld  by  de  gedeputeerde  van  Zyne  Majes- 
tevt  tôt  het  redressement  van  de  bergen,  Mechel.  ,1652. 

22.  Verbaulx  tenus  sur  les  affaires  de  mont-de-piété,  le 
d'aoust  1652. 

23.  Minute  à  correction  de  l'empliation  et  changement  qui 
semblent  nécessaires  au  règlement  du  surintendant-général 
des  monts. 

(La  suite  au  prochain  numéro). 

Pour  extrait  conforme  : 

Le  secrétaire  de  la  Commission , 

Baron  De  Reiffenberg. 


Privilèges  accordes  aux  habitants  de  Tirlemont,  en  1 168. — Plus 
on  étudiera  l'état  politique  de  notre  pays  au  moyen -âge,  plus 
on  s'apercevra  que  les  anciennes  libertés  germaniques  n'y 
furent  jamais  totalement  éteintes.  Cette  idée  déjà  émise  par 
M.  Warnkœnig,  Histoire  de  la  Flandre  (II,  212  etpassim)  méri- 
terait sous  plus  d'un  rapport  d'être  développée.  Elle  conduirait 
sans  doute  à  faire  voir  que  depuis  quelque  tems  on  a  abusé  de 
l'expression  institution  des  Communes.  Plus  d'un  acte  cité 
comme  portant  institution  de  telle  ou  telle  commune,  n'est 
autre  cbose  que  l'élévation  d'une  rilla  au  rang  à' oppidum. 
Quant  aux  privilèges  accordés  pendant  les  XII. e  et  XIlI.e  siècles 
à  un  grand  nombre  de  nos  plus  anciennes  localités,  ce  ne  sont 
là  sans  doute  que  des  confirmations  écrites  de  libertés  dont  les 
habitants  jouissaient  déjà  antérieurement.  A  l'époque  que 
nous  venons  d'indiquer,  on  commençait  généralement  à 
rédiger  toutes  espèces  d'actes  par  écrit,  et  le  droit  ne  resta 
plus  entièrement  coutumier  comme  il  avait  été  jusqu'alors. 

La  pièce  suivante  que  nous  publions  d'après  le  Cartulaire 
B  (p.  10-4),  reposant  aux  archives  du  royaume  à  Bruxelles, 
nous  apprend  que  le  duc  Godefroi  III,  en  1 168,  n'y  fait  que 
confirmer  ce  qui  existait  depuis  un  temps  immémorial  (anti- 
que lihertati.i privileginm) ,  et  qui  avait  déjà  obtenu  la  sanction 


(  I5&  ) 

de  ses  prédécesseurs.  Ainsi  ce  n'est  plus  Vilvorde  qui  la  pre- 
mière de  nos  villes,  en  1192,  obtient  des  privilèges,  puisque 

<  Tirleraont  jouissait  déjà  de  quelques  libertés  écrites  à  une 
époque  plus  ancienne.  Au  reste,  dans  la  charte  accordée  à 
Vilvorde  parle  duc  Henri I.er,  nous  ne  voyons  que  l'élévation 
de  cette  villa  au  rang  de  ville. 

Godefridus,  Dei  gracia  dux  Lotharingie ,  tant  posteris  quant 
presentibus,  in  perpétuant  (i),  antique  libertatis  privilegium  a 
progenitoribus  nostris  Thienensis  opidi  burgensibus  collatmn , 
prout  eorum  ordinavit  dispositio,  presentis  cartule  innovamus 
testimonio.  Hoiunt  vero  singula  brevi  complectentes  conclusionc 
et  civilis  libertatis  legi,  ad  complacitum  eorum,  non  adver- 
santes ,  ut  ab  omni  injuriola  occasionc ,  omnique  exactione 
utpote  precaria  post  altirutrius,  viri  aut  uxoris,  obitum,  facul- 

|  tatis  divisione ,  securi  predecessorum  nostrorum  auctoritate 
perpétua  eos,  universis  exclusis  molestiis ,  vallumm  libert.itc. 
Testes  autem  horum  sunt  liberi  homines  :  Giselbertus  de  Landcn, 
Hcnricus,  Gcrardus,  Michael  fratres  de  Birbaico,  Rencrus 
Ruschebosch ,  Henricus  de  Woluwe,  Gerardus  Chotten,  Alexan- 
der  de  Ilelenchines  (2) ,  viinistcriales  ;  Amoldus  Dapifer,  Gosui- 

,  nus  de  Haverliis,  Amoldus  de  Veke,  Henricus,  Alardus,  Sigerus, 

1  Willelmus,  branco ,  fratres  de  Balte rshem;  Galterus  et  frater 
ejus  Pollaer  de  Wanbelne ,  et  quant  plures  alii.  Acta  sunt  hec 
dontinice  incarnationis  anno  millesimo  centesimo  sexagesimo 
octavo,  papa  Paschali  secundo  régnante,  Frederico  ÎSadusto 
Leodiensi  electo. 

Tombeau  de  la  famille  de  Liciitervelde  ,  a  Coolscamp,  district  de 
Thielt.  —  On  trouvait  naguère  dans  l'église  du  village  de 
Coolscamp,  district  de  Thielt,  des  pierres  sépulcrales  de  la 
famille  de  Lichtervelde,  sur  l'une  desquelles  étaient  sculptées 
en  haut-relief  la  figure  en  pied ,  de  Jacques  de  Lichtervelde , 


(i)  Le  texte  porte  imperpetuum. 

(2)  Il  y  a  daus  le  cartulaire  :  Alexander  Alexander  de  Helenchines. 
C'est  là  sans  doute  par  surabondance,  à  moins  qu'il  y  ait  eu  deux  difl'e- 
rents  Alexandres  et  que  le  copiste  ait  oublie  d'écrire  le  nom  du  premier. 


(   160  ) 

armée  de  pied  eu  cap  et  un  lion  couché  à  ses  pieds,  et  celle 
de  Marie  de  Tollenare,  son  épouse;  ces  pierres,  ornées  d'une 
inscription  gothique,  portaient  le  millésime  de  1371.  Sur  la 
seconde  pierre  était  représenté  Jacques  De  Lichtervelde , 
avec  la  date  de  1432.  En  1810  ou  1811,  ces  deux  pierres 
furent,  par  l'ordre  du  curé,  enlevées  de  l'église  et  placées 
contre  les  murs  extérieurs  ;  mais  son  successeur ,  nommé 
Van  den  Driessche ,  a  fait  disparaître  ces  pierres  du  lieu  où 
ils  se  trouvaient  récemment  pour  les  faire  servir  de  marche- 
pied devant  le  portail  de  l'église;  elles  y  sont  encore  actuel- 
lement, mais  on  n'aperçoit  que  la  face  brute  de  la  pierre, 
la  partie  sculptée  étant  cachée  en  terre.  Nous  ne  doutons  point 
que  lorsque  ces  faits  parviendront  à  la  connaissance  de  la 
commision  pour  la  conservation  des  monuments  nationaux, 
elle  ne  s'empresse  de  sauver  d'une  destruction  totale  ces  deux 
monuments  d'une  famille  illustre,  qui  joue  un  rôle  brillant 
dans  l'histoire  de  la  Flandre.  Des  débris  de  ces  monuments, 
mutilés  ainsi,  ont  été  conservés  par  M.  De  Jonghe,  proprié- 
taire à  Coolcamp,  dont  le  fils,  31.  De  Jonghe,  chef  de  bureau 
au  gouvernement  provincial  du  Brabant,  nous  a  bien  voulu 
communiquer  la  présente  note. 

Nécrologie.  —  Un  homme  que  son  admirable  modestie  n'avait 
pas  empêché  d'obtenir  l'une  des  plus  belles  réputationslittérai- 
res  de  l'Europe ,  a  terminé  sa  longue  et  honorable  carrière  :  la 
bibliothèque  royale  de  France  et  l'académie  des  inscriptions 
viennent  de  perdre  M.  VanPraet.  Cette  mort  produira  générale- 
ment une  impression  douloureuse  :  car  M.  Van  Praet,  par  les 
fonctions  qu'il  remplissait  depuis  si  longtemps,  mais  surtout  par 
la  précieuse  érudition  bibliographique  à  laquelle  chacun  ve- 
nait puiser,  comme  dans  une  commune  source,  avait  acquis  des 
droits  particuliers  à  la  reconnaissance  de  tous  les  écrivains  et 
de  tous  les  littérateurs.  Il  est  vrai  que  depuis  trois  ans  les  in- 
firmités d'un  grand  âge  ne  lui  permettaient  plus  de  parcourir 
les  studieuses  galeries  de  la  bibliothèque;  mais  de  la  chaise 
où  le  retenait  la  vieillesse,  il  lui  arrivait  encore  souvent  de 
se  rappeler  et  la  place,  et  la  destinée  et  le  véritable  titre  des 
livres.  Sa   mémoire  était  encore  au  public  d'un  important 


(  161   ) 

secours,  et  jusqu'au  dernier  moment  pour  ainsi  dire,  on  sen- 
tnit  tout  le  prix  de  ses  conseils  et  de  son  expérience.  D'ailleurs 
il  s'est  éteint  en  s'occupant  de  la  grande  idée  de  toute  sa  vie 
l'intérêt  de  sa  chère  Bibliothèque  royale.  Deux  jours  avant  sa 
mort,  il  lui  légua  la  plupart  des  beaux  livres  qu'il  ne  lui  avait 
pas  encore  donnés ,  et  dont  on  s'empressait  de  lui  faire  hom- 
mages de  toutes  les  parties  de  l'Europe.  Quant  aux  autres,  il  a 
voulu  qu'ils  fussent  envoyés  à  la  collection  publique  de  Bruges, 
sa  ville  natale  et  sa  dernière  maîtresse,  comme  il  aimait  à  la 
nommer.  On  sait  quelle  était  la  première. 

Aujourd'hui,  quand  tant  de  personnes  ont  sollicité  inutile- 
ment des  fonctions  à  la  Bibliothèque  du  roi,  on  peut  deman- 
der comment  M.  Van  Praet,  belge  d'origine,  était  parvenu  à  y 
entrer.  C'était  en  publiant  vers  l'année  1783,  la  célèbre  Notice 
des  Manuscrits  du  duc  de  La  V allier e ,  notice  qui  lui  attira  les 
grossières  injures  de  l'abbé  Rive,  mais  dont  le  mérite  incontes- 
table frappa  tous  ceux  qui  s'occupaient  en  France  de  la  vieille 
littérature  nationale  et  de  la  bibliographie.  Peu  de  temps 
après,  M.  Van  Praet  fut  attaché  au  cabinet  des  livres  imprimés 
de  la  Bibliothèque  du  roi,  avec  les  appointements  de  douze  cents 
francs.  Dès  lors,  étranger  au  mouvement  politique  des  esprits, 
aux  querelles  d'amour-propre  des  littérateurs  en  vogue,  il  com- 
mença dans  les  salles  de  l'hôtel  de  Richelieu,  ce  petit  voyage, 
que  pour  ainsi  dire  il  n'a  pas  discontinué  jusqu'en  1834. 

Durant  près  de  cinquante  ans,  il  est  sans  exemple,  je  crois, 
qu'on  n'ait  pas  trouvé  M.  Van  Praet  à  son  poste;  il  est  vrai 
qu'un  ne  le  voyait  guère  ailleurs.  Seulement  les  samedis, 
après  les  heures  publiques,  il  recevait  quelques  amis,  curieux 
érudits,  modestes  comme  lui;  mais  c'était  encore  dans  l'une 
des  salles  de  la  Bibliothèque,  car  il  n'aurait  pas  souffert  une 
amitié  qui  pût  nuire  au  sentiment  qui  le  dominait  toujours. 
Amiens  Plato ,  disait-il  souvent  en  souriant  à  M.  Parisot,  sed 
magis  arnica  hihliotheca. 

En  1795,  on  fit  pour  la  Bibliothèque  nationale  un  nouveau 
règlement;  on  supprima  les  titres  de  Bibliothécaires  et  de 
Gardes,  on  y  substitua  ceux  de  Conservateurs  et  à' Employés. 
M.  Van  Praet  fut  dès  lors  appelé  aux  fonctions  de  Conservateur; 
et  par  un  singulière  coïncidence,  la  durée  de  ce  règlement  fut 

ii 


(  162) 

la  même  que  l'exercice  des  fonctions  de  M.  Van  Praet.  Long- 
temps avant  1834,  plusieurs  réclamations  s'élevaient  bien 
contre  les  statuts  alors  en  vigueur;  mais  il  faut  dire  que  la 
longue  expérience  de  M.  Van  Praet  suppléait  à  l'absence  d'une 
foule  de  dispositions  importantes;  et  puis  M.  Van  Praet  crai- 
gnait toujours,  et  peut-être  un  peu  trop,  qu'on  ne  lui  gâtât  sa 
bibliothèque,  comme  ce  Parisien  qui,  revoyant  les  quais  du 
Louvre  et  de  la  Grève  après  une  longue  absence,  se  plaignait 
qu'on  lui  eût  gâté  sa  rivière. 

M.  Van  Praet  a  publié  beaucoup  de  volumes,  tous  consultés 
avec  fruit  et  tous  forts  recherchés.  Comme  on  le  pense  bien, 
ils  se  rapportaient  tous  à  l'établissement  pour  lequel  il  avait 
été  mis  au  monde.  Les  Manuscrits  du  duc  de  la  Vallière,  le  seul 
ouvrage  qu'il  eût  fait  avant  d'y  être  attaché,  furent  eux-mêmes 
acquis  par  la  bibliothèque  du  roi,  dont  ils  sont  le  plus  brillant 
ornement.  Le  catalogue  des  livres  de  la  bibliothèque  du  roi,  im- 
primé sur  vélin,  est  devenu  aussi  indispensable  aux  collecteurs 
de  ce  genre  de  raretés  bibliographiques ,  quel 'est  aux  numisma- 
tes le  livre  de  son  autre  savant  et  modeste  confrère  M.  Mionnet. 

Puis,  M.  Van  Praet  a  fait  encore  l'histoire  du  seigneur  de  la 
Gruthuyse ,  qui  avait  trois  grands  droits  à  sa  bienveillance 
particulière:  il  était  de  Bruges;  il  était  grand  amateur  de 
beaux  manuscrits,  et  ces  manuscrits  appartenaient  à  la  biblio- 
thèque du  roi.  Citons  encore  le  Catalogue  des  livres  imprimés  an 
quinzième  siècle  par  Colard  Mansion,  de  Bruges;  enfin,  son  der- 
nier ouvrage  est  le  Catalogue  des  livres  de  l'ancienne  bibliothè- 
que de  Charles  V,  roi  de  Fiance,  travail  précieux ,  auquel  M. Van 
Praet  n'aurait  pas  eu  le  temps  de  donner  la  dernière  main, 
sans  la  collaboration  d'un  employé  delà  bibliothèque, M.  Foizy. 

L'illustre  secrétaire  de  l'Académie  des  Inscriptions  ne  man- 
quera pas  de  rappeler,  dans  l'éloge  de  M.  Van  Praet,  tout  ce 
que  la  France  lui  doit  de  reconnaissance  pour  les  expédients 
ingénieux  et  multipliés  qu'il  sut  trouver  en  1815,  afin  de 
soustraire  aux  réclamations  des  puissances  alliées  la  connais- 
sance d'une  foule  de  précieuses  conquêtes  bibliographiques 
derniers  souvenirs  de  nos  conquêtes  territoriales.  Qu'il  me 
soit  seulement  permis  de  terminer  cet  article  en  rappelant  ce 
que  j'eus  le  bonheur  d'écrire  il  y  a  quelques  mois,  je  dis  le  bon- 


(  163  ) 

heur,  car  ces  lignes,  expression  d'un  affectueux  respect,  furent 
mises  sous  les  yeux  de  M.  Van  Praet,  et  lui  causèrent  encore 
une  sorte  de  plaisir. 

«  Un  nom  cher  à  tous  les  hommes  d'étude  est  celui  de  M.  Van 
«Praet;  vieillard  vénérable  dont  tous  les  vœux,  tous  les  senti- 
»  ments  n'ont  pas  un  moment  cessé  d'avoir  pour  centre  la  bi- 
«bliothèque  du  roi,  et  dont  on  devrait  par  reconnaissance, 
•  placer  le  buste  auprès  des  plus  rares  éditions  du  quinzième 
»  siècle  et  des  plus  beaux  manuscrits  du  moyen-âge.  Cependant 
»le  respectable  antiquaire  ne  borna  pas  son  affection  aux 
»  éditions  du  quinzième  siècle  et  aux  exemplaires  sur  peau  de 
»  vélin  qu'il  nous  a  si  bien  fait  connaître  :  tout  ce  qu'il  y  a  de 
«précieux  dans  les  vastes  domaines  de  la  bibliographie,  a  par 
»  cela  seul  eu  droit  à  son  attention  et  reste,  encore  aujourd'hui, 
»  l'objet  de  ses  plus  chères  études.  Quand  on  songe  à  tous  les 
»  travaux  de  cet  homme  de  bien ,  on  ne  peut  s'empêcher  de 
»  penser  qu'il  avait  été,  de  toute  éternité,  destiné  aux  fonctions 
«qu'il  remplit  depuis  cinquante  ans,  et  qu'il  est  véritablement 
»  bibliothécaire  par  la  grâce  de  Dieu.  »  P.  Paris. 

Nécrologie. — Françoise-Jeanne  Ridderboscit. — La  ville  deGand 
vient  de  perdre  une  artiste,  qui,  si  elle  ne  brilla  pas  au  pre- 
mier rang,  n'en  a  pas  moins  mérité  une  certaine  réputation 
à  cause  du  genre  peu  cultivé  aujourd'hui,  Fart  de  dessiner  à 
la  plume,  dans  lequel  elle  se  distingua  d'une  manière  tout-à- 
fait  particulière.  Françoise-Jeanne  Ridderbosch  naquit  à  Gand, 
le  2  octobre  1754.  Dès  l'âge  le  plus  tendre,  elle  s'adonna  à  la 
peinture  et  au  dessin,  et  sans  autre  maître  qu'elle-même, 
elle  fit  des  progrès  très-remarquables.  Ses  productions  furent 
bientôt  recherchées  avec  avidité,  et  depuis  1792  jusqu'en  1832, 
elle  ne  cessa  d'embellir  de  ses  dessins  les  salons  d'exposition 
de  Gand  (1).  Aussi  la  Société  royale  des  Beaux-Arts  de  Gand 

(i)  Les  ouvrages  de  M.Ile  Ridderbosch  se  trouvent  portés  aux  diffé- 
rents catalogues  sous  lesN.03  suivants:En  1792,  sous  les  N.03  i3-22,  52; 
en  1796,  sous  le  N.°  5;  en  1804,  sous  les  N.os  5o-53;  en  1810,  sous  les 
N.03  47"-Î9  >  en  1812,  sous  les  N.U3  3g~4o  et  106;  en  1817,  sous  les 
N.os  197-199,  en  1820,  sous  les  N.os  3o8-3i2;  en  1822,  sous  le 
N."  104 ;  en  1823,  sous  les  N.os  280-287  ;  en  1826,  scus  le  N."  ai. 


(  164  ) 

s'ëtaiït-elle  empressée  de  compter  M. 1,e  Ridderbosch  au  nombre 
de  ses  membres.  Le  nombre  des  ouvrages  de  cette  artiste  s'é- 
lèvent au-delà  de  trois  cents.  Plusieurs  personnes  de  distinction, 
parmi  lesquelles  on  compte  S.  A.  royale,  le  prince  Charles  de 
Lorraine,  les  ducs  d'Aremberg  et  d'Ursel,  le  baron  Van  der 
Linden,  lui  firent  des  commandes.  On  cite  surtout  un  dessin  allé" 
gorique  exposé  àGand,  en  1803,  et  acheté  par  M.me  Bonaparte 
au  prix  de  2000  fr.  Cette  pièce  représentait  le  portrait  de 
Napoléon ,  alors  premier  consul ,  dans  un  médaillon  soutenu 
par  la  Renommée,  à  laquelle  la  Religion  applaudit,  tandis  que 
la  Sagesse,  sous  la  figure  de  Minerve,  relève  la  Justice  renver- 
sée. Naguères  encore,  S.  M.  la  reine  des  Belges  paya  une 
Madone  2S0  fr. 

M."0  Ridderbosch  cultivant  un  genre  peu  goûté  aujourd'hui, 
fut  loin  de  se  trouver  heureuse  au  bout  de  sa  carrière.  Affai- 
blie par  l'âge  qui  ne  lui  permit  plus  de  travailler,  et  atteinte 
depuis  quelque  temps  d'une  maladie  mentale,  elle  finit  ses 
jours  daus  un  établissement  de  charité  le  27  février  1837. 

Sïnodicon  Belgicum.  —  On  sait  que  M.  l'abbé  De  Ram,  recteur 
de  l'université  de  Louvain,  s'occupe  depuis  long-temps  de 
la  publication  de  nos  synodes  nationaux.  Feu  M.r  J.  F.  Van 
de  Velde  avait  recueilli  en  partie  les  documents  que  M.  De 
Ram  communique  aujourd'hui  au  public;  mais  celui-ci  ne  se 
borne  pas  à  éditer  les  matériaux  rassemblés  par  M.  Van  de 
Velde  :  de  nombreuses  recherches  dans  les  bibliothèques  et 
les  archives  l'ont  mis  à  même  de  rendre  la  collection  plus 
complète  et  plus  intéressante.  On  sait  que  deux  volumes,  con- 
tenant les  synodes  de  Y  archevêché  de  Matines,  ont  paru  il  y  a 
déjà  quelques  années;  le  public  avait  vu  avec  regret  que  la 
suite  se  faisait  si  long- temps  attendre.  Aujourd'hui  nous  pou- 
vons assurer  que  l'impression  du  troisième  volume ,  qui  doit 
renfermer  les  synodes  des  évêchés  de  G-and  et  d'Anvers ,  est  i 
déjà  assez  avancée  et  qu'il  ne  tardera  pas  à  paraître. 

Nous  reviendrons  encore  sur  cette  publication ,  ainsi  que  j 
sur   une  autre  que  M.  De  Ram  a  promise  depuis  quelques 
années  et  qui  serait  de  la  plus  haute  importance  pour  l'his- 
toire ecclésiastique  de  la  Belgique.  Nous  voulons  parler  de  la  } 
Betgica  christiana. 


(  165) 

Le  Tombeau  de  la  comtesse  Alix.  —  MM.  les  membres  de  la 
fabrique  de  Ste-Waudru  de  Mons  viennent  de  faire  replacer 
dans  cette  église,  le  sarcophage  de  comtesse  Alix,  épouse  de 
Bauduin  l'Edificateur,  comte  de  Hainaut.  Ils  ont  fait  placer 
sur  le  socle  cette  inscription  : 

HOC   MONUMENTUM 

.ÏL1DIS   COMITlSSiE 

ANNO    M.   DCC.    XCVI1I 

IMPIETATE   DIRUTUM 

Hl'JUS   ECCLESLE   CURATORES 

REST1TUERE 

M.    DCCC.    XXXVI. 

«  La  comtesse  Alisa  mourut  en  la  ville  de  Valenciennes 
d'une  maladie  causée  de  tristesse  qu'elle  conceu  en  entendant 
que  le  comte  Bauduin  son  mary  se  soit  rompu  la  cuisse  en 
tombant  des  hourdements  de  la  salle  de  Valenciennes,  qu'il 
faisoit  bastir.  Son  corps  fut  inhumé  en  leglise  de  Sainte-Wal- 
trude  du  dit  Mons,  dedans  un  tombeau  de  marbre  noir  cou- 
vert d'une  porphyre,  que  l'on  void  encore  de  présent  en  son 
(sic)  en  lacarolle  du  chœur  de  ladite  église.  Avec  son  corps 
fut  mis  un  certain  épitaphe,  gravé  en  lame  de  plomb  quon  at 
depuis  trouvé  à  louverture  dudit  tombeau,  et  est  tel  : 

Me  ligat  ad  lapidera  comilissam  mors  Aelidem 

Qui  legisadde  ûdem,  cras  tibi  fiel  idem. 
Quid  mihi  formose  dat  forma  genus  generose 

Quid  mihi  formose  forma  nitorque  rose. 
Fama  tepet  generi ,  dolor  est  speciem  removeri  ; 

Sicque  dalur  fieri  non  hodie  quod  heri. 
Finis  adest  juiio ,  cùm  nulla  det  altéra  ,  fio, 

Matris  humi  gremio  more  locato  pio  , 
Sanctis  cognota  namucensi  stemmate  nota. 

Sancta  frequens  fata  plaudo  metendo  sala. 
Quisquis  ades  tecum  volvas  quod  nunc  traho  mecum 

Dùm  potes  est  œquum  te  dare  verba  precum.  » 

Cette  épitaphe  gravée  sur  une  lame  de  plomb,  et  insérée 
dans  le  tombeau  selon  l'usage  d'alors,  est,  à  quelques  diffé- 
rences près ,  la  môme  que  celle  qui  je  trouve  sur  le  sarco- 
phage que  nous  possédons.  Elle  contient  les  quatre  derniers 
vers  qu'aucun  auteur  n'avait  donnés,  par  la  raison  qu'étant 
nscrits  sur  la  base  du  tombeau  scellée  dans  le  mur,  il  était 
evenu  impossible  de  les  lire.  M.  Delmotte  est  le  premier  qui 


* 


(   166  ) 

les  ai  fait  connaître  dans  un  article  sur  cette  épitaphe ,  publié 
par  les  archives  de  Valenciennes.  Dans  ce  même  article, 
M.  A.  Dinaux  a  donné  en  note  la  traduction  suivante  de  cette 
singulière  composition ,  en  vers  léonins ,  parfois  aussi  entor- 
tillée qu'un  logogriphe  : 

«  La  mort  tient  sous  cette  pierre  la  comtesse  Alix.  Passant, 
crois-moi,  demain  même  sort  t'attend.  A  quoi  me  servent 
maintenant  la  renommée,  la  noblesse ,  l'éclat  de  la  beauté,  la 
blancheur  de  la  rose!  ici  l'illustration  est  bien  froide,  et  la 
beauté,  hélas!  n'habite  point  ce  lieu  :  c'est  ainsi  que  la  veille 
ne  peut  renaître  le  lendemain. 

»  Le  mois  de  juillet  expire  au  moment  où  la  mort  m'anéan- 
tit ou  me  métamorphose,  et  lorsqu'un  pieux  usage  me  fait  ren- 
trer dans  le  sein  de  la  terre ,  notre  mère  commune. 

»  1169  de  l'incarnation. 

»  Issue  de  la  noble  famille  de  Namur ,  qui  était  unie  par  le 
sang  à  de  saints  personnages,  ayant  obéi  à  des  destinées  sa- 
crées, j'en  recueille  avec  joie  le  fruit. 

»  Qui  que  tu  sois,  encore  que  tu  portes  avec  toi  les  mêmes 
grâces  méritoires  qui  m'accompagnent ,  n'oublie  pas ,  tandis 
que  tu  le  peux,  d'acquitter  ton  juste  tribut  de  prières.  » 

Le  tombeau  de  la  comtesse  Alix,  placé  d'abord  dans  l'an- 
cienne église,  devant  l'autel  de  la  chapelle  de  Saint-Jean- 
Baptiste  ,  fut  transporté ,  lors  de  la  construction  de  l'église  ac- 
tuelle, dans  le  bas-côté  à  gauche  du  chœur,  en  face  de  la 
chapelle  de  Saint-Joseph,  c'est-à-dire  entre  le  premier  et  le 
second  piliers.  Il  se  composait  d'une  base  ou  socle  de  marbre 
noir,  qu'on  n'a  plus,  recouvert  d'un  sarcophage  de  porphyre 
ou  plutôt  de  granit  des  Vosges ,  dont  la  forme  est  un  carré 
long,  plus  étroit  à  l'une  de  ses  extrémités,  surmonté  d'une 
croix  en  arête,  qui  figure  assez  bien  le  toit  d'une  église.  Cette 
pierre  a  1  mètre  90  centimètres  de  longueur,  0,71  centimètres 
de  largeur  à  la  tète,  et  0,-47  aux  pieds.  C'est  le  plus  ancien 
monument  et  un  des  plus  curieux  de  notre  ville  (1). 


(1)  Cet  article  est  emprunte  à  la  Revue  de  Mons. 


(  167  ) 

Société  des  Antiquaires  de  la  Morinie,  a  Saint-O.mer.  — La  société 
vient  de  mettre  au  concours  les  questions  suivantes  : 

Pour  l'année  1837.  1.°  Quelles  ont  été  et  quelles  sont 
encore,  pour  les  peuples  des  anciens  comtés  de  Flandre  et 
d'Artois,  les  conséquences  de  la  domination  espagnole? 

2.°  Tracer  l'historique  de  rétablissement  du  christianisme 
dans  la  Morinie;  faire  connaître  l'époque  où  l'idolâtrie  en  fut 
définitivement  expulsée  ;  étayer  son  opinion  de  la  conversion 
en  oratoires  chrétiens  des  édifices  du  paganisme  construits 
par  les  Romains? 

Les  mémoires  qui  seront  présentés  à  la  société  pour  1837, 
devront  pour  être  admis  au  concours ,  être  adressés  à  M.  L.  De 
Givenchy,  secrétaire  de  la  société,  à  St.-Oraer,  franc  de  port, 
avant  le  30  octobre  prochain,  terme  de  rigueur.  Ils  ne  doi- 
vent point  être  signés  et  porteront  en  tête  une  épigraphe  ou 
sentence,  qui  sera  répétée  à  la  suscriptiond'un  billet  cacheté, 
lequel  contiendra  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur.  Ce  billet  ne 
sera  ouvert  que  dans  le  cas  où  le  mémoire  aurait  été  jugé 
digne  d'un  prix  ou  d'une  mention  honorable;  sinon  il  sera 
brûlé  publiquement,  séance  tenante. 

Il  sera  décerné  une  médaille  d'or,  du  prix  de  300  francs 
au  meilleur  mémoire  sur  la  première  question,  et  une  de 
200  francs,  au  meilleur  mémoire  sur  la  seconde. 

Pour  l'année  1838.  1.°  Rechercher  et  décrire  l'influence 
que  Suger,  né  à  St.-Omer,  ministre  des  rois  Louis  VI  et 
Louis  VII,  a  exercée  sur  son  siècle,  comme  homme  d'état? 

2.°  Rechercher  et  décrire  les  établissements  militaires,  dé- 
signés dans  le  temps  sous  les  noms  m an siones  et  castra  stativa, 
fondés  par  les  Romains,  près  des  voies  qu'ils  avaient  con- 
struites dans  la  Morinie,  en  prenant  Terrouanne  comme  point 
central  de  départ  ;  faire  ressortir  le  système  de  domination 
qui  les  a  guidés  dans  ces  travaux  de  communication  et  de 
défense? 

Les  mémoires  en  réponse  à  ces  deux  questions  doivent  être 
adressées  à  M.  L.  De  Givenchy,  avant  le    l.er  octobre  1838» 

Médaille  d'or,  de  300  francs  pour  la  première  question, 
et  de  200  pour  la  seconde. 


(  168) 

Association  lilloise  pour  l'encouragement  des  lettres  et  des  arts 
dans  le  département  du  Nord.  —  Afin  que  l'on  connaisse  plus 
particulièrement  le  but  que  cette  société  se  propose,  nous 
transcrivons  ici  une  partie  du  prospectus  qu'elle  vient  de 
publier  : 

■  Le  but  de  la  société  est  indiqué  d'une  manière  générale 
dans  la  dénomination  qu'elle  a  prise  :  nous  allons  le  pré- 
senter plus  explicitement  en  développant  les  motifs  de  sa 
formation. 

»  C'est  un  fait  inconstestable  que  jamais  époque  ne  fut,  plus 
que  la  nôtre,  féconde  en  jeunes  hommes  de  bonne  volonté, 
pleins  d'inspiration  et  de  talent,  désireux  surtout  de  suivre 
la  voix  régénératrice  du  sentiment  religieux,  qui  est  celle  du 
beau,  et  de  conquérir,  les  œuvres  à  la  main,  la  place  d'hon» 
neur  que  tout  littérateur,  tout  artiste,  honnête  homme,  doit 
tenir  dans  l'ordre  social. 

•  Mais  isolés,  sans  appui  réel,  éloignés  du  grand  air  de  la 
publicité,  qui  fait  vivre;  privés  d'émulation,  quand  leur  essor 
les  élève,  ou  de  guide,  lorsqu'il  les  égare,  ils  marchent 
quelque  temps,  mais  d'une  marche  indécise,  et  tombent 
bientôt,  trop  faibles  pour  fournir  leur  carrière  :  ou  bien,  on 
les  voit,  dénués  de  toutes  ressources,  expatriés  pour  ainsi 
dire  de  cette  commune  société,  où  les  attendait  un  rang  dis- 
tingué; on  les  voit  lutter  en  vain  contre  l'implacable  néces- 
sité; puis,  se  laissant  aller  au  découragement,  précurseur  du 
suicide  moral,  lacérer  leurs  pages  ou  briser  leurs  pinceaux. 

»  Or,  si  comprenant  cette  position  de  l'artiste,  une  association 
se  forme,  offrant  à  ceux  qui  marchent  ferme,  l'encourage- 
ment des  éloges;  à  ceux  qui  trébuchent,  l'appui  des  meilleur! 
conseils;  à  ceux  qui  manquent  de  tout,  des  ressources  hono- 
rables; à  tous  enfin,  un  public  impartial,  une  bienveillance 
désintéressée,  une  direction  sage  et  religieuse,  en  un  mot 
éminemment  sociale;  alors  une  telle  institution  ferme  une  d( 
nos  plaies  les  plus  profondes,  remplit  les  vœux  de  tous,  e 
mérite  également  bien  de  la  patrie  et  des  arts.  » 


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(  170) 

originaux,  qui  a  complété  tout  ce  que  la  première  pou- 
vait avoir  de  défectueux.  Toutefois,  nous  avons  cru  néces- 
saire de  joindre  à  la  publication  du  premier  mémoire  le 
portrait  de  J.  J.  Raepsaet,  exécuté  au  burin  d'après  un 
tableau  d'une  ressemblance  parfaite  :  c'eût  été  une  perte 
pour  la  postérité  de  ne  pas  lui  avoir  transmis  les  traits 
fidèles  d'un  savant  qui  a  fait  tant  d'honneur  à  la  Belgique, 
et  dont  l'opinion,  en  matière  d'histoire,  est  regardée 
comme  toute  puissante. 

Le  détail  des  divers  mémoires  qui  précède  la  première 
publication,  nous  a  été  fourni  par  M. le  chanoine  Raepsaet  : 
ce  détail  est  précieux,  en  ce  qu'il  est  accompagné  de  plu- 
sieurs extraits  puisés  dans  les  mémoires  politiques  de  son 
père  et  qui  sont  tout-à-fait  caractéristiques  :  ils  forment 
un  complément  exact  et  positif  à  la  biographie  de  J.  J. 
Raepsaet.  Cependant,  il  faut  l'observer,  d'autres  richesses 
littéraires  et  scientifiques  se  trouvent  encore  enfouies 
dans  la  correspondance  de  Raepsaet  avec  diverses  aca- 
démies ,  etc. ,  et  une  foule  de  savants  :  correspondance 
dont  il  a  tenu  copie.  Jusqu'ici  le  triage  n'en  a  pas  encore 
pu  être  fait;  toutes  les  questions  intéressantes  qui  y  sont 
traitées ,  seront  livrées  au  public.  Non-seulement  on  pu- 
bliera tout  ce  qui  est  inédit  concernant  l'histoire,  mais 
on  réimprimera  les  mémoires  et  dissertations  imprimés 
dans  des  collections  d'ouvrages  se  trouvant  peu  dans  le 
commerce. 


(  ni  ) 

£i$le  ïjcs  iUénwirea  l)i$toriquc$  et  p&Mqm 

DE   M.  J.  J,  RA.EPSAKT. 


:î3£-&i 


N.#  1.  Sur  la  langue  wallonne  qu'on  parle  dans  quel- 
ques villages  du  pays  d'Alost. 

(Mémoire  rédigé  en  1807,  à  la  demande  de  M.  Faipoult, 
préfet  du  département  de  l'Escaut.) 

N.°  2.  Sur  les  anciennes  Milices  nationales  belges. 

N.°  3.  Sur  les  31onuments  encore  existants  dans  le  dépar- 
tement de  l'Escaut. 

N.°  4.  Sur  la  Joyeuse  Entrée  du  Brabant. 

N.°  5.  Sur  la  prétendue  Dea  Sandrodif/a. 

N.°  6.  Sur  l'origine  des  Chambres  de  Rhétorique. 

N.°  7.  Sur  un  ancien  Bocal  trouvé  en  Hollande. 

N.°  8.  Dissertation  historique  et  juridique  sur  la  légis- 
lation et  la  jurisprudence  post-révolutionnaire. 

N.°  9.  Sur  l'organisation  des  Régences  des  villes  de  la 
Flandre. 

N.°  10.  Sur  l'alignement  à  donner  à  la  nouvelle  chaus- 
sée de  Bruxelles  à  Audenarde. 

N°.  11.  Sur  le  rétablissement  du  Ciersv  régulier,  en  1814, 

N.°  12.  Pour  le  rétablissement  de  l'abbaye  de  Groenin- 
ghen. 

N°.  13.  Sur  les  années  de  grandes  pluies,  depuis  l'an- 
née 1097. 

N.°  14.  Sur  la  fête  des  Foux. 


(  172) 

N.°  15.  Dissertation  sur  les  Poorteryen ,  présentée  à  la 
Société  de  Leyde  en  1820,  —  avec  des  notes  posthumes. 

N.°  16.  Notes  pour  servir  à  l'histoire  de  la  ville  d'Au- 
denarde. 

N.°  17.  Mémoire  et  précis  sur  la  Dea  Nehallennia. 

N.°  18.  Observations  sur  le  rapport  de  M.  Dewez,  con- 
cernant les  antiques  trouvées  à  Alt-Trier. 

N.°  19.  Sur  l'institution  et  la  compétence  des  Parlements 
de  Malines,  Conseil  de  Brabant,  Conseil  de  Flandres  et 
autres  Conseils  supérieurs  des  Pays-Bas. 

N.°  20.  Note  sur  l'antiquité  du  mal  Vénérien. 

N.°  21.  3.me  Mémoire  académique  sur  la  législation  des 
Gaules,  traitant  de  la  Lex  Mundana,  Salica  et  Ripuaria. 

N.°  22.  Extrait  de  la  Chronique  MS.  du  baron  de  Neve. 

N.°  23.  Observations  critiques  sur  le  Tableau  représen- 
tant la  fondation  de  la  principauté  d"0range  en  793. 

N.°  24.  Fastes  de  la  Révolution  belgique  des  années 
1787  à  1794. 

N.°  25.  Bemerkingen  t'samen  gesteld,  teri  versoeke  van 
S.  E.  de  Minister  van  Justitie ,  op  eenen  overouden  koste- 
lyken  drinck-beker  nieuwebncks  ontdeckt  in  Holland. 

N.°  26.  Rapport  de  l'Académie  de  Bruxelles  sur  les  mé- 
moires concernant  l'origine  des  corps  de  métiers. 

N.°  27.  Opinion  sur  les  mots,  Croce,  Nette  et  Exerar- 
din,  dans  une  satire  inédite  du  XIV. e  siècle. 

N.°  28.  Dissertation  en  réponse  à  une  dissertation  de 
Judiciis  Drenthinorum  antiquis }  que  m'avait  envoyée  le 
professeur  van  Eerde ,  de  l'université  de  Groningue. 

N.°  29.  Anecdote  sur  l'origine  et  la  nature  du  Carnaval. 

N.°  30.  Mon  rapport  au  prince  souverain  sur  la  politique 
et  l'administration  du  royaume,  —  du23  septembre  1814. 

Dans  les  mémoires  de  M.  Raepsaet  on  trouve  l'origine 
et  la  cause  de  ce  rapport.  Voici  ce  qu'il  en  a  écrit  lui- 
même  : 


(  173  ) 

«  Quoique  décidé  à  ne  plus  rentrer  dans  la  charge  des 
emplois  publics ,  à  cause  de  son  âge  et  du  dégoût  qu'ils 
lui  inspiraient,  depuis  les  malheurs  et  les  persécutions 
qu'il  en  avait  soufferts  depuis  1787,  et  surtout  à  cause  de 
l'ingratitude  dont  le  peuple  récompense  ses  défenseurs, 
Raepsaet  cependant  voulut  être  encore ,  en  secret,  utile  à  sa 
patrie:  il  se  persuadait  qu'il  pouvait  l'être  auprès  du  prince 
d'Orange,  depuis  les  proclamations  flatteuses  qui  parurent 
de  sa  part. 

»  Il  fut  vivement  sollicité  par  toutes  les  classes  de  patrio- 
tes de  se  présenter  à  la  cour  pour  offrir  ses  hommages  au 
prince  et  pour  se  faire  connaître  ;  mais  il  voulut  d'autant 
moins  y  consentir  qu'il  savait,  sous  main,  que  le  parti 
des  libéraux ,  qui  y  prédominait,  l'avait  dépeint  au  prince 
et  à  son  conseiller  intime  M.  Falck ,  comme  un  homme 
inflexible  sur  tout  changement  à  porter  à  l'ancienne 
constitution.  11  tenait  cela  de  son  ami  le  curé  De  Bast, 
chanoine  de  S.'-Bavon,  chez  lequel  Falck  allait  faire  quel- 
que fois  visite ,  quand  il  venait  à  Gand. 

»  Informé  plus  tard  que  le  Congrès  de  Vienne  avait 
donné  les  Pays-Bas  au  prince  d'Orange,  et  voulant  sauver  les 
droits  de  sa  patrie ,  il  composa  et  fit  imprimer  chez  Sta- 
pleaux  à  Bruxelles ,  son  Mémoire  sur  les  Inaugurations  des 
Princes  belges,  dans  lequel,  sans  traiter  ostensiblement 
la  question ,  il  démontra ,  qu'un  souverain  ne  peut  l'être 
légitimement  des  Pays-Bas,  sans  être  agréé  par  la  Nation; 
qu'il  était  donc  de  son  intérêt  de  consacrer  ainsi  son 
titre,  tant  envers  les  Belges,  qu'envers  les  puissances 
étrangères. 

»  Les  journaux  ne  tardèrent  pas  de  s'épuiser  en  éloges 
sur  cet  ouvrage,  puisque  le  souvenir  de  l'origine  et  de 
l'engagement  de  nos  Inaugurations  était  perdu ,  et  que  tous 
les  amis  de  la  patrie  y  découvraient  assez  quel  en  avait 
été  le  but  secret,  qui  était  de  stipuler  le  maintien  de 


(  174  ) 

notre  constitution  dans  l'acte  d'acceptation  du  nouveau 
souverain, 

*  Pour  donner  de  l'appui  à  ce  mémoire,  au  milieu  de 
l'apathie  inconcevable  de  toutes  les  provinces,  le  Brabant 
excepté,  Raepsaet  écrivit  un  mémoire  anonyme  sous  le 
litre  d' Observations  d'un  Belge  sur'  le  sort  éventuel  des 
Pays-Bas  Autrichiens ,  pour  servir  de  canevas  à  un  autre 
à  présenter  aux  puissances  alliées,  dans  lequel  il  dé- 
montre juridiquement  l'injustice  et  l'impolitique  qu'il  y 
aurait  à  atténuer  l'ancienne  constitution,  sans  le  consente- 
ment des  Etats,  et  combien  notre  système  de  gouverne- 
ment et  d'administration  était  supérieur  à  celui  des  Fran- 
çais, qu'onsemblait  vouloir  maintenir,  quoiqu'il  eût  ruiné 
la  France» 

»  Il  fit  remettre  secrètement  des  exemplaires  du  Mémoire 
sur  les  Inaugurations,  à  lord  Castelreagh ,  ministre  d'An- 
gleterre, au  corps  législatif  de  France  et  à  M.  de  Talleyrand, 
premier  ministre ,  ainsi  qu'aux  ambassadeurs  américains, 
qui  étaient  alors  à  Gand  pour  traiter  de  la  paix  avec  l'An- 
gleterre. 

»  Quant  au  mémoire  anonyme,  il  y  avait  joint  des  ins- 
tructions pour  obtenir  la  procuration  de  toutes  les  provin- 
ces belgiques  ;  il  l'avait  confié  à  l'avocat  Audoor,  à  Bruxelles, 
pour  le  remettre  à  M.  Drughman,  ancien  conseiller  pen- 
sionnaire de  la  ville  de  Bruxelles  et  conseil  des  doyens 
et  syndics;  mais  31.  Audoor,  au  lieu  de  remplir  son  mandat , 
le  laissa  lire,  par  une  confiance  indiscrète,  au  baron  Van 
de  Capellen,  qui  le  remit  au  prince  d'Orange,  qui  l'a  tenu 
et  le  tient  encore. 

»  C'est  à  cette  occasion,  ou  peut-être  par  un  motif  plus 
sincère,  que  le  prince  d'Orange  fit  inviter  Raepsaet,  par 
lettre  du  baron  Van  de  Capellen  du  20  août  1814,  de  se 
rendre  à  Bruxelles  pour  une  entrevue. 

»  Après  un  entretien  d'environ  deux  heures  et  demie  sur 


(  175  ) 

la  situation  politique  du  pays,  et  dans  lequel  Raepsaet 
s'était  expliqué  franchement,  Van  de  Capellen  lui  dit  qu'il 
ne  pouvait  quitter  Bruxelles,  parce  que  le  prince  désirait 
s'entretenir  avec  lui. 

»  En  effet ,  le  prince  revint  le  lendemain  du  château  de 
Laeken,  et  Raepsaet  eut  l'honneur  d'avoir  une  audience 
qui  dura  sept  quarts  d'heure. 

»  Le  prince  commença  par  lui  témoigner  le  désir  de  le 
nommer  conseiller  d'état,  mais  Raepsaet  s'en  excusa  sur  la 
résolution  qu'il  avait  prise  de  ne  plus  rentrer  en  place, 
comme  il  l'avait  dit  au  baron  Van  de  Capellen  •  et  sur  ce 
que  le  prince  eut  la  bonté  de  lui  observer,  qu'on  n'est  jamais 
trop  âgé ,  pour  être  utile  à  sa  patrie }  Raepsaet  répondit  : 
ni  à  son  prince  ;  mais,  ajouta-t-il ,  si  V.  A.  R.  croit  que  mes 
services  pourraient  être  utiles ,  je  puis  m'engager  à  en  ren- 
dre sans  entrer  en  place  ;  c'est  ainsi ,  qu'en  refusant  la  place 
de  conseiller  du  conseil  privé  que  mon  souverain  l'empe- 
reur François  II  m'avait  conférée ,  de  son  propre  mouve- 
ment en  1793,  je  n'ai  pas  cessé  de  rendre  au  prince  Charles 
et  à  M.  de  Metternich,  ministre  des  Pays-Bas ,  tous  les  servi- 
ces qu'ils  ont  exigés  de  moi.  En  ce  cas-là ,  reprit  le  prince , 
nous  sommes  d'accord ,  puisque  vous  me  promettez  la 
même  chose. 

»  Après  quoi  le  prince  lui  confia,  sous  le  secret,  que 
l'union  de  notre  pays  avec  la  Hollande ,  ainsi  que  sa  nomi- 
nation de  roi  de  ce  nouveau  royaume ,  étaient  résolues  ;  il 
consulta  Raepsaet  sur  les  moyens  de  consolider  cette  union 
sous  une  constitution  commune,  sur  le  système  du  gou- 
vernement et  sur  celui  de  l'administration. 

»  Avant  de  répondre  et  d'entrer  en  matière,  Raepsaet 
lui  demanda  s'il  lui  était  permis  de  parler  franchement? 
S'il  faut,  dit-il,  que  je  parle  en  courtisan,  il  m'est  facile, 
quoiqu'il  m'en  coûte,  Monseigneur,  de  répondre  en  termes 
vagues,  complimeiitateuvs  et  avec  réticence,  suivant  l'u- 


(  176  ) 

sage  de  la  cour;  mais  si  je  puis  être  franc  et  loyal,  je  dirai 
à  V.  A.  R.  des  vérités ,  qu'elle  n'est  pas  accoutumée  d'en- 
tendre, parce  que  sur  cent  personnes,  qui  ont  l'honneur 
de  l'approcher ,  presque  toutes  ont  communément  à  de- 
mander, et  moi  je  ne  demande  ni  ne  veux  rien.  —  Ce  sont 
des  gens  comme  ceux-là ,  reprit  le  prince ,  dont  j'ai  besoin 
et  que  j'aime. 

»  La  conférence  roula  sur  les  principales  branches  du 
gouvernement  et  de  l'administration,  ainsi  que  sur  la  cons- 
titution, sur  plusieurs  points  de  laquelle  l'opinion  du 
prince  n'était  pas  conforme  à  celle  de  Raepsaet  ;  cependant 
le  prince  ne  tint  pas  opiniâtrement  à  la  sienne,  et,  en  ré- 
sultat ,  il  semblait  dire  de  cœur,  qu'on  lavait  bien  fait  roi r 
mais  qu'il  aurait  été  peut-être  plus  heureux  de  rester 
comme  il  avait  été  auparavant;  qu'il  était  ennemi  du 
pouvoir  despotique  et  absolu ,  mais  grand  partisan  d'une 
constitution  libre;  que  puisqu'il  fallait  une  constitution 
commune  aux  deux  nations,  qui  dorénavant  n'en  feraient 
plus  qu'une,  il  serait  injuste  de  sa  part  de  favoriser  l'une 
aux  dépens  de  l'autre;  qu'ainsi  son  projet  était  de  créer 
une  commission ,  composée  de  personnes  instruites,  pour 
se  concerter  ensemble  sur  les  changements  à  faire  à  la 
nouvelle  constitution  de  Hollande ,  pour  présenter  ensuite 
le  projet  de  constitution,  arrêté  par  la  commission ,  à  l'ac- 
ceptation des  deux  nations,  et,  ajouta-t-il,  si  vous  pouvez 
vous  entendre  et  être  contents ,  je  le  serai.  Enfin  il  fit  re- 
mettre à  Raepsaet  un  exemplaire  de  la  constitution  hol- 
landaise, et  la  copie  des  huit  articles  de  Londres  et  le  pria 
de  faire  là-dessus  un  travail  général.  Ce  rapport  fut  trans- 
mis au  prince  le  23  septembre  1814. 

»  Le  roi  avait  inspiré  beaucoup  de  confiance  à  Raepsaet, 
et  celui-ci  tachait  de  lui  faire  acquérir  la  confiance  pu-» 
blique.  En  effet,  tous  les  sentiments  que  le  roi  avait 
manifestés   dans   cette  entrevue,    annonçaient   de    très- 


(  177  ) 

bonnes  intentions  et  beaucoup  de  sincérité  de  sa  pari. 

»  Il  n'en  était  pas  tout-à-fait  de  même  de  M.  le  baron  Van  de 
Capellen.  Il  avait  bien  eu  l'air  d'être  loyal  et  sincère  envers 
Raepsaet  ;  mais  ses  principes ,  qui  semblaient  se  rattacher 
au  système  des  libéraux ,  donnaient  de  l'ombrage.  Cepen- 
dant Raepsaet  se  flattait ,  que  si  le  roi  parvenait  à  goûter 
les  principes  qui  formaient  la  base  du  travail  qu'il  était 
chargé  de  lui  remettre,  M.  Van  de  Capellen  aurait  aussi 
changé  de  système,  auquel  peut-être,  il  ne  tenait  que 
faute  de  connaître  l'ancien.  Mais  l'événement  a  prouvé  que 
Raepsaet  s'était  trompé ,  et  qu'on  n'avait  exigé  ce  travail 
de  lui  que  pour  connaître  ses  opinions  dans  toute  leur 
étendue.  » 

N.°  31.  Observations  d'un  Belge  sur  le  sort  éventuel  des 
Pays-Bas  Autrichiens,  1814. 

N.°  32.  Journal  des  séances  de  la  commission  chargée, 
en  1815,  de  rédiger  un  projet  de  constitution  pour  le 
royaume  des  Pays-Bas.  (Raepsaet  était  un  de  ses  membres). 

«Les  séances  de  cette  commission  furent  à  peine  ouver- 
tes de  dix  jours  ,  que  Raepsaet  s'aperçut  qu'il  n'y  était 
appelé ,  que  pour  fasciner  les  yeux  des  vrais  amis  de  la 
patrie;  mais,  qu'au  fond  le  système  des  libéraux  était 
arrêté  d'avance,  peut-être  sans  que  le  roi  s'en  doutât; 
Raepsaet  s'apercevait  sans  peine  que,  sur  les  1 1  membres 
belges ,  il  y  avait  sept  libéraux,  parmi  lesquels  il  se  trouvait 
quelques  bons  patriotes  de  1787  et  1790,  mais  qui  avaient 
alors  changé  d'opinion,  acquéreurs  qu'ils  étaient  de  biens 
nationaux,  qu'ils  craignaient  de  perdre  au  cas  qu'on  eût 
repris  les  anciennes  constitutions. 

»  Il  savait  aussi  que  M.  Falck,  secrétaire  du  roi,  qui 
jouissait  de  toute  sa  confiance,  était  un  des  chefs  des 
illuminés  ou  libéraux.  La  grande  majorité,  y  compris 
le  président  de  la  commission,  H.  de  Hoogendorp,  se 
composait  des  créatures  de  Falck  et  en  même  temps  cou- 


(  178  ) 

seillers  ou  ministres  du  roi  ou  grands  officiers  de  la  cour; 
mais  malgré  la  réserve  du  président ,  il  n'échappa  pas  à 
Raepsaet,  que  le  président  était  muni  d'instructions  secrè- 
tes, qui  lui  prescrivaient  de  se  méfier  de  Raepsaet  et 
d'empêcher  qu'il  ne  prit  de  l'ascendant  sur  la  commission. 

»  Raepsaet  en  prévint  les  comtes  DeThiennes,  Mérode 
et  Dubois  ;  d'abord  ils  ne  voulurent  pas  le  croire ,  mais  au 
bout  de  trois  semaines  ils  en  furent  tellement  convaincus, 
que  MM.  de  Mérode  et  de  Thiennes  se  chargèrent  de  faire 
les  motions,  que  Raepsaet  avait  préparées  dans  son  cabinet, 
parce  que  le  président  affectait  constamment  d'écarter  ou 
d'éluder  les  motions  faites  par  celui-ci. 

»  La  position  de  Raepsaet  était  d'autant  plus  épineuse 
et  désagréable ,  que  dans  les  séances  on  avait  pris  rang  par 
âge,  et  que,  sous  ce  rapport,  étant  le  second  en  rang,  il 
se  trouvait  obligé  de  faire  communément  l'ouverture  des 
motions  dangereuses  ou  délicates  puisque  le  doyen  d'âge, 
M.VanTuyl  van Serooskerke, s'excusait  souventde  prendre 
l'initiative,  que  le  président  se  gardait  bien  de  s'expli- 
quer, et  que  les  autres  membres,  comme  il  arrive  toujours 
dans  les  affaires  difficiles,  se  taisaient,  sous  le  prétexte 
banal  de  ne  pas  devoir  parler  avant  leur  tour. 

»  Ainsi,  la  constitution  hollandaise  de  1814  n'avait 
établi  qu'une  seule  chambre  des  Etals-Généraux.  Raepsaet 
fit  la  motion  d'en  établir  deux,  et  en  fit  voir  la  nécessité 
pour  la  tranquillité  du  royaume  et  pour  la  sûreté  de  la 
couronne.  Cette  motion,  après  quelque  opposition  de  la 
part  des  Hollandais,  fut  adoptée. 

»  La  constitution  hollandaise  avait  établi  que  la  pre- 
mière partie  du  budget ,  contenant  les  dépenses  or- 
dinaires, resterait  fixée  à  perpétuité  sur  le  même  pied 
qu'elles  auraient  été  arrêtées  dans  la  première  assemblée 
des  Etats-Généraux  :  Raepsaet  fit  la  motion  de  les  rendre 
annales,  et  d'obliger  le  roi  à  demander  des  subsides  tous 


(  179  ) 

les  ans.  Après  de  fortes  et  vives  discussions ,  on  décida  à 
la  majorité  des  voix ,  que  les  subsides  seraient  décennaux. 

»  Raepsaet  fit  aussi  la  proposition  de  rétablir  les  états- 
provinciaux,  les  villes,  les  chàtellenies  et  villages  dans 
la  libre  administration  de  leurs  biens  et  perception  de 
leurs  impôts  et  revenus,  et  de  borner  l'action  des  ministres 
de  l'intérieur,  des  finances  et  du  waterstaet,  aux  objets 
appartenant  au  corps  du  royaume ,  comme  autrefois.  Cette 
motion ,  après  de  grandes  oppositions  de  la  part  des  mem- 
bres ministériels,  fut  adoptée;  mais  le  roi  la  fit  changer 
après  le  départ  de  Raepsaet,  à  la  demande  de  ses  ministres, 
qui  préférèrent  la  centralisation  pour  être  plus  despotiques 
et  avoir  toutes  les  chaises  à  leurs  ordres.  La  centralisation  est 
déjà  par  expérience ,  et  sera  constamment  la  perte  de  tous 
les  royaumes  qui  l'embrasseront.  Un  gouvernement  doit 
gouverner,  mais  non  pas  administrer,  puisqu'il  est  impos- 
sible qu'il  administre  tous  les  ménages  d'une  ville  ou 
dune  chàtellenie. 

»  Raepsaet  a  fait  aussi  la  motion  de  motiver  les  juge- 
ments, malgré  l'opposition  de  M.  Yan  Maanen,  ministre 
de  la  justice. 

»  11  avait  fait  aussi  le  plan  d'un  concordat  entre  les  deux 
religions,  mais  il  fut  rejette  après  son  départ;  et  déjà,  dans 
le  moment  où  il  écrivait  (le 24  mars  1816),  la  scission,  sur 
ce  point,  comme  sur  bien  d'autres,  est  à  son  comble  : 
les  deux  nations  se  haïssent,  autant  qu'elles  devraient 
s  aimer. 

»  Enfin  il  voulut  supprimer  ces  commissaires  près  les 
Etats-provinciaux,  auxquels  le  roi  a  donné  le  titre  de 
ffoiwerneu?s y  parce  que  c'était  rétablir  mulato  nomme,  les 
préfets  ou  intendants ,  et  paralyser  les  Etats-provinciaux  et 
les  magistratures  locales;  c'est  à  cette  occasion,  qu'il  eût 
une  vive  dispute  avec  le  président,  qui  en  levant  le  mas- 
que .  que  Raepsaet  lui  avait  supposé  dès  les  premiers  j ou fs  . 


(  180  ) 

prit  un  ton  de  hauteur  que  celui-ci  rabaissa  si  vertement, 
que  le  président  finit  par  lui  faire  des  excuses. 

»  Quoique  tous  les  membres  indépendants  de  la  com- 
mission pensassent ,  dans  le  fond ,  comme  lui ,  cependant 
aucun  ne  l'avait  secondé  dans  une  matière  aussi  délicate 
qu'importante,  puisqu'elle  devait  garantir  à  jamais  la 
nation  contre  l'influence  ministérielle  ;Raepsaet  prévît,  dès 
ce  moment ,  qu'il  lui  était  impossible  de  faire  le  bien  à  lui 
seul.  Et  dès  lors,  sauf  son  opposition  contre  la  part  des 
voix  des  deux  nations  dans  les  États-Généraux ,  il  se  borna 
à  voter,  sans  prendre  encore  part  aux  débats ,  et  ne  cher- 
cha plus  que  l'occasion  de  s'en  retourner  chez  lui  ;  bien 
résolu  de  ne  plus  rentrer  dans  la  carrière  des  affaires  qui 
allaient  être  dirigées  d'après  un  esprit  et  un  système  tout- 
à-fait  contraires  à  ses  principes,  et  qui  renfermait  en  lui 
tous  les  éléments  d'une  nouvelle  révolution,  qui  arriverait 
nécessairement  à  la  première  guerre  qu'aurait  eue  la  France 
régénérée.  Il  est  de  toute  impossibilité  que  notre  royaume, 
avec  le  système  qui  le  dirige  et  la  haine  entre  les  deux 
nations,  qui  en  est  résultée ,  puisse  résister  à  un  choc. 

»  Raepsaet,  désormais  étranger  aux  débats,  se  livra 
tout  entier  à  mettre  en  ordre  et  à  continuer  son  Journal 
des  séaîices  de  la  Commission ,  dans  lequel  il  consigna, 
jour  par  jour,  toutes  les  motions  qui  y  ont  été  faites  et 
tout  au  long  les  discussions  qui  y  ont  eu  lieu ,  ainsi  que 
les  noms  des  membres  qui  les  ont  soutenues ,  et  les  résolu- 
tions qui  en  ont  été  le  résultat. 

»  Cette  pièce  est  unique,  car  le  procès-verbal  des  séan- 
ces, qui  a  été  tenu  par  M.  Meyer,  juif,  secrétaire  de  la 
commission  nommée  par  le  roi ,  ne  contient  que  les  mo- 
tions et  les  résolutions,  sans  motifs  ni  indication  du  nom 
des  membres. 

»  M.  Gendebien  et  quelques  autres  membres  avaient 
conçu  le  même  projet:  mais  les  uns  ne  l'ont  pas  commencé 


(  181  ) 

et  les  autres  ne  l'ont  pas  suivi,  de  manière  que  le  travail 
de  Raepsaet  est  l'unique  ouvrage  et  la  seule  sourec ,  où  la 
postérité  pourra  puiser  les  notions  de  l'esprit  et  des  prin- 
cipes, qui  ont  dirigé  la  commission  pour  le  projet  de 
constitution. 

y>  Mais  Raepsaet  est  bien  décidé  de  ne  pas  le  rendre 
public  pendant  sa  vie;  les  vérités  ne  sont  pas  de  toute 
saison.  On  remarquera,  en  le  lisant,  que  la  première  partie 
comprend  l'époque  antérieure  à  l'inauguration  du  roi, 
et  lorsqu'on  comparera  la  seconde  partie  avec  la  pre- 
mière, l'on  s'apercevra  qu'en  rédigeant  la  première, 
Raepsaet  était  encore  toujours  dans  la  bonne  foi  que 
le  gouvernement  voulait  sincèrement  une  constitution 
libre  et  le  bien-être  des  Belges ,  conformément  aux  pro- 
messes et  aux  intentions  que  le  roi  paraissait  si  fran- 
chement avoir  manifestées  à  Raepsaet  dans  ses  entrevues 
confidentielles. 

»  Mais ,  aussitôt  après  l'inauguration ,  le  gouvernement 
jeta  le  masque;  Raepsaet  et  tous  les  vrais  amis  de  la 
patrie  virent  qu'ils  avaient  été  trompés;  et,  pour  ne  rien 
soustraire  à  la  connaissance  de  nos  neveux  sur  ces  ma- 
nœuvres, aussi  indignes  qu'impoliliques,  Raepsaet  composa 
la  deuxième  partie  de  son  journal.  » 

N.°  33.  Projet  d'organisation  de  l'administration  en 
Belgique. 

C'est  un  projet  d'organisation  des  tribunaux  qui  a  été 
envoyé  à  M.  le  ministre  de  la  justice  le  22  février  1815. 
Une  copie  de  la  lettre  d'accompagnement  est  annexée  au 
mémoire.  Elle  commence  ainsi  : 

«Monseigneur,  lorsque  j'eus  l'honneur  d'être  chez  vous 
»  en  décembre  dernier,  vous  m'invitiez ,  Monseigneur,  de 
»  vous  transmettre  et  d'adresser  à  vous  seul,  mes  idées  sur 
»  l'organisation  de  la  justice  en  Belgique;  c'est  le  travail 
»  que  je  prends  la  confiance  d'adresser  présentement  à 
»  Votre  Excellence » 


(  182  ) 

N.°  34.  .Notice  sur  I  origine  de  la  fabrique  des  toiles  de 
lin  dans  les  Pays-Bas.  et  notamment  en  Flandre  (1). 

N.°  35.  Op  den  vlaemsehen  koophandel  van  iinnen  met 
Vrankryk.  28  december  1814. 

Ce  mémoire  a  été  adressé  à  S.  A.  le  prince  souverain 
des  Pays-Bas.  Il  commence  ainsi  : 

Seer  hoog  en  geweldig  Heer  en  Prins. 

«  Om  te  volbrengen  bet  last  't  welk  uwe  Koninglyke 
»  Hooghevd.  in  't  gehoor  van  den  16  dezer,  mv  wel  heeft 
»  willen  opleggen .  bel)  ik  thans  de  eer  van  aen  hoogst  de 
»  zelve  aentebieden  de  volgende  bemerkingen  op  den 
»  vlaemsehen  koophandel  van  Iinnen  met  Vrankryk.  » 

N.°  36.  Nommé  en  septembre  1815  membre  de  la  com- 
mission pour  la  composition  des  Etats.  M.  Raepsaet  a  rédigé 
«lors,  en  exécution  de  l'art.  81  de  la  constitution: 

«  Projet  de  règlement  sur  l'organisation  des  Etats-pro- 
»  vinciaux  de  la  Flandre  orientale.  » 

N.°  37.  Projet  de  règlement  sur  l'organisation  des  villes, 
chàtellenies  et  villages  de  la  province. 

En  marge  de  la  première  page  du  premier  projet,  on  lit: 

«  J'ai  présenté  à  la  commission,  dont  j'étais  membre. 
»  un  projet  de  règlement  dont  le  croquis  est-ci  contre. 

»  Je  n'ai  réussi  presque  en  rien:  seulement  à  force  d'ef- 
»  forts .  je  suis  parvenu  à  ne  pas  rendre  illusoire  la  repré- 
»  sentation  des  villes,  à  ne  pas  abandonner  le  choix  du 
y>  grenier  des  Etats  tout  entier  au  roi ,  et  à  faire  quelques 
»  petits  amendements  au  règlement  de  la  Hollande,  qui 
»  était  envoyé  à  la  commission  pour  modèle. 

»  Je  sentis  bientôt  que  le  pied  était  pris ,  et  que  presque 
5>  tous  les  membres  de  la  commission,  la  plmpart  avec  de 


(i)  Ce  mémoire  a  été  publié  par  le  Messager,  et  vendu ù  part. 


(    l«8  ) 

»  bonnes  intentions,  étaient  ou  faibles,  ou  complaisants 
»  ou  avaient  peu  d'usage  des  affaires  publiques.  » 

N.°  38.  Lyste  van  de  voorwerpen  van  kunsl  en  van 
gedenk-stucken  van  geschiedenis,  die  sigh  bevinden  noch 
in  wezen .  vernietight  of  verdwenen  zyn ,  binnen  de  stad 
Audenarde,  provincie  Oost-Vlaeuderen,  opgemaekt  by  de 
commissie  tôt  dies  benoemt  by  d'edele  heeren  burgemees- 
ter  ende  schepenen ,  by  besluyt  van  22  january  1824,  toi 
uytvoeringe  van  d'ordonnantie  van  d'edele  heeren  staaten 
van  de  provintie  van  den  14  july  1823,  bekrachtiglit 
door  S.  M.  den  5  december  daer  naer. 

Historissche  aenteekeningen  op  de  voorwerpen  in  de 
voorenstaende  lyste  begrepen. 

N.°  39.  Note  pour  démontrer  que  la  Hollande  n'a  aucun 
titre  à  indemnité,  soit  en  nature,  soit  en  équivalent,  du 
chef  du  pays  de  la  Généralité.  Du  17  juin  1831. 

Note  sur  Berg-op-Zoom  et  les  parties  des  frontières  con- 
nues sous  le  nom  de  pays  de  la  Généralité.  23  mai  1831. 

Ces  deux  pièces,  ont  été  données  à  M.  Nothomb  se- 
crétaire-général au  ministère  des  affaires  étrangères. 

N.°  40.  Mémoire  sur  la  question  contre  la  Hollande 
concernant  le  Luxembourg. 

Envoyé  le  17  avril  1831  à  M.  Gendebien.  père,  membre 
du  comité  diplomatique  du  congrès. 

N.°  41.  Note  d'un  Belge  sur  les  indemnités  exigées  par  le 
roi  de  Hollande.  —  1831. 

N.°  42.  Réponse  à  M.  le  secrétaire  de  l'Académie  royale 
des  Sciences,  etc. ,  sur  la  question  :  «  Indique)-  les  chan°-e- 
»  ments  que  notre  côte  maritime  a  éprouvés  depuis  l'épo- 
»  que  de  la  conquête  de  César.  »  1824. 

N.°  43.  Précis  historique  de  la  révolution  bcJgique  de 
1789  à  1790.  notamment  concernant  les  Flandres  et  le 
Brabant.  pour  n'être  rendu  publie  qu'après  ma  mort,  s; 
on  lui  trouve  quelque  mérite* 


(  184  ) 

N.°  44.  Papiers  relatifs  à  ma  commission  à  La  Haye  vers 
la  fin  de  septembre  1 790. 

«  Les  basses  intrigues  de  M.  Van  Eupen  dévoilées ,  et  les 
»  services  importants  rendus  par  MM.  le  comte  de  Mérode 
»  et  Raepsaet,  reconnus  et  appréciés  par  le  congrès  même.  » 

Telle  est  l'inscription  que  M.  Raepsaet  a  écrite  lui-même 
sur  ce  paquet,  qui  contient  le  rapport  de  leur  voyage  et 
les  pièces  y  relatives. 

N.°  45.  Stukx  Varia  op  de  kennisse  van  de  provintie; 
item  relatif  tôt  de  revolutie  van  1790,  erstellinge  van  de 
cloosters ,  enz. ,  enz. 

N.°  46.  Project. 

Register  narratif  van  de  troubels  voorgevallen  ten 
jaere  1787,  in  d'Oosteryksche  Nederlanden  ,  met  de 
revolutien  van  de  casselrye  van  Audenarde,  en  de  voor- 
dere  stukken  daer  relatif. 

N.°  47.  Points  à  considérer  au  cas  que  le  pays  serait 
absolument  obligé  de  se  soumettre. 

N.°  48.  Notes  au  cas  qu'il  en  faut  venir  mal  gré  bon 
gré  à  un  accommodement. 

N.°  49.  Redevoeringe,  binnen  de  stad  Audenarde  uyt- 
gesproken  den  24  april  1775,  dagh  van  d'eerste  uyt- 
deelinge  der  pryzen  van  de  onlangs  aldaer  opgerechte 
Académie  van  teeken-konste. 

2.°  Idem  van  1777. 

3.°  Idem  van  28  april  1783. 

N.°  50.  Memorie 

Voorgeleézen   tôt   ontwerp    in   de    vergaedering   der 
Staeten  van  Vlaenderen  ,  den  23  mey  1787,   door   de 
gedeputeerde  van  de  casselrye  van  Audenarde. 
Aen  hunne  Koninglyke  Hoogheden  (1). 


(i)  Toutes  les  réclamations  et  remontrances  de  la  chàtelleuie  d'Au- 
denarde,  ont  été  rédigées  par  M.  J.  J.  Raepsaet;  on  trouve  dans  ses 
mémoires  au  sujet  de  ces  pièces,  le  passage  suivant  : 


(  185  ) 

«  L'empereur  Joseph  avait  à  peine  succédé  à  sa  mère  d'im- 
mortelle mémoire,  qu'il  entreprit  de  renverser  la  consti- 
tution belgique;  toute  la  nation  s'en  indigna,  mais  aucun 
corps  de  l'état  n'osa  s'élever  contre  le  nouveau  système , 
si  l'on  excepte  quelques  réclamations  partielles  de  la  dé- 
putation  ordinaire  des  Etats  de  Brabant,  sur  des  points 
particuliers.  Raepsaet  proposa  au  collège  de  la  chatellenie 
d'Audenarde,  d'attaquer  tout  le  système  à  la  fois  et  de 
front,  comme  contraire  en  tous  points  au  serment  inaugural; 
il  parla  avec  tant  d'énergie,  qu'après  avoir  rappelé  à 
chacun  des  membres  le  serment  qu'ils  avaient  prêté  à  leur 
entrée  en  fonctions,  et  que  leur  ayant  demandé  s'ils  pour- 
raient se  justifier  devant  Dieu,  au  jour  du  jugement,  d'avoir 
gardé  le  silence ,  tous  répondirent  que  non ,  et  arrêtèrent 
unanimement,  de  convoquer  l'assemblée  générale  de  tous 
les  seigneurs  de  terre  à  clocher  et  des  députés  de  tous  les 
villages,  consistant  en  106  personnes,  y  compris  le  col- 
lège. Cette  mémorable  réunion  fit  un  grand  éclat;  et 
nonobstant  toutes  les  sourdes  menées  du  gouvernement 
pour  l'entraver,  elle  eut  lieu  le  17  avril  1787.  Après  mûre 
délibération ,  on  y  adopta  à  l'unanimité  le  projet  de  ces 
remontrances  non  moins  mémorables,  que  Raepsaet  avait 
rédigées  et  qui  sont  insérées  dans  le  Recueil  des  repré- 
sentations) 'protestations  et  réclamations  des  Etats  des  dix 
provinces  des  Pays-Bas,  tom.  I,  pag.  232. 


«Cette  journée  offrit  de  beaux  traits  de  patriotisme. 

»  M.  Yan  Hoobrouck  de  Mooregbem,  un  des  membres,  dit  à  Raepsaet  : 
«M.  le  greffier,  je  vous  euvie  votre  droit  de  signature,  je  voudrais 
»  pouvoir  signer  ces  remontrances  de  mon  sang.  » 

«  La  digne  épouse  de  Raepsaet,  lui  demanda  le  soir  pourquoi  il  avait 
»  l'air  si  sombre?  —  C'est,  répondit-il,  que  mon  serment  et  mon  lion- 
»  neur  m'ont  fait  un  devoir  de  signer  aujourd'bui  une  pièce ,  qui  pourra 
»  ine  conduire  à  l'écbafaud ,  ou  à  la  perte  de  nos  biens.  —  Si  c'est 
»  ainsi,  répliqua-t-elle ,  je  ferai  moi-même  la  besace;  il  vaut  mieux 
»  mourir  ou  tomber  dans  la  misère,  que  de  se  damner.  » 

13 


(  186) 

N.°  51.  Notice  sur  les  Groene  Vierschacren ,  ou  remar- 
ques sur  le  mode  de  l'administration  de  la  justice  ,  ainsi 
que  sur  la  forme  et  la  situation  de  ces  tribunaux  dans  la 
Belgique  jusqu'au  XVl.e  siècle,  et  sur  leur  analogie  avec 
ceux  du  XVIIIe. 

N.°  52.  Anecdote  sur  l'origine  des  visites  de  la  nouvelle 
année,  et  des  étremies  (1). 

N.°  53.  Relation  de  la  députation  de  MM.  le  baron  Draeck, 
de  Graeve,  Deurwaerder  et  Raepsaet  à  Bruxelles,  comme 
députés  des  États  de  Flandre  en  1791 ,  pour  arranger  les 
affaires  de  cette  province,  après  que  le  pays  s'était  sou- 
mis à  S.  M.  l'empereur  et  roi. 

En  tête  de  cette  relation  se  trouvent  les  mots  : 

Pour  moi  seul. 
Raepsaet  résume  en  peu  de  mots  à  la  fin  de  cette  pièce 
le    succès    de   toutes  ces  députations,  «  les   députés  des 
autres  provinces  furent  amusés  et  finirent  comme  nous.» 
N.°  54.  Sur  l'établissement  d'une  banque  en  Flandre. 
N.°  55.  Mémoire  pour  la  noblesse  de  Flandre. 
«  Ce  mémoire  a  été  approuvé  et  signé  le  4  janvier  1790, 
en  l'hôtel  de  Steenhuyze,  à  Gand,  et  porte  les  signatures 
autliographes  des  nobles  de  la  Flandre.  A  signé  en  tête, 
Charles  J.  comte  de  Lichtervelde.  » 
N.°  56.  Notice  des  monuments  qui  existaient  ou  existent 
encore  dans  le  département  de  l'Escaut. 

Envoyée  le  8  avril  181 1  à  M.  le  ministre  de  l'intérieur 
à  Paris. 

N.°  57.  Recueil  de  pièces  relatives  à  la  commission  dont 
Raepsaet  a  été  chargé  avec  M.  Helias  d'Huddeghem,  en 
juin  1790,  envoyés  à  Audenarde,  comme  commissaires 
du  gouvernement. 


(i)  Publiée  dans  le  Messager. 


(  187  ) 

Parmi  ces  pièces  se  trouvent  plusieurs  lettres  du  général 
Vandermeersch,  qui  contiennent  les  conditions  auxquelles 
il  veut  bien  prendre  le  commandement  des  troupes  pa- 
triotiques. Ensuite  la  correspondance  avec  un  espion  des 
patriotes  qui  s'était  rendu  à  Lille. 

N.°  58.  Recueil  de  pièces,  mémoires,  consultations,  etc., 
relatives  aux  affaires  ecclésiastiques  dans  le  diocèse  de 
Gand. 


(  188  ) 
Mémoire 

SUR  LA  DÉMARCATION  DES  LANGUES  FLAMANDE  ET  WALLONNE, 
DAiSS  CNE  PARTIE  DE  LA  BELGIQUE; 

Par  feu  M.  J.  J.  Raepsalt. 


Sur  la  langue  Wallonne ,  quon  parle  dans  quelques  vil- 
lages du  pays  d'Alost  :  mémoire  rédigé  à  la  demande 
de  EL  Faipoult, préfet  du  département  de  l'Escaut. 

l.°  Peut-on  indiquer  la  cause  ancienne ,  qrikRussignies, 
Amougies,  Orroirel  dans  la  partie  méridionale  à&Renaix, 
la  langue  naturelle  soit  la  langue  française^ 

2.°  Pourquoi  dans  le  Hainaut  et  à  Tournay ,  parle-t-on 
le  français?  Et  qui  a  établi  la  démarcation  entre  cette 
langue  et  la  langue  flamande  parlée  à  Bruges,  Gand, 
Bruxelles,  etc,  etc. 

César,  en  parlant  des  Belges,  assure  que  la  plupart 
d'entre  eux  étaient  Germains  d'origine  (1):  et  Tacite,  pour 
déterminer  cette  origine,  se  réfère  principalement  à  la 
langue  qu'ils  parlaient  (2).  Les  Gaules ,  dont  la  Belgique 
formait  la  troisième  partie ,  étaient  habitées  par  un  grand 
nombre  de  peuples,  qui  différaient  tous  entr'eux  par  la 
langue,  les  mœurs,  les  lois  ou  coutumes  et  les  habitu- 
des (3) ,  et  comme  les  Belges  étaient  en  partie  Germains 


(i)  L.  2  de  Bell.  Gai!. 

(2)  De  moribus  Germ.  ,  cap.  21  et  28. 

(3)  L.  1  de  Bell.  Gall.  Caes. 


(   189  ) 

et  en  partie  Gaulois  d'origine ,  il  s'en  suit  nécessairement 
qu'une  dissemblance  pareille  devait  exister  parmi  eux. 

C'est  à  cette  époque  reculée,  qu'il  m'a  toujours  paru 
qu'il  fallait  remonter  pour  résoudre  les  deux  questions 
proposées. 

Les  Nerviens  habitaient  l'ancien  diocèse  de  Cambrai  :  ils 
occupaient  donc  le  Cambrésis ,  YEntre-Sambre  et  Meuse, 
le  Uainaut ,  les  pays  d'Alost,  de  Termonde  et  Bornhem, 
jusqu'à  Rupelmonde ,  sur  la  droite  de  l'Escaut.  Il  en  résulte 
que  l'ancien  Bracbantum  se  trouvait  compris  dans  les 
limites  du  Pays-Nervien ,  attendu  que  le  bollandiste  Hen- 
schenius  (  1  )  borne  l'ancien  Bracbantum  ou  Brachbantum  par 
l'Escaut,  le  Ruppel,  la  Senne  etlaHaisne,  et  cpxeMirœus  (2) 
l'étend  jusqu'à  la  Demer  au  nord,  et  à  la  Sambre  au  midi. 
Si  l'on  peut  s'en  rapporter  à  Meyer,  le  chef- lieu  du 
Bracbantum  était  Brakele ,  dans  l'arrondissement  d'Au- 
denaerde  (3). 

Cependant  quoique  le  pays  des  Nerviens  s'étendit  si  loin 
au  nord ,  il  est  plus  probable  que  les  Nerviens  n'habitaient 
que  le  Hainaut,  le  Cambrésis  et  le  pays  (YEntre-Sambre 
et  Meuse,  et  que  la  partie  septentrionale  de  leur  empire 
était  occupée  par  cinq  autres  peuples,  savoir  :  les  Grudiens, 
Centrons ,  Levaciens ,  P 'lewnosiens  et  Gordiens,  qui  étaient 
sous  leur  clientèle  et  domination  (4). 

On  ne  peut  douter  que  ces  cinq  peuples  ne  demeuras- 
sent dans  le  nord  de  l'empire  des  Nerviens;  car  aussitôt 
{^xAmbiorix  se  fut  joint  aux  Nerviens,  pour  aller  attaquer 
les  Romains,  en  l'absence  de  César,  les  Nerviens  ordonnè- 
rent à  ces  cinq  peuples  d'assaillir  à  l'improviste  le  camp 


(i)  Acta  selecta  SS.  Belgii ,  tome  i ,  page  289. 
(■i)  Opéra  diplom.,  tome  1  ,  page  14 1  >  u°te  5. 

(3)  Meycri  Ann.  ad  ann.  1077. 

(4)  Caes.de  Bell.  Gall.,lib,  5. 


(  190  ) 

de  Cicéron,  frère  de  l'orateur;  il  fallait  donc  que  ces  cinq 
peuples  n'en  fussent  pas  bien  éloignés.  Or,  selon  les  uns, 
le  camp  de  Cicéron  s'est  trouvé  à  Velsique ,  près  de  Sotte- 
ghem ,  selon  Des  Roches  à  Assche ,  entre  Alost  et  Bruxelles, 
et  selon  le  chanoine  De  Bast,  à  Tervueren.  Quoiqu'il  en 
soit  de  cette  position  topographique  du  camp  de  Cicéron , 
toujours  est -il  constant  que  ces  cinq  peuples  étaient 
à  portée  pour  le  surprendre  par  un  coup  de  main,  en 
attendant  qu'Ambiorix   arrivât  de  la  Sambre  avec   les 

Nerviens. 

Mais  il  n'a  pu  y  avoir,  dans  le  nord  de  l'empire  des 
Nerviens,  d'autres  peuples  que  ceux  qui  ont  habité  le 
pays,  connu  au  moyen-âge,  sous  le  nom  de  Bracbantum  : 
il  faut  par  conséquent  que  les  cinq  peuples,  clientaires 
des  Nerviens,  aient  habité  le  vieux  Bracbantum.  Ce  qui 
donne  un  grand  appui  à  cette  opinion ,  c'est  que  dans  la 
charte  de  partage  de  l'empire  de  Lothaire  de  l'an  870 ,  il 
est  alloué  à  Charles  quatre  comtés  dans  le  Brabant  :  in 
Bracbanto  comitatus  quatuor.  Or  l'on  sait,  que,  parmi  les 
Germains  et  les  Gaulois ,  le  territoire  que  l'une  de  leurs 
peuplades  habitait,  s'appelait  Pagus  :  que  dans  le  moyen- 
âge  le  mot  de  pagus  se  transforma  en  celui  de  comitatus , 
du  nom  du  magistrat,  qui  le  gouvernait  sous  le  titre  de 
cornes ,  comte ,  et  que  les  premiers  comtés  comprenaient 
tout  le  territoire  de  l'ancien  pagus;  on  peut  donc  en  con- 
clure que  les  quatre  comtés  dans  le  Bracbantum  étaient 
formés,  en  tout  ou  en  partie,  de  ces  cinq  peuples,  qui, 
placés  dans  le  nord  du  pays  des  Nerviens,  étaient  soumis 
à  leur  empire. 

On  refuserait  difficilement  une  place  dans  ces  quatre 
comitatus  in  Bracbanto ,  puisqu'ils  y  sont  enclavés,  1.°  à  la 
Pairie  de  Pâme  le ,  connue  jadis  sous  la  dénomination  de 
pays  entre  Marche  et  Bonne ,  2.°  au  pays  et  comté  d' Alost;, 
3.°  à  la  châtellenie   de  Termonde ,    qui,  selon   Meyer. 


(   19»  ) 

s'étendait  eu  l'an  750  jusqu'à  Dickelvenne,  en-deça  de 
Gavre  (I). 

Dans  cet  état  de  choses ,  comme  le  pays  d'entre  Marke 
et  Ronne ,  et  le  pays  d'A/ost  d'une  part,  n'ont  jamais  fait 
partie  du  pays  des  Nerviens ,  quoiqu'à  titre  de  clientèle  , 
ils  fussent  soumis  à  leur  empire ,  que  d'autre  part  la  ville 
de  Renais  n'a  jamais  été  comprise  dans  le  pays  d'Alost 
(elle  n'en  était  que  ce  qu'on  appelle  contribuante  par  con- 
cordat), ni  les  villages  d'Amougies ,  Russignies,  Orroir , 
dans  le  pays  d'entre  Marke  et  Ronne,  il  doit  s'en  suivre 
que  Renais,  Amougies ,  Russignies  et  Orroir ,  n'ayant  pas 
fait  partie  d'un  de  ces  cinq  peuples,  qui  occupaient  la 
partie  septentrionale  du  pays  des  Nerviens,  doivent  avoir 
appartenu  aux  véritables  Nerviens  du  Hainaut;  comme 
en  effet  ils  se  trouvent  encore  séparés  du  pays  d'Alost 
et  de  celui  d'entre  Marke  et  Ronne  par  une  lisière  de 
collines. 

Cela  posé,  il  n'est  pas  difficile  à  concevoir  de  quelle  ma- 
nière la  langue  française  s'est  conservée  chez  les  premiers, 
et  la  flamande  chez  les  seconds.  Car,  si  des  Nerviens  étaient 
un  peuple  indigène  et  partant  d'origine  gauloise,  ils  auront 
conservé  la  langue  gauloise ,  devenue  la  française,  comme 
l'ont  conservée  ceux  du  Cambrésis ,  qui  étaient  aussi  Ner- 
viens :  si  au  contraire,  on  veut  leur  attribuer  une  origine 
germanique,  l'on  doit  observer  qu'après  les  avoir  taillés 
en  pièces  dans  la  bataille  sur  la  Sambre ,  où  de  60,000 
combattants  il  n'en  échappa  que  500  et  trois  sénateurs, 
César  repeupla  leur  pays  par  des  colonies. 

Mais  il  n'a  pu  tirer  ces  colonies  des  Ménapiens  ou  des 
Marins  de  la  Flandre,  puisqu'ils  n'étaient  pas  encore  sub- 
jugués, vu  surtout  que  les  premiers,  qui  occupaient  la 
Flandre  orientale ,  étaient  si  peu  nombreux ,  que  dans  la 

(i)  Ad  an.   750. 


(  192) 

confédération  des  Belges  contre  César,  ils  n'avaient  pu  don- 
ner que  9000  hommes  à  l'armée  belge ,  forte  de  300.000 
guerriers.  Les  Eburons  et  les  autres  Belges  orientaux 
n'ont  pu  lui  fournir  des  colonies ,  puisqu'il  ne  les  avait 
pas  encore  vaincus  et  qu'ensuite  il  a  anéanti  les  Eburons 
presque  jusqu'au  dernier  homme.  Il  a  donc  bien  fallu  qu'il 
tirât  ses  colonies  de  l'intérieur  des  Gaules,  et  qu'avec  elles 
il  ait  introduit  chez  les  Nerviens  la  langue  gauloise  ou 
française.  Ainsi  quelqu'origine  qu'on  veuille  supposer 
aux  Nerviens,  la  langue  gauloise  a  dû  devenir  celle  du 
pays. 

Mais  il  n'en  a  pas  été  ainsi  de  leurs  cinq  peuples  tribu- 
taires, qui,  quoique  requis  par  les  Nerviens  d'accourir 
en  armes,  se  sont  excusés,  après  leur  défaite,  auprès  de 
César  et  en  obtinrent  leur  grâce,  en  lui  persuadant,  que 
ce  fût  vrai  ou  non ,  qu'ils  n'avaient  pas  pris  part  à  la 
bataille,  parce  qu'ils  étaient  arrivés  trop  tard. 

Ces  peuples  ont  donc  conservé  leurs  mœurs,  leurs  lois 
et  leur  idiome  :  or,  sans  devoir  s'enquérir  si  les  cinq 
peuples  avaient  une  origine  germanique  et  par  consé- 
quent si  leur  langue  était  la  teutonique ,  il  suffit  de  savoir 
que  le  pays  d'Alost  et  celui  d'entre  Marke  et  Ronne ,  ont 
de  tous  temps  eu  les  mêmes  habitudes,  mœurs,  usages, 
coutumes  et  langage,  que  les  Ménapiens  de  la  Flandre, 
qui  sont  incontestablement  d'origine  germanique  :  de 
sorte,  que  d'après  les  principes  adoptés  par  Tacite  dans 
la  description  de  ces  peuples,  l'identité  de  mœnrs  et 
d'habitudes,  doit  déterminer  l'identité  d'origine. 

Ainsi,  en  résumé,  ceux  d'Amougies,  Russignies  et  Or- 
roir,  etc..  parlent  la  langue  française,  puisqu'ils  sont 
Nerviens,  et  ceux  du  pays  d'Alost  et  de  celui  d'entre 
Marke  et  Ronne  parlent  la  flamande  ou  teutonique ,  parce 
qu'ils  sont  d'origine  germanique  :  et  les  habitants  de  la 
Flandre  orientale,  sur  la  rive  droite  de  l'Escaut,  parlent 


(  *93  ) 

la  même  langue  ,  puisqu'ils  ont  la  même  origine  et  qu'ils 
ont  formé,  en  tout  ou  en  partie,  ces  Grudiens ,  Centrons, 
Levaciens ,  PleumoHens  et  Gordiens ,  qui  demeuraient  au 
nord  des  Nerviens  et  qui  ont  trouvé  grâce  auprès  de 
César,  après  la  défaite  de  cette  nation  courageuse. 

Maintenant  examinons  d'où  est  venu  qu'à  Tournai  et 
dans  le  Tournésis,  on  parle  la  langue  française? 

On  peut  en  donner  plus  d'une  raison. 

D'abord  en  nous  reportant  à  l'époque  de  César,  nous  ne 
trouvons  pas  que  Tournai  avec  le  Tournésis  ait  formé 
ce  qu'on  appelait ,  dans  le  temps,  une  nation,  c'est-à-dire 
un  peuple  particulier. 

Je  sais  bien  que  dans  la  suite  du  temps,  l'opinion  la 
plus  accréditée  a  renfermé  Tournai  dans  le  pays  desMéna- 
piens;  mais  il  en  est  une  autre  (confirmée  par  des  chartes) 
qui  la  placent  dans  celui  des  Nerviens. 

Peut-être  ces  deux  opinions  sont  fondées;  car  l'Escaut 
divise  la  ville  en  deux  parties ,  et  sous  ce  rapport ,  il  n'est 
pas  douteux  que  la  rive  droite  n'en  ait  appartenu  aux 
Nerviens  :  cette  partie  même  de  la  ville  était  de  l'évêché 
de  Cambrai,  jusqu'à  l'époque  de  la  révolution  française. 
Serait-il  donc  étonnant  que  les  Nerviens ,  qui  étaient  bien 
plus  puissants  que  les  Ménapiens,  y  aient  été  les  maîtres? 

Une  seconde  raison,  qui  paraît  la  véritable,  c'est  que 
Tournai  devint  sous  les  Romains,  une  des  villes  capitales, 
puisqu'on  trouve  dans  la  notice  des  dignités  de  l'empire, 
qu'il  y  avait  un  Gynœceum ,  et  qu'après  l'expulsion  des 
Romains  de  la  Belgique ,  vers  476 ,  les  Francs  y  établirent 
le  premier  siège  de  leurs  rois. 

Il  était  d'usage  chez  les  Romains  de  donner  à  leurs 
villes  un  arrondissement  rural ,  qui  jouissait  des  mêmes 
droits  et  immunités  que  la  capitale ,  aux  lois  de  laquelle 
cet  arrondissement  était  soumis. 

Cet  arrondissement  des  villes  se  nommait  pagus  et  plus 


(   194  ) 

tard  comitatus  ou  comté;  c'était  le  ressort  de  la  juridic- 
tion ,  et  dont  les  habita'nts  devaient  payer  une  redevance 
annuelle. 

Les  abbayes  mêmes  avaient  de  pareils  ressorts  dans  le 
moyen-âge,  non  pas  de  juridiction,  comme  plusieurs 
l'ont  cru,  car  il  n'existait  pas  de  justices  seigneuriales  avant 
le  milieu  du  X.e  siècle  ,  mais  bien  un  ressort  d'immunités , 
qui  affranchissait  du  droit  de  yîte  accordé  aux  officiers 
royaux,  venant  rendre  justice  ou  percevoir  les  impôts, 
et  qui  étaient  des  hôtes  très-incommodes ,  puisqu'ils  étaient 
accompagnés  de  leurs  femmes  et  enfants,  domestiques, 
chevaux,  meute,  etc.  Ce  ressort  d'immunité  des  abbayes 
s'appelait  Cercle ,  en  latin  Gyrus  abhatis. 

Avant  la  conquête  de  la  Belgique  par  les  Romains ,  les 
Belges  n'avaient  pas  de  villes  murées  :  ils  pensaient  même 
qu'il  s'accordait  mal  avec  la  liberté  d'être  enfermés  dans 
des  murs.  Mais  les  Romains ,  qui  y  ont  dominé  pendant  cinq 
cents  ans ,  y  bâtirent  la  plupart  des  villes ,  et  en  donnant 
à  chacune  un  arrondissement  ou  comté ,  ils  divisèrent  les 
anciens  pagos  nationaux ,  tels  que  les  Ménapiens,  Morins  , 
Nerviens,  etc.,  qui  représentaient  et  comprenaient  toute  la 
nation ,  en  moindres 2->ag os  ou  arrondissements  communaux, 
qu'ils  soumirent  au  chef- lieu  ou  ville,  en  continuant 
encore  à  les  appeler  pagus  ou  comitatus,  mais  en  y  ajou- 
tant la  dénomination  de  la  chef-ville  du  ressort. 

C'est  là  l'origine  naturelle  de  tous  les  Pac/i  qu'on  ren- 
contre dans  le  moyen-âge ,  et  dont  on  ne  trouve  mot  ni 
dans  César  ni  dans  Tacite  :  ce  qui  a  embarrassé  et  embarrasse 
encore,  mal  à  propos,  plusieurs  savants,  et  ne  devait  pas 
plus  les  embarrasser,  que  nos  arrières-neveux  quand  ils 
voudront  comparer  nos  ci-devant  provinces  avec  les 
départements  qui  leur  ont  succédé. 

N'en  doutons  pas,  le  divide  et  impera  est  une  maxime 
politique  qui  n'a  pas  été  découverte  de  nos  jours  :  elle 


(  195  ) 

aura  dicté  aux  Romains  la  formation  de  leurs  payas  de 
ville,  comme  elle  a  dicté  aux  Français  la  formation  de 
leurs  départements;  c'était  une  mesure  politique  pour 
anéantir  l'esprit  national ,  amener  la  division  en  isolant 
les  intérêts,  et  détruire  par  conséquent  la  force  de  l'ensem- 
ble en  morcelant  la  masse.  Ainsi  nous  trouvons  dans 
Grégoire  de  Tours  (1) ,  à  l'année  580,  lepagus  tornacensis , 
puisque  la  femme  de  Leudastes  y  fut  exilée;  cependant 
les  Francs  avaient  laissé  aux  Belges  leurs  mœurs,  lois  et 
usages,  ils  n'avaient  rien  changé;  ceci  prouve  donc  encore 
plus  que  lepagus  tornacensis  était  une  institution  romaine. 

Soit  donc  que  les  anciens  habitants  du  Tournésis  aient 
été  Gantois  d'origine  (auquel  cas  il  n'avait  rien  eu  d'éton- 
nant qu'ils  eussent  parlé  le  français  comme  ceux  de 
l'Artois),  soit  qu'ils  aient  eu  une  origine  germanique, 
comme  les  Ménapiens,  il  est  très-probable,  pour  ne  pas 
dire  certain ,  que  Tournai  ayant  été  un  chef-lieu  pendant 
cinq  cents  ans  sous  les  Romains,  la  langue  romaine  n'y 
soit  devenue  la  langue  du  chef-lieu  et  celle  du  district, 
comme  il  est  arrivé  dans  la  Flandre  française  depuis  la 
conquête  de  Louis  XIV,  où  la  langue  flamande  tombe 
davantage  en  désuétude  de  jour  en  jour. 

Or,  à  la  langue  romaine  a  succédé  la  romane ,  et  à 
celle-ci  la  française-,  il  n'est  donc  pas  surprenant  qu'à 
Tournai  et  dans  son  pagus,  qui  est  le  Tournésis,  on  parle 
la  langue  française,  d'origine  romaine  :  et  en  effet  l'usage 
de  la  langue  française  ne  s'étend  pas  hors  du  Tournésis 
vers  la  Flandre.  Ilelchin  est  le  dernier  village  en  deçà  ; 
l'on  y  parle  les  deux  langues  :  Bossut  et  Moen  sont  les 
premiers  de  la  Flandre,  et  l'on  n'y  fait  usage  que  du 
flamand. 


(i)  flist.  Franc. ,  lib.  5,  ami.  58o. 


(  196  ) 

Le  Tournésis  aboutit  aussi  à  la  châtellenie  de  Courtrai; 
mais  on  ne  trouve  pas  que  sous  les  Romains,  il  y  ait  eu 
unpagus  corturiacensis  :  on  ne  le  trouve  que  dans  le  moyen- 
âge  ,  alors  que  la  subdivision  des  pagus  s'est  multipliée  à 
mesure  que  l'on  fondait  des  villes,  et  après,  des  châteaux 
avec  droit  et  prééminence  de  châtellenie  ;  ce  dernier  état 
est  parvenue  jusqu'à  nous  et  subsista  jusqu'à  la  conquête 
des  Pays-Bas  par  les  Français,  en  1794. 

C'est  à  mon  avis ,  à  cette  dernière  subdivision  que  la 
châtellenie  d'Audenaerde  doit  son  origine;  car  le pagus 
aldenardetisis  n'est  pas  connu  dans  le  moyen-âge.  Au 
contraire  dans  la  charte  du  roi  Lothaire  de  l'an  967  (1), 
les  villages  de  Synghem ,  Asper  et  Auweghem,  les  plus 
orientaux  de  la  châtellenie  d'Audenaerde  vers  Gand,  sont 
placés  dans  le  pagus  curtracensis ,  de  sorte  que  je  pense 
que  la  châtellenie  d'Audenaerde  n'est  qu'un  démembre- 
ment de  la  châtellenie  de  Courtrai  :  ce  ne  sera  donc  que 
dans  la  dernière  subdivision  des  pagi,  que  celle  d'Aude- 
naerde aura  pris  naissance,  lorsqu'on  aura  bâti,  sous  le 
règne  féodal,  le  château  d'Audenaerde,  pour  la  cour 
féodale  d'un  arrondissement.  Cela  étant,  le  pagus  corturia- 
censis aura  borné  le  Tournésis  par  le  nord  et  le  levant; 
et  le  pagus  de  Courtrai,  ayant  fait  de  tout  temps  partie 
du  territoire  des  Ménapiens,  qui,  en  tant  que  d'origine 
germanique,  parlaient  la  langue  teutonne,  comme  les 
Ménapiens  de  Bruges  et  de  la  côte  maritime,  ils  auront 
conservé ,  comme  ils  conservent  encore ,  la  langue  teutonne 
ou  tudesque ,  qui  est  l'ancien  flamand. 

(Ce  mémoire,  écrit  en  janvier  1807,  fut  communiqué 
en  1825  à  l'Académie  royale  des  Sciences  et  Belles-Let- 
tres de  Bruxelles;  M. Dewez,  secrétaire  perpétuel,  demanda 


(i)  Mi  >  ici  op.  (.liplom. ,  luine  i  ,  page  fô. 


(  197  ) 

par  leltre  à  M.  Raepsaet  quelqu'éclaircissemenl  sur  le 
point  historique  que  César  avait  repeuplé  le  pays  des 
Nerviens,  des  Eburons  et  des  Atuatiques,  non  avec  des 
Germains ,  ?nais  avec  des  colonies  gauloises.  La  réponse 
ne  se  fit  pas  attendre,  voici  ce  que  M.  Raepsaet  lui  écrivit 
le  13  mars  de  la  même  année)  : 

J'ai  cherché  d'après  vos  désirs  des  textes  clairs  et  positifs 
pour  appuyer  ma  conjecture  sur  l'introduction  de  la  lan- 
gue française  dans  nos  provinces  wallonnes.  Quant  à  cette 
introduction  par  César,  je  n'en  ai  trouvé  qu'une  preuve 
par  induction  de  plus;  mais  je  crois  avoir  rencontré  un 
texte  précis,  non  seulement  pour  établir  la  colonisation  de 
ces  provinces  par  des  Gaulois,  mais  même  celle  du  Luxem- 
bourg par  des  Allemands.  Cette  colonisation  gauloise  et 
allemande  est  postérieure  de  quatre  siècles  à  César,  mais 
elle  ne  détruit  pas  la  probabilité  de  celle  de  César,  ni 
mon  opinion  sur  l'introduction  de  cette  langue  par  les 
Latins,  parce  qu'elle  n'en  fait  que  reculer  l'événement, 
ce  qui  est  indifférent  pour  ma  conjecture. 

La  nouvelle  preuve  en  faveur  de  l'introduction  opérée 
par  César  est  tirée  de  YEpito?ne,  lib.  1 04  de  Tite-Live  (apud 
Dom  Bouquet,  t.  1,  p.  367),  où  il  est  dit  :  Cessar  Ambianos, 
Suessiones,  Veromanduos ,  Attrehates ,  Belgarum  populos, 
quorum  ingens  multitudo  erat,  prœlio  victos,  in  deditionem 
accepit,  deinde  contra  Nervios  e unique  gentem  delevit.  » 
Il  s'agit  là  de  sa  victoire  d'Elise,  en  Bourgogne,  où  César 
avait  eu  à  combattre  770,000  hommes,  collée ti  ex  omni- 
bus Gulliœ  nationibus.  Ib. ,  p.  409  et  410.  Cette  armée  se 
composait  des  fortissimi  ou  chefs  de  toutes  les  nations 
gauloises.  Qu'a-t-il  fait  de  cette  ingens  multitudo  de  pri- 
sonniers ?  l'histoire  n'en  dit  rien.  Il  semble  qu'il  n'eût 
d'autre  alternative  que  de  les  renvoyer  dans  leurs  foyers , 
ou  de  les  faire  passer  comme  fœti  dans  des  provinces 
éloignées  de  leur  patrie. 


(  198  ) 

La  première  eût  été  impolitique,  car  si  la  seule  absence 
de  César  de  ses  quartiers  d'hiver  avait  suffi  pour  enhardir 
tous  les  peuples  à  former  cette  terrible  confédération  con- 
tre lui,  que  n'aurait-il  pas  eu  à  craindre,  s'il  les  avait 
renvoyés  chez  eux,  au  moment  où  il  allait  commencer 
une  guerre  civile  en  Italie  contre  Pompée?  il  ne  pouvait 
donc  que  choisir  la  seconde  alternative,  celle  de  les  dissé- 
miner par  colonies  dans  diverses  provinces  à  titre  de  lœti 
et  de  les  captiver  par  des  promesses,  qu'il  savait  faire  si  à 
propos,  pour  les  attacher  à  son  parti.  Mais  ne  pouvant  les 
placer  dans  les  provinces  intérieures  de  la  France  sans 
encourir  le  danger  que  je  viens  de  signaler  et  n'étant  pas 
encore  maître  du  pays  des  Nerviens  et  des  Eburons ,  il  a 
dû  naturellement  repartir  cette  ingens  multitudo ,  dans  les 
provinces  qu'il  occupait,  telles  que  la  Bourgogne ,  la  Cham- 
pagne ,  la  Picardie  et  X  Artois ,  où  il  pouvait  les  contenir 
par  son  armée,  en  attendant  la  conquête  des  Nerviens, 
qu'il  a  fait  immédiatement  après  la  victoire  d'Elise ,  deinde 
contra  Nervios. 

Qui  nous  dira  même  si  c'est  bien  sincèrement  qu'il  con- 
serva ex  miscricordiâ  ceux  d'entre  les  Nerviens,  qui 
avaient  survécu  à  leur  défaite,  et  qu'il  repeupla  leur  pays? 
ou  bien  s'il  ne  l'a  pas  repeuplé  par  politique ,  ne  sachant 
que  faire  de  cette  ingens  multitudo  de  prisonniers  gaulois  , 
dont  il  méprisait  autant  la  Lâcheté,  qu'il  redoutait  la 
valeur  des  Nerviens?  Quoiqu'il  en  soit  des  raisons  qui 
peuvent  avoir  guidé  César,  toujours  est-il  que,  s'il  a  trans- 
planté ces  prisonniers  gaulois  dans  nos  provinces  wallones, 
ils  y  ont  été  placés  sur  le  pied  de  lœti.  Or,  la  Notitia  digni- 
tatum  imperii  place  une  prœfectus  lœtorum  Nerviorum  in 
Fanomartis  (Famars)  ;  mais  il  me  semble  qu'on  ne  peut 
pas  prendre  ces  lœti  Nenni  pour  des  Nerviens  originaires  : 
car  César  n'avait  pas  fait  prisonniers  ceux  qui  avaient 
échappé  au  fer  des  Romains,  il  leur  avait  fait  grâce  et  les 


(  199  ) 

avait  laissés  tranquilles  dans  leur  pays.  D'ailleurs,  la  poli^ 
lique  romaine  était  de  transplanter  les  prisonniers  lœti 
loin  de  leur  pays  ;  ainsi ,  en  prenant  ces  lœti  Nervii  de  la 
préfecture  de  Famars,  près  de  Valenciennes,  pour  des 
Nerviens  originaires,  ils  se  fussent  trouvés  au  milieu  de 
leurs  foyers ,  ce  qui  n'est  guère  admissible. 

Il  me  semble  donc  que  les  lœti  Nervii  du  V.e  siècle, 
date  de  la  Notifia  dignitatum ,  ne  peuvent  avoir  été  que 
les  descendants  de  ces  colonies  de  prisonniers  gaulois,  que 
César  avait  transplantés  dans  le  pays  des  Nerviens,  pour 
le  repeupler. 

Quelque  puissante  que  soit  cette  considération,  à  mes 
yeux  elle  ne  peut  pas  toutefois  passer  pour  valoir  un  texte 
positif  :  mais  en  voici  un  qui  me  parait  tel,  je  l'emprunte 
à  S.'-Jérôme,  il  est  du  V.e  siècle,  et  coïncide  partout  avec 
l'époque  de  la  Notitia.  Dom  Bouquet  le  rapporte  tome  1 , 
page  744;  S.'-Jérôme,  en  rendant  compte  des  horreurs 
qui  avaient  signalé  l'invasion  des  Huns  et  des  Vandales, 
dit  :  «  Remorum  urbs  prœpotens,  Ambiani,  Attrebalœ, 
extremique   hominum   Morini ,   Nemetes ,   Argentoratus , 
translati  in  Germaniam.  »  Quelle  est  cette  Germania  in- 
diquée par  S.t-Jérôme?  Ce  n'est  plus  cette  Germania  trans- 
rhenana  du  temps  de  Tacite,  ce  nom  avait  disparu  au  V.e 
siècle  et  avait  fait  place  aux  noms  de  Franci  salii  et  ripuarii. 
Et  l'on  voit  dans  mon  analyse,  tome  \,  page  59  et  60,  que 
tous  les  pays  situés  entre  l'Escaut  et  le  Rhin,  formaient  la 
seconde  Germanique ,  comme  Strasbourg ,  Spire  et  Worms 
formaient  la  première  Germanique.  Or,  ceux  de  Strasbourg 
et  de  Spire  (Nemetes  et  Argentoratus) ,  peuples  de  la  pre- 
mière Germanique,  n'ont  pu  être  transférés  dans  une 
autre  Germanique  que  dans  la  seconde;  et  par  conséquent 
entre  Y  Escaut  et  le  Rhin.  Et  ceux  de  Rheims ,  d'Amiens , 
d'Arras  et  des  Morins  ou  Flandre  française,  n'ont  pu  pa- 
reillement être  transférés  dans  la  première  Germanique, 


(  200  ) 

attendu  que  les  peuples  de  la  première  Germanique  en 
furent  arrachés  eux-mêmes  pour  être  transférés  dans  la 
seconde  :  ils  n'ont  donc  pu  être  placés  dans  une  autre 
Germanique  que  dans  la  seconde,  qui  comprenait  nos 
provinces  maintenant  wallonnes  où  ils  auront  introduit 
leur  idiome  gaulois,  qui  est  le  wallon,  avec  leurs  mœurs 
sauvages,  bien  différents  de  ceux  des  Teutons,  qui  sont 
les  Flamands  et  les  Brabançons,  dont  les  coutumes  sont 
encore  dissemblables. 

Cette  considération  me  paraît  donner,  en  même  temps, 
la  clef  et  la  preuve  de  l'origine  de  la  langue  allemande 
dans  le  Luxembourg  et  tout  le  pays  de  Trêves ,  parce  que 
les  exilés  de  Spire  et  de  Strasbourg  y  auront  introduit 
leur  langue  allemande. 

Il  faut  encore  remarquer  qu'il  est  positif  que  ces  colo- 
nies n'ont  pas  été  entièrement  composées  de  prisonniers , 
mais  qu'il  doit  s'être  trouvé ,  dans  tous  ces  pays  occupés  et 
dévastés  par  ces  hordes  barbares ,  un  grand  nombre  d'émi- 
grés ,  qui  voulaient  se  soustraire  au  fer  et  au  feu  de  ces 
furibonds  iconoclastes  :  or,  quel  asyle  eussent-ils  pu  mieux 
choisir  que  la  seconde  Germanique,  qui,  par  les  Ardennes 
et  au  besoin,  par  les  marais  de  l'Escaut,  les  couvrait  con- 
tre la  rage  des  Goths. 

Ainsi,  quand  bien  même  on  n'adopterait  pas  la  coloni- 
sation du  pays  des  Nerviens  par  César,  on  ne  pourrait  pas, 
ce  me  semble,  la  contester  aux  Huns  et  aux  Vandales,  et  ; 
mon  opinion,  quant  au  fond,  n'en  souffrirait  rien,  parce 
que  l'époque  ne  s'en  trouverait  que  reculée  et  qu'il  ne 
resterait  pas  moins  vrai,  que  ce  furent  des  colons  gaulois, 
qui  introduisirent  la  langue  française  dans  nos  provinces 
wallonnes,  suivant  l'opinion  que  j'ai  émise  dans  mon 
analyse  et  qu'il  serait  aisé  de  renforcer,  s'il  s'agissait  de 
traiter  le  point  plus  largement  encore. 


(  201  ) 


©bscnmtioitB 

Sur  quelques  Chartes  et  anciens  Documents  relatifs 
a  l'Histoire  des  Monnoies  des  comtes  de  Hainaut 
et  de  Flandre  (1). 


1275. 

Archives  de  Lille. 

Fragment  de  lettres  par  lesquelles  la  comtesse  Margue- 
rite donne  à  ferme  ses  monnoies  de  Valenciennes  et 
d'Alost  (2),  pour  trois  ans,  à  Claes  le  Doyen  (Dekin, 
Becanus),  bourgeois  de  Bruges,  à  condition  d'y  battre 
une  monnoie  dont  trois  valent  en  poids  et  en  loi  à  l'avenant 
de  deux  tournois  du  roi ,  etc. 

La  comtesse  s'oblige  à  ne  pas  faire  d'autres  monnoies 
dans  sa  terre  pendant  ce  terme  de  trois  ans,  si  ce  n'est 
artésiens,  mailles  artésiennes,  rondes  ou  valenciennoises. 

Sans  date  :\275  environ.  1er  Cart.  deFland.,  pièce  506. 


(i)  Les  titres  concernant  le  Hainaut  ont  été  consultes  sur  les  originaux 
conservés  aux  Archives  de  la  province.  Ceux  relatifs  à  la  Flandre  sont 
cités  d'après  Y  Inventaire  chronologique  des  Titres  de  la  Flandre, 
à  la  chambre  des  comptes  à  Lille,  imprimé  dans  l'ouvrage  de  S.1- 
Genois  :  Monuments  anciens,  essentiellement  utiles  à  la  France,  au 
Hainaut ,  etc. 

(2)  Le  Ms.  cité  dans  le  Messager  des  Arts,  1823,  pag.  348-3r>.l  , 
ajoute  :  «  et  de  St.-Bavon  à  Gand.  » 

14 


(  202  ) 

Un  manuscrit  ancien,  publié  dans  le  Messager  des 
Sciences  et  des  Arts,  de  Gand,  année  1823,  pag.  348, 
donne  en  substance  le  contenu  de  cette  charte.  Ce  manus- 
crit cité  par  Lelewel,  a  été  invoqué  par  moi  dans  ma  dis- 
cussion avec  M.  Cartier  sur  l'attribution  de  la  monnoie  au 
cavalier  armé,  portant  le  nom  de  Marguerite  (Voir  Revue 
de  la  Numismatique,  tome  I.)  Aux  observations  déjà  faites, 
j'ajouterai  encore  que  le  poids  donné  aux  pièces  de  Dekin 
par  les  lettres  ci-dessus,  de  2/3  du  gros  tournois,  c'est-à-dire 
de  2  gra.  80  environ ,  est  précisément  celui  des  monnoies 
de  Marguerite  au  Cavalier  et  des  pièces  d'Alost.  M.  Rreglin- 
ger,  d'Anvers,  vient  de  me  communiquer  des  exemplaires 
de  ces  deux  monnoies,  trouvées  ensemble  et  en  assez  grande 
quantité  dans  la  Flandre  orientale.  Ces  pièces ,  d'une  con- 
servation admirable  el  de  très-bon  alloi,  sont  de  même 
poids  et  de  la  même  fabrique.  Si  la  monnoie  d'Alost  est 
incontestablement  de  Marguerite  de  Constantinople,  pour- 
quoi nier  celle  de  Valenciennes?  Elle  remplit,  je  le  repète, 
toutes  les  conditions  voulues  par  un  document  authen- 
tique qui  prouve  qus  des  pièces  de  celte  valeur  ont  été 
forgées  à  Valenciennes.  Elle  porte  le  nom  de  la  comtesse 
qui  a  fait  frapper  ces  monnoies,  le  nom  de  la  ville  où  les 
monnoies  ont  dû  être  frappées;  elle  est  au  poids  et  au  titre 
voulu,  elle  est  identique  de  valeur  avec  celles  d'Alost  qu'on 
ne  peut  attribuer  à  une  comtesse  plus  récente;  puisque 
Marguerite  de  Constantinople  est  la  dernière  comtesse  de 
ce  nom  qui  ait  régné  à  la  fois  sur  la  Flandre  et  le  Hainaut. 

Si  toutes  ces  circonstances  réunies  ne  peuvent  rien  en- 
core, s'il  faut,  pour  qu'un  fait  historique  soit  admis,  pour 
qu'une  attribution  numismatique  surtout  soit  regardée 
comme  juste,  l'appuyer  sur  des  preuves  directes  et  de  telle 
nature  que  toute  autre  supposition  devienne  impossible, 
on  en  serait  réduit  à  un  bien  petit  nombre  de  certitudes: 
car  il  n'est  guère  de  classification  de  mormoies  anciennes 


(  203  ) 

qu'on  ne  puisse  combattre  avec  dix  fois  plus  d'avantages 
(juc  celle-ci. 

La  monnoie  d'Alost  est  gravée  dans  Lelewel ,  n.°  62. 

Celle  au  cavalier  de  Valenciennes ,  dans  la  Revue  de 
la  Numismatique  française,  tome  I  ;  dans  Ghesquière, 
Duby,  Lelewel,  n.°  63,  etc. 

Les  artésiens  et  mailles  artésiennes  dont  parlent  les  Let- 
tres de  la  comtesse  Marguerite,  sont  de  pelftes  monnoies 
d'argent,  souvent  muettes  (Voir  Duby,  pi.  I,  supp.  n.°  1). 
M.  Lelewel  a  donné  dans  ses  Observations  sur  le  type  du 
moyen-âge  de  la  monnoie  des  Pays-Bas,  notes,  page  6, 
la  figure  d'un  artésien  au  nom  de  la  comtesse  Mahaut 
(1302-1329). 

J'ignore  comment  Marguerite  de  Constantinople,  qui 
ne  possédait  pas  l'Artois,  faisait  forger  des  artésiens.  Quant 
aux  rondes  ou  valenciennoises ,  ce  sont  des  oboles  d'ar- 
gent portant  d'un  côté  une  croix  pâtée ,  cantonnée  de  crois- 
sants ou  de  bezants,  de  l'autre  le  monogramme  Hennuyer, 
seul  ou  entouré  du  nom  de  Valenciennes  (Voir  Duby, 
pi.  LXXXVII,fig.  9  et  10). 

1276. 

Archives  de  Lille . 

Fragment  de  lettres  des  officiers  de  la  monnoie  du  roi , 
écrites  à  ce  qu'il  paraît  au  comte  de  Flandre,  qu'ils  ap- 
pellent Sire ,  par  lesquelles  ils  lui  marquent  la  manière 
dont  ils  font  les  essais  dans  les  monnoies  du  roi. 

Environ  1276.  1."  Carlulaire  de  Flandre,  pièce  540. 

Ce  sont  des  renseignements  demandés  sans  doute  pour 
l'exécution  du  bail  passé  avec  Claes  de  Dekin ,  ou  peut-être 
pour  établir  les  clauses  de  ce  bail,  car  ce  fragment  n'a  pas 
une  date  certaine. 


(  204  ) 
1282.  —  20  Juillet. 

Archives  de  Lille. 

Lettres  par  lesquelles  Philippe  III  dit  le  Hardi,  roi  de 
France,  mande  à  son  amé  et  féal  le  comte  de  Flandre, 
qu'il  a  ordonné  depuis  peu  que  ceux  qui  auront  dans  son 
royaume  baudekins  ou  valenciennois ;  ou  autre  monnoie 
blanche  ou  noire  de  hors  du  royaume,  exepté  des  sterlings, 
et  qui  ne  les  auront  fait  percer  dans  un  mois  après  cette 
ordonnance,  les  perdront  et  forferont,  et  ceux  qui  les 
auront  dénoncés  auront  la  dixième  partie  du  forfait. 

Quant  aux  sterlings,  ils  auront,  jusqu'à  nouvelle  ordon- 
nance, cours  dans  le  royaume  pour  quarriau  tournois  (1), 
et  ceux  qui  voudront  leur  donner  plus  de  valeur  seront 
punis  sévèrement. 

Toutes  monnoies  des  terres  des  barons  du  roi  qui  seront 
trouvées  avoir  cours  dans  la  terre  du  roi  ou  d'un  autre 
baron  seront  fourfaites  au  profit  du  roi ,  ou  de  celui  dans 
la  terre  de  qui  elles  seront  trouvées,  quoi  qu'il  ait  chez 
lui  le  ban  et  toute  la  haute  justice;  à  moins  qu'elle  n'y 
ait  cours  par  l'usage. 

Le  roi  mande  au  comte  de  faire  publier  dans  sa  terre 
cette  ordonnance  sans  délai,  d'en  donner  des  copies  à  ses 
barons  et  à  ses  prélats,  et  de  la  faire  exécuter  avec  tant 
de  soins  qu'il  ne  puisse  être  repris  de  diligence 

A  Paris  le  lundi  avant  la  Magdelene  (20  juillet)  1282. 

Un  fait  singulier  et  qui  n'avait  pas  échappé  au  savant 
Lelewel,  c'était  l'apparition  simultanée  du  type  anglais  des 
Esterlings  sur  les  diverses  monnoies  des  provinces  belgi- 


(i)TJne  ordonnance  rie  S'-Louis  [Facto,  in  parlamento  omnium  sanc- 
torum }  anno  domini  i\j65),  donne  aux  sterlings  la  même  valeur, 
4  tournois  ou  un  liers  de  gios,  ce  qui  revient  à  la  moitié  des  baudekins 
ou  valenciennois. 


(  205  ) 

ques,  à  la  fin  du  XIIÏ.e  siècle.  Cette  ordonnance  de  Philippe 
le  Hardi  est  une  explication  de  l'énigme.  Toutes  les  raon- 
noies  étrangères,  les  haudekins  ou  valenciennois ,  sont  in- 
terdites dans  le  royaume,  à  l'exception  des  esterlings  qui 
auront  cours  pour  quarriau  tournois  (4  tournois  ou  un 
tiers  de  gros).  Cette  préférence  accordée  à  la  monnoie 
anglaise  devait  la  faire  adopter.  C'est  ce  qui  arriva  en  effet: 
on  connaît  des  esterlings  de  presque  tous  les  seigneurs  de 
la  Belgique  qui  frappaient  monnoie  à  cette  époque.  Ceux 
de  Luxembourg  se  distinguent  toutefois  par  cette  particu- 
larité qu'ils  portent  le  nom  du  roi  anglais  Edward,  comme 
s'il  avait  possédé  cette  province. 

1282(1283).  —  Février. 

Archives  de  Lille. 

Lettres  par  lesquelles  le  comte  Gui  de  Dampierre,  mar- 
quis  de  Namur,  donne  àUbiert  Alion,  citoyen  d'Ast ,  et  à  ses 
compagnons,  la  permission  de  faire  de  la  monnoie  à  Namur 
pendant  deux  ans ,  commençant  aux  Pâques  prochaines. 

Ils  feront  de  la  monnoie  aux  mêmes  poids  et  loi  que  le 
duc  de  Brabant  en  a  fait  faire  depuis  un  an  :  chacun  deus 
(denier)  pour  trois  Brousse  lois  et  pour  trois  Louvagnois. 
(  Suit  alors  la  manière  de  constater  le  poids  des  monnoies 
fabriquées,  d'en  justifier  le  titre  en  se  servant  des  monnoies 
de  Brabant  pour  étalons). 

Cette  monnoie  sera  de  telle  taille,  de  fars  et  de  foihle 
comme  les  nouveaux  sterlings  d'Angleterre. 

Le  comte  promet  de  ne  pas  faire  de  la  monnoie  dans  la 
terre  de  Namur ,  par  autres  personnes ,  pendant  le  terme 
ci-dessus  et  de  donner  cours  à  cette  monnoie  dans  tout  le 
comté  de  Namur.  Si  le  duc  de  Brabant  ou  autres  sires  re- 
fusaient de  recevoir  dans  leurs  pays  la  monnoie  d'Hubert, 
le  comte  s'oblige  de  deffendre  la  leur  dans  son  comté  de 
Namur.  Février  1282.  (Nouveau  style  1283.)  â.mc  Cart.  de 
Fland.,  p.  93). 


(  206  ) 

Les  esterlings  frappés  en  exécution  de  ce  bail  sont 
connus.  Ghesquière  en  donne  la  figure  pi.  4,  n.°  3.  «  Cette 
monnoie  doit  être  identique  de  poids  et  de  loi  avec  celle 
que  le  duc  de  Brabant  a  fait  faire  depuis  un  an.  »  C'est- 
à-dire,  sans  doute,  depuis  le  mois  de  juillet  précédent, 
depuis  l'ordonnance  de  Philippe  le  Hardi.  Le  duc  de  Bra- 
bant Jean  I  paraîtrait  avoir  donné  l'exemple  aux  imita- 
teurs des  esterlings. 

1294  (t295).  —  17  Mars. 

Archives  de  Lille. 

Mandement  du  roi  Philippe  le  Bel ,  au  comte  de  Flan- 
dre, de  faire  observer  dans  sa  terre  les  ordonnances  faites 
par  ce  roi,  au  sujet  des  monnoies  et  y  interdire  le  cours 
des  monnoies  étrangères  blanches  ou  noires. 

Le  jeudi  après  la  mi-carême  (17  mars)  1294  (1295). 

Renouvellement  de  la  défense  de  Philippe  le  Hardi,  du 
20  juillet  1282. 

1296.  —  Juin. 

S.'-Genois,  412.  —  Archives  du  Hainaut. 

Vidimus  donné  en  1296  par  Jean  de  S.'-Liennart,  garde 
de  la  prévôté  de  Paris,  sous  le  sceau  de  cette  prévôté,  du 
règlement  fait  par  le  roi  Philippe  le  Bel  entre  les  mon- 
noies du  royaume ,  pour  la  fabrique  des  monnoies  et  les 
droits  qui  doivent  leur  appartenir. 

A  Paris  en  juin  1296. 

Nous  allons  voir  ce  règlement  servir  de  base  à  des  me- 
sures de  même  genre  prises  par  le  comte  de  Namur,  le 
comte  de  Hainaut  et  le  comte  de  Flandre. 

L'habitude  d'aller  chercher  nos  modèles  de  lois  en 
France  date  de  loin. 


(  207  ) 
1297.  —  29  Avril. 

Archives  de  Lille. 

Lettres  de  Gui ,  comte  de  Flandre,  par  lesquelles  il 
accorde  à  ses  moimoyers  divers  privilèges. 

Les  personnes  qui  travaillent  à  la  monnoie  en  Flandre 
auront  dans  ce  comté  les  mêmes  usages  et  coutumes  que  le 
roi  de  France  a  accordé  aux  ouvriers  de  ses  monnoies,  et 
le  comte  les  prend  sous  sa  garde  et  protection. 

Ils  seront  francs  et  exempts  de  toutes  coutumes  et  ser- 
vitudes. Excepté  des  trois  cas ,  «  rapt,  meurtre,  larcin,  »  ils 
ne  pourront  être  jugés  que  par-devant  le  prévôt  et  le 
maître  de  la  monnoie.  Ils  seront  obligés  de  garnir  la  mon- 
noie du  comte  pour  tous  ses  besoins  à  leurs  frais  et  dépens , 
toutes  les  fois  qu'ils  en  seront  requis. 

29  Avril  1297.  l.er  Cart.  de  Fland.,  p.  460. 

Ce  sont  à-peu-près  les  mêmes  privilèges  et  conditions 
que  ceux  exprimés  dans  l'accord  de  Jean  II  d'Avesnes, 
comte  de  Hainaut,  avec  les  monnoyeurs  de  Valenciennes , 
le  24  août  de  la  même  année  1297,  c'est-à-dire  ceux  dont 
jouissaient  les  monnoyeurs  du  roi  de  France. 

1297.—  l.er  Août. 

Archives  de  Lille. 

Lettres  par  lesquelles  Gui,  comte  de  Flandre,  établit 
dans  la  ville  de  Namur,  24  ouvriers  et  20  monnoyers 
pour  travailler  toujours  aux  monnoies  de  ce  comté,  et 
leurs  hoirs  après  eux. 

Il  leur  accorde  divers  privilèges. 

l.er  Août  1297. 

Les  privilèges  et  conditions  exprimés  dans  cette  charte, 
sont  à-peu-près  ceux  que  le  même  comte  avait  établis 
pour  ses  monnoyers  de  Flandre,  le  29  avril  de  la  même 


(  208  ) 

année,  et  que  Jean  d'Avesnes  accorda  à  ses  monnoyers 
de  Valenciennes ,  le  24  août  suivant. 

1297.  —  24  Août. 

S.'-Genois,  4'2.  —  Archives  du  Hainaut. 

Accord  fait  entre  Jean  II  d'Avesnes,  comte  de  Hainaut, 
et  ses  monnoyers  de  Valenciennes,  pour  la  fabrication 
de  ses  monnoies. 

Par  cet  accord  ceux-ci  s'engagent  à  :  «  faire  se  monoie 
partout  u  il  plaira  a  lui,  u  sert  hoir  conte  de  haynnau,  en 
se  tiere ,  en  un  lieu  u  en  pluiseurs,  »etc.  ;  ils  s'obligent  à 
avoir  douze  fournaises  au  moins. 

Le  comte  leur  accorde  diverses  immunités  et  privilèges. 

Le  dimanche  après  la  S.'-Barthélemi  (24  août).  1297. 

On  connaît  des  esterlings  du  comte  Jean  II  d'Avesnes, 
frappés  à  Mons  :  moneta  MONTEns(i's),  à  Valenciennes  : 
VALENceKENsis ,  à  Maubeuge  :  melbodiensis  (1);  ces  pièces 
ont  sans  doute  été  faites  en  exécution  de  cet  accord,  par 
lequel  le  comte  se  réservait  le  droit  de  faire  forger  mon- 
noie  en  un  lieu  ou  en  plusieurs.  Antérieurement  à  cet 
acte,  les  comtes  de  Hainaut  ne  paraissent  pas  avoir  eu 
d'autres  monnoies  que  celles  de  Valenciennes. 

Cette  charte  est  imprimée  dans  le  Novus  Thésaurus  Anec- 
dotorum  de  Martène  et  Durand,  tome  I,  page  1295. 

1299.  —  13  Mai. 

S.'-Genois ,  242.  —  Archives  du  Hainaut. 

Lettres  de  Guillaume  de  Hangest,  bailli  de  Vermandois, 

par  lesquelles  il  fait  savoir  au  comte  de  Hainaut  que  le 

roi  a  défendu  dans  son  royaume  le  cours  d'autres  mon- 


(1)  Duby,  planche  LXXXIV,  N.°s  1,  2,  3. 


(  209  ) 

noies  que  celles  qu'il  a  fait  forger,  et  lui  mande  qu'il  ait 
à  faire  publier  et  exécuter  celte  défense  dans  le  Pays  dOs- 
trevant,  qui  était  tenu  du  roi. 

A  S.'-Quenlin,  le  mercredi  après  la  translation  S.l-Ni- 
colas.  1299  (13  mai). 

Les  rois  de  France  ont  essayé  à  plusieurs  reprises,  de 
faire  valoir  leur  droit  de  suzeraineté  sur  l' Ostrevant ,  petit 
territoire  avec  titre  de  comté,  dont  Bouchain  était  la  capi- 
tale. Les  titres  qui  concernent  les  différends  entre  les  rois 
de  France  et  nos  comtes ,  pour  l'hommage  de  l'Oslrcvant , 
occupent  une  division  toute  entière,  dans  l'inventaire  des 
chartes  du  Hainaut,  de  Jean  Godefroi  (Voir  Monuments 
Anciens  de  S. '-Génois,  page  238  et  suivantes.) 

1299.  —  31  Octobre. 

Archives  de  Lille. 

Traité  et  accord  entre  Robert,  fils  aîné  du  comte  de 
Flandre,  avoué  d'Arras,  sire  de  Béthune  et  de  Termonde, 
ayant  l'administration  du  comté  de  Flandre,  et  Jean  II, 
duc  de  Lothier,  de  Brabanl  et  de  Limbourg,  au  sujet  des 
monnoies. 

Robert  et  Jean  partageront  également  entre  eux  le  pro- 
fit des  monnoies  de  leur  pays  :  aucunes  monnoies  étrangè- 
res n'auront  cours  en  Flandre  ni  en  Brabant. 

Il  n'y  aura  que  trois  monnoies  (1)  en  Flandre,  et  pareil 
nombre  dans  les  terres  du  duc  en-deçà  de  la  Meuse  :  on  y 
fera  de  nouveaux  deniers  de  1 14  au  marc  qui  vaudront  (2) 
7  deniers ,  pougeoise  moins ,  de  fin  argent  :  chaque  denier 
vaudra  6  deniers  parisis  :  le  marc  de  Cologne  se  vendra 
cent  sols  tournois,  etc. 


■j 


(i)  Fabriques  de 
(a)  Lisez  qui  sert 


monnoie. 
qui  seront  à. 


(  210  ) 

Cet  accord  doit  durer  jusqu'à  la  S.'-Jean-Bapliste  1301 , 
à  peine  de  10,000  marcs  contre  celui  qui  y  contreviendra. 
La  veille  de  la  Toussaint  (31  octobre)  1299. 

Les  monnoies  frappées  en  exécution  de  cet  acte,  étaient 
des  demi-gros parisis.  Ces  demi-gros  ou  pièces  de  6  deniers, 
se  forgeaient  à  raison  de  114  pièces  dans  un  marc  de  Co- 
logne (l),  et  au  titre  de  7  deniers,  pougeoise  moins,  de 
fin.  C'est-à-dire  au  titre  de  6  deniers  18  grains  (27/48  de 
fin).  On  appelait  pougeoise  ou  jjoitevine  le  quart  du  denier 
ou  la  moitié  de  Yobole. 

Elles  pesaient  donc  . Gr.  2.101 

Et  contenaient  de  fin 1.182 

Le  marc  de  Cologne  à  raison  de  5  liv.  1  sol  parisis, 
ou  6  liv.  6  sol  3  den.  tournois.  Ou  le  marc  de  Troye  à 
raison  de  6  liv.  9  sol  4  Jen. 

«  Le  marc  de  Cologne  se  vendra  cent  sols  tournois,  » 
signifie  que  le  marc  d'argent  non  monnoyè  sera  échangé  à 
la  monnoie  contre  cinq  livres  tournois  en  espèces.  Avec 
ce  marc ,  les  monnoyeurs  faisaient  pour  6  liv.  6  sol  3  den. 
de  la  monnoie  nouvelle. 

1299(1300).—  2  Avril. 

Archives  de  Lille. 

Accord  entre  Robert ,  fils  aîné  du  comte  de  Flandre .  etc. , 
et  Jean  II ,  duc  de  Lothier,  de  Brabant  et  de  Limbourg , 
par  lequel  ils  conviennent  de  partager  entre  eux  le  profit 
des  monnoies  qui  seront  fabriquées  en  Flandre  et  en  Bra- 
bant. 

Ils  ne  pourront  avoir  que  deux  monnoies  dans  tous 
leurs  pays. 


(i)  Nous  verrons  clans  une  convention  faite  entre  les  mêmes  princes, 
le  2  avril  1299  (i3oo),  que  le  marc  Je  Cologne  faisait  i  et  1/2  58.rae  Je 
moins  que  le  marc  Je  Troye. 


(  211  ) 

On  fera,  dans  les  monnoies  de  Flandre  et  de  Brabant , 
des  gros  deniers  d'argent ,  aussi  bons  de  poids  et  de  loi 
que  le  gros  tournois  le  roi;  il  y  en  aura  56  et  1/2  au  mare 
de  Cologne ,  et  chacun  sera  de  loi  de  1 1  den.  et  demi  moins 
un  demi  grain  d'argent  fin;  ces  deniers  seront  taillés  à 
recours,  et  il  ne  pourra  y  avoir  de  différence  que  trois 
grains  entre  le  fort  et  le  faible.  Le  remède  du  titre  sera  de 
trois  grains ,  etc. 

On  fera  dans  ces  monnoies  des  deniers  d'argent,  dont 
trois  vaudront  un  gros  denier  ci-dessus.  Ils  seront  de  même 
alloi  que  les  gros  tournois  et  de  poids  taillés  à  14  sols  3 
deniers  au  marc  de  Cologne  (171  pièces  au  marc). 

On  fera  en  Flandre  des  deniers  noirs,  dont  18  vaudront 
un  gros  denier  ci-dessus.  Ils  seront  de  loi  à  2  deniers  et 
maille  d'argent  fin  (S/24),  et  de  poids  à  20  sols  au  marc 
de  Cologne  (240  pièces  au  marc). 

On  fera  en  Brabant  des  petits  deniers  d'argent,  dont  9 
auront  cours  pour  un  gros  denier  ci-dessus;  ils  seront  de 
loi  à  10  deniers  d'argent  fin  (10/12),  et  de  poids  à  37  sols 
au  marc  de  Cologne  (444  pièces  au  marc). 

Ce  traité  doit  durer  jusqu'à  la  nativité  de  S.'-Jean-Bap- 
tiste  1302. 

Fait  le  samedi  avant  Pâques  fleuries  1299.  C'est-à-dire 
2  avril  1300. 

Cet  acte  nous  fournit  plusieurs  renseignements  précieux 
pour  l'histoire  de  nos  monnoies.  Il  nous  donne  d'abord  le 
rapport  entre  le  marc  de  Troye  et  le  marc  de  Cologne, 
rapport  sur  lequel  les  auteurs  qui  ont  écrit  sur  les  mon- 
noies sont  loin  d'être  d'accord. 

Selon  Ricard ,  le  marc  de  Cologne  serait  égal  à  4560 
grains  de  Troye,  c'est-à-dire  plus  faible  que  ce  dernier 
de  48/4608  ou  de  1/96. 

Selon  le  docteur  Arbulhnol.  le  marc  de  Cologne  repré- 


(  212  ) 

sente  4402  gr.  778/945  de  Troye.  Il  serait  plus  faible  que 

ce  dernier  de  206/4608,  ou  un  22.me  1/2  environ. 

Nous  voyons  ici  que  le  gros  denier  d'argent ,  aussi  bon 

de  poids  que  le  gros  tournois  le  roi,  se  taille  à  56  1/2  au 

marc  de  Cologne. 

Le  gros  tournois  se  taillait  à  58  au  marc  de  Troye; 

donc  le  rapport  entre  ces  deux  poids  est  de  56  1/2  à  58. 

Le  marc  de  Cologne  serait  d'un  58.me  et  1/2  ou  de  3/116 

plus  faible  que  le  marc  de  Troye. 

Ce  gros  denier  d'argent  pesait 4.241 

Il  contenait  d'argent  fin 4.065 

Les  tiers  étaient  comparativement  un  peu  plus  légers, 

puisqu'on  en  forgeait  171  au  marc,  au  lieu  de  169  et  1/2 

qu'on  aurait  dû  forger  pour  faire  exactement  le  tiers  du 

gros. 

Cette  différence  se  remarque  souvent  dans  les  subdivi- 
sions, et  elle  servait  sans  doute  à  couvrir  les  frais  de  fa- 
brication qui  augmentent  en  raison  du  nombre  de  pièces 
à  forger. 

Le  denier  noir  de  Flandre,  dont  18  faisaient     g. 

un  gros,  pesait 1.000 

Il  contenait  de  fin .  0.208 

Dans  la  proportion  du  gros  d'argent,  il  aurait  dû  contenir 
0,225.  Cette  différence  couvrait  sans  doute  les  frais  de 
fabrication  et  le  prix  de  l'alliage  qui  entrait  dans  les  de- 
niers noirs. 

Les  petits  deniers  d'argent  de  Brabant,  qui  faisaient 
deux  deniers  noirs  de  Flandre , 

Pesaient 0.540 

Ils  contenaient  de  fin 0.450 

C'est  à  peu  de  cbose  près  la  îieuvième  partie  de  l'argent 
fin  contenu  dans  le  gros,  qui  fait  neuf  de  ces  pièces.  Ici  on 
n'a  guères  eu  égard  à  l'augmentation  des  frais  du  mon- 
noyage.  La  différence  de  valeur  entre  un  gros  et  neuf  petits 
deniers,  n'est  que  de  15  milligrammes. 


(  213  ) 

«  Les  gros }  dit  l'accord,  seront  taillés  à  recours.  »  C'est- 
à-dire  que  chaque  pièce  devra  être  ajustée  à  son  poids 
séparément.  On  disait  tailler  sans  recours  quand  il  suffisait 
qu'un  certain  nombre  de  pièces  égale  un  certain  poids, 
le  fort  compensant  le  faible.  Ce  dernier  mode  s'employait 
pour  la  menue  monnoie. 

Le  gros  de  Flandre  de  Gui  de  Dampierre  n'est  pas  décrit 
que  je  sache.  Ghesquière  nous  a  conservé,  pi.  IV,  fig.  7 , 
un  gros  qu'il  attribue  à  Jean  I  de  Brabant.  Il  me  paraît  plus 
probable  que  ce  gros  appartient  à  Jean  II,  et  qu'il  a  été 
frappé  en  exécution  du  traité  fait  par  ce  duc  avec  le  comte 
de  Flandre,  traité  qui  stipule  la  fabrication  d'une  pareille 
monnoie. 

Une  objection  assez  grave  combat  cependant  cette  sup- 
position ,  c'est  le  titre  donné  à  cette  pièce  par  Ghesquière , 
8/12,  tandis  qu'il  devrait  être  de  II  et  demi  deniers.  Mais 
Ghesquière  n'a  pu  donner  bien  exactement  le  titre  des 
pièces  qu'il  décrit;  il  eut  fallu  pour  cela  employer  l'essai 
à  la  coupelle,  c'est-à-dire  fondre  les  pièces,  ce  que  très- 
certainement  il  n'a  pas  fait.  Il  a  donc  jugé  ou  fait  juger 
du  titre  à  la  touche,  comme  il  le  dit  lui-même,  pag.  34, 
mais  ce  procédé  est  très-imparfait.  Ajoutez  à  cela  que 
parmi  les  pièces  de  ce  siècle  il  n'est  pas  rare  de  voir  des 
spécùnens  de  la  même  monnoie  varier  considérablement 
dans  le  poids  et  dans  le  titre. 

Les  tiers  sont  sans  doute  les  esterlings  de  ces  deux  prin- 
ces, pièces  décrites  et  gravées,  savoir  :  Celui  de  Gui  de 
Dampierre,  dans  Duby,  pi.  79,  n.°  6,  et  celui  de  Jean  duc 
de  Brabant ,  dans  Ghesquière ,  pi.  IV,  n.°  6. 

Le  denier  noir  de  Flandre  ne  m'est  pas  connu ,  peut-être 
était-ce  une  monnoie  muette;  mais  je  crois  reconnaître  le 
petit  denier  de  Brabant,  dont  9  faisaient  un  gros,  dans  ces 
pièces  que  Lelewel  désigne  sous  le  nom  de  petite  ?nonnoie 


(  2U  ) 

brabançonne,  et  spécialement  dans  celle  qu'il  a  donnée 
sous  le  n.°  37. 

1308.  —9  Octobre. 

S. '-Génois,  4 «2.  —  Archives  du  Hainaut. 

Lettre  de  non  préjudice  donnée  au  comte  de  Hainaut] 
par  Jean,  sire  de  Walaincourt.  au  sujet  de  la  permission 
que  ce  comte  (Guillaume  I),  lui  avait  donnée  de  faire 
battre  monnoie  dans  le  donjon  de  Walaincourt,  qu'il 
tenait  en  fief  du  dit  comte. 

Le  jour  S.'-Denis,  1308. 

Je  crois  avoir  reconnu ,  dans  l'empreinte  d'une  pièce 
qui  m'a  été  communiquée  par  M.  Lelewel,  la  monnoie 
frappée  en  vertu  de  cette  permission  du  comte  Guillaume, 
par  le  sire  de  Wallincourt.  Cette  pièce  porte  d'un  côté  une 
aigle,  y  mo  :  wallexcort.  Rev.  une  croix,  y  gvillelm-.comes. 

On  trouve  dans  les  additions  du  Traité  de  Duby,  la 
mention  et  l'analyse  d'une  lettre  de  ce  même  Jean  de 
Wallincourt,  en  date  du  5  janvier  1314,  par  laquelle  il 
reconnaît  n'avoir  pas  le  droit  de  battre  monnoie  à  Wallin- 
court, qui  relève,  dit-il,  de  l'évoque  de  Cambrai.  Il  re- 
nonce à  tout  droit  acquis  et  veut  que  ce  qu'il  a  fait  ne 
puisse  autoriser  ses  successeurs.  Cette  reconnaissance  est 
faite  à  la  réquisition  de  l'évêque  de  Cambrai  qui  lui  avait 
ordonné  de  cesser  de  battre  monnoie  à  Wallincourt. 


(  215  ) 
1312.  —  2  Mai. 

Archives  du  Uainaut. 

Accord  fait  par  le  moyen  d'arbitres,  entre  le  comte 
Guillaume  I  de  Hainaut  et  les  monnoyers  de  Valenciennes, 
au  sujet  des  contestations  survenues  entre  eux  sur  l'exécu- 
tion des  accords  de  1297  et  de  1304. 

A  Valenciennes  le  2  mai  1312,  ratifié  par  le  comte ,  le 
jeudi  avant  la  Pentecôte  1312,  et  par  les  monnoyers  le  len- 
demain. 

C'est  un  jugement  arbitral  pour  l'exécution  du  bail 
de  1297  et  d'un  autre  contrat  fait  en  1304. 

1336-7.—  l.er  Mars. 

Archives  du  Hainaut. 

Accord  fait  entre  Guillaume  I,  comte  de  Hainaut,  et 
Jean  III,  duc  de  Brabant,  pour  la  fabrication  d'une  mon- 
noie  commune  à  leurs  deux  pays. 

Le  dimanche  gras  1 336-7. 

J'ai  donné  sur  ce  curieux  document,  un  notice  qui  a 
été  insérée  dans  le  Messager  des  Sciences  et  des  Arts  de 
Gand,en  1838(1). 

1343.  —  6  Octobre. 

Archives  du  Hainaut. 

Ordonnance  de  Jean  de  Hainaut,  sire  de  Beaumont, 
lieutenant  pour  son  neveu ,  le  comte  de  Hainaut,  relatif 
à  l' enforcessement  des  monnoies  qui  devaient  avoir  cours 
dans  le  Hainaut.  (Données  à  Binch,  le  lundi  après  S.'-Remi , 
en  octobre  1343  (6  octobre  1343). 


(i)  Depuis  l'impression  de  cette  charte  dans  le  Messager,  M.  Serrure 
m'a  fait  conuaître  qu'elle  avait  déjà  été  puhlie'e  en  entier  dans  le  Char- 
ierhoeli  van  Holland  de  Mîcrîs,  vol.  11,  p.  5-]5  ,  et  de  plus  qnHeylen 
en  avait  par!»2. 


(  216  ) 

A  partir  du  jour  S.l-Luc  1343  (18  octobre  1343), 
le  grand  blanc  denier  de  Hainaut  au  lion  et  le  petit  dont 
les  trois  valent  un  grand  seront  pris ,  savoir  : 

Le  grand  blanc  pour 18  den.  Tournois. 

Le  petit  pour 6     »  » 

Le  florin  à  l'écu 41  sols  » 

Les  florenches 30     »    9  den. 

Et  tout  autre  florin  à  l'avenant. 

A  partir  du  dimanche  devant  Pâques  fleuries,  ensuivant 
(21  mars  1344  n.  s.), 

Le  grand  blanc  denier  pour 12  den.  Tournois. 

Le  petit 4     »  » 

Et  tout  florin  ravaluet  selon  chou. 

A  partir  du  jour  N.  D.  en  suivant  (8  septembre  1344), 

Le  grand  blanc  denier  pour 6  den.  Tournois. 

Le  petit  pour 2     »  » 

Et  tout  florin  à  l'avenant. 

Cet  acte  est  la  conséquence  du  retour  à  la  forte  mon- 
noie  qui  avait  lieu  en  France,  on  y  suit  la  proportion  et 
à-peu-près  les  époques  indiquées  dans  l'ordonnance  de 
Philippe  de  Valois,  du  22  août  1343,  c'est-à-dire  la  ré- 
duction par  quarts.  Il  est  à  remarquer  que  cette  ordon- 
nance du  22  août  ne  fut  pas  exécutée  en  France.  Elle 
fut  suivie,  le  26  octobre  de  la  même  année,  d'une  autre 
qui  la  modifiait  en  ce  sens  que  la  réduction  se  faisait  en 
une  fois  à  partir  de  cette  date ,  26  octobre.  Selon  toutes 
les  probabilités ,  cette  seconde  ordonnance  aura  aussi  été 
imitée  dans  le  Hainaut. 

Après  la  modification  de  la  valeur  des  monnoies ,  l'or- 
donnance de  Jean  de  Hainaut  traite  des  paiements  et  de 
l'exécution  des  contrats  : 


(  217  ) 

«  Item  toutes  convenenches ,  emprunt  et  délites  fait  et 
accuités  de  temps  passet ,  à  payer  à  certains  termes  u  sans 
termes ,  seront  dore  en  avant  payés  à  tel  monoie  et  pour 
teil  fuer  corne  elle  valoit  ou  temps  et  au  terme  que  les 
convenenches,  les  obligations  u  les  debtes  furent  faites, 
selon  le  jiris  que  li  mars  d'argent  valoit  adont,  etc.  » 

Disposition  bien  plus  sage  et  plus  juste  que  celle  du 
code  Napoléon,  qui,  article  1895,  impose  dans  ce  cas 
l'obligation  de  rendre  la  somme  numérique  énoncée  au 
contrat,  dans  la  monnoie  qui  a  cours  au  moment  du 
paiement,  soit  que  sa  valeur  intrinsèque  (la  quantité 
d'argent  qu'elle  contient)  eut  augmenté  ou  diminué.  Ici, 
le  législateur  français  a  évidemment  pris  le  nom  pour  la 
Chose.  Ce  n'est  pas  le  nom  d'une  monnoie  qui  en  fait  la 
valeur,  mais  bien  le  métal  qu'elle  contient.  Rendre  un 
égal  nombre  de  francs  n'est  pas  rendre  la  môme  valeur, 
si  le  franc  a  changé  de  poids  ou  de  titre  dans  l'intervalle 
de  l'exécution  du  contract. 

Le  grand  blanc  denier  de  Hainaut  au  Lion,  dont  parle 
cette  charte,  doit  être  \egros  donné  par  Duby,  pi.  LXX_XIV, 
n.°  11. 

Le  tiers,  s'il  était  à  la  même  empreinte,  ne  m'est  pas 
Iconnu. 

ho.  florin  d'or  à  l'écu  est  une  monnoie  de  France.  On  n'a 
ommencé  à  frapper  des  monnoies  d'or  dans  le  Hainaut 
que  sous  les  comtes  de  la  maison  de  Bavière.  Les  florenches 
sont  les  florins  de  Florence,  au  type  de  S.*-Jean-Bapl  iste  : 
cette  moimoie,  comme  furent  plus  tard  les  ducals  de  Hol- 
lande, avait  cours  dans  toute  l'Europe. 

1366  (1367).— 1."  Avril. 

Archives  du  Hainaut- 

Mandement  du  duc  Albert  de  Bavière,  gouverneur  de 
Hainaut.  à  Jean  Roingie,  maître  des  monnoies  de  Hainaut . 

lu 


(  218  ) 

pour  la  fabrication  des  différentes  espèces  (du  l.cr  avril 
1366)  (1367  n.  s.) 

«  Comme  par  nos  lettres  donées  ou  mois  de  may  l'an 
1366  pewissiens  faire  pour  et  ou  nom  de  no  chier  et 
amé  frère  le  duc  Willame,  comte  et  signeur  des  dis  pays, 
et  de  par  nous,  une  certaine  monoie  d'argent,  nomeis 
Fors,  de  certain  pois  et  alloi  et  de  2  S.  6  D.  de  cours  la 
pièce,  demi  Fors  de  quinse  deniers  de  cours  la  pièce  et 
tiercelesde  dix  deniers  de  cours  la  pièce.  Nous  vous  man- 
dons que  dore  en  avant  les  dis  deniers  nomeis  Fors  vo  con- 
tinueis  en  leur  dite  fourme  en  fasant  y  chia  d'aloi  à  XI 
den.  12  grains  d'argent  le  Roi  et  de  LIIII  et  II  tiers  de 
compte  au  mark  et  de  II  sol.  VI  den.  de  cours  le  pièce, 
esterlins  de  ce  meismes  aloi  de  XIII  sol.  VIII  den.  de 
compte  au  marc  (164  pièces  au  marc),  et  de  X  den.  de 
cours  la  pièce ,  et  petits  Fors  de  la  loi  devant  dit  de  G  VIIH 
den.  et  tiers  de  compte  au  mark,  et  de  XV  den.  de  cours 
la  pièce.  » 

Le  Fors  de  Hainaut  forgé  en  exécution  de  cette  ordon-  ! 
nance  devait  peser  exactement Gr.  4.500 

Il  contenait  de  fin 4.134 

C'est  à  raison  du  marc  d'argent  pour  7  liv.  8  sols. 

Le  marc  d'argent  valait  en  France  à  cette  époque  5  liv. 
5  sols. 

Donc  la  monnoie  du  Hainaut  était  plus  faible  d'environ 
2/7  que  la  monnoie  française.  C'est  une  différence  plus 
grande  encore  que  celle  que  nous  avons  remarquée  à  l'oc- 
casion du  Traité  de  1337,  entre  Guillaume  I  de  Hainaul  i 
et  Jean  III  de  Hrabant. 

Le  document  qui  fait  le  sujet  de  cet  article  est  dans  un  I 
état  de  vétusté  tel  que  la  lecture  en  est  parfois  incertaine 
Pour  titre  du  Fors  j'avais  d'abord  lu  VI  den.  12  g.,  ce  qu 


(  219  ) 

donnait  des  pièces  dans  un  rapport  de  valeur  avec  les 
monnoies  françaises  de  moins  de  moitié.  J'ai  cru  alors  de- 
voir lire  XI  au  lieu  de  VI,  et  le  calcul  ci-dessus  est  basé 
sur  cette  supposition.  La  lecture  entière  de  la  charte  m'a 
prouvé  que  c'était  bien  VI  qu'il  fallait  lire,  puisqu'on  y 
voit  que  les  monnoyers  doivent  racheter  les  bi  lions  et 
anciens  Fors  à  raison  de  XI  liv.  VI  sous  le  mark  argent  le 
Roi.  Les  monnoies  nouvelles  devaient  donc  être  calculées 
à  peu  près  sur  le  pied  de  cette  valeur  du  mark  ;  c'est  ce 
qu'on  trouve  en  effet  en  admettant  les  Fors  au  titre  de 
VI  den.  12  gr.  C'est-à-dire  à  13/24  d'argent  le  Roi  (d'ar- 
gent à  23/24  de  fin). 

La  pièce  pesant 4.500 

Contient  de  fin 2.333 

C'est-à-dire  le  marc  d'argent  fin  à  raison  de  13  liv.  3  sol. . 
ou  si  vous  voulez  un  marc  d'argent  fin,  allié  au  titre  et 
forgé  en  monnoie  de  Hainaut,  s'appelait  13  liv.  3  sous, 
tandis  que  le  même  poids  d'argent  fin ,  forgé  en  monnoie 
française  avait  nom  5  liv.  5  sous. 

3 

C'était  l'époque  des  grandes  perturbations  monétaires, 
et  cette  disproportion  peut  ne  plus  paraître  incroyable, 
quand  on  considère  les  variations  énormes  qui  avaient 
lieu  en  France  dans  la  quantité  d'argent  représentée  par 
le  mot  livre.  Au  21  mars  1359  cette  quantité  d'argent 
est  la  102.me  partie  du  marc,  au  31  du  même  mois 
la  llme. 

Une  monnoie  d'argent,  Mono  ta  fortis  Valencnnensis , 
portant  le  nom  du  comte  Guillaume,  a  été  gravée  par 
Duby,  pi.  87,  fig.  4,  et  par  Van  Alkemade  avec  ses  sub- 
divisions, fol.  97. 

Tous  les  deux  attribuent  cette  pièce  à  Guillaume  IV. 
Ne  serait-ce  pas  le  fors  dont  il  est  ici  question? 


(  220  ) 
1376. —  24  Octobre. 

Aicliives  du  Hainaut. 

Promesse  faite  par  Gui  de  Blois  (1),  sire  de  Beaumont 
et  de  Chimay,  chevalier,  de  ne  plus  faire  fabriquer  mon- 
noie  en  son  château  de  Fliraaing,  qu'il  tenait  en  fief  et 
hommage  du  comte  de  Hainaut,  sans  le  consentement  de 
ce  comte,  et  de  ses  successeurs,  laquelle  promesse  il  a  fait 
à  la  prière  du  duc  Aubert  de  Bavière,  gouverneur  de 
Hainaut. 

Au  Quesnoy,  le  24  octobre  1376. 

Acte  passé  par  devant  et  sous  les  sceaux  de  Gilles,  dit 
Louppais  de  Watlignies,  écuyer,  et  de  Jean  de  Berry. 
hommes  de  fief  du  comté  de  Hainaut,  à  la  saisie  faite 
par  Jean,  dit  Sausses  de  Maurege,  prévôt  de  Maubeuge, 
pour  et  au  nom  du  duc  Aubert  de  Bavière,  gouverneur 
de  Hainaut,  de  tous  les  outils  trouvés  propres  à  faire  mon- 
noie  au  château  de  Flimaing. 

Le  27  octobre  1376. 

Ce  château  de  Flimaing  est  sans  doute  le  château  de 
Fumaing  ou  Fumai,  sur  la  Meuse,  près  de  Charlemont. 
On  voit  en  effet,  dans  les  Monuments  anciens  de  S. '-Gé- 
nois, pag.  347,  un  mandement  de  Guillaume  de  Bavière,  | 
comte  d'Ostrevant,  en  date  du  28  janvier  1397  (1398), 
adressé  aux  habitants  des  villes  de  Fumaing  et  de  Revin 


(i)  Gui  de  Châlillon,  comte  de  Soissons  et  de  Blois,  seigneur  d'A 
vesnes,  Chimay,  Beaumont  etc.,  héritier  de  la  terre  de  Beaumont, 
par  sa  mère,  Jeanne  de  Hainaut,  fille  de  Jean  de  Beaumont , troisième 
lils  du  comte  Jean  II  d'Avesnes.  Gui  mourut  à  Mons  en  1397,  et  'a  terre 
de  Beaumont  retourna  à  défaut  d'hoirs  ,au  comte  de  Hainaut ,  Alherl  de 
Bavière;  c'est  ce  Gui,  II. c  du  nom  comte  de  Blois,  qui  vendit  ce  dernier 
comte  à  Louis  de  France,  duc  d'Orléans.  Louis  XII,  petit-fils  de  celui-ci, 
le  réunit  à  la  couronne. 


(  221   ) 

terres  échues  au  comte  de  Hainaut  par  succession  de  son 
cousin  Gui  de  Blois. 

On  peut  attribuer,  à  Gui  comme  comte  de  Blois,  des 
monnoies  portant  l'inscription  :  gvido  comes.  blesis  Castro. 
Voir  Duby,  tome  II,  page  20,  mais  je  ne  connais  pas  sa 
monnoie  de  Fumai. 

R.  Chalo>. 


(  222  I 


fl.  3.  fi.  ft.  ÏDubois. 

(SXTRAIT    d'(H    ESSAI    DE    BIOGRAPHIE    TOl'RHAISIESnE ,    INÉDIT.) 


Dubois  (Pierre  Jean  Baptiste  Pascal),  docteur  hono- 
raire de  la  faculté  des  lettres  et  de  la  philosophie  spécula- 
tive de  l'université  de  Gand,  professeur  de  rhétorique 
à  l'Athénée  royal  de  Tournai,  mort  dans  cette  ville  le  12  fé- 
vrier 1832,  était  né  à  Maignelai,  village  du  département 
de  l'Oise,  à  peu  de  distance  de  Clermont ,  le  21  avril  1767. 

Ce  fut  en  1818  que  M.  Dubois  vint  en  Belgique:  à  cette 
époque ,  il  comptait  déjà  plus  de  dix-huit  ans  de  services 
non  interrompus  dans  l'instruction  publique.  Il  avait 
été  pendant  quatre  ans  chef  d'une  école  de  langues  grec- 
que et  latine,  qu'il  avait  ouverte  dans  son  pays  natal  en 
1799;  il  avait  rempli  pendant  douze  ans,  d'abord  au 
collège  de  Clermont-Oise ,  puis  à  celui  de  Beauvais,  les 
fonctions  de  principal,  cumulées  avec  celle  de  professeur 
de  rhétorique;  enfin,  il  était,  depuis  deux  ans  et  demi, 
professeur  de  seconde  au  collège  royal  de  Metz  et  membre 
du  conseil  académique  de  la  même  ville,  dont  la  juridic" 
lion  s'étendait  sur  toutes  les  écoles  des  départements  des 
\rdennes  et  di*  la  Muselle 


(  223  ) 

Arrivé  à  Tournai,  où  il  était  déjà  connu,  en  1818,  par 
sa  traduction  en  vers  latins  de  l'Homme  des  Champs,  de 
Delille,  qu'il  avait  publiée  en  faveur  de  la  jeunesse  des 
écoles  (1),  M.  Dubois  porta  dans  ses  nouvelles  fonctions 
toute  l'expérience  qu'il  avait  acquise  précédemment  dans 
l'exercice  de  ses  divers  emplois;  elle  fut  de  la  plus  grande 
utilité  à  l'établissement  encore  naissant ,  dans  lequel  ses 
fonctions  de  professeur  de  rhétorique  devaient,  d'après 
les  règlements ,  embrasser  la  direction  et  la  surveillance 
des  études.  L'opinion  lui  sut  gré  de  tout  le  zèle  qu'il  mit 
à  faire  prospérer  l'Athénée;  ses  efforts  pour  mériter  la 
confiance  de  l'administration  et  celle  du  public  furent 
couronnés  de  succès.  Maintenir  la  concorde  et  l'union 
entre  tous  les  fonctionnaires  de  l'enseignement,  exciter 
l'émulation  des  élèves  de  toutes  les  classes,  distinguer  et 
encourager  les  talents,  tel  fut  l'objet  constant  de  ses  soins. 
Son  ambition  était  d'élever  les  études  de  l'Athénée  de 
Tournai  au  degré  de  force  où  il  les  avait  vu  portées  dans 
les  meilleures  écoles  de  l'ancienne  université  de  Paris, 
et  notamment  dans  l'illustre  maison  de  S.te-Barbe,  dont  il 
était  un  élève  distingué.  Il  poursuivit  ce  but  avec  ardeur, 


(t)  Paris,  in-iS.  Ginet  et  Michaud,  1808.  M.  Dubois  était  eutré  fort 
jeune  dans  la  carrière  de  l'instruction  publique.  L'e'tat  de  sa  santé  le 
força  d'y  renoncer  momentanément  et  d'aller  respirer  l'air  natal.  Delille 
venait  de  publier  l'Homme  des  Champs,  et  ce  poème  obtenait  un  grand 
succès  :  le  lire  et  le  relire,  le  savoir  par  cœur,  le  traduire  tout  entier  en 
ver3  latins  ,  fut  pour  M.  Dubois,  ainsi  qu'il  le  dit  dans  sa  préface  ,  un 
amusement  délicieux,  et  le  travail  de  moins  d'une  année.  Toutefois  ,  et 
quelque  soit  le  mérite  de  cette  œuvre  de  sa  jeunesse,  on  ne  peut  s'em- 
pêcher de  regretter  qu'une  seconde  édition  ,  préparée  et  presque  entiè- 
rement achevée  dans  un  âge  plus  mûr,  n'ait  point  rempli  un  vœu  des 
amis  des  lettres  latines. 

Heureusement  le  fils  aîné  de  M.  Dubois,  qui  occupe  avec  distinction 
une  chaire  dans  l'un  des  meilleurs  collèges  de  Paris,  a  compris  ce  vœu, 
si  bien  fait  d'ailleurs  pour  sympathiser  avec  sou  cœui  filial. 


(  224  ) 

et  même  au  détriment  de  sa  santé.  L'impulsion  qu'il  a 
donnée  a  porté  d'heureux  fruits;  il  a  eu  la  satisfaction 
d'entendre  citer  l'Athénée  de  Tournai  comme  l'un  des 
premiers  de  la  Belgique. 

Le  zélé  professeur  aurait  pu  borner  sa  sollicitude  à  la 
surveillance  intérieure  des  classes;  il  la  poussa  plus  haut 
et  plus  loin.  Chargé  de  la  direction  des  études  dans  une 
école  établie  et  soutenue  par  le  gouvernement,  il  aurait 
cru  manquer  à  ses  devoirs  s'il  n'avait  profité  des  réunions 
solennelles  em'amène  tous  les  ans  la  distribution  eles  prix , 
pour  éclairer  l'opinion  sur  les  avantages  de  l'éducation 
nationale  et  pour  combattre  les  préjugés  contraires  aux 
saines  études;  s'il  n'avait  essayé  d'exciter  l'émulation  de 
la  jeunesse  belge  en  lui  présentant  le  tableau  des  services 
renelus  aux  sciences  et  aux  lettres  par  un  granel  nombre 
de  savants  dont  la  patrie  s'honore ,  démontré  à  la  généra- 
tion naissante  la  nécessité  des  fortes  études ,  résultant  pour 
elle  de  la  composition  de  l'ordre  social  moderne,  et  cher- 
ché, dans  toutes  les  occasions,  à  lui  inspirer  l'amour  eles 
devoirs  qui  font  le  citoyen  vertueux. 

C'est  ce  qu'il  fit  en  1818,  en  1820,  en  1821  et  en  1826, 
dans  les  quatre  discours  qui  ont  tous  été  imprimés  et 
elont  deux  (1820-1821)  ont  été  de  plus  insérés  en  entier 
dans  les  Annales  Bclgiqucs  (1).  Le  R.oi  avait  agréé  l'hom- 
mage du  dernier,  en  faisant  connaître  à  l'auteur  qu'il 
appréciait  son  zèle  et  approuvait  ses  principes. 

Au  commencement  de  1829 ,  M.  Dubois  fut  atteint  d'une 
paraplégie  qui  le  priva  ele  l'usage  de  ses  jambes.  Long- 
temps il  conserva  l'espoir  el'une  prompte  guérison ,  mais 
au  bout  de  seize  mois  el'une  elouloureuse  attente ,  toutes 
les  ressources  de  l'art  ele  guérir  ayant  été  épuisées  sans 


^i)  lîccueil  scientifique  et  littéraire  publie   à  Garni  jusqu'en    i83o. 


(  225  ) 

succès  et  ses  forces  physiques,  au  lieu  de  revenir,  s'a  {Fai- 
blissant chaque  jour,  il  se  vit  dans  la  dure  nécessité  de 
renoncer  à  des  fonctions  qu'il  lui  était  devenu  impossible 
de  remplir  par  lui-même.  Il  se  résigna  donc  à  quitter 
pour  toujours  un  titre  qu'il  aimait  à  cause  du  bien  qu'il 
l'avait  mis  à  même  de  faire;  il  envoya  sa  démission  et 
sollicita ,  en  faveur  de  ses  trente-et-un  ans  de  services  dans 
l'instruction  publique,  une  pension  qui  assurât  à  sa  vieil- 
lesse une  honnête  existence  :  car,  par  une  anomalie  étrange 
qui  n'a  pas  disparu  encore  de  la  législation  belge,  les 
professeurs  des  Athénées  et  des  collèges  communaux  n'ont 
pas,  comme  les  professeurs  des  universités,  la  perspective 
d'une  retraite  qui  les  mette  à  l'abri  du  besoin  dans  leurs 
vieux  jours.  Voilà  comment  un  homme  vieilli  dans  l'ins- 
truction, père  d'une  famille  nombreuse,  frappé  dans  un 
âge  encore  peu  avancé  d'une  maladie  incurable  qui 
le  privait  de  toutes  ressources,  était  réduit  à  demander 
des  secours  qu'on  était  libre  de  lui  refuser  et  qu'il  n'aurait 
tenu  que  de  l'humanité  personnelle  du  prince.  C'est  là 
une  lacune  qu'il  est  réservée  à  la  législature  actuelle  de 
faire  disparaître. C'était  au  mois  d'août  1830,  que,  sur  son 
lit  de  douleur,  M.  Dubois  formulait  péniblement  sa  requête 
au  roi  Guillaume.  A  peine  était-elle  revenue  à  l'avis  de 
l'autorité  compétente,  que  la  révolution  éclata.  Il  fal- 
lait attendre  des  circonstances  plus  calmes;  hélas!  elles 
n'arrivèrent  point  assez  vite.  M.  Dubois  avait  renouvelé 
sa  demande  auprès  du  successeur  du  roi  détrôné;  justice 
allait  lui  être  rendue;  la  mort  ne  permit  pas  qu'il  bénit 
la  royale  main  qui  aurait  adouci  ses  derniers  moments. 
M.  Dubois,  que  ses  talents  et  ses  qualités  rendaient  égale- 
ment recommandable ,  a  emporté  dans  la  tombe  les  vifs 
et  justes  regrets  de  sa  famille  dont  il  était  tendrement 
chéri,  de  ses  collègues  qui  trouvaient  en  lui  un  savant 
d'un  commerce  aimable  .  un  ami  sincère  et  digne  de  leur 


(  226  ) 

respect .  de  ses  élèves  qui  ont  pu  particulièrement  appré- 
cier Tétendue  et  la  profondeur  de  ses  connaissances  litté- 
raires. 

Marié  deux  fois  et  deux  fois  veuf.  H.  Dubois  eut  pour 
seconde  femme  une  cousine  germaine  du  poète  Millevoye  ; 
ses  relations  avec  le  chantre  gracieux  de  Y  Amour  maternel 
furent  fréquentes  et  intimes.  >ous  ne  pouvons  nous  refuser 
au  plaisir  d'emprunter  aux  œuvres  de  yiillevoye.  quel- 
ques vers  qui  nous  paraissent  s'adresser  a  M.  Dubois  : 

Philosophe  modeste,  ami  sincère  et  tendre, 

Qui  méritez  la  gloire  et  n'osez  y  prétendre, 

Ariste  recevez  ce  fruit  de  mes  loisirs: 

De  l'étude  par  vous ,  j'ai  goûté  les  plaisirs  : 

C'est  vous  qui  le  premier,  par  des  avis  sévères, 

Daignâtes  corriger  mes  rimes  trop  légères  ; 

Qui  le  premier  du  goût  m'enseignâtes  les  lois, 

Et  de  l'expression  la  noblesse  et  le  choix. 

Vos  leçons  m'ont  formé  :  mes  vers  sont  votre  ouvrage, 

Vous  ne  pouvez,  Ariste,  eu  dédaigner  1  hommage. 

Jamais  dans  mes  tableaux  l'obscène  nudité 

>e  vient  effaroucher  la  pudique  beauté  ; 

Jamais  surtout  mon  vers,  qu'aucun  fiel  n'envenime, 

R l'immole  un  honnête  homme  au  besoin  d'une  rime. 

Je  hais  le  satirique  et  son  rire  moqueur  ; 

Il  brille  par  l'esprit,  mais  aux  dépens  du  cœur. 

Oh!  si  le  dieu  des  vers,  protégeant  ma  jeunesse, 

Et  me  guidant  lui-même  aux  rives  du  Pertnesse, 

Daigne  un  jour  à  mes  vœux  accorder  ses  présents, 

J'ornerai  votre  front  de  mes  lauriers  naissants; 

Mais  si  la  noire  envie  à  nuire  toujours  prête 

S'agite  et  fait  siffler  ses  serpents  sur  ma  tête, 

Si  Zoile  affamé  déchire  mes  écrits, 

Cherchant  pour  l'oublier  vos  entretiens  chéris  , 

Au  sein  de  L'amitié  louchant  en  paix  ma  lyre 

Je  me  consolerai  des  traits  de  la  satire. 

Outre  la  traduction  de  F  Homme  des  Champs }  on  a  de 
M.  Dubois  : 

l.n  De  l influence  des  Gouvernements  sur/es  Sciences  et 


(  227  ) 

tes  Lettres ,  discours  prononcé  le  12  août  1814,  à  la  dis- 
tribution des  prix  du  collège  de  Beauvais.  Beauvais , 
Dujardin,  1814,  in-8.°  de  36  pages. 

2.°  Exercice  académique  sur  l'Histoire  de  France, 
soutenu  dans  le  même  collège,  Beauvais,  Dujardin,  1815, 
in-8.°  de  20  pages. 

3.°  De  l'instruction  publique }  etc.,  discours  prononcé 
le  13  août  1818,  à  la  distribution  des  prix  de  l'Athénée 
de  Tournai.  Tournai,  D.  Casterman,  1818,  in-8.°,  petit 
texte,  18  pages. 

A.0  De  quelques  auteurs  classiques  anciens,  considérés 
sous  le  rapport  moral ,  politique  et  religieux ,  discours  pro- 
noncé à  l'Athénée  de  Tournai,  le  17  août  1820.  Gand, 
J.  N.  Houdin  (1820),  in-8.°,  de  20  pages. 

5.°  Des  services  rendus  par  les  Belges  aux  Sciences  et 
aux  Arts,  avec  des  notes  en  petit  texte  sur  chacun  des 
hommes  célèbres  dont  les  noms  sont  cités  dans  le  corps  du 
discours. 

fi.°  De  la  nécessité  d'étudier  les  Sciences  et  les  Lettres , 
surtout  à  l'époque  actuelle,  discours  prononcé  le  1 1  août 
1828,  à  l'Athénée  royal  de  Tournai.  Tournai,  Dosson- 
Varlé  (1828) ,  in-8.°,  de  24  pages. 

Ge  dernier  discours,  dont  l'édition  s'est  vendue  au  profit 
des  Grecs ,  a  été  traduit  en  hollandais  par  M.  Victor  De- 
flinne.  Bruxelles,  Tarlier,  1826,  in-8.°,  de  20  pages. 

M.  Dubois  laisse  de  plus  des  Traités  encore  inédits ,  sur 
Thistoire  générale,  sur  la  géographie  ancienne,  comparée 
à  la  moderne,  et  sur  diverses  parties  de  renseignement. 


Fréd,  H. 


(  228  ) 


îtottcc  historique 


SUR 


L'HOPITAL  D'AUDENAERDE, 


Parmi  les  institutions  utiles  au  malheur,  si  répandues 
en  Belgique ,  une  des  plus  anciennes  et  des  plus  renom- 
mées est  certes  l'hôpital  de  Notre-Dame ,  à  Audenaerde  ; 
fondé  sous  le  haut  patronage  des  comtes  de  Flandre, 
généreusement  doté  par  ces  princes,  il  s'est  maintenu 
dans  les  troubles  et  les  guerres  civiles  qui  désolèrent  notre 
patrie  pendant  plusieurs  siècles.  Accueillant  le  pauvre  et 
le  soldat  blessé ,  il  fut  respecté  par  tous  les  partis ,  et  ho- 
noré de  la  protection  et  de  la  sauvegarde  des  vainqueurs , 
qui ,  loin  de  lui  envier  ses  richesses  ,  les  ont  presque 
toujours  augmentées. 

Les  archives  de  cet  établissement  sont  dans  un  curieux 
état  de  conservation,  et  peu,  ou  pas  de  villes,  peuvent  se 
vanter  d'en  posséder  une  collection  aussi  complète.  Les  char- 
tes de  donations  et  de  confirmations  s'y  trouvent  garnies 
de  leurs  sceaux,  une  suite  de  comptes  depuis  1317  jusqu'à 
nos  jours  presque  sans  interruption;  une  série  de  règle- 
ments et  statuts  ecclésiastiques,  donnés  par  divers  papes  et 
par  des  évêques  de  Tournai  ;  enfin  uiw  quantité  de  procès 


(  229  ) 

evanl  les  cours  ecclésiastiques  et  civiles,  contiennent  des 
fesors  inépuisables  pour  l'histoire  nationale,  et  offrent 
ne  source  de  documents  nouveaux  à  l'historien  qui 
ouclrait  consiencieusemenl  décrire  les  mœurs  de  nos 
acêtres.  Je  n'ai  fait  qu'effleurer  la  matière  pour  tâcher 
e  tracer  une  notice  succinte  et  abrégée  de  l'origine ,  des 
rogrès  et  de  la  prospérité  croissante  de  cet  hospice.  J'ai 
uivi  l'ordre  chronologique  de  l'inventaire  des  archives, 
t  par  la  suite  des  chartes,  établi  une  contexture.  M.  Van 
luffel,  secrétaire  des  hospices,  et  archiviste  titulaire  de  la 
ille,  m'a,  par  son  obligeance  si  connue,  évité  une  foule 
e  recherches  difficiles  et  peu  agréables. 

Il  est  presqu' impossible  de  préciser  l'emplacement 
►rimitif  de  l'hôpital  de  Notre-Dame ,  à  Audenaerde ,  tant 
cause  des  changements  arrivés  dans  la  circonscription 
les  murs  de  la  ville ,  que  par  le  bouleversement  des  ter- 
■ains  qui  les  avoisinent-  il  est  constant  qu'il  se  trouvait 
îors  de  la  porte  de  Bever,  du  côté  de  l'Eyndriesch,  au 
îord  de  la  ville,  sur  un  terrain  qui  devait  être  très-mal- 
ain,parle  marais,  dit Pude-mere  et  les  inondations  an- 
nielles  ,  auxquelles  cette  partie  de  la  banlieue  était  sujette. 
La  charte  d'institution  n'existe  plus  ;  il  paraît  d'après 
a  donation  de  Baudouin,  dont  nous  allons  parler,  que 
:et  hôpital  fut  érigé  par  un  prêtre  nommé  Arnulphus ,  à 
a  fin  du  XII.e  siècle. 

Le  premier  document  des  archives  est  un  diplôme  de 
1202,  de  Baudouin  de  Gonstantinople ,  par  lequel  il  donne 
i  la  nouvelle  fondation  un  emplacement  pour  établir  un 
noulin  à  eau,  sur  un  bras  de  l'Escaut,  près  de  la  porte 
l'Eyne.  Ce  moulin  n'y  a  été  construit  que  bien  long-temps 
après ,  car  sur  un  plan  de  cette  partie  de  la  ville  à  vue 
i'oiseau ,  dressé  apparemment  pour  une  contestation  sur 
cet  emplacement,  on  voit  le  cours  d'eau  libre,  et  les 
tours  des  fortifications  sont  celles  construites  par  le  duc 


(  230  ) 

Jean-sans-Peur,  en  1400;  il  fut  abattu  lorsqu'on  recons- 
truisit les  murs  de  la  ville  en  1579. 

Peu   de  temps  après  l'établissement  de  l'hôpital,   en 
1224,  Wautier,  évêque  de  Tournai,  exemple  de  dîmes  les 
fruits  et  autres  productions  récoltés  pour  l'entretien  des 
malades,  et  accorde  des  statuts  et  règlements  claustraux 
aux  Frères  et  Sœurs  hospitaliers.  En  1232 ,  Àrnulphe  de 
Landas,  chevalier,  seigneur  d'Eyne,  et  fondateur  de  l'é- 
glise de  ce  village ,  donne  à  l'hôpital  dix  bonniers  de  terre 
situées  à  l'Eyndriesch  (1):  dans  la  même  année,  on  pro- 
jeta l'établissement  d'une  abbaye  de  l'ordre  de  Giteaux , 
qui  devait  se  trouver  près  de  l'hôpital,  mais  des  discussions 
sur  les  droits  ecclésiastiques  de  ces  deux  maisons  religieu- 
ses s'étant  élevées,  un  arbitrage  eut  lieu,  et  n'ayant  pas 
été  en  faveur  de  l'abbaye,  il  paraît  qu'on  ne  donna  pas 
suite  au  projet,  et  qu'on  la  transféra  à  Marcke  près  de 
Gourtrai.  L'année  suivante ,  Grégoire  IX  accorde  au  nou- 
vel hôpital  des  statuts  de  vie  religieuse.  Les  Frères  et  les 
Sœurs  qui  le  desservaient,  continuèrent  long-temps  à  vivre 
d'une  manière  exemplaire,  qui  leur  mérita  souvent  les 
éloges  de  leur  diocésain,  mais  par  la  suite  des  temps, 
les  mœurs  se  relâchèrent ,  et  il  en  résulta  tant  d'abus  que 
l'évèque  de  Tournai  en  expulsa  les  hommes  laissant  aux 
religieuses  seules  le  soin  de  la   maison.  Les  malades  y 
étaient  déjà  si  nombreux,  qu'en  1235,  on  dut  recourir  à 
l'évèque  pour  obtenir  l'autorisation  d'établir  un  cimetière 
particulier,  mais  les  prébendiers  de  l'église  de  S.te-Wal- 
burge,  cà  Audenaerde,  s'y  opposèrent  bientôt,  et  une  sen- 
tence du  même  évêque,  de  1236,  les  débouta  de  leurs 
prétentions. 

L'état  financier  de  l'hôpital  prospéra  tellement  qu'en 

(i)  Celte  acle  est  cil»;  par  Miraeus,  Diplomata  Belgica. 


(  231  ) 

1238,  il  eut  un  excédant  de  revenu  de  200  livres  de 
Flandre,  qui  lurent  données  à  titre  de  prêt  à  Gilles 
Zuathar,  pour  sûreté  duquel  il  hypothéqua  ses  dîmes 
d'Avelghem,  du  consentement  du  curé  de  cette  commune 
et  de  l'abbé  de  S.'-Pierre-lèz-Gand. 

L'année  suivante,  1239,  le  comte  de  Flandre,  Thomas 
de  Savoie,  donna  à  l'hôpital  dix  bonniers  de  terre,  et 
Arnulphe  de  Landas,  qui  sept  années  auparavant  lui  avait 
déjà  donné  une  grande  marque  de  générosité,  ajouta  dix 
bonniers  de  terres  et  prairies  à  son  premier  don. 

Les  prébendiers  de  S.te-Walburge  élevèrent  de  nouvelles 
difficultés  à  cause  du  cimetière,  et  une  nouvelle  sentence 
del'évêque  de  Tournai,  en  1214,  les  débouta  une  seconde 
fois. 

Les  donations  récentes  faites  à  l'établissement,  le  mirent 
à  même  d'acheter,  en  1242,  dix  bonniers  de  terre  à 
l'Eyndriesch ,  du  couvent  de  Marcke  (1),  près  deCourtrai, 
et  l'an  d'après  il  acquit  encore ,  de  moitié  avec  la  ville , 
un  autre  champ,  voisin  du  couvent  d'Ath  :  cette  acquisi- 
tion fut  confirmée  par  Jeanne  de  Constantinople.  La  com- 
tesse Marguerite,  sa  sœur,  rectifia  et  confirma  l'achat 
des  terres  provenant  de  Marcke ,  et  Arnulphe  de  Lan- 
das renouvela  l'acte  de  ses  donations. 

La  comtesse  Marguerite  concéda,  en  1246,  à  l'hôpital, 
le  droit  de  pèche  exclusif  d'un  étang  situé  hors  de  la  porte 
delà  ville ,  nommé  de  Pude-mere,  du  côté  de  Wilshuge  (2). 

L'hospice  avait  prêté  à  Guillaume,  sire  d'Avelghem,  une 
somme  de  100  livres  de  Flandre,  pour  sûreté  desquelles 


(i)  On  présume  que  c'est  le  terrain  qui  devait  servir  à  rétablissement 
de  l'abbaye  de  l'ordre  de  Citeaux,  dont  nous  avons  parlé  plus  liant. 

(2)  Ce  nom  de  TViUhuge  que  je  crois  être  une  fontaine  ,  de  ff^el, 
iVelle ,  source ,  ne  se  retrouve  plus  dans  ancun  titre  ni  charte  des 
archives  de  la  ville. 


(  232  ) 


il  avait  engagé  ses  dîmes  sur  la  paille  de  sa  seigneurie: 
mais  cette  hypothèque  étant  regardée  comme  insuffisante, 
Waulier,  sire  de  Heestert,  et  Guillaume,  seigneur  d'Eyne, 
se  portèrent  garants  pour  cette  rente .  par  un  acte  daté 
de  1247. 

En  1256,  un  nouveau  prêt  de  220  livres  fut  fait  à 
Gilles  Z,uathar,  sur  ses  dîmes  d'Avelghem;  il  les  céda  à 
l'hôpital  en  1259,  le  pape  Innocent  IV  ayant  permis  en 
1247  à  l'hôpital  d'acquérir  des  dîmes  qui  se  trouvaient 
entre  les  mains  de  laïcs.  Cette  cession  fut  confirmée  par 
Arnould,  sire  deMortagne  et  châtelain  de  Tournai,  en  1260. 

Une  des  pièces  les  plus  précieuses  pour  notre  histoire, 
c'est  l'ordonnance  d'avril  1252  ,  par  laquelle  Marguerite, 
comtesse  de  Flandre  et  de  Hainaut ,  accorde  l'émancipa- 
tion aux  serfs  qui  lui  appartenaient  dans  ces  deux  comtés, 
elle  est  citée  dans  le  Recueil  des  Coutumes  de  Flandre, 
liv.  III,  rub.  III,  et  publiée  pour  la  première  fois  dans 
Y  Histoire  de  la  Flandre,  de  M.  Warnkœnig,  vol.  I, 
pag.  358.  Elle  se  trouve  ici  en  original,  revêtue  des  sceaux. 

En  1281,  l'hôpital  acheta  de  Guillaume,  sire  d'Eyne, 
un  bonnier  de  terre  à  l'Evndriesch .  et  Robert  de  Nicuvs  - 
kerke  fit  don  de  deux  maisons  tenant  à  l'enclos. 

Comme  les  troubles  qui  agitèrent  la  Flandre  à  cette 
époque,  exposaient  les  propriétés  de  l'hôpital  aux  courses 
et  déprédations  des  soldats,  le  comte  Gui  de  Dampierre 
lui  accorda,  en  1287,  une  charte  de  sauvegarde,  par 
laquelle  il  prend  sous  sa  protection  immédiate,  l'hôpital 
et  toutes  ses  propriétés,  chargeant  son  bailli  de  l'exécu- 
tion  de    sa  promesse. 

Le  Rieu  ou  ruisseau  dit  de  Hutteghem,  qui  tombe  au- 
jourd'hui dans  le  fossé  extérieur  de  la  porte  de  Bever, 
et  qui,  dans  ce  temps,  pouvait  bien  se  perdre  dans  la 
Pudc-mere,  fut  donné  à  l'hôpital  en  1287,  par  Olivier 
d'Aishove.  seigneur  de  Maskelines  et  de  Bever. 


(  233  ) 

Eustache,  ditZelle,  ancien  receveur  ou  intendant  de 
l'hôpital,  en  1293,  et  Gérard  sire  de  Wissenghem ,  en  1298. 
donnent  chacun  un  bonnier  de  terre  situé  à  l'Eyn- 
driesch. 

Philippe-le-Bet  ayant  résolu  de  mettre  toute  la  Flandre 
à  feu  et  à  sang  pour  venger  le  massacre  des  Français  à 
Bruges,  donna  des  lettres  de  sauvegarde  à  l'hôpital  en 
1301,  et  huit  ans  après  ,  Robert  de  Béthune  qui  gouver- 
nait la  Flandre  pendant  l'absence  de  son  père,  prisonnier 
à  Paris ,  lui  accorda  aussi  sa  protection. 

La  veuve  d'Ange  Van  Herleghem  ayant  fait  don,  en 
1309,  d'une  maison  derrière  l'église,  l'hôpital  acquit  une 
autre  maison  voisine,  nommée  den  steen  van  Enyeland, 
partie  par  achat  et  partie  par  donation,  dans  l'intention  de 
se  procurer  un  refuge  dans  la  ville.  Gomme  son  emplace- 
ment se  trouvait  devant  le  principal  point  d'attaque  des 
fortifications,  et  les  sièges  presque  continuels  que  les  Gan- 
tois tenaient  devant  Audenaerde ,  causant  des  dégâts  sou- 
vent involontaires ,  tant  de  la  part  des  assiégeants  que  des 
assiégés  ,  on  se  décida  enfin  à  abandonner  cette  situation 
dangereuse  au  mois  d'avril  1332  (1) ,  et  l'hôpital  vint 
s'établir  derrière  l'église  de  S.lc-Walburge ,  où  il  se  trouve 
aujourd'hui,  mais  bientôt  l'emplacement  étant  devenu 
insuffisant,  le  duc  Jean-sans-Peur  accorda,  en  1412,  par 


(i)  Voici  ce  qu'en  dit  une  chronique  MS.,  provenant  de  l'abbaye 
d'Eenaeme,  que  j'ai  en  ma  possession  : 

Int selve  jaer  (i332)  entrent  desentyd,  in  april,doenivas  thospitael 
van  Audenaerde  aj  ghedaen  daert  stond  bttiten  der  Beverpoorten 
om  doerloghe  van  die  van  Ghendt  jeghen  Audenaerde.  Het  was  alzo 
schoen  een  hospitael  als  eenich  in  Vlaenderen  xtondt,  zo  dadt  schade 
was  dadt  afghedacn  moeste  zyn.  Endedie  religieusen  quanien  wonen 
binnen  Audenaerde  daer  zy  nochwoonen  dat  eene  schoene  cloester  en 
de  hospitael  es,  up  een  cleen  plaetse  daer  de  Boegaerden  plochlen 
te  wonenr. 

16 


(  234  ) 

lettres  d'amortissement,  le  terrain  sur  lequel  avait  été  le 
couvent  des  Bogards;  il  fut  encore  agrandi  par  l'acqui- 
sition de  plusieurs  maisons  derrière  l'église,  faite  en  1413. 
On  avait  déjà  acheté,  en  1406,  d'Eustache  Roelf  et  de 
sa  femme,  une  maison  nommée  de  Aude  Schole. 

Les  religieuses  qui  mouraient  étaient  enterrées  au  ci- 
metière des  Frères-Mineurs;  mais  des  discussions  pour 
un  mur  mitoyen  survinrent  entre  les  deux  maisons,  et 
les  bourgeois  se  plaignant  continuellement  de  ce  qu'on 
devait  charrier  les  morts  par  les  principales  ruesdela  ville, 
ce  qui  était  très-périlleux  en  cas  de  grande  mortalité 
pour  la  contagion  des  maladies ,  eurent  pour  effet  qu'on 
amortit  trois  verges  de  terre  (sur  lesquelles  se  trouve 
actuellement  la  grande  salle),  pour  la  sépulture  des 
religieuses,  et  sept  verges  pour  celle  des  malades. 

Il  y  avait  à  coté  de  l'hôpital  un  béguinage  nommé 
de  Cluyse  (1),  qui  fut  cédé  en  échange  de  plusieurs 
maisons  et  terrains  au  Bourg,  où  le  béguinage  se  trouve 
aujourd'hui.  On  croit,  d'après  des  dominées  vagues,  que 
l'hôpital  primitif,  avant  d'être  fondé  hors  de  la  ville ,  ,se 
trouvait  à  l'endroit  du  nouveau  béguinage. 

Le  terrain  de  l'hôpital  n'étant  presque  plus  susceptible 
d'agrandissement ,  les  religieuses  demandèrent  de  pouvoir 
fermer  leur  enclos  de  murs  et  de  portes,  ce  qui  fut 
accordé  par  octroi  de  Philippe-le-Bon ,  en  1433,  et 
décrété  par  le  même  comte  en  1435.  C'est  sur  ce  décret 
que  les  religieuses  fondèrent  long-temps  la  prétention 
que  l'hôpital  était  une  maison  noble,  et  demandèrent 
qu'on  exigeât  des  preuves  de  noblesse  des  dames  qui 
s'y  présenteraient;  mais  ce  titre  n'ayant  pas  été  jugé  suffi- 


(i)  Nous  croyons  que  celte  Cluyse  ou  solitude,  était  l'endroit  où  se 
retira  la  comtesse  Ilichilde  ,  veuve  de  Baudouin  de  Mons,  pour  y  faire 
pénitence  de  ses  nombreux  méfaits. 


(  235  ) 

sant ,  il  ne  fut  pas  donné  de  suite  à  celte  demande . 
cependant  pendant  bien  long-temps  toutes  les  religieuses 
furent  nobles ,  et  plusieurs  anciennes  familles  de  Flandre 
et  de  Hainaut  se  trouvent  sur  la  liste  des  Prieures. 

Le  magistrat  de  la  ville  ayant  fait  plusieurs  travaux 
d'assainissement  entre  les  portes  d'Eyne  et  de  Bever,  une 
partie  du  marais  de  Vudemere,  connu  plus  tard  sous  le 
nom  de  Puyde  mère  ou  Pumere ,  fut  réhaussé  et  coupé 
par  une  digue;  l'hôpital  en  réclama  la  propriété,  mais 
pour  éviter  un  procès  coûteux,  pour  la  possession  d'un 
terrain  vague  et  improductif,  il  en  fit  la  cession  à  la  ville 
moyennant  une  rente  annuelle  de  six  florins  carolus,  ou 
douze  livres  parisis,  plus  la  quittance  d'une  rente  de  2  liv. 
2  sols;  cet  accord  à  l'amiable  fut  fait  sous  la  régence  de 
messire  Joes  Cabellau,  seigneur  de  Mulhcm,  bourguemai- 
tre,  Jacques  de  Wargny,  Christophe  Buridaen,  Pierre 
Van  Gheersdaele,  Georges  de  Curte,  l'aîné ,  Arent  Cabel- 
lau, Anthoine  Van  Heurne  et  Ghelyn  Maraeten. 

L'hôpital  avait  une  issue  particulière,  s'ouvrant  sur 
le  marché  à  côté  de  la  chapelle  de  S.'-Georges,  mais  il  en 
céda  le  terrain  à  la  corporation  des  mesureurs  de  blé, 
sous  condition  de  lui  restituer  cette  issue  dans  le  cas  où 
les  marguilliers  s'opposeraient  au  passage  par  le  parvis 
de  l'église.  La  ville  rebâtit  cette  maisonnette  pour  servir 
de  corps-de-garde  aux  veilleurs,  et  aujourd'hui  elle  est 
un  lieu  de  réunion  des  porteurs  au  sac,  qui  se  sont 
maintenus  en  corporation. 

Lors  de  lapri.se  d'Audenaerde  par  les  Gueux,  en  1572, 
ces  bandes  desordonnées  commirent  les  excès  les  plus  ré- 
voltants dans  l'hôpital,  non  seulement  sur  les  religieuses, 
mais  encore  sur  les  pauvres  malades  qu'ils  forcèrent  de 
jeûner  pendant  plusieurs  jours.  Le  curé  d'Edelaere,  dans 
sa  Complainte  que  j'ai  publiée  l'an  passé,  décrit  lon- 
guement toutes  ces  horreurs  (pag.  18.  st.  XL1V .  XLV 
et  XLVI). 


(  23G  ) 

Après  cette  époque,  on  ne  trouve  plus  rien  d'intéressant 
dans  les  annales  de  cette  maison,  jusqu'à  ce  que  la  révolu- 
tion française  vint  en  chasser  les  religieuses  ;  mais  des  jours 
plus  tranquilles  ayant  reparu,  tout  rentra  dans  l'ordre. 
Aujourd'hui  une  commission  gère  les  propriétés ,  et  par 
une  administration  bien  entendue,  augmente  tous  les 
ans  la  prospérité  de  cet  établissement,  qui  peut  être 
donné  pour    modèle  d'ordre  et  de  propreté. 

J.  Ketele. 


Note  sur  la  carte  figurative  du  cours  du  Mieux  ou  ruisseau 
d ' Husteghem ,  et  de  remplacement  du  moulin,  donné 
par  Baudouin  comte  de  Flandres,  en  1202. 

Cette  carte  dont  on  ne  saurait  préciser  la  date  doit  être 
antérieure  à  1543,  puisqu'en  cette  année  on  enleva  la 
digue  qui  s'y  trouve  figurée ,  pour  l'amélioration  des  for- 
tifications, et  la  terre  servit  à  combler  le  marais  dit  de 
Pumere. 

11  y  a  des  inscriptions  sur  la  maison  et  sur  le  chemin 
du  moulin,  mais  elles  m'ont  paru  indéchiffrables. 

Dans  un  procès  qui  eut  lieu  pendant  le  XVIe  siècle,  un 
avocat  reproche  aux  religieuses  d'avoir,  soit  par  négligence, 
soit  par  fraude,  rendu  illisibles  plusieurs  de  leurs  titres 
et  chartes  :  ces  inscriptions  pourraient  bien  être  dans  le 
cas  dont  cet  avocat  se  plaint,  car  la  solution  de  noix  de 
Galles,  employée  il  y  a  quelques  années,  n'a  point  fait 
reparaître  l'écriture. 


(  237  ) 


tt.  X  3.  iuxmx, 


SCULPTEUR      TOURNAISIEN. 


Nicolas  Adrien  Joseph  Lecreux  a  consacré  toute  sa  vie 
à  embellir  les  églises,  à  décorer  les  principaux  édifices 
de  la  ville  de  Tournai.  Chaque  jour  les  créations  de  son 
génie  frappent  encore  nos  regards  ;  aussi  nous  importe-t-il 
de  sauver  d'un  éternel  oubli,  un  nom  qui  doit  appartenir 
aux  annales  des  arts ,  et  dont  la  postérité  nous  demandera 
compte  un  jour. 

Quoique  Lecreux  ne  fut  point  originaire  de  Tournai, 
il  y  avait  acquis  le  droit  de  cité,  car  né  à  Valenciennes , 
il  fut  dès  l'âge  le  plus  tendre  confié  aux  soins  de  Gilis  père , 
premier  directeur  de  l'Académie  de  Tournai.  Le  jeune 
Lecreux  qui  ne  quitta  plus  cette  dernière  ville,  et  qui 
n'alla  même  jamais  à  Paris,  fil  de  si  rapides  progrès, 
qu'à  l'âge  de  22  ans,  il  exécuta  la  chaire  de  vérité  d'Harle- 
beke,  généralement  considérée  aujourd'hui  comme  un 
chef-d'œuvre  de  sculpture. 

Lecreux  possédait  à  un  point  élevé  les  plus  belles  parties 
de  l'art  du  statuaire.  La  chaire  de  vérité  dont  nous  venons 
de  parler,  les  bas-reliefs  en  marbre  blanc  qui  décorent 
le  chœur  de  Notre-Dame  de  Gourtrai;  ceux  de  la  porte 
de  l'hôpital  Notre-Dame  et  le  fronton  de  la  bibliothèque 


(  238  ) 

publique  de  Tournai,  attestent  toute  l'étendue  de  son  talent. 

En  effet,  on  trouve  dans  ces  belles  productions  un  dessin 
correct  et  onctueux;  des  figures  de  femmes  toujours  natu- 
relles et  gracieuses;  des  enfants  qui,  traités  dans  la  ma- 
nière de  Jérôme  Duquesnoy,  sont  pleins  de  grâces  et  de 
vérité.  Peu  d'artistes  ont  mieux  sculpté  les  mains  et  les 
pieds  que  Lecreux  ;  ses  draperies  largement  disposées  sont 
sans  manière  et  sans  affectation. 

Mais  c'est  dans  le  groupe  de  S. '-Michel  terrassant  les 
démons,  morceau  vraiment  capital,  qui  couronne  le  ma- 
gnifique jubé  de  la  cathédrale  de  Tournai,  que  l'on  peut 
apprécier  toute  la  puissance  du  talent  du  statuaire  tour- 
naisien.  Peu  de  compositions  présentent  dans  les  nus ,  une 
action  musculaire  aussi  étudiée  et  aussi  consciencieusement 
rendue.  Cet  ouvrage ,  si  remarquable  sous  le  rapport  myo- 
logique,  ne  l'est  pas  moins  quant  à  la  composition  qui, 
pleine  de  hardiesse  et  d'énergie,  est  réellement  d'un  effet 
saisissant.  Ce  seul  groupe  suffirait  pour  en  placer  l'auteur 
au  premier  rang  des  sculpteurs  de  son  temps. 

Lecreux  traitait  tous  les  genres  de  sculpture  avec  un 
égal  succès  :  excellent  modeleur,  il  reste  de  lui  beaucoup 
de  petits  ouvrages  exécutés  en  biscuit  (1),  qui  séduisent 
autant  par  la  grâce  du  dessin,  que  par  une  naïveté  d'ex- 
pression que  lui  seul  peut-être  a  su  donner  à  d'aussi 
légères  compositions. 

Le  ciseau  de  Lecreux  a  reproduit  avec  un  rare  talent , 
toutes  les  vertus  chrétiennes  :  une  partie  de  ces  figures 
allégoriques  se  retrouve  dans  les  galeries  du  chœur  de  la 
cathédrale  de  Tournai,  où  on  les  distingue  à  leur  noble 
simplicité:  deux  de  ces  figures,  les  dernières  sorties  des 
mains   de  l'artiste,    sont  placées   dans  les    deux  niches 


(i)  Porcelaine  mote  imitant  le  marine  blanc. 


(  239  ) 

qui  se  trouvent  au-dessous  du  jubé;  l'une  représente  la 
Religion,  l'autre  la  plus  belle  de  ses  vertus,  la  Charité. 

En  contemplant  cette  belle  et  éloquente  figure  de  la 
Charité,  qui  tient  avec  tant  de  douceur  le  symbolique  pé- 
lican et  ses  petits ,  on  ne  peut  se  défendre  de  penser  à 
l'ingratitude  des  hommes! 

Eh  quoi  !  cet  artiste  qui  se  dévoua  au  service  du  sanc- 
tuaire et  dont  les  pieuses  conceptions  tendirent  à  pro- 
voquer l'exaltation  des  sentiments  religieux,  cet  artiste, 
avouons-le  à  notre  honte ,  nous  a  laissé  un  de  ses  nom- 
breux enfants,  et  cet  enfant  que  la  reconnaissance  publique 
aurait  dû  placer  à  l'abri  du  besoin,  est  abandonné  à 
la    plus  profonde  misère! 

Lecreux ,  qui  mourut  à  la  fin  du  siècle  dernier ,  eut  25 
enfants  de  deux  femmes  qu'il  épousa  :  une  fille  est  restée 
de  cette  nombreuse  famille ,  et  cette  malheureuse  femme 
végète  aujourd'hui  dans  une  des  chambres  de  l'enclos  de 
de  l'ancien  Béguinage  de  Tournai. 

La  ville  de  Tournai  n'avait  su  jusqu'ici,  ni  honorer  la 
mémoire  des  morts ,  ni  encourager  les  succès  des  vivants  : 
la  nouvelle  administration  semble  enfin  vouloir  s'imposer 
cette  noble  tâche  ;  car,  touchée  comme  elle  devait  l'être 
du 'retentissant  concert  d'éloges  et  d'hommages  étrangers 
dont  Gallait  a  été  tout  récemment  l'objet,  elle  s'est  crue 
forcée  de  suivre  l'exemple  donné  par  deux  gouvernements 
et  de  commander  comme  eux  un  tableau  à  cet  illustre 
Tournaisien  (1). 

Espérons  que  l'administration  municipale  de  Tournai 
regardera  comme  un  devoir  d'arracher  à  la  misère  la 
fille  d'un  artiste  qui,  comme  Lecreux,  a  tant  fait  pour 
la  gloire  de  sa  cité  adoptive. 

Us    ToUPiSAlSIEN. 


(i)   I.e  conseil    comrnuiiHl  fie  Tournai   a    volé    pour    cet    objet   une 
somme  tic  6ono  francs. 


(  240  ) 


(Esquisses  biographiques 


DE    L'ANCIEN     PAYS     DE    LIÈGE. 


JEAN    GUILLAUME    BRIXIIE. 


Brixhe  (Jean  Guillaume),  naquit  le  27  juillet  1758,  à 
Spa,  bourg  célèbre  de  la  province  de  Liège.  Dès  sa  plus 
tendre  jeunesse,  il  manifesta  un  goût  passionné  pour  l'é- 
tude des  belles-lettres,  mais  bientôt  la  jurisprudence  devint 
l'objet  spécial  de  ses  travaux.  Il  fit  des  progrès  si  rapides 
dans  cette  science,  qu'a  l'âge  de  dix-neuf  ans,  il  fut  admis 
procureur,  à  la  cour  de  Spa,  et  en  février  1780,  im- 
matriculé notaire  public  du  pays  de  Liège.  Une  lecture 
assidue  de  productions  philosophiques  du  XVIII.C  siècle, 
les  réflexions  que  lui  suggéraient  les  événements  importants 
qui  se  préparaient  en  France,  donnèrent  à  son  esprit  une 
tendance  toute  libérale,  et  firent  germer  dans  son  cœur 
les  semences  du  patriotisme  le  plus  vif  et  le  plus  éclairé. 

La  lutte  qui  venait  de  s'engager  chez  nos  voisins  eut 
d'autant  plus  d'attrait  pour  lui ,  que  le  pays  de  Liège  se 
trouvait  à  la  veille  d'une  commotion  violente.  Là,  aussi, 
le  pouvoir  se  débattait  dans  une  longue;  agonie;  une  dis- 


(  241  ) 

cussion  peu  importante,  impure  même  à  sa  source, 
féconda  les  germes  du  mécontentement.  Sous  des  ques- 
tions d'un  intérêt  secondaire,  l'évêque  de  Liège  cachait 
des  vues  ambitieuses  et  cherchait  à  priver  les  citoyens  des 
droits  que  leur  accordait  la  constitution.  On  rechercha 
alors  si  le  prince  pouvait  seul  porter  des  édits  en  matière 
de  police,  ou  si,  pour  ces  édits  comme  pour  toutes  les 
autres  modifications  à  apporter  aux  lois  existantes,  la  déli- 
bération et  le  consentement  des  trois  ordres  de  l'état 
étaient  nécessaires  (1). 

Des  démonstrations  hostiles  de  la  part  du  prince,  une 
plainte  en  foule  portée  au  tribunal  des  XXII  par  le  citoyen 
que  ces  démonstrations  avaient  lésé,  le  rétablissement  de 
l'impôt  des  quarante  patars,  aboli  dans  la  journée  d'état 
de  1787,  eurent  bientôt  nationalisé  la  querelle  et  mis 
les  partis  en  présence;  d'autres  incidents  propagèrent  l'a- 
gitation. 

La  fermentation  des  esprits  était  grande  à  Liège;  il  ne 
fallait  qu'une  secousse  pour  hâter  un  éclat  que  l'on  pou- 
vait retarder  encore  peut-être,  mais  qu'il  n'était  plus  pos- 
sible d'empêcher.  La  prise  de  la  Bastille  et  le  retentissement 
que  ce  fait  important  eut  en  Europe ,  vint  enthousiasmer 
tous  les  cœurs  et  détermina  le  mouvement  liégeois.  Le 
peuple  osa  désirer  hautement  que  le  clergé,  propriétaire 
de  près  des  deux  tiers  du  territoire ,  contribuât  aux  charges 
de  l'état;  il  demanda  une  représentation  véritablement 
constitutionnelle,  et,  comme  préalable,  l'abolition  du  fa- 
meux édit  de  1684,  qui  avait  presque  anéanti  le  tiers-état 
en  mettant  la  représentation  des  villes  sous  la  dépendance 
du  pouvoir  exécutif.  Quelques  hommes,  et  Brixhe  fut  de 


(i)  Dohm  ,  Rcvolulio»  de  Liège,  i  vol,  in-8c".  —  Souvenirs  de  l'ancieu 
pays  de  Lù:gc  ,  par  Gaillard;  in-8"s 


(  242  ) 

ce  nombre ,  secondèrent  ce  mouvement  qu'avaient  préparé 
les  fameuses  Lettres  de  Bassenge  à  l'abbé  de  Paix. 

La  révolution  éclata  le  18  août  1789.  et  la  magistrature 
de  Liège  fut  renouvelée  selon  les  anciennes  formes  popu- 
laires :  les  autres  villes  ayant  suivi  cet  exemple ,  Brixhe  fut 
élu  bourgmestre  dans  la  commune  de  Spa.  Il  fut  ensuite 
nommé  membre  et  secrétaire  de  l'assemblée  représentative 
de  Franchimont;  c'est  en  cette  dernière  qualité  qu'il  a 
publié  :  Journal  des  séances  du  congrès  du  marquisat  de 
Franchimont,  tenu  au  village  de  Polleur ,  commencé  le  26 
août  1789;  Liège.  J.  J.Tutot,  1789,  in-4.°,  avec  les  suites; 
inséré  en  partie  dans  le  Journal  patriotique  qui  paraissait 
à  Liège  à  cette  époque.  Ce  congrès  du  marquisat  de  Fran- 
chimont, sous  la  présidence  de  M.  Dethier,  se  distinguait 
par  les  opinions  ultra-libérales  et  le  radicalisme  de  tous  ses 
membres.  On  doit  applaudir,  sans  doute,  au  vif  patriotisme, 
à  la  dignité  qui  régnaient  dans  plusieurs  de  ses  arrêtés,  à 
la  noble  énergie  qui  dictait  ses  réclamations  lorsque  le 
succès  de  la  révolution  n'était  rien  moins  que  certain; 
mais  hâtons-nous  de  dire  aussi  que  les  mesures  un  peu 
irréfléchies  et  quelquefois  violentes,  prises  dans  le  sein  de 
cette  assemblée,  auraient  pu  nuire  aux  progrès  de  la  cause 
révolutionnaire. 

Dethier  et  Brixhe  furent  souvent  députés  par  l'assemblée 
franchimontoise  près  la  municipalité  de  Liège,  afin  de  lui 
proposer  l'exécution  de  différents  arrêtés  du  congrès.  Ils 
rédigèrent  aussi  plusieurs  adresses  remarquables ,  dans  les- 
quelles ils  reclamaient  vivement  le  droit  de  représentation 
pour  les  campagnes,  mesure  importante  et  libérale  que 
les  Franchimontois  furent  les  premiers  à  demander;  on 
trouve  ces  adresses  dans  les  différents  recueils  périodiques 
de  cette  époque. 

En  1790.  Brixhe  fut  élu  député  suppléant  à  l'état-tiers 
du  pavs  de  L'ége:  cettp  même  année,  il  publia  :  Plan  de 


(  243  ) 

municipalité  pour  le  bourg  et  la  communauté  de  Spa,  à 
suivre  provisoireme?it  à  la  prochaine  élection  et  dont  la  ra- 
tification finale  est  laissée  aux  cinq  sections.  Spa,  Badon 
et  C.e,  1790.  in-4°  de  20  pages.  Ce  plan  a  élé  rédigé  d'après 
celui  qui  fut  publié  à  Liège  vers  la  même  époque. 

Une  réaction  violente  suivit  de  près  cette  courte  époque 
de  liberté.  L'invasion  autrichienne  ramena  le  prince  fugitif, 
et  le  peuple  vit  tout-à-coup  ses  foyers  envahis,  ses  magis- 
trats, ses  principaux  citoyens  exilés.  Brixhe  fut  proscrit 
par  la  commission  impériale,  comme  étant  l'un  des 
quatorze  premiers  chefs  de  la  révolution  liégeoise;  il  se 
réfugia  en  France  avec  J.  N.  Bassenge  et  quelques  autres, 
et  y  devint  membre  du  comité-général  des  Belges  et  des 
Liégeois  unis. 

Son  caractère  exalté  lui  fit  sans  doute  embrasser  avec 
ardeur  les  opinions  de  l'un  ou  l'autre  des  clubs  qui  dic- 
tèrent successivement  des  lois  à  la  capitale  de  la  France; 
nous  n'avons  sur  ce  sujet  que  des  renseignements  trop 
incomplets  pour  que  nous  en  fassions  usage  ici.  Nous 
dirons  seulement  que  son  nom  figure  sur  les  listes  des 
bons  patriotes  trouvées  dans  les  papiers  de  Robespierre , 
et  insérées  dans  le  Rapport  que  Courtois  fit  à  la  Conven- 
tion, en  brumaire  an  III. 

Lors  de  l'invasion  de  la  Belgique  et  du  pays  de  Liège 
par  l'armée  républicaine,  Brixhe  fut  réintégré  dans  la 
municipalité  de  Spa  et  nommé,  par  le  peuple,  député  à 
l'administration  générale  du  pays  de  Liège  ;  il  s'y  montra 
l'un  des  plus  chauds  partisans  de  la  révolution  française, 
et  de  la  réunion  pure  et  simple  du  pays  à  la  France. 

A  la  retraite  de  Dumouriez,  Brixhe  fut  de  nouveau  forcé 
de  se  réfugier  à  Paris  ;  il  y  fut  employé  dans  les  bureaux 
de  la  vérification  générale  des  assignats.  En  prairial  an  II , 
le  comité  de  salut  public  réuni  à  celui  des  finances  et  des 
assignats.  le  nomma  vérificateur  dans  les  départements  du 


(  244  ) 

Nord  et  des  Ardenncs.  Par  divers  arrêtés  des  représentants 
du  peuple ,  il  fut  envoyé  en  cette  même  qualité  à  la  suite 
des  armées  dans  les  pays  conquis,  emploi  qu'il  a  rempli 
jusqu'à  la  suppression  des  assignats. 

A  cette  époque  il  commença  à  exercer  les  fonctions  de 
défenseur  officieux  près  les  tribunaux  civils  et  criminels 
des  départements  de  l'Ourthe,  Sambre-et-Meuse  et  Meuse- 
Inférieure.  Une  ame  passionnée,  une  éloquence  vive,  jointe 
à  une  logique  serrée ,  une  connaissance  approfondie  des 
lois,  lui  firent  bientôt  obtenir  dans  cette  carrière,  les  succès 
les  plus  brillants.  En  l'an  VI ,  l'assemblée  scissionnaire  le 
nomma  administrateur  du  département.  En  l'an  VII,  il 
fut  envoyé  au  conseil  des  cinq-cents  ;  il  en  fut  exclu  par  la 
loi  du  19  brumaire  an  VIII.  Il  revint  à  Liège  et  y  continua 
la  profession  de  défenseur  officieux.  Le  27  frimaire  an  IX , 
il  fut  nommé  par  le  premier  consul,  avoué  près  le  tri- 
bunal d'appel  séant  à  Liège,  et  le  18  fructidor  an  XIII, 
l'école  de  droit  de  Paris  lui  délivra  un  diplôme  de  licencié. 
Les  agitations  continuelles  qu'il  n'avait  presque  jamais 
cessé  d'éprouver,  avaient  considérablement  altéré  sa  santé; 
il  mourut  le  25  février  1807. 

On  a  de  Brixhe  quelques  plaidoyers  remarquables  par 
les  questions  importantes  qu'il  a  su  y  soulever  et  par  le 
talent  avec  lequel  il  les  a  traitées.  Il  a  aussi  travaillé  à  la 
rédaction  du  plusieurs  recueils  péridioques;  nous  cite- 
rons entre  autres  :  La  tribune  'publique  du  département  de 
l'Ourthe.  Liège,  La  tour,  an  V,  in-8.°,  dont  il  n'a  paru, 
croyons-nous,  que  18  numéros  formant  312  pages. 


(  245  ) 


DENIS    COPPEE, 


Le  pays  de  Liège  a  produit  peu  de  littérateurs  et  surtout 
de  poètes  qui  aient  écrit  purement  en  français;  les  langues 
anciennes,  au  contraire,  y  ont  été  cultivées  avec  succès,  et 
plusieurs  Liégeois  ont  droit  à  être  mentionnés  avec  éloge 
dans  l'histoire  de  la  littérature  latine  chez  les  modernes  (1). 
Mais  en  revanche,  l'art  dramatique  y  fut  presque  com- 
plètement négligé,  et  nous  devons  remonter  jusqu'au  mi- 
lieu du  XVI.e  siècle  pour  trouver  un  nom  qui  rappelle 
quelque  talent,  celui  de  Grégoire  de  Hollogne  (2).  Les 
pièces  de  cet  auteur  sont  du  reste  écrites  aussi  en  latin,  et 
c'est  Coppée,  croyons-nous,  qui  le  premier,  chez  nous, 
s'est  avisé  d'écrire  en  français  pour  le  théâtre. 

Coppée  (Denis)  naquit  àHuy  vers  1580.  On  ne  connait 
absolument  rien  de  la  vie  de  cet  auteur;  le  peu  que  nous 
savons  de  lui,  se  rattache  à  sa  mort;  il  périt  en  1632, 
percé  de  coups  d'épée  et  de  mousquet,  au  milieu  d'une 
campagne.  Pierre  de  Bello,  poète  dramatique,  né  àDinant 
vers  la  fin  du  XVI.e  siècle,  en  rapportant  cet  événement 
dans  une  Complainte  aux  muscs,  placée  à  la  fin  de  sa  tra- 
gédie intitulée  :  Vie  et  martyre  de  S.x-Eustache ,  Liège  1632, 
in-12,  n'a  pas  jugé  convenable  de  nous  apprendre  la  cause 
de  ce  meurtre;  peut-être  l'ignorait-il  lui-même. 


(i)  Nous  citerons  entre  autres  Lambert  de  Vlicrden  et  Jean  Polit. 
(2)  Nous  avons  de  cet  écrivain  trois  tragédies,  imprimées  à  Anvers, 
chez  Bellerus,  en  j55G  ,  Lambertias,  Laurent ias  et  Cathurina,  in-8°. 


i 


(  246  ) 

Coppée  s'adonna  surtour  à  la  poésie  française;  mais  si. 
comme  on  l'a  dit.  la  poésie  est  le  langage  des  dieux,  il 
faut  avouer  que  notre  compatriote  les  a  fait  quelquefois 
parler  d'une  manière  bien  bizarre.  Ce  ne  sont  qu'ana- 
grammes, vers  anacycliques ,  acrostiches  de  la  structure 
la  plus  originale  ;  on  ne  sait  souvent  ce  qu'il  faut  le  plus 
admirer  ou  de  la  singularité  des  idées,  ou  des  entraves 
que  le  poète  s'est  imposées  et  de  la  variété  de  ces  entraves. 
ï)ans  ce  genre ,  Coppée  pourrait  presque  disputer  la  palme 
au  fameux  père  de  S.x-Louis,  l'auteur  du  ridicule  poème 
de  la  Magdeleine.  Toutes  ces  pièces  n'ont  du  reste  que  le 
triste  mérite  de  la  difficulté  vaincue,  et  nous  croyons  bien 
faire  en  épargnant  les  citations  à  nos  lecteurs. 

Outre  ces  poésies ,  Coppée  composa  plusieurs  tragédies 
dans  le  goût  des  anciens  mystères.  Ce  genre  était  encore 
neuf  àLiége  vers  cette  époque,  et  ces  tragédies  y  obtinrent, 
à  ce  qu'il  paraît,  un  très-grand  succès.  Coppée  y  déployé 
assez  souvent  de  l'imagination,  et  la  versification  est  quel- 
quefois passable  ;  c'est  le  seul  éloge  que  nous  accordions 
au  poète  de  Huy,  et  nous  n'imiterons  pas  Valère  André  qui 
compare  la  gloire  qu'a  fait  rejaillir  Coppée  sur  sa  patrie  à 
l'éclat  qu'ont  jeté  sur  Florence,  les  ouvrages  du  Dante. 

Je  ne  finirai  pas  ce  que  j'ai  à  dire  de  cet  auteur ,  sans 
mentionner  une  circonstance  fort  remarquable,  la  seule, 
peut-être,  pour  laquelle  il  m'est  venu  à  la  pensée  d'écrire 
ces  quelques  lignes  :  la  plupart  des  ouvrages  de  Coppée  ont 
été  imprimés  à  Rouen  chez  Raphaël  du  Petit- Val,  de  1622 
à  1624.  Corneille  était  là  et  avait  18  ans;  il  a  dû  connaître 
ces  tragédies,  et  nous  croyons  en  effet,  avoir  remarqué- 
dans  le  grand  tragique  français,  quelques  vers  imités  de 
notre  concitoyen.  C'est  la  seule  gloire  que  nous  désirions 
revendiquer  en  faveur  de  Coppée. 

Je  connais  de  lui  : 

L°  La  très  saincle  et  admirable  vie  de  Madame  Saine  te 


(  247  ) 

Aldvgonde,  patrone  de  Maubeuge.  Tragecomédie  (sic)  par 
Denis  Coppée,  natif  de  Huy,  pays  de  Liège.  A  Rouen. 
Raphaël  du  Petit-Val,  1622,  in-S°,  4  f.  lim.  ,48  p.  de  texte, 
plus  2  f.  qui  contiennent  des  chansons  et  des  prières  a 
S.,c-Aldegonde. 

2.°  Chansons  spirituelles  composées  par  Denis  Coppée. 
Rouen,  Raphaël  du  Petit-Val,  1622,  in-8.°  de  7  f.  non 

chiffrés. 

3.°  Les  Muses  françoises  avec  les  occupations  de  chacune 
d'icelles,  par  Denis  Coppée.  Rouen,  Raphaël  du  Petit-Val, 
1623,  de  8  f.  non  chiffrés;  viennent  ensuite  huit  autres 
feuillets  contenant  :  Autres  divers  petits  poèmes  par  ledit 

Coppée. 

4.°  L'exécrable  assassinat  perpétré  par  les  janissaires  en 
la  personne  du  sultan  Osman,  empereur  de  Constantinople , 
avec  la  mort  de  ses  plus  illustres  favoris.  Tragédie  par  Denis 
Coppée ,  Huitois.  Rouen,  Raphaël  du  Petit-Val,  1623,  de 
76  pag.  chiffrées,  plus  un  f.  pour  l'errata. 

Voici  ce  que  dit  Coppée  de  cette  pièce,  pag.  5  de  la 
dédicace  :  «  C'est  une  tragédie  toute  tragique  :  ceux  qui  la 
verront ,  auront  à  remercier  Dieu  de  ce  que  la  piété  chré- 
tienne nous  éloigne  autant  de  telles  cruautez  turques- 
ques,  etc.  L'on  ne  verra  en  cette  pièce  (outre  la  cruelle 
mort  d'Osman,  empereur  de  Constantinople),  qu'assassinats 
et  corps  emmoncelez  les  uns  sur  les  autres.  » 

5.°  Pourtrait  de  fidélité  en  Marcus  Curtius ,  chevalier 
romain.  Tragédie  par  Denis  Coppée,  Huitois.  Rouen,  Ra- 
phaël du  Petit-Val,  1624,  in-8.°  de  55  pag. 

6.°  Tragédie  de  Sainct  Lambert ,  patron  de  Liège,  dédiée 
à  Son  Altesse  sérénissime ,  par  Denis  Coppée,  Huitois. 
Liège,  Léonard  Streel,  1624,  in-8.°  de  56  pag.  Cette  pièce 
est  sans  doute  celle  que  Paquot  a  désignée  sous  ce  titre  : 
Le  cruel  martyre  de  Sainct-Lambert .  patron  de  la  ville  de 
Liège.  Tragédie  imprimée  vers  1620.  (V.  Paquot,  Mémoires, 
fol..  yoI.2.%  pag.  484). 


(  248  ) 

1 '."  La  sanglante  et  pitoyable  tragédie  de  nostre  Sauveur 
et  rédempteur  Jésus-  Christ.  Poème  mélangé  de  dévotes  mé- 
ditations ,  figures,  complaintes  de  la  glorieuse  Vierge,  de 
la  Magdalènc  et  de  Saint-Pierre  ;  avec  quinze  sonne tz  en 
mémoire  des  quinze  effusions  de  nostre  Sauveur;  par  Denis 
Coppée,  bourgeois  de  Huy.  Liège,  L.  Slreel,  1624,  in-8.° 
de  184  pag.  chiffrées.  Paquot  (ibid)  a  désigné  cette  pièce 
sous  ce  titre  :  La  passion  de  nostre  Seigneur  Jésus-Christ. 
Liège,  L.  Streei,  1624,  in- 12. 

Cette  tragédie,  qui  est  fort  longue,  n'est  pas  divisée  par 
actes,  parce  que,  dit  Coppée  dans  un  avis  au  lecteur,  elle 
est  de  longue  haleine,  et  que  le  Sauveur  de  nos  âmes  fut 
tourmenté  sans  relasche  depuis  sa  prise  au  jardin  jusqu'en 
F  arbre  de  la  croix.  Les  acteurs,  ajoute-l-il,  pourront  la 
représenter  en  une ,  deux  ou  trois  journées. 

8.°  Chant  triomphal  de  la  victoire  à  jamais  mémorable 
de  Statlo.  Liège,  L.  Streei,  1624,  in-8.°  de  35  pag.  Le  nom 
de  l'auteur  n'est  pas  sur  le  titre,  mais  l'épilre  dédicatoire  à 
monseigneur  le  comte  de  T  Serclaes  de  Tilly ,  est  signée  : 
Denis  Coppée. 

9.°  La  sanglante  bataille  d'entre  les  Impériaux  et  Bo- 
hèmes,  donnée  au  parc  de  VEstoile,  la  reddition  de  Prague, 
et  ensemble  l'origine  du  trouble  de  Bohême.  Tragédie  par 
Denis  Coppée,  Huitois.  Liège,  L.  Streei,  in-8.°  de  104  pag., 
dont  les  deux  dernières  sont  chiffrées  105  et  103,  plus  trois 
feuillets  pour  la  table  et  l'errata.  Cette  pièce  contient  quel- 
ques vers  passables. 

lO.°Pallas  en  dueil,  ou  plainte  funèbre  sur  la  mort  de  très 
grande  et  très  puissante  dame  madame  la  comtesse  de  Ro- 
chefort,  etc.,  par  Denis  Coppée,  Huitois.  A  Liège,  de  l'im- 
primerie de  Jean  Tournay,  1626,  in-8.°  de  40  pages.  Les 
pages  42  et  48  ne  sont  pas  chiffrées. 

11.°  Miracle  de  Nostre  Dame  de  Cambron  arrivé  en 
l'an  3261,  le  8  d'avril,  représenté  ev  la  présente  action, 


(  249  ) 

f aie  te  par  D.  C.  (  Denis  Coppée  ) ,  à  l 'honneur  de  la  glo- 
rieuse mère  de  Dieu.  Namur,  Jean  Van  Milst,  1647,  in- 12 
de  31  pag. ,  en  cinq  actes  fort  courts.  Cette  pièce  a  été 
publiée  après  la  mort  de  l'auteur  par  le  Père  Pignewart , 
religieux  de  l'abbaye  de  Bonneffe,  qui  s'adonnait  à  la  poésie 
latine. 

12.°  Panégyrique  de  M.  le  comte  Charles  de  Bucquoy. 
Je  n'ai  vu  ni  cette  pièce,  ni  la  précédente  :  elles  sont  indi- 
quées dans  les  mémoires  de  Paquot.  Je  puis  en  dire  autant 
de  la  suivante. 

13.°  La  vie  de  S.Xe -Justine  et  de  S.x-Cyprien,  tragédie. 
Liège,  Jean  Ouwers,  1621 ,  in-12. 

Je  ne  sais  si  l'on  doit  ajouter  beaucoup  de  foi  aux  indi- 
cations de  Paquot;  car,  de  cinq  pièces  qu'il  annonce  (n.0'  6, 
7,  11,  12,  13),  il  a  estropié  le  titre  des  deux  premières, 
et  il  convient  de  n'avoir  vu  que  le  n.°  11.  — 

Sources:  Les  ouvrages  de  Coppée  —  Paquot,  Mémoires 
pour  servir  à  l'histoire  littéraire  des  Pays-Bas,  vol.  2.e, 
p.  484.  —  Yalerii  Andreœ ,  Bibliotheca  Belgica. 


M.  POLAIN. 


17 


(  250  ) 


3lnali)0t0  critiques  if©iturage0. 


Les  Pays-Bas  avant  et  durant  la  domination  romaine,  ou 
Tableau  historique ,  géographique ,  physique ,  statistique 
et  archéologique  de  la  Belgique  et  de  la  Hollande ,  de- 
jmis  les  premiers  temps  historiques  jusqu'au  XVI.0  siè- 
cle; par  A.  G.  B.  Schayes,  employé  de  première  classe 
aux  archives  générales  de  la  Belgique ,  membre  de 
plusieurs  sociétés  littéraires.  Tome  I.  Bruxelles,  1837, 
in-8.°p.  IV-492. 

Depuis  quelques  années  les  éludes  historiques  ont  pris 
dans  notre  pays  un  développement  considérable  ;  on  y  a 
commencé,  avec  une  ardeur  chaque  jour  croissante,  à 
préparer  les  matériaux  pour  la  reconstruction  de  nos  an- 
nales, sur  un  plan  nouveau,  et  plus  en  rapport  avec  les 
progrès  de  l'intelligence;  mais  jusqu'ici  toutes  les  recher- 
ches ont  été  dirigées  vers  les  temps  modernes  et  surtout 
vers  le  moyen-âge,  tandis  que  notre  histoire  primitive 
est  demeurée  exclue  des  bienfaits  de  ce  redoublement 
d'activité  scientifique  et  ne  semblait  pas  même  devoir  en 
jouir  de  sitôt.  En  effet ,  cette  prédilection  presqu'exclusive 
pour  les  époques  plus  rapprochées  de  nous ,  n'a  pas  uni- 
quement sa  cause  dans  l'intérêt  plus  immédiat  qui  s'y 
attache,  mais  provient  peut-être  aussi.de  ce  que  ces  épo- 
ques ouvrent  aux  investigations  de  la  science  un  champ 
plus  vaste,  aussi   difficile  sans  doute,  mais  moins  aride 


(  251  ) 

et  moins  ingrat  à  exploiter.  Et  lorsqu'on  a  la  perspective 
de  puiser  à  pleines  mains,  dans  les  trésors  de  nos  archi- 
ves, des  faits  restés  inconnus  ou  des  éclaircissements  et 
des  rectifications  à  d'autres  faits  mal  compris  ou  mal 
exposés,  l'on  conçoit  aisément  qu'elle  fasse  reculer  tant 
soit  peu  devant  l'idée  de  consacrer  son  temps  et  ses  veilles 
à  rechercher ,  à  peser ,  à  combiner,  encore  une  fois  après 
tant  d'autres,  les  notices  rares,  incomplètes  et  souvent 
contradictoires,  dont  se  compose  l'histoire  fragmentaire 
de  nos  premiers  temps  et  de  notre  société  primordiale;  et 
cela  sans  espoir  d'autres  résultats  nouveaux  que  ceux  que 
peuvent  provoquer  une  sagacité  plus  grande,  des  textes 
plus  épurés  et  mieux  expliqués  ;  le  reflet  des  lumières 
répandues  par  l'érudition  de  nos  voisins,  sur  les  antiqui- 
tés celtiques  et  germaniques,  enfin  l'emploi  de  cette  saine 
méthode  de  critique  historique  qui  a  pris  naissance  seule- 
ment de  nos  jours.  L'apparition  du  livre  de  M.  Schayes  est 
donc  pour  nous  un  événement  aussi  heureux  qu'inattendu. 
A  la  vérité,  ce  n'est  point  notre  histoire  ancienne,  complète 
et  envisagée  sous  toutes  ses  faces  que  l'auteur  nous  pré- 
sente, mais  il  en  a  choisi  la  partie  la  plus  importante,  la 
plus  intéressante:  il  a  entrepris  de  dérouler  sous  nos  yeux 
le  tableau  historique  de  notre  civilisation  à  son  berceau  ; 
et  ce  tableau  il  l'a  retracé  sur  une  échelle  plus  étendue, 
et  avec  une  plus  grande  richesse  de  détails  qu'aucun 
autre  avant  lui. 

Les  matériaux  avec  lesquels  M.  Schayes  devait  composer 
son  livre,  se  trouvaient  en  majeure  partie  rassemblés  et 
préparés  déjà  dans  les  doctes  ouvrages  du  père  Boucher, 
de  Desroches,  de  Kaepsaet,  de  Dewez,  etc.  Cependant  il  a 
fort  bien  senti  qu'il  ne  suffisait  pas  de  les  y  prendre ,  mais 
que  son  devoir  était  de  remonter  aux  sources  mêmes; 
aussi  a-t-il  soin  de  nous  prévenir  dans  sa  préface,  qu'il  a 
médité  les  historiens  et  les  géographes  grecs  et  latins,  etc, 


(  252  ) 

Ce  n'est  pas  certainement  chose  dune  exécution   aisée  et 
rapide  que  la  lecture  approfondie  des  ouvrages,  et  même  la 
vérification  simple  mais  consciencieuse  des  passages  de  tant 
d'auteurs  divers;  le  courage  le  plus  ferme  mollirait  dans 
l'accomplissement  scrupuleux  de  cette  tâche;  M.  Schayes 
serait  donc  bien  excusable  de  s'être  quelque  fois  relâché, 
si  malheureusement  ce  relâchement  ne  l'avait  exposé  â 
commettre  des  erreurs  grossières.  Aussi  en  traitant  (p.  110 
et  111)  delà  chasse  chez  les  Celtes,  il  invoque  â  plusieurs 
reprises  l'autorité  d'Arrien  dans  son  traité  de  Venatione , 
et  s'imaginant  que  l'auteur  qu'il  avait  vu  ainsi  cité  était 
latin,  il  ajoute  l'observation  suivante:  «  il  n'est  pas  besoin 
de   dire    qu'Arrien   a  fait  la    supputation   en    monnaie 
romaine,  car  les  oboles,  les  drachmes,  etc.,  étaient  inconnus 
aux  Celtes  avant  la  domination  romaine.  »  Si  M.  Schayes 
avait  seulement  ouvert  le  livre  qu'il  cite,  il  aurait  reconnu 
que  l'auteur  s'appelait  Oppien  et  non  Arrien,  qu'il  avait 
écrit  en  grec,  et  d'après  cela  il  eût  été  probablement  amené 
à  soupçonner  que  les  drachmes  et  les  oboles  pouvaient 
bien  être  de  la  monnoie  grecque.  Du  reste ,  cette  méprise 
n'a  guère   qu'un   côté   plaisant;  les  suivantes  sont  plus 
sérieuses:  il  s'agit  du  passage  capital  de  Posidonius  sur 
les  repas  des  Celtes  (1),  qui  se  trouve  rapporté  (p.  86  et 
suiv.)  dans  une  traduction  française,  empruntée  on  ne 
dit  pas  à  qui,  et  dont  voici  la  teneur.  «  Leurs  rivières  (il 
est  question  des  Celtes  en  général)  et  les  deux  mers  qui 
les  environnent  leur  fournissent  aussi  du  poisson  qu'ils 
assaisonnent  avec  du  cumin  et  du  vinaigre,  car  ils  usent 
peu  d'huile.  »  Le  texte  grec  restreint  l'usage  du  poisson 
aux  habitants  des  côtes  de  la  mer  et  des  rives  des  fleuves 
et  ajoute  qu'ils  employaient  pour  assaisonnement  le  sel. 


(i)  Ap.  Allien.  IV,  p.  km.  E.  ;  et  dans  RAe,  Posldonil  relïq.,  p.  i3G. 


(  253  ) 

le  cumin  el  le  vinaigre,  mais  qu'ils  n'usaienlyjaAdhuile(l). 
La  traduction  du  passage  continue  ainsi  :  «  lorsqu'ils  sont 
un  certain  nombre  à  table,  la  coutume  est  de  s'asseoir 
en  demi-cercle  (il  y  a  dans  le  grec  en  cercle.).  Au  milieu, 
comme  à  la  place  d'honneur,  se  met  le  personnage  le  plus 
distingué  par  sa  valeur  par  sa  naissance  et  ses  richesses 
(le  grec  porte  par  sa  valeur  ou  par  sa  naissance  ou  par  ses 
richesses)...  Le  domestique  chargé  de  cette  fonction  apporte 
dans  chaque  main  (ces  mots  ne  sont  pas  dans  le  texte)  un 
vase  de  terre  ou  d'argent  semblable  à  une  marmite  et 
rempli  de  vin.  »  Mais  il  est  aussi  arrivé  à  M.  Schayes  de 
ne  pas  exprimer  ou  de  n'exprimer  qu'incomplètement  le 
sens  du  texte,  alors  même  [qu'il  l'avait  sous  les  yeux  et 
qu'il  le  reproduisait  :  témoin  ,1e  passage  de  Tertullien  cité 
à  la  page  135 ,  note  4|,  d'après  lequel  l'auteur  avance  que 
les  Celtes  allaient  aux  tombeaux  des  héros,  tandis  que  le 
texte  dit  de  plus  que  cette  visite  se  faisait  pendant  la  nuit, 
apudvirorum  fortium  husta...  ohnoctare.  Dans  une  peinture 
de  mœurs,  de  pareils  traits  ne  doivent  pas  être  mutilés. 
Je  me  permettrai  ici  une  observation  qui  trouve  sa  place 
dans  la  partie  générale  de  ma  critique:  M.  Schayes  a,  sans 
contredit,  beaucoup  de  lecture,  mais  je  ne  le  crois  pas 
philologue  ;  je  ne  prétends  pas  d'ailleurs  lui  en  faire  un 
reproche,  puisque,  par  la  spécialité  de  ses  travaux,  il  a  bien 
acquis  le  droit  d'être  demeuré  un  peu  étranger  à  de  fortes 
études  classiques.  J'ai  puisé  les  éléments  de  ma  conviction 
à  cet  égard  dans   plusieurs   endroits  de  son  livre,  dont 


(i)  J'aurais  pu  emprunter  le  redressement  de  cette  erreur  à  l'auteur 
lui-même  qui,  une  page  plus  haut,  avait  dit  :«  Ils  préparaient,  suivant 
Posidonius  ,  le  poisson  avec  du  sel,  du  vinaigre  et  du  cumin,  mais  sans 
huile,  parce  qu'elle  était  trop  rare  et  trop  chère.  »  Une  pareille  contra- 
diction, qui  n'est  pas  Tunique  exemple  qu'il  eût  été  possihle  d'alléguer,, 
déuule  quelque  précipitation  dans  la  rédaction  de  l'ouvrage. 


(254  ) 

j'indiquerai  seulement  un  ou  deux.  Nous  lisons  à  la 
page  457  :  «  les  greffiers  de  la  ville .  appelés  dictateurs  (  du 
mot  dictare.  )  »  Les  greffiers  des  municipes  sont  nommés 
scribœ,  censuales.  tabularii,  tabelliones,  Iogograj)hi,  mais 
nulle  part,  que  je  sache,  dictatures;  l'étymologie  du  mot 
eût  dû  faire  naître  des  soupçons  sur  la  chose  même. 
Ailleurs  (p.  161),  l'auteur  se  donne  beaucoup  de  peine 
pour  démontrer  le  peu  de  fondement  du  reproche  que 
Tacite  adresse  aux  Germains,  d'être  d'une  insolence  sans 
bornes  dans  la  victoire  et  la  prospérité  et  de  se  laisser 
facilement  abattre  par  les  revers;  mais  il  convenait  de 
faire  ici  une  distinction  entre  Tacite  historien  et  Tacite 
orateur  ;  en  effet ,  les  paroles  qu'il  attaque ,  sont  mises  par 
l'écrivain  romain  dans  la  bouche  de  Germanicus,  exhortant 
ses  soldats  à  marcher  contre  les  Germains,  et  ayant  intérêt 
par  conséquent  à  atténuer,  même  aux  dépens  de  la  vérité, 
l'opinion  formidable  que  les  Romains  s'étaient  faite  de 
leurs  ennemis.  A  propos  de  l'étymologie  du  nom  de 
Germain  (p.  30  et  suiv.) ,  M.  Schayes  se  prononce  d'une 
manière  catégorique  pour  une  opinion  qu'il  fonde  sur 
une  leçon  d'un  passage  de  Tacite  de  l'édition  d'Oberlin; 
avec  un  peu  plus  de  tact  philologique  cependant ,  il  eût 
senti  qu'au  milieu  de  cette  fluctuation  des  variantes,  il 
était  nécessaire  de  donner  à  son  opinion  une  forme 
dubitative;  car  tant  s'en  faut  que  la  leçon  d'Oberlin 
soit  la  meilleure,  qu'elle  a  été  abandonnée  dans  des 
éditions  plus  récentes  et  plus  estimées ,  notamment  dans 
celles  de  Walter  et  de  Ruperti. 

Nous  blâmerons  encore  M.  Schayes  d'avoir  cité  quel- 
quefois, seulement  pour  le  plaisir  de  les  réfuter  ou  de 
faire  parade  d'érudition,  des  opinions  réfutées  déjà  et 
oubliées  depuis  long-temps  et  qui  n'ont  même  jamais 
'  joui  d'aucun  crédit;  telle  est  l'hypothèse  de  Lescalopier  sur 
le  culte  delà  Vierge  chez  les  anciens  Gaulois,  hypothèse 


(  255  ) 

à  laquelle  notre  auteur  a  fait  certainement  trop  d'honneur 
encore,  en  la  rapportant  pour  la  qualifier  de  singulière 
et  de  ridicule.  Nous  eussions  voulu  aussi  qu'il  ne  se  fût 
jamais  départi   d'une  juste  sévérité   dans   le    choix  des 
sentiments  divers  qu'il  avait  à  mentionner  sur  des  questions 
controversées.  Ainsi,  par  exemple,  relativement  à  l'origine 
du  mot  Germains,  au  lieu  des  opinions  de  Dom  Galmet, 
d'Erasme,  de  Goropius  Becanus,  nous  eussions  vu   avec 
plaisir,  ne   fut-ce   qu'à    cause  de    l'importance  qu'elles 
obtiennent   aujourd'hui  dans  le  monde  savant,  figurer 
celle  du  célèbre  orientaliste  De  Hammer  (1) ,  qui  dérive 
ce  nom  du  mot  persan  Dsjerman,  Dschermani  (Tep^dviof 
dans   Hérodote,  I,    125),  et  celle  qui  regarde  Germani 
comme  l'équivalent  de  fœderati  et  s'appuie  sur  les  noms 
imposants  de  Huschke,  Anton,   Beck,   Ritter,  Schlegel, 
Passow  et  autres. 

Je  terminerai  ces  observations  générales  sur  l'ouvrage 
de  M.  Schayes  par  une  dernière  remarque,  concernant 
la  forme.  Dans  la  citation  de  ses  autorités ,  M.  Schayes  a 
ressuscité,  la  plupart  du  temps,  le  procédé  en  usage 
jadis,  mais  abandonné  avec  raison  de  nos  jours,  qui 
consiste  à  ne  désigner  que  le  nom  de  l'auteur  ou  de 
l'ouvrage,  avec  mention  du  livre  seulement,  sans  autre 
indication  plus  précise  (2).  Avec  un  pareil  système  de 
citations,  force  est  au  lecteur,  qui  a  conçu  quelque 
doute,  de  se  résigner  à  croire  l'écrivain  sur  parole,  ou 
de  se  condamner  à  parcourir  tout  un  livre  ou  tout  un 
volume  pour  trouver  l'endroit  suspect.  D'autres  fois  pour- 


(i)  DansKruse's Archiv  fur altegeschichte,  etc.,  B.  I.  Hett,2,  p.  124. 

(2)  Exemples  :  Pausanias ,  Dion ,  Cassius  et  Suidas  (p.  5)  ;  Strabo, 
liy.  IV;  Seivius  ad  ^Eneid.  ad  fiuem;  Tzelzes  Schol.  Lycophrou  (p.  îG); 
Tite-Live,  Ub.  V;  Polyb.,  lib.  II  (p.  sa);  Athen.,  I.  XIII;  Diodor. 
Sic,  I.  V  (p.  64). 


(  256  ) 

tant  M.  Schayes  cite  les  mêmes  ouvrages  d'une  manière 
beaucoup  plus  précise  (1);  il  est  d'autant  plus  à  regretter 
qu'il  n'ait  pas  pris  garde  à  cette  disparate,  qu'elle  est 
ordinairement  le  cachet  qui  trahit  l'érudition  d'emprunt, 
et  qu'une  critique  malveillante  pourrait  s'en  emparer  pour 
faire  à  l'auteur  un  injuste  procès. 

Maintenant,  après  ce  préambule  un  peu  long,  j'arrive 
à  l'analyse  de  l'ouvrage.  Le  premier  volume ,  le  seul  publié 
jusqu'ici,  comprend  le  premier  livre,  qui  est  divisé  en 
deux  parties,  dont  l'une  est  consacrée  à  la  Belgique  avant 
sa  conquête  par  les  Romains,  et  l'autre  s'occupe  de  la 
Belgique  pendant  la  domination  romaine. 

L'ouvrage  commence  par  des  recherches  sur  l'étendue 
de  la  Celtique,  sur  l'origine  des  habitants  et  sur  leurs 
émigrations.  Le  nom  de  Celtique  n'a  pas  toujours  été 
appliqué  par  les  Anciens  (2)  à  une  contrée  invariablement 
déterminée  ;  ils  l'ont  donné  à  une  étendue  de  pays  tantôt 
plus  vaste  tantôt  plus  resserrée.  Mais  toujours  est-il  vrai 
que  la  Belgique  faisait  partie  de  la  Celtique,  renfermée 
dans  ses  justes  limites.  Les  Anciens  ne  savaient  rien  de 
certain  sur  l'étymologie  et  l'origine  du  nom  de  Celtes, 
pas  plus  que  sur  l'origine  de  la  nation  celtique  elle-même; 
tout  ce  qu'ils  nous  en  apprennent  se  réduit  à  des  fables 
dont  l'historien  doit  pourtant  tenir  compte,  parce  qu'au 
fond  se  cache  presque  toujours  quelque  lueur  de  vérité. 
Dans  cet  état  des  choses,  le  champ  est  resté  ouvert  aux 


(i)  Ainsi  par  ex:  Athen,  1.  V,  cb.  18  (p.  89);  Tite-Live  ,  I.  VII,  c.  24; 
Servius  ad  iEneid.,  1.  II,  >\  682  (p.  107). 

(2)  Je  crois  utile  de  remarquer  en  passant  que  M.  Schayes ,  avec 
d'autres  auteurs,  se  trompe  en  avançant  (p.  4,  note  2)  qu'Hérodote 
est  le  plus  ancien  e'crivain  grec  parvenu  jusqu'à  nous,  qui  ait  parlé 
des  Celtes;  il  en  est  déjà  fait  mention  dans  un  fragment  du  logographe, 
Hécalce  de  Milet. 


f  357  ) 

hypothèses  des  modernes;  celle  que  M.  SehayeS  met  en 
avant  me  paraît  fort  plausible  et  renverse  d'une  manière 
décisive  l'opinion  par  trop  systématique  du  célèbre  écri- 
vain français  Thierry. 

Au  moment  où  commence  à  poindre  le  crépuscule  de 
notre  histoire,  les  Celtes  avaient  déjà  abandonné  nos 
contrées,  se  retirant  forcément  devant  des  peuplades  ger- 
maniques qui  vinrent  occuper  leur  place.  Le  chapitre  II 
de  l'ouvrage  est  consacré  à  l'examen  de  cet  événement, 
sur  lequel  nous  manquons  de  beaucoup  d'éclaircissements 
désirables:  l'époque  même  où  il  a  eu  lieu  est  demeurée 
enveloppée  de  ténèbres;  toutefois,  il  est  très-probable  que 
cette  expulsion  des  Celtes  de  la  Belgique  arriva,  comme 
l'avance  M.  Schayes,  entre  les  années  200  et  130  avant 
J.-C.  L'auteur  insiste  fortement  sur  ce  point ,  que  l'expul- 
sion des  Celles  fut  complète;  cette  circonstance  découle 
des  paroles  formelles  de  César  (II,  4),  et  avait  déjà  été 
signalée  entre  autres  par  Desroches  (pag.  3).  Si  donc 
M.  Schayes  avance  que  le  premier  il  a  tracé  une  ligne  de 
démarcation  exacte  entre  les  Celto-Belges  et  les  Germano- 
Belges,  son  assertion  ne  doit  pas  être  prise  à  la  lettre, 
mais  bien  dans  le  sens  que  j'indiquerai  plus  bas. 

Bans  le  troisième  chapitre ,  l'auteur  cherche  à  détermi- 
ner la  position  géographique  des  peuples  de  la  Belgique 
avant  la  domination  romaine,  notamment  à  partir  de 
l'invasion  germanique  (car  cette  fixation  est  impossible 
relativement  aux  Celto-Belges).  Ce  point  est  aussi  enve- 
loppé de  beaucoup  de  vague,  et  permet  l'existence  si- 
multanée de  plusieurs  systèmes.  Je  ne  doute  nullement  que 
les  déterminations  proposées  ou  adoptées  par  M.  Schayes, 
n'obtiennent  l'assentiment  de  beaucoup  de  personnes, 
quoique  pour  ma  part  je  ne  puisse  les  approuver  toutes. 
Par  contre,  je  n'hésite  pas  à  faire  un  mérite  particulier  à 
notre  savant  compatriote,  d'avoir  rejeté  les  Moiïns  hors 
des  limites  de  la  Belgique  actuelle. 


(  258  ) 

Les  chapitres  V  et  VI  sont  les  plus  importants,  et  par- 
leur étendue  (ils  composent  à  eux   seuls  plus  des  deux 
cinquièmes  du  volume)  et  par  la  nature  des  matières 
traitées  :  ils  nous  retracent  les  qualités  physiques  et  mo- 
rales, les  mœurs,  les  usages,  le  culte,  l'industrie,  etc., 
des  Celto-Belges  d'abord,  et  ensuite  des  Germano-Belges. 
Nous  avons  vu  plus  haut  que  nous  manquions  de  rensei- 
gnements historiques  sur  les  Celtes,  habitant  la  Belgique; 
ils  sortent  donc  du  domaine  de  notre  histoire  ;  mais  leur 
état  social,  qu'il  est  permis  de  retracer  jusqu'à  un  certain 
point   à  l'aide  de  l'analogie,  doit-il   également   en  être 
exclu  ?  c'est  ce  qu'avaient  cru  jusqu'ici  tous  nos  auteurs, 
mais  c'est  ce  que  n'a  pas  pensé  M.  Schayes.  Pour  ma  part, 
je  partage  pleinement  son  avis  quant  au  fond  de  la  chose 
même ,  toutefois  j'ai  quelques  remarques  critiques  à  faire 
sur  la  manière  dont  il  l'a  traitée.  Les  notices  qui  doivent 
servir  à  tracer  ce  tableau  sont  non-seulement  étrangères 
aux  Celtes  de  la  Belgique,  mais  elles  appartiennent  encore 
à  une  autre  époque;  les  transporter  toutes  indistinctement 
sur  ceux-ci,  est  donc  s'exposer  à  leur  attribuer  une  civili- 
sation qui  ne  fut  jamais  la  leur.  Il  existe  sans  doute  dans  la 
physionomie  des  peuples  des  traits  qu'une  suite  de  siècles 
n'altère  pas;  il  y  a  des  institutions  profondément  enracinées 
dans  le  caractère  national,  qui  participent  à  sa  fixité, 
mais  il  s'en  trouve  aussi  d'autres  qui  subissent  lïnfluence 
progressive  de  la  civilisation,  et  qu'un  siècle  ne  transmet 
pas  au  siècle  suivant  dans  l'état  où  il  les  a  reçues  de  celui 
qui  l'avait  précédé.  M.  Schayes  n'a  pas  cru  devoir  tenir 
compte  de  cette  différence.  Son  chapitre  IV  est  une  expo- 
sition succincte ,   mais  complète ,   de  tout  ce  que  nous 
connaissons  de  la  civilisation    celtique    et  conviendrait 
parfaitement  à  un  ouvrage  sur  la  nation  des  Celtes  en 
général.   Il   résulte  de  ce   caractère   de  généralité,  qu'il 
s'appliquerait  aussi  bien  à  toute  autre  partie  de  la  Gaule 


(  259  ) 

qu'à  la  Belgique  j  car  si  nous  y  trouvons  quelques  faits 
exclusivement  propres  à  notre  pays,  il  en  est  d'autres  qui 
ne  le  concernent  nullement.  Pour  se  convaincre  de  cette 
vérité,  que  l'on  jette  un  coup-d'œil  sur  les  §§  2  et  9 ,  qui 
traitent  de  l'économie  rurale  et  de  l'industrie,  et,  par 
exemple,  sur  ce  qui  y  est  dit  de  la  culture  du  figuier  et 
de  l'olivier  (1). 

Passons  maintenant  aux  Germano-Belges.  «  Si  dans  le 
»  chapitre  précédent,  dit  l'auteur,  nous  avons  osé  attri- 
»  buer  aux  Celto-Belges  une  grande  partie  des  moeurs  et 
»  des  usages  des  Gaulois  en  général,  nous  pouvons,  avec 
»  plus  de  raison  encore ,  rendre  communs  aux  Germano- 
»  Belges  le  culte  et  la  vie  privée  des  habitants  de  la  grande 
»  Germanie  ;  car ,  fiers  de  leur  origine ,  les  Germano- 
»  Belges  conservèrent  intacte  les  traditions  et  les  mœurs 
»  de  la  mère-patrie,  et  ne  se  confondirent  jamais  avec  les 
»  Celtes,  dont  ils  habitaient  le  territoire.  »  On  voit  que 
M.  Schayes  donne  aux  Germano-Belges  une  civilisation 
purement  germanique ,  sans  aucune  influence  celtique ,  et 
c'est  en  cela  qu'il  a  eu  raison  d'avancer  qu'aucun  auteur 
moderne  avant  lui  n'avait  tracé  une  démarcation  aussi 
tranchée  entre  les  Celto-Belges  et  les  Germano-Belges. 
Toutefois  l'auteur  me  permettra  de  ne  pas  adopter  son 


(i)  M.  Schayes  ,  résumant  ici  les  recherches  spéciales  qu'il  a  publiées 
ailleurs  sur  la  culture  de  la  vigne  en  Belgique,  avance  (p.  82)  que  ce 
n'est  guère  qu'au  XII. e  siècle  qu'on  la  voit  introduite  dans  le  Brabaut, 
la  Flandre,  le  Tournaisis  et  la  province  d'Anvers.  Il  paraîtrait  au  con- 
traire qu'elle  aurait  déjà  été  connue  anciennement  dans  la  Flandre 
orientale;  c'est  du  moins  ce  qui  résulte  de  la  découverte  dans  une 
tourbière  à  Beveren ,  près  d'Audenaerde ,  de  vignes,  avec  leurs  sarments 
symétriquement  plantées.  Les  autres  objets  trouvés  au  même  endroit 
appartiennent  évidemment  à  la  période  germanique.  Voyez  De  Bail, 
Recueil  d'antiquités  romaines  et  gauloises,  pag.   122. 


(  260  ) 

avis  (1).  Celte  supposition  d'absence  de   toute  influence 
des  Celtes  sur  les  Germains  de  l'ancienne  Belgique ,  avec 
lesquels  ils  étaient  continuellement  en  contact  et  en  rela- 
tion, n'est  pas  seulement  contraire  au  principe  de  civili- 
sation, d'après  lequel  le  moins  civilisé  se  forme  sur  celui 
qui  l'est  davantage ,  mais  contredit  encore  les  témoignages 
historiques.  En  effet,  Hirtius  rapporte  que  les  Tréviriens 
avaient  perdu  de  la  férocité  des  Germains ,  et  si  César  (II,  5) 
dit   des  Nerviens  seulement  qu'ils  avaient  proscrit    tout 
commerce  d'objets  de  luxe,  interdit  l'entrée  de  leur  pays 
aux  marchands   étrangers    et   défendu   l'usage  du   vin  , 
c'est  que  probablement  il  n'en  était  pas  de  même  des 
autres  Germano-Belges.  Les  Nerviens  eux-mêmes  ne  pous- 
saient pas  la  haine  de  l'étranger  jusqu'à  rejeter  l'adoption 
d'un  usage  avantageux.  On  raconte  que  quand  ils  atta- 
quèrent le  camp  de  Quintus  Cicéron,   ils  avaient  déjà 
appris  des  prisonniers  romains  à  assiéger  les  places  d'une 
manière  plus  conforme  aux  règles  de  la  tactique  militaire. 
Qui  peut  donc  répondre  que  les  Germano-Belges ,  dès 
l'époque  de  leur  établissement  en  Belgique,  n'aient  pas 
déjà  fait  quelques  emprunts  à  l'art  militaire  des  Celtes, 
qu'ils  avaient  eu  occasion  de  connaître  dams  leurs  guerres 
d'invasion.  Ainsi  les  Tréviriens,  contre  l'usage  des  peuples 
germaniques ,  avaient  une  cavalerie  excellente  et  en  grand 
crédit  chez  les  Gaulois  (César,  H,  24).  Il  est  donc  permis 
de  douter  que  tout  ce  qui  est  dit ,  au  §  VI ,  des  armées , 
des  armes  et  de  la  tactique  militaire  des  Germains  soit 
entièrement  applicable  aux  Germano-Belges.  Un  point  où 
le  système  de  démarcation  de  l'auteur  semble  surtout  être 
en  défaut,  c'est  l'économie  rurale.  En  lisant,  par  exemple, 


(i)  Desroclies  pensait  comme  moi;  voyez  les  développements  de 
son  opinion  dans  ses  lUckerchet  sur  Cancicnne  Belgique,  pag.  19S 
el  suiv. ,  édit.  in-  j°. 


(  261   ) 

ce  qui  y  est  dit  des  plantes  légumineuses  et  des  arbres 
fruitiers,  d'un  côté  chez  les  Celtes,  de  l'autre  chez  les 
Germains,  si  l'on  n'a  pas  oublié  qu'il  s'agit  d'un  seul  et 
même  sol,  ne  s'imaginerait -on  pas  que  les  peuplades 
germaniques ,  en  Rétablissant  dans  notre  pays,  en  ont 
extirpé  les  productions  du  sol,  pour  les  remplacer  par 
celles  de  leur  patrie  primitive.  C'est  pourtant  ce  dont  je 
ne  pense  pas  que  M.  Schayes  ait  eu  l'idée;  car  il  doit 
regarder  à  plus  forte  raison  comme  vrai,  relativement 
aux  productions  de  la  terre,  ce  qu'il  avance  (p.  169)  de 
leur  culture,  que  les  Germano-Belges  en  auront  adopté  les 
différentes  espèces  usitées  par  les  Celto-Belges. 

Le  jugement  que  j'ai  porté  sur  le  chapitre  IV,  je 
l'appliquerai  au  chapitre  V.  Parmi  les  choses  que  ce  cha- 
pitre contient ,  beaucoup  me  paraissent  des  hors-d'œuvre , 
et  ne  sauraient  trouver  place  que  dans  un  ouvrage  géné- 
ral sur  les  Germains.  Telle  est  ma  manière  individuelle  de 
voir,  mais  je  n'ai  pas  la  prétention  de  croire  qu'elle  soit 
la  bonne.  M.  Schayes  a  pensé  autrement  et  il  a  le  droit 
d'être  jugé  du  point  de  vue  où  il  s'est  placé.  Je  dirai  donc 
que  ces  deux  chapitres  offrent  à  la  curiosité  des  lecteurs, 
sur  la  société  celtique  et  germanique,  une  foule  de  ren- 
seignements que  l'on  ne  trouve  que  dans  des  ouvrages 
peu  répandus  ou  inacessibles  à  beaucoup  de  nos  com- 
patriotes, et  que  sous  ce  rapport  beaucoup  de  personnes 
peut-être  auraient  été  fâchées  que  l'auteur  eût  partagé  mon 
sentiment.  Je  ne  puis  m'empêcher  cependant  d'exprimer 
le  regret  que  M.  Schayes  n'ait  pas  connu  ou  plutôt  qu'il 
n'ait  pas  eu  à  sa  disposition,  plusieurs  ouvrages  importants, 
publiés  en  Allemagne,  et  dont  la  lecture,  je  n'en  doute 
pas,  aurait  modifié  ses  idées  sur  plusieurs  points  relatifs 
aux   Germains  (1). 


(i)  Je    citerai   entre  autres    les  ouvrages  d'Adeîung',   de   Barth,  de 


(  262  ) 

Dans  les  Jeux  chapitres  suivants,  qui  terminent  la  pre- 
mière partie  du  livre  I.  l'auteur,  après  avoir  décrit  l'état 
physique  de  la  Belgique ,  se  livre  à  des  recherches  sur  sa 
population  à  la  même  époque.  Aidé  des  lumières  de  la 
statistique,  il  établit  avec  beaucoup  de  sagacité  et  au 
moyen  de  calculs  neufs  et  judicieusement  déduits,  que  le 
nombre  des  Germano-Belges  ne  s'élevait  guère  au-dessus 
de  250,000.  —  Ce  qui  suit ,  pour  prouver  que  la  popula- 
tion de  presque  toutes  les  contrées  de  la  terre  était  beau- 
coup moindre  dans  les  temps  anciens  que  de  nos  jours, 
aurait  pu,  me  semble-t-il,  être  si  non  omis,  du  moins 
abrégé ,  sans  que  le  système  de  l'auteur  en  souffrit. 

Nous  arrivons  à  la  partie  de  l'ouvrage  qui  traite  de  la 
Belgique  pendant  la  domination  romaine.  Cette  partie 
s'ouvre  par  un  résumé  succinct  des  événements  qui  ont 
signalé  sa  conquête  par  César.  L'auteur  y  trouve  l'occasion 
de  toucher  plusieurs  questions  importantes  et  obscures  de 
géographie  ancienne.  Suivent  un  exposé  du  repeuplement 
de  la  Belgique  par  de  nouvelles  colonies  germaniques, 
sous  Auguste  et  ses  successeurs ,  et  la  détermination  des 
limites  des  différents  peuples  belges  à  l'époque  romaine. 
Toute  cette  partie  (chap.  I-1H)  est  traitée  d'une  manière 
très-satisfaisante.  Je  regrette  de  ne  pouvoir  accorder  le 
même  éloge  au  chapitre  IV,  qui  s'occupe  de  la  condition 
politique  et  de  l'état  administratif  de  la  Belgique  sous 
la  domination  romaine.  D'abord  M.  Schayes  blâme  les 
auteurs  qui  ont  écrit  avant  lui ,  de  ce  qu'ils  n'ont  établi 


Luden  ,  de  Menzel,  sur  l'histoire;  d'Eickhorn  sur  l'histoire  du  droit; 
de  J.  Grimm  sur  les  antiquités  du  droit;  de  Rogge  sur  la  procédure; 
d'Anton  et  de  Jacohi  sur  l'économie  rurale ,  et  par  rapport  à  la  my- 
thologie,  ceux  de  Bergner,  de  Legis ,  de  Hachmeister,  de  Barth  et  de 
Grimm,  tous  postérieurs  au  livre  de  Mone,  dont  M.  Schayes  a  eu  tant 
à  se  louer. 


(  263  ) 

aucune  distinction  entre  l'état  politique  des  Germano- 
Belges  et  celui  des  autres  habitants  de  la  Gaule.  Mais  ce 
reproche  est-il  tout-à-fait  bien  fondé?  C'est  ce  que  je  ne 
crois  pas ,  el  ma  conviction  résulte  du  livre  même  de 
M.  Schayes.  En  effet ,  il  convient  que  la  Belgique ,  comme 
les  autres  parties  de  l'empire,  était  soumise  à  la  cir- 
conscription territoriale  et  administrative ,  établie  par 
Auguste  et  ses  successeurs  (p.  454).  Quelle  différence 
pouvait-il  donc  exister  encore  entre  deux  pays  sur 
lesquels  avait  passé  le  niveau  du  régime  provincial  de 
Rome?  Nulle  autre,  je  pense,  que  celle  qui  résultait 
du  nombre  plus  ou  moins  grand  de  localités  privilégiées 
qu'ils  renfermaient.  Or,  suivant  l'auteur,  il  y  avait  en 
Belgique  des  municipes  et  des  cités  libres  (p.  456),  de 
même  que  l'on  sait  qu'il  s'en  trouvait  dans  le  reste  de  la 
Gaule.  Mais  ici  il  y  avait  de  plus  des  peuples  non  privilé- 
giés, c'est-à-dire,  sur  lesquels  pesait  de  tout  son  poids  le 
joug  de  l'administration  provinciale  (provinciales) ,  tandis 
que  dans  le  système  de  M.  Schayes,  tous  les  Germano- 
Belges  jouissaient  de  la  condition  de  peuples  libres.  Dans 
cette  circonstance  unique  et  purement  accidentelle  réside 
donc  toute  la  distinction;  et  cette  distinction,  les  devanciers 
de  M.  Schayes  ne  pouvaient  la  faire,  puisqu'ils  ne  regardaient 
pas  tous  les  Germano-Belges  comme  des  peuples  libres. 
Quant  à  moi ,  je  persisterai  à  demeurer  de  leur  opinion , 
jusqu'à  ce  qu'on  ait  infirmé  le  témoignage  de  Pline  (Hist. 
nat.  IV,  31,  17),  qui  n'accorde  aucunement  cette  qualité 
aux  Toxandres,  aux  Tongrois,  aux  Suniques ,  ni  aux  Béta- 
siens ,  et  il  est  à  remarquer  que  probablement  l'écrivain 
romain,  en  faisant  le  recensement  géographique  de  ces 
différents  peuples,  n'indiquait  leur  état  politique  que 
d'après  des  documents  authentiques  et  officiels.  Selon  l'au- 
teur, les  Ménapiens  auraient  joui  d'une  liberté  plus  éten- 
due  encore   que  les    autres   Germano-Belges,    puisqu'ils 


(  2G4  > 

n'auraient  même  jamais  subi  le  joug  de  Rome.  Cette 
opinion  sur  la  non-soumission  des  Ménapiens,  mise  en 
avant  d'abord  par  Vrédius  et  Poutrain,  développée  en- 
suite par  Raepsaet,  a  reçu  dans  le  livre  de  M.  Schayes  le 
complément  de  preuves  sur  lesquelles  elle  puisse  jamais 
s'appuyer.  Que  les  Romains  aient  eu  des  établissements 
fixes  dans  les  Flandres,  c'est  ce  qui  ne  saurait  être  démon- 
tré et  ce  qui  du  reste  est  peu  vraisemblable;  mais  ce  qui 
est  bien  moins  vraisemblable  encore ,  c'est  que  ces  mêmes 
Romains,  après  que  leur  domination  eut  pris  racine  dans 
les  Gaules,  aient  souffert  qu'un  petit  peuple,  avec  lequel 
ils  entretenaient  du  reste  des  relations  commerciales, 
continuât  à  braver  leur  puissance.  Quant  à  la  civilisation 
romaine,  peut-on  douter  un  instant  qu'elle  ait  pénétré 
dans  cette  partie  de  la  Belgique,  à  la  vue  des  débris  que 
le  sol  en  a  déjà  rejetés  de  son  sein,  et  qui  sont  étalés  dans 
nos  musées  (l). 

Puisque  M.  Schayes  admettait  pour  condition  politique 
des  Germano-Belges,  celle  de  peuples  libres,  il  aurait  dû, 
me  semble-t-il ,  tâcher  de  déterminer  avec  plus  de  préci- 
sion et  de  mettre  davantage  en  relief  la  nature  des  rela- 
tions des  cités  libres  avec  le  gouvernement  de  Rome. 
Car  bien  que  le  titre  de  libres  semblerait  avoir  assuré  à  ces 
cités  une  juridiction  entièrement  indépendante,  il  n'est 
cependant  que  trop  vrai  qu'on  appelait  des  jugements, 
prononcés  dans  ces  localités  (2) ,  à  la  décision  du  gouver- 
neur provincial,  et  que  les  habitants  n'échappaient  pas 


(i)  Je  reprendrai  peul-ûtre  un  jour  l'examen  de  cette  question.  En 
attendant  je  renvoie  ceux  qui  se  sentiraient  entraînés  par  les  arguments 
de  mes  adversaires  à  la  préface  du  chanoine  De  Bast ,  Antiquités 
romaines  et  gauloises  ,  p.  XI-XVI. 

(2)  A  Athènes,  par  ex.;  voyez  Boeckl» ,  Corp.  Inscriptionum 
greecar.  vol.  I,  n.°  355. 


(  265  ) 

a  la  juridiction  criminelle  du  magistrat  romain  (  1  ).  Une 

circonstance  surtout  avait  besoin  d'être  rapportée  par 
l'auteur,  c'est  que  cette  autonomie  des  cités  disparut  vers 
la  fin  du  III. e  siècle  de  notre  ère  (2). 

La  critique  ne  peut  non  plus  passer  sous  silence  l'expo- 
sition sommaire  du  régime  municipal.  Cette  exposition 
est  incomplète;  il  y  règne  de  la  confusion  dans  l'énu- 
méralion  des  divers  magistrats  :  la  hiérarchie  des  pouvoirs 
par  exemple .  n'est  nullement  observée.  On  y  trouve  en 
outre  plusieurs  inexactitudes  :  telle  est  l'origine  du  mot 
«.Dédirions ,  ainsi  nommés  parce  qu'ils  étaient  au  nombre 
de  dix»  (p.  456),  tandis  qu'on  ne  saurait  citer  et  qu'il 
n'a  peut-être  jamais  existé  un  seul  de  ces  conseils  (curia) 
composé  de  dix  membres  seulement  (3). 

Ce  chapitre  se  termine  par  un  abrégé  chronologique  des 
annales  des  Francs  depuis  le  III. "jusqu'au  VI. c  siècle. 

Enfin  le  chapitre  V.  le  dernier  du  volume,  contient 
des  recherches  sur  la  population  de  la  Belgique  durant  la 
domination  romaine,  ainsi  que  sur  la  population  et  l'état 
des  Gaules  à  la  même  époque. 

Voilà  un  aperçu  de  l'ouvrage  de  M.  Schayes;  si  je  l'ai 
donné  si  pâle  et  si  peu  substantiel,  c'est  que  la  richesse 
des  détails  a  échappé  à  l'analyse.  On  aura  remarqué  sans 
doute,  que  dans  ce  compte-rendu  il  a  été  fait  une  part 
bien  large  à  la  critique;  ceci  ne  provient  pas  certainement 


(i)  Fragm.  7,^2,  Dig.  de  captivitate,  49  >  ï5. 

(2)  Voyez  Spanheiuii ,  Orbis  Romanus,  II,  7,  16. 

(3)  Cette  erreur  provient  sans  doute  de  ce  que  l'on  aura  mal  corapris 
!a  définition  de  Pomponius ,  fr.  23g  ,  §  5,  Dig.  de  verborum  siguifica- 
tione  ,  5o,  16.  «.  Decuriones  quidam  dictos  aiunt  ex  eo,  quod  initio  , 
quum  colonix  deducerentur,  décima  pars  eorum  qui  ducerentur,  con- 
silii  publici  gratia  conscribi  solita  sit.  »  Voir  sur  les  différentes  e'tymo- 
logies  du  mot  F.  Rolh ,  de  re  municipali  Romanorum,  lib.  II,  c.  2,  p.  65 
et  suiv. 

18 


(  266  ) 

de  ce  que  l'ouvrage  offre  plus  de  choses  à  reprendre  qu'à 
louer;  mais  qu'on  veuille  bien  se  rappeler  d'abord  que  la 
science  gagne  rarement  à  la  louange,  au  lieu  que  la 
critique  lui  est  presque  toujours  profitable.  D'ailleurs 
M.  Schayes  n'en  est  pas  à  son  début,  il  n'a  pas  besoin 
d'indulgence  et  d'encouragements;  ce  qu'il  a  fait  déjà 
nous  donne  le  droit  d'être  sévères  à  son  égard.  Aussi 
M.  Schayes  lui-même,  je  l'espère  du  moins,  ne  se  mé- 
prendra pas  sur  le  caractère  de  mes  observations.  Il  sentira 
que  ce  sont  simplement  des  avertissements,  des  conseils 
que  j'ai  cru  pouvoir  hasarder  ,  et  nullement  des  leçons 
que  j'ai  voulu  lui  donner  (en  effet  le  rôle  de  docteur 
m'irait  fort  mal,  à  moi,  dans  une  matière  qui  n'a  fait  qu'ac- 
cidentellement l'occupation  de  ma  vie  littéraire).  Il  y  verra 
en  outre  une  marque  du  vif  intérêt  que  je  porte  à  son 
ouvrage  et  de  la  haute  estime  que  je  professe  pour  son 
zèle  et  son  érudition. 


J.  E.  G.  Roulez. 


(  207  ) 

lut  Okigim  of  theDutch:  loith  a  sketch  of  thcir  lunuuaqe 
andliterature,  and  short  ex  ample  s,  traciny  the proares 
of  the  language,  by  the  Rev.  J.  Bosworth.  London, 
Longman,  Rees,  etc..  1836;  gr.  in-8.°  de  32  pages. 

Enfin  ia  Belgique  et  sa  langue  commencent  à  être  re- 
gardées à  1  étranger  comme  un  peu  plus  dignes  d'attirer 
1  attention,  grâces  aux  efforts  constants  de  nos  littérateurs, 
qui  ont  senti  que  la  nationalité  ne  s'acquiert  et  ne  se  con- 
stitue pas  seulement  par  des  traités,  mais  encore  par  un 
sentiment  d'unité  qu'il  faut  tâcher  d'inculquer  dans  les 
masses,  en  répandant  la  connaissance  de  ce  que  nous  avons 
été,  et  par  conséquent  de  ce  que  nous  pouvons  devenir 
encore.  Après  avoir  été  trop  long-temps  le  théâtre  de 
guerres  intérieures  et  extérieures  qui  auraient  ruiné  com- 
plètement toute  autre  contrée  que  la  fertile  Belgique ,  nous 
nous  sommes  vus  balottés  d'une  puissance  à  l'autre,  et  na- 
turellement notre  amour-propre  et  notre  dignité  ont  dû 
être  froissés  dans  ces  luttes.  Aujourd'hui  presque  tous  les 
points  qui  forment  la  nationalité ,  doivent  être  réunis  avec 
soin  au  milieu  des  débris  étrangers,  et  c'est  à  quoi  nous 
devons  travailler. 

Voici  qu'un  savant  anglais,  le  rév.  J.  Bosworth,  par 
suite  de  recherches  faites  sur  la  langue  anglo-saxonne  ; 
vient  de  publier  un  opuscule  des  plus  intéressants ,  mais 
tiré  seulement  à  cent  exemplaires,  sur  la  langue  et 
la  littérature  flamande,  qu'il  prouve,  ainsi  que  nous  le 
verrons  plus  loin ,  n'être  autre  chose  que  l'ancienue 
langue  de  la  Hollande  et  d'une  grande  partie  des  Pays- 
Bas,  où  elle  a  conservé  son  type  primitif;  tandis  que 
les  Hollandais  ont  cherché  à  l'affilier  plus  intimement  à 
l'allemand,  au  lieu  de  lui  laisser  son  premier  cachet.  Je 
crois  qu'il  n'est  pas  sans  intérêt  de  donner  une  analyse 


(  268  ) 

détaillée  de  ce  livre,  qui  ne  pourra  être  lu  que  par  bien 
peu  de  personnes,  à  cause  du  petit  nombre  d'exemplaires 
qui  se  trouvent  dans  le  commerce. 

The  Origin  of  the  Bute  h  :  with  a  sketch  of  their  lan- 
guage   and  literature  and  short  examples,  tracing   the 
progress  of  the  language.  Tel  est  le  titre  de  ce  petit  vo- 
lume de  32  pages,  qui  contient  la  matière  d'un  gros  vo- 
lume, comme  le  dit  l'auteur  lui-même  dans  sa  préface. 
Après  quelques  considérations  sur  l'importance  philoso- 
phique du  langage,  il  avance  que  l'histoire,  les  recherches 
des  plus  profonds  géologisles,  les  investigations  des  hom- 
mes les  plus  savants,  et  l'examen  attentif  des  phénomènes 
de  la  nature  confirment  ce  que  Moïse  nous  rapporte  sur  cet 
objet  :  Erat  autem  terra  lahii  unius,  et  sermonum  eorum- 
dem.  Il  cite  plusieurs  preuves  et  plusieurs  ouvrages  d'un 
grand  poids.  Passons  maintenant  à  la  division  des  langues. 
Quelque  soit  la  diversité  d'opinion  sur  la  grande  variété 
des  langues ,  les  plus  savants  philologues  les  ont  générale  - 
ment  divisées  en  classes.  L'une  d'elles  est  appelée  Semé- 
tique,  une  autre  Japhètique  ou  Caucasienne,  ou  bien  en- 
core Indo-germajiique.  Le  sanscrit  se  trouve  à  la  tête  de 
cette  division ,  comme  étant  probablement  le  plus  sem- 
blable à  la  langue-mère.  On  sait  que  le  sanscrit  est  ce 
langage  riche  et  flexible  dont  on  découvre  encore  chaque 
jour  des  monuments  littéraires,  et  qui  jadis  se  parlait  dans 
tout  l'Indostan,  depuis  le  golfe  du  Bengale  jusqu'à  la  mer 
d'Arabie,  et  depuis  l'extrémité  méridionale  du  pays  jus- 
qu'aux montagnes  de  Himalaya ,  au  nord.  Le  sanscrit  con- 
tient les  racines  des  diverses   langues  européennes,  du 
latin,  du  grec,  du  celtique,  du  germain  et  du  slavon. 
L'Europe  fut  graduellement  occupée  par  des  populations 
venues  de  l'Est.  Les  Celtes  furent  des  premiers  à  quitter 
l'Asie;  ils  se  répandirent  par  des  émigrations  successives 
su]-  une  partie  considérable  de  l'Europe  :  les  anciens  Bre- 


(  269  ) 

Ions  en  faisaient  partie.  Conquis  d'abord  par  les  Romains 
et  par  les  Saxons,  leurs  débris  se  retirèrent  dans  le  pays 
de  Galles. 

Les  tribus  teutonnes,  germaines  ou  gothiques  furent  la 
seconde  source  de  la  population  de  l'Europe. 

Les  peuplades  qui  vinrent  en  troisième  lieu  se  répandre 
en  l'Europe ,  sont  les  Slavons  ou  Sarmates. 

Maintenant  remarquons  bien  que  les  tribus  d'origine 
celtique  qui  arrivèrent  les  premières,  sont  très-distinctes 
des  tribus  teutonnes  ou  germaines,  qui  n'émigrèrent  qu'a- 
près. La  langue  apportée  en  Europe  par  la  grande  famille 
teutonne,  germaine  ougothique,  se  divise  en  deux  grandes 
branches  :  le  Scandinave,  qui  produisit  l'islandais,  le  da- 
nois, le  suédois,  le  norwégien,  etc.,  et  la  branche  germa- 
nique ,  qui  comprend  non-seulement  l'anglo-saxon ,  le 
frison ,  l'ancien  saxon ,  mais  encore  leurs  dérivés  immé- 
diats ,  l'anglais ,  le  flamand ,  le  hollandais  et  le  bas- 
allemand.  Quant  à  ce  qu'on  désigne  sous  le  nom  de  haut- 
allemand,  ce  dialecte  s'est  combiné  avec  le  mœso-gothique. 

Nous  avons  dû  nécessairement  entrer  dans  ces  détails 
préliminaires  pour  bien  faire  comprendre  ce  qui  va  sui- 
vre sur  la  langue  hollandaise  ou  flamande ,  son  caractère 
et  son  histoire.  Nous  croyons  en  passant  pouvoir  faire 
observer  ici  qu'il  est  singulier  de  voir  le  révérend 
J.  Bosworth  avancer  que  des  preuves  solides  attribuent 
aujourd'hui  l'invention  de  l'imprimerie  à  Laurent  Kos- 
ter,  de  Harlem,  tandis  que  celte  opinion  est,  ce  nous 
semble,  entièrement  abandonnée  par  les  bibliophi- 
les. Revenons  à   la  langue  flamande  (1).  Son  caractère 


(i)  L'auteur  se  sert  du  mot  Dutch,  comme  on  a  pu  le  voir  dans  le 
titre,  mot  qui  pour  lui  représente  aussi  bien  le  flamand  que  le  hollan- 
dais (Voir  la  page  17,  §  11);  nous  emploierons  donc  de  préférence  le 
premier  de  ces  noms. 


(  270   | 

distinctif  est  l'énergie.  Si  elle  n'est  pas  douce .  elle  a  de  la 
dignité,  beaucoup  de  ressources,  et  une  grande  richesse 
dans  la  composition  de  ses  mots.  Les  mots  techniques,  que 
les  Anglais  et  les  Français  empruntent  aux  langues  étran- 
gères, sont  formées  en  flamand  de  racines  flamandes, 
comme  sterrekunde }  taelkunde ,  telkumt,  aerdrykskunde , 
et  une  foule  d'autres. 

Comme  preuve  de  l'affinité  d'origine  avec  l'anglais ,  le 
flamand  présente  des  exemples  frappants.  Ayant  encore 
beaucoup  à  citer,  nous  nous  contenterons  de  ce  proverbe  : 

Àls  de  wyn  is  in  de  nian, 
Is  de  wysheid  in  de  kan. 

Qui  se  traduit  en  anglais  : 

As  {icheii)  the  reine  is  in  the  man, 
Is  the  visdom  in  the  cari. 

Du  reste,  la  lecture  des  anciens  auteurs  anglais  et  fla- 
mands ne  peut  manquer  d'apporter  la  conviction  sur  cette 
extrême  ressemblance. 

Plus  les  exemples  pris  dans  les  langues  teutonnes  sont 
anciens,  plus  leur  analogie  est  grande,  ce  qui  prouve 
qu'originairement  elles  viennent  d'une  même  source.  Le 
plus  ancien  monument  de  notre  langue  est  une  traduc- 
tion des  Psaumes,  faite  vers  l'an  800:  le  rapprochement 
du  flamand  d'aujourd'hui  avec  celui  de  ce  temps  fera  voir 
que  le  changement  est  peu  considérable. 

Psaume  56.  2-5. 

l.°  Begenadig  inv,  Gud!  Bègenadig  my;  want  op  Uvertroirw  t 
mync  ziel.  In  de  sehaduw  uwer  vederen  zal  ik  vertrouwen  tôt 
dat  hët  onrëgt  moge  voorbygaen. 

2.°  Roepen  zal  ik  tôt  den  hoogsten  God,  God  die  my  wel 
dced. 


(27!  ) 

1.°  Ginathi  mi,  Got!  cjinathi  mi,  icanda  an  lin  yitruot  sila 
min.  In  an  scudo  fitheraco  thinro  sal  ih  gitruon  untis  farliet 
unrecht. 

2.°  Ruopen  sal  ic  te  Gode  hoista,  got  thia  wala  dida  mi. 

Ici  le  révérend  J.  Bosworth,  se  servant  de  l'ouvrage  de 
M.  Willems  :  Verhandeling  over  de  Nederduitsche  tael- 
en  letterkunde ,  et  donnant  aux  connaissances  et  aux 
sentiments  patriotiques  qui  animent  cet  auteur  pour 
sa  langue  maternelle,  tous  les  éloges  qu'il  mérite,  présente 
des  extraits  de  la  charte  de  Bruxelles  de  1229,  pour 
confirmer  ce  qu'il  a  déjà  avancé  :  l.°  que  le  flamand  a 
peu  dévié  de  sa  source,  le  dialecte  teuton  ou  germain; 
2.°  qu'il  est  très-semblable  à  l'anglais. 

Nous  sommes  arrivé  maintenant  à  un  des  poèmes  sati- 
riques qui ,  après  l'œuvre  du  Dante ,  a  fait  le  plus  de 
bruit  au  moyen-âge,  le  soi-disant  roman  du  Renard. 
L'auteur  partage  l'opinion  soutenue  avec  tant  de  succès 
par  M.  Willems,  dans  le  Messager  des  Sciences  et  des  Arts, 
que  l'original  de  cet  ouvrage  est  en  ancien  dialecte  fla- 
mand. Ceci  est  d'ailleurs  mis  hors  de  doute  par  la  publi- 
cation du  manuscrit  que  le  gouvernement  belge  a  acheté 
à  Londres,  et  dont  l'édition  a  été  faite  par  M.  Willems.  Ce 
poème,  composé  vers  1250,  fournit  un  point  de  comparai- 
son très-curieux  avec  notre  langue  actuelle.  Nous  n'entre- 
rons pas  dans  de  plus  longs  développements  sur  ce  sujet 
qui  a  occupé  tant  de  savants,  et  où  M.  Bosworth  suit  la 
préface  mise  en  tête  de  la  traduction  en  vers  flamands 
modernes,  donnée  par  M.  Willems,  en  1834. 

Il  passe  ensuite  à  un  court  examen  de  nos  anciens  poètes, 
Jacques  Van  Maerlant ,  Melis  Stoke ,  Jean  Van  Heelu ,  etc. 

Maerlant  a  été  regardé  jusqu'ici  comme  le  père  de  la 
poésie  flamande.  Né  probablement  à  Damme,  en  1235, 
il  se  distingua  comme  philosophe  et  orateur.  Il  me 
semble  que  l'auteur  aurait  pu   donner  quelques  extraits 


(  272  ) 

de  ce  poète  qui,  malgré  les  six  siècles  qui  nous  séparent . 
est  encore  bien  compris  par  tout  Flamand  qui  connaît  un 
peu  sa  langue.  Est-il  beaucoup  de  nations  qui  puissent 
dire  la  même  chose  de  leurs  anciens  auteurs? 

Le  principal  ouvrage  de  Maerlant,  son  Spieyel  histo- 
riael ,  peut  certainement  être  comparé,  pour  le  bon  sens 
et  la  philosophie  qui  y  régnent,  àce  qu'on  trouve  de  mieux 
à  cette  époque.  C'est  afin  que  le  lecteur  étranger  eut  pu 
se  convaincre  de  ceci ,  qu'il  est  à  regretter  que  l'auteur 
de  l'ouvrage  que  nous  analysons,  se  soit  contenté  d'un 
simple  extrait  de  huit  lignes.  Quoiqu'il  en  soit,  nous  avons 
déjà  bien  des  grâces  à  lui  rendre  pour  avoir  fait  connaître 
aux  Anglais,  si  fiers  de  leur  littérature,  que  la  nôtre  n'est 
pas  aussi  pauvre  que  les  étrangers  ont  voulu  le  croire  jus- 
qu'à présent.  Il  est  vrai  que  comme  langue  usuelle,  le 
flamand  ne  se  parle  guère  hors  du  pays,  mais  quelle 
source  de  jouissances  nouvelles  ne  peut-elle  pas  offrir  à 
l'homme  de  lettres,  et  quelle  facilité  pour  étudier  les  au- 
tres langues  du  nord?  Cats  seul  est  une  mine  féconde  en 
bonnes  plaisanteries,  en  sages  conseils,  en  vraie  philosophie. 
He  is  the  poet  of  the  people ,  dit  Borsworth,  every  ichere 
practical,  and  use  fui,  every  where  original,  and  often  su- 
blime. Aveu  remarquable  dans  un  étranger,  et  qui  est 
bien  propre  à  nous  faire  rougir  de  nos  préjugés  contre 
notre  langue  maternelle. 

L'auteur  finit  par  des  remarques  sur  des  poètes  moder- 
nes hollandais  et  sur  les  différents  dialectes  de  cette  langue, 
se  rapprochant  tous  plus  ou  moins  de  l'anglo-saxon. 

De  tout  ceci  nous  concluerons  que  des  différentes  va- 
riétés produites  par  les  langues  mères,  aucune  n'a  con- 
servé autant  de  ressemblance  avec  ses  dérivés  que  la 
langue  germanique.  Aussi  l'allemand,  le  flamand,  le 
hollandais,  connait-il  communément  plus  d'idiomes 
qu'aucun  autre  peuple. 

Octave  Delepierre. 


{  273  ) 


tfulkitu  $iblt0<jvapl)itîtK. 


HISTOIRE    DE    LA    BELGIQUE. 

Historiseh  bewys  over  het  leven  van  tien  heyligen  en  roeni- 
weerdigenBonifacius,  gehooren  te  Brussel,  gewezen  bisschop 
van  Lausanne,  belydcr  der  H.  Kerk,  en  overleden  in  het 
klooster  Terkameren  in  het  jaer  1260.  Alsook  over  den  geest 
en  zeden  der  dertiende  eeuw,  door  J.  F.  Commun,  priester. 
Brussel.  M.  Van  der  Borght,  1837.  In- 12,  de  200  pages. 

Geschiedenis  van  Vlaenderen,  gevolgd  van  eene  afzonder- 
lyke  verhandeling  zoo  over  den  oorsprong  als  de  benaming 
onzer  steden,  parochien  of  gemeenten;  door  P.  Lansens,  be- 
stierder  der  fransche  kostschool,  te  Coukelaere.  Thourout, 
Delplace,  1837.  In -12,  VIII  et  3-44  pages. 

LITTÉRATURE. 

In 't  Wonderjaer  [1566].  Historische  tafereelen  uit  de 
XVI. e  eeuw,  door  Hendrik  Conscience,  voorzitter  van  den  Ant- 
werpschen  kunstenaerskring  en  lid  der  Antwerpsche  rederyk- 
kamer.  Antwerpen,  W.  J.S.  Schoesetters,  1837.  In-8.°,  VIII  et 
191  pages. 

[Ce  roman  historique  ,  dont  plusieurs  journaux  ont  parle  avec  éloge  , 
est  orné  de  dix  lithographies  ,  exécutées  d'après  les  dessins  de  plusieurs 
jeunes  peintres  d'Anvers.] 

Coup-d'œil  sur  la  langue  et  la  littérature  flamande  en 
Belgique,  considérée  comme  langue  et  littérature  nationale, 


(  271  ) 

par  M.  J.  T.  Van  der  Voort,  membre  fondateur  de  la  société 
de  littérature  flamande,  Antwerpsche  rederykkamer,  den 
Ohjftak.  Anvers.  De  Wever  frères,  1887,  in-8.°  de  1\  pages. 

Bydragen  der  Gazette  van  Gend  voor  Letteren ,  Kunsten 
en  Wetenschappen,  uitgegeven  door  de  Maetschappy  van 
vlaemsehe  Letteroefening,  onder  de  kenspreuk  :  de  tael  is 
tjansch  hct  volk.  Eerste  jaergang,  1836.  Gent,  D.  J.  Vander- 
haeghen.  ïn-4.°  de  IV  et  90  pages. 

[C'est  la  réunion  des  feuilletons  publiés  dans  la  Gazette  van  Gend, 
par  la  société  de  littérature  flamande,  pendant  l'année  i836.] 

HISTOIRE    LITTÉRAIRE. 

Lectures  relatives  à  l'histoire  des  sciences,  des  arts,  des 
lettre?,  des  mœurs  et  de  la  politique  en  Belgique,  et  dans  les 
pays  limitrophes,  par  V.  Goethals,  bibliothécaire  de  la  ville 
de  Bruxelles.  Tome  l.er,  in-8.°  avec  portraits  lithogr. 

Recherches  bibliographiques  sur  quelques  impressions 
Néerlandaises,  du  XV.e  et  du  XVI. e  siècle,  par  E.  H.  J.  Du  Puy 
de  Montbrun,  avec  des  plancbes  xylographiques.  Leyde, 
S.  et  J.  Luchtmans,  1838.  In-8.°,  VIII  et  98  pages. 

[Cet  opuscule  renferme  la  description  de  38  de  nos  incunables.] 
OUVRAGES    PÉRIODIQUES. 

Annales  littéraires  et  philosophiques,  2.me,  3.rae,  4.'ne,  b\me  et 
6.meliv.   1837,  Liège. 

[Ce  receuil  a  adopté  trois  divisions  :  i.°  Littérature  et  pbilosopbie  ; 
■2.°  Nouvelles  et  Mélanges;  3.°  Bulletin  bibliographique;  mais  sous  ces 
lubriques  il  a  donné  jusqu'ici  peu  d'articles  intéressants.] 

Belgique  industrielle  et  littéraire,  1837;  livraisons  17  —  26. 
Revue  belge,  o.me  liv. ,  mai,  année  183o,  3.me  année. 

|  Cette  livraison  contient  :  Biographie  de  Jean  Guillaume  Carlier, 
peintre,  par  F.  Yan  Hulst;  —  Etudes  épiques  et  dramiliques,  par 
Pli.  Lesbroussart  ;  —  i.re  Lettre  sur  la  législation  pénale,  par  De  Brau- 
were  de  Hogendovp  ;  — Bassesse  et  générosité,  par  E.  G.  B.  ; — Poésie, 
le  Juré  ,  pot  pourri.  —  Analyses  critiques,  mélanges.] 


(  275  ) 

Archives  de  Droit  et  de  Législation,  publiées  par  MM.  Bel- 
paire,  De  Bonne,  De  Branteghem,  De  Facqz,  Delecourt,  à 
Mons,  Delecourt,  à  Bruxelles,  Gans,  Haus,  Lavallée,  Levigney, 
Ouliff,  Bollin,  De  Sauvage,  Van  Meenen,  Verhaeghen,  Vin- 
ehent,  Warnkœnig.  —  Bruxelles,  Hauman,  Cattoir  et  C.e, 
1837;in-8°. 

[Il  paraîtra  un  volume  par  an  d'environ  5oo  pages,  in-8.°,  en  4  livr.J 

Nouvelles  Archives  historiques,  philosophiques  et  littéraires, 
Bévue  trimestrielle,  publiée  par  MM.  J.  B.  d'Hane,  F.  Huet, 
P.  A.  Lenz,  H.  G.  Moke,  à  Gand,  avec  la  collaboration  de 
plusieurs  savants  et  hommes  de  lettres.  Tome  Ier.  Gand, 
C.  Annoot-Braeckman^lSâT.  In-8.°  (I.re  et  II.elivr.,  avril  et 
juillet),  de  VI  et  320  pages. 

Journal  historique  et  littéraire,  année  1837.  l.re,  %mo  et 
g  me  ijvr   Liège,  Kersten. 

[Ce  recueil  périodique  est  ordinairement  divise  en  4  rubriques: 
i .°  Histoire  et  Littérature  ;  2.°  Nouvelles  :  Rome  et  Belgique;  3.°  Nouvelles- 
des  autres  pays  ;  4,u  Nouvelles  littéraires. 

Bévue  de  Bruxelles.  —  I.er  vol.,  juillet,  Bruxelles,   1837. 

[Ce  recueil,  publié  sur  l'échelle  de  la  Revue  de  Paris,  sous  le  rapport 
typographique,  contient  dans  son  [.«  volume  les  articles  suivants  :  Le 
clergé  belge  pendant  les  troubles  du  XVI. e  siècle,  par  le  ch.  De  Smet; 
Comment  finissent  les  époques  philosophiques,  par  A.  De  Champs  ;  Du 
matérialisme  politique ,  par  P.  De  Decker  ;  Des  rapports  de  commerce; 
international,  parJ.  P.  Cassiers;  De  la  nationalité  littéraire  en  Belgique, 
par  J.  De  Saint-Gennois.  —  A  ma  mère  ,  poésie  ,  par  Van  Hasselt.  — 
Articles  étrangers.  —  Miscellanées,  nouvelles  des  arts,  des  lettres  et 
des  sciences.] 

NUMISMATIQUE. 

Becueil  des  Monnaies,  Médailles  et  Jetons,  pour  servir  à 
l'histoire  de  Douai  et  de  son  arrondissement,  par  L.  Dau- 
coisne  et  le  docteur  A.  De  Lanoy.  Douai,  1836.  In-8.°  de 
1-ii  pages,  avec  XXII  planches. 

MÉDECINE    ET    BOTAMOLE. 

Précis  élémentaire  de  médecine  légale,  extrait  des  meil- 
leurs  ouvrages   généraux  et    spéciaux  de   médecine    légale, 


(  276  ) 

suivi  des  lois,  des  arrêtés  et  des  règlements  de  police  médicale 
et  de  police  sanitaire,  à  l'usage  des  élèves  en  médecine , des 
médecins  praticiens  et  des  pharmaciens  chimistes;  par 
F.  J.  Matthvssens,  docteur  en  médecine,  etc.,  etc.,  à  Anvers. 
Imprimé  par  ordre  de  la  société  de  médecine  d'Anvers. 
Tome  Ier.  Anvers,  Y.  J.  J.  Heirstraeten.  1837.  In  12  de  470  pag. 

Notice  sur  la  vanille  obtenue  pour  la  première  fois  en 
maturité  à  Liège,  le  16  février  1837.  Bruxelles,  1837.  In-8° 

Observation  upon  the  vanille  and  its  impragnation,  by 
Ch.  Morren.  London,  1837.  In-8°. 

ÉCONOMIE    POLITIQUE. 

Essai  sur  la  culture  de  la  betterave,  et  sur  la  fabrication 
du  sucre  qui  en  provient,  par  Lefebvre;  in-8°. 

Du  sucre  de  betterave,  par  Van  Roosbrouck;  in-8°. 

De  la  fabrication  du  sucre  de  betterave,  par  Delbar;  in-8°. 

De  la  betterave  à  sucre,  par  Hannequard-Brane;  in-8°. 

Chemin  de  fer  de  l'Etat.  Dépenses  d'établissement,  d'entre- 
tien et  d'exploitation ,  du  1."  mai  1834,  jour  du  commence- 
ment des  travaux,  jusqu'au  mois  de  janvier  1837.  Rapport 
présenté  aux  chambres  législatives,  par  M.  le  ministre  des 
Travaux  publics,  le  l.er  mars  1837;  suivi  du  tableau  des 
demandes  en  concession  au  1."  janvier  1837.  Imprimé  par 
ordre  des  Chambres.  Bruxelles,  H.  Remy  (1837),  petit  in-folio 
de  216  pages. 

[Cette  publication  officielle  est  exécutée  avec  un  soin  tout  particulier; 
elle  offre  le  plus  liaul  inte'rêt  pour  l'économie  politique,  la  statistique 
et  les  autres  sciences  administratives.] 


I  277  ) 


Cl)wnique  ùc$  ^ciencca  et  3vt$,  et  Uarieté**. 


COMMISSION    ROYALE    D  HISTOIRE. 

Séance  du  -4  février  1 837. 

Lecture  de  la  correspondance. 

M.  Van  Praet,  secrétaire  du  cabinet,  remercie  la  commission, 
au  nom  du  Roi,  de  l'hommage  qu'elle  a  fait  à  Sa  Majesté  du 
premier  volume  de  la  Chronique  de  Philippe  Mouskes. 

M.  le  comte  Mole,  ministre  des  affaires  étrangères,  etM.  Gui- 
zot,  ministre  de  l'instruction  publique  en  France,  remercient 
la  commission  de  l'envoi  du  même  ouvrage. 

M.  De  Ram  présente  diverses  observations  sur  la  copie  mo- 
derne de  Dinterus  en  cinq  volumes  in-folio,  qui  a  été  mise  à 
sa  disposition. 

M.  De  Reiffenberg  obtient  la  parole  et  dit  : 

«  L'ancienne  commission  d'histoire  m'avait  confié  la  publi- 
cation d'A  Thymo;  en  1830,  j'en  avais  achevé  un  volume,  qui, 
sauf  quelques  cartons,  était  en  état  de  paraître.  Vous  m'avez 
fait  l'honneur  de  me  continuer  le  même  travail,  et  depuis 
lors,  je  n'ai  cessé  d'étudier  sérieusement  cet  auteur.  Permettez- 
moi  de  vous  communiquer  les  réflexions  que  cette  étude  m'a 
suggérées,  et  de  les  motiver  par  une  courte  analyse. 

Le  manuscrit  à' A  Tymo  appartient  aux  archives  de  la  ville 
de  Bruxelles.  Il  est  sur  parchemin  et  forme  trois  volumes  dont 
le  second  égale  les  deux  autres  en  grosseur. 

Le  premier  volume  commence  par  cette  espèce  d'avis  au 
lecteur  : 


(  278  ) 

Hune  quicumque  librum  qui  sciibilur  jnfra 

Ejus  qui  fecit  te  memiuisse  decet , 
Et  precibus  foveas  opus  egri?giumque  corones 

Quo  meritum  sibi  sit  et  bona  vita  tibi. 

L'ouvrage  débute  par  la  donation  de  Constantin,  mais  in- 
complète et  telle  à  peu  près  qu'elle  se  trouve  dans  le  Décret 
de  Gratien.  Cette  pièce  est  suivie  d'extraits  de  l'Historia  eccle- 
siastica  tripartita,  des  Gesta  regum  Francorum,  de  Geoffroi 
de  Montmouth,  du  Décret  déjà  cité  et  du  code  de  Justinien. 
Ces  extraits  remplissent  le  premier  titre. 

Le  second  parle  d'abord  de  Carloman,  prince  de  Hesbaye  et 
de  Brabant,  et  offre  ensuite  des  fragments  de  chroniques,  de 
légendes  et  surtout  du  Décret. 

Le  troisième  s'occupe  de  Pepin-l'Ancien,  de  Mahomet  et  de 
la  loi  des  Sarrasins.  Cette  partie  peut  se  comparer  avec  le 
poème  latin  sur  Mahomet  par  Wautier,  moine  français  du 
XII.e  siècle,  et  avec  l'ouvrage  mis  au  jour  par  MM.  Rainaud  et 
Francisque  Michel,  sous  ce  titre:  Roman  de  Mahomet,  en  vers 
du  XIII.e  siècle,  par  Alexandre  Dupont,  et  livre  de  la  loi  au 
Sarrasin  en  prose  du  XIJ  .e  siècle,  par  Raymond  Lutte. 
Paris,  1831,  in-8.°  Comme  les  autres,  elle  est  puisée  à  des  sour- 
ces peu  sûres  ou  déjà  connues. 

Le  titre  quatrième,  après  un  chapitre  sur  Grimoald,  prince 
de  Brabant  et  duc  d'Austrasie,  emprunte  encore  au  Décret. 

Le  cinquième,  après  avoir  traité  d'Ansigise  et  de  Begge, 
fait  de  même. 

Le  sixième  est  consacré  à  Pepin-le-Gros, 

Le  septième  à  Thédoalde, 

Le  huitième  à  Charles-Martel, 

Le  neuvième  à  Carloman  II, 

Le  dixième  à  Pepin-le-Bref , 

Et  le  onzième  à  Carloman  III.  Ainsi  finit  la  première  partie. 

La  seconde  partie  va  depuis  Charlemagne  jusqu'à  Gerberge? 
comtesse  de  Bruxelles.  Ici  le  faux  Turpin,  dont  j'ai  reproduit 
le  texte  corrigé  parmi  les  appendices  du  premier  volume  de 
Philippe  Mouskes,  est  l'autorité  préférée.  L'Historia  tripartita 
et  le  Décret  ne  sont  pas  néanmoins  entièrement  négligés.  On 


<  270  ) 

v  trouve  aussi  un  chapitre  de  Excell'entia  urbis  et  ecclesii? 
Aquensis,  chapitre  qui  est  déjà  dans  Mirœus,  Donat.  piar.  14, 
et  le  faux  privilège  de  la  liberté  des  Frisons,  donné  par  llam- 
conius;  viennent  ensuite  des  fragments  nombreux  des  capi- 
tulaires  que  j'ai  comparés  avec  l'édition  de  Baluze,  et  qui 
m'ont  fourni  ainsi  d'assez  nombreuses  variantes,  mais  qui 
ne  semblent  pas  devoir  améliorer  les  textes  que  nous  pos- 
sédons. 

Le  titre  second  du  deuxième  livre  a  pour  rubrique  :  «  De 
piissimo  Ludowico  imperatore,  filio  Karoli  Magni,  et  de  suis 
legibus.  »  C'est  aussi  un  extrait  de  chroniques  et  des  capitu- 
laires.  On  y  lit  :  «  Anno  imperii  piissimi  Ludovici  vicesimo 
secundo  obiitLydricus  primus,  perpetuus  forestarius  Flandriœ.» 
On  voit  qu'A  Thymo,  entre  autres,  a  fait  un  fréquent  usage 
de  Sigebert  de  Gembloux. 

Titre  III.  De  Lothario  imperatore  et  rege  Lotharingiœ  et  de 
suis  legibus. 

Titre  IV.  De  Lothario,  secundo  rege  Lotharingiœ,  et  desuo 
tempore.  —  Ce  titre  renferme  différentes  constitutions  du  pape 
Nicolas  I. 

Titre  V.  De  Carolo  Calvo  rege  Francorum  et  Lotharingiœ  et 
postea  Romanorum  imperatore,  et  de  suo  tempore. 

Titre  VI.  De  Ludowico  Balbo,  rege  Francorum  et  Lotharin- 
giœ, et  de  suo  tempore. 

Titre  VII.  De  Ludowico  Juniore,  rege  Lotharingiœ  et  Ger- 
maniœ  seu  Franciœ  Orientalis  et  de  suo  tempore. 

Le  chapitre  second  roule  sur  les  incursions  des  Normands. 

Titre  VIII.  De  Carolo  Grosso,  etc. 

Diverses  constitutions  du  pape  Etienne  V,  tirées  du  Décret. 

Titre  IX.       De  Arnulpho,  rege  Lotharingiœ,  etc. 

Titre  X.         De  Zvendeboldo,  rege  Lotharingiœ,  etc. 

Titre  XI.       De  Ludowico,  filio  Arnulphi,  etc. 

Titre  XII.     De  Carolo  Simplice,  rege  Francorum,  etc. 

Titre  XIII.    De  Henrico,  rege  Almaniœ,  etc. 

Titre  XIV.  De  Ottone  primo,  Lotharingiœ  et  Germaniœ 
rege,  etc. 

Le  chapitre  septième  a  pour  objet  :  «  De  immuuitate  et 
advocatia  ecclesiœ  Gemblacensis.  »  C'est  le  diplôme  dont  l'an- 


(  2S0  ) 

ihenticité  a  été  attaquée,  et  dont  M.  Marchai  a  entretenu 
l'Académie. 

Titre  XV.  De  Ottone  II,  Romanorum  imperatore,  etc. 

Le  Chapitre  3  est  :  De  Notgero  episeopo  Leodiensi  et  de 
Castro  Capriniontis. 

Titre  XVI.      De  Ottone  III,  etc. 

Titre  XVII.     De  Carolo,  duce  Lotharingiae,  etc. 

Titre  XVIII.  De  Ottone,  filio  Caroli,  duce  Lotharingiae  et 
principe  Brabantiae,  etc. 

Troisième  partie  :  a  Gerberga,  comitissa  Bruxellensi,  et  Lam- 
berto,  suo  conjuge,  usque  ad  ducatum  Godefridi  cum 
Barba. 

Titre  I.  Ch.  1.  Quomodo  stirps  Karoli  Magni  Lotharingiam 
amisit,  solara  Brabantiam  tenens. 

Ch.  S.  De  comitatu  Lovaniensi  et  de  bello  apud  Florinas  in 
quo  Lambertus,  cornes  Bruxellensis,  occubuit. 

Titre  IV.  Ch.  2.  De  translatione  corporis  beatœ  Gudilse 
Virginis  ad  ecclesiam  Sti.  Michaelis,  etc. 

Titre  VI.  Ch.  %  De  Godefrido  de  Bullione,  duce  Lotha- 
ringiae et  de  genealogia  ipsius.  —  On  lit  dans  ce  chapitre  ce 
qui  suit,  relativement  au  lieu  où  Godefroid  fut  élevé,  sans 
dire  qu'il  y  fût  né.  «  Godefridus  de  Bullione  fuit  enutritus  in 
quadam  villa  nomine  Basin,  in  confinio  Genapise,  castelli  du- 
cis  Brabantiœ.  » 

Ch.  5.  De  lege  pacis  Lotharingiae. 

Titre  VII.  Ch.  3.  De  exercitu  Walteri  Salsenir  versus  Jheru- 
salem  (annol096). 

Ch.  7.  De  Godefrido  de  Bullione....  et  de  profectione  sui 
exercitus  per  Ungariam. 

«  Ipse  (Godefridus)  castrum  illud  (Bulleniense)  Oberto, 
episcopo  Leodiensi,  vendidit  pro  tribus  marchis  auri  et  pro 
mille  trecentis  marchis  argenti  purissimi,  sub  ea  conditione 
nt  ipse  aut  sui  heredes  illud  infra  tempus  ad  hoc  pracfinitum 
pro  eodem  pretio  semel  solvendo ,  redimere  possent.  »  Werner 
Titien,  auteur  des  annales  de  Nuys  (Annales  Novesienses, 
publ.  dans  Y Amplissima  collectio  de  DD.  Martene  et  Durand) 
dit  que  Godefroid  vendit  son  comté  de  Bouillon  à  l'évêque 
de  Liège  pour  1300  marcs  d'argent  qu'il  dépensa  joyeusement 


(  281  ) 

dans  la  sainte  expédition.  Cette  vente  est  rapportée  à-pcu-près 
dans  les  mêmes  termes  dans  ['Histoire  du  monastère  de 
S.l-Laurent  de  Liège,  que  contient  la  même  collection, 
excepté  que  cette  histoire  ajoute,  comme  ici ,  trois  marcs 
d'or  aux.  treize  cents  d'argent  fin.  On  peut  voir  à  ce  sujet 
une  dissertation  de  Dom  Calmet ,  dans  son  Histoire  de  Lorraine, 
et  la  Bibliothèque  des  croisades  de  M.  Michaud,  t.   l,p.  S31. 

Ch.  27.  Qualiter  Oliverus  de  Leefdale  Heinricum,  fîlium 
imperatoris  Romanorum,  et  Godefridum  cum  barba,  comitem 
Lovaniensem,  liberavit. 

Cb.  30.  Quomodo  Godefridus  cum  barba  Gorgoniam,  regi- 
nnm  Turquia?,  duxit  uxorem. 

Cb.  31.  Quomodo  Godefridus  cum  barba  Amistadum,  regem 
Georgia*,  devicit,  et  de  confederatione  inter  Godefridum  et 
Cangis  Can,  regem  Tartariaî. 

Le  second  volume,  dont  plusieurs  pages  ont  été  rongées  par 
le  temps,  a  aussi  son  inscription.  La  voici  : 

Est  opus  hoc  grande  quia  grandia  continet  in  se , 

Nec  minus  utilia,  quae  lege  sicque  proba, 
Auctori  referens  grates  precibusque  refunde 

Ad  Christ  uni  fusis  quam  labor  iste  placet. 

Ce  second  volume,  écrit  à  deux  colonnes,  tandis  que  le 
précédent  est  à  longues  lignes,  revient  sur  les  temps  dont  il 
a  été  parlé  dans  le  premier,  et,  comme  l'a  fait  remarquer 
M.  De  Nelis,  c'est  probablement  une  seconde  rédaction,  d'où 
l'auteur  a  élagué  les  parties  suspectes  et  inutiles.  Il  reprend 
en  effet  sa  division  et  commence  ainsi,  sans  plus  s'occuper 
de  la  donation  de  Constantin  ni  de  ses  autres  extraits. 

Pars  prima,    a  Karolomanno  usque  ad  Karolum  magnum... 

Dans  la  seconde  partie  il  est  question  de  Charlemagne,  et  si 
le  compilateur  reproduit  les  capitulaires,  il  n'a  plus  recours 
au  faux  Turpin.  Le  privilège  des  Frisons  et  le  chapitre  sur 
l'excellence  de  l'église  d'Aix-la-Chapelle  sont  répétés. 

Pars  secunda  ,  a  Karolo  Magno  usque  ad  Gerbergham ,  comi- 
tissam  Bruxellensem. 

Titre  XIV.  Cb.  %.  De  advocatia  eeclesia1  Gemblacensis,  — 

19 


(  282  ) 

Nouvelle  transcription  du  diplôme  d'Otton  ,  mentionné  quel- 
ques lignes  plus  haut. 

Parstertia,  a  Gerberga  ,  comitissa  Bruxellensi ,  usque  ad  du- 
catum  Godcfridi  cum  barba. 

Titre  I.  Ch.  2.  De  immunitate  ac  libertate  ecclesiœ  Bruxel- 
lensis.  —  Diplôme  de  l'an  1023,  donné  par  Albert,  évoque 
de  Cambrai. 

Ch.  3.  De  forma  litterse  quam  Baldrieus  super...  trans- 
latione  (S.1^  Gudile)  et  canonicarum  institutione  eonces- 
sit  (an  1047). 

Pars  qxiarta,  a  ducatu  Godefridi  cum  barba  usque  ad  Johan- 
ncm  primwn. 

Ch.  7.  De  lege  mortuae  manus  redimendœ  cassata. 

C'est  l'anecdote  d'Albert,  évêque  de  Liège,  rapportée  dans 
le  Magnum  Chronicon  Belgicum,  et  que  j'ai  révoquée  en  doute 
dans  les  mémoires  de  l'Académie,  en  examinant  des  actes  de 
Henri  II  et  de  Henri  III,  ducs  de  Brabant. 

Ch.  8.  De  confirmatione  consnetudinis  molendinorum 
Bruxellse.  (A  cette  charte  furent  témoins  entre  autres  Jlein- 
ricus  Monetarius,  Evertvinus  f rater  ejus). 

Titre  II.  Cb.  6.  De  lege  Grimbergensi. 

Simple  mention  en  huit  lignes. 

Titre  IV.  Cb.  6.  De  pace  Nivellensi  (sans  date). 

Celte  pièce  est  du  genre  de  celles  que  M.  Warnkœnig 
a  énumérées  dans  le  tableau  intitulé  :  Chronologische  Ver- 
zeichniss  der  unsbekannten  Rechtsquellen  der  Bclgischen  Pro- 
vinzen  im  zuôlften und  drcizchntcn j ahrhundert ,  tableau  qu'il 
a  placé,  avec  plusieurs  monuments  curieux  à  la  suite  du  dis- 
cours qu'il  a  prononcé  à  Fribourg,  sur  l'utilité  de  la  connais- 
sance du  droit  et  de  l'histoire  des  provinces  belgiques,  pour 
connaître  le  droit  civil  et  politique  de  l'Allemagne.  \on  der 
Wichtigkcit  der  kunde  des  Rechts  und  der  geschichte  der  Bel- 
gischen  Provinzcn  fiir  die  deutsche  Staat-and  Rcchts-geschichte. 
Freiburg,  Fr.  Wagner,  1837,  in-8.°  de  96  pages,  avec  un 
foc-simile. 

Ch.  8.  De  concordia  inter  Henricum,  dueem  Lotharingirc, 
etTheodoricum ,  comitem  Hollandiie. 

Cb.  12.  De  concordia  inter  Henricum,  ducem  Lolharhigiu'. 


(  283  ) 

et  ecclesiam  Montonscm  super  opido  de  Herenfals(Ocl.  1209). 
Ch.  14.  De  régula  hospitalis  sancti  Johannis  BaptistoeBruxel- 
lensi  (octobre  1211). 

Ch.  33.  Quod  quilibet  possit  bona  sua  in  ecclesiam  Bruxel- 
lensem  transferre  (diplôme  de  Henri,  duc  de  Lorraine,  donné 
l'an  122J5).  Voyez  aussi  dans  le  S.0  partie,  tit.  II,  ch.  44,  un 
diplôme  de  l'an  1312  sur  le  même  sujet. 

Ch.  39.  Delege  electionis  opidi  Bruxellensis  (15  juin  1229). 

Titre  V.  Ch.  4.  De  concordia  inter  Henricum,  ducem  Lo- 
tharingia?,  et  Walterum  Berthout. 

Ch.  11.  De  régula  ordinis  militaris. 

L'auteur  remarque  que  dans  la  création  des  chevaliers  on 
omettait  les  cérémonies  solennelles  d'autre  fois,  et  que  l'on  se 
contentait  de  l'accolade.  Il  transcrit,  en  conséquence,  un 
règlement  de  Guillaume,  comte  de  Hollande  et  roi  des  Romains, 
sur  la  manière  de  conférer  la  chevalerie.  Cet  acte  est  de  l'an 
1247,  au  mois  d'octobre. 

Titre  VI.  Ch.  16.  De  testamento  Henrici  tertii,  ducis  Lotha- 
ringiae. 

Titre  VII.  Ch.  3.  De  confederatione  opidorum  Braban- 
tiœ  (1261). 

Pars  quinta,  a  ducatu  Johannis  primi  ad  Antonium  de  Bur- 
gundia.Cette  partie,  qui  est  très-vaste,  commence  au  revers 
du  feuillet  LXXI  et  finit  seulement  au  verso  du  CCCXe. 

Titre  I.  Ch.  2.  De  lege  ac  exercicio  Johannis  primi,  ducis 
Brabantia?,  in  ludis  armorum. 

Ch.  9.  de  confederatione  inter  Gandavum  et  Bruxellam  su- 
per  bannitis  suis  non  admittendis  (juin  1274). 

Ch.  9.  De  salario  fullonum  Bruxellensium. 

Cette  pièce,  la  plus  ancienne  en  flamand  qui  soit  insérée 
dans  le  recueil  d'A  Thvmo,  est  de  l'an  1280. 

Ch.  14.  De  burgensibus  et  litteris  sebabinalibus  Bruxellen- 
sibus  et  de  multis  aliis  (1290).  En  flamand. 

Ch.  17.  De  carta  Ammaniœ  Bruxellensis  (1292|).  En  fla- 
mand. 

Titre  H.  Ch.  4.  De  libertate  illorum  de  Obbruxella(1295). 
En  flamand. 

Ch.  14.  De  ordinatione  Guldœ  Bruxellensis  (1300)'  En  flam. 


(  284  ) 

Cli.  15.  Mechlinia  data  duci  Brabantiœ  usque  in  tertiura 
heredem(1300). 

Ch.  18.  De  privilegio  quod  Johannes  secundus,  dux  Braban- 
tiae,  opido  Mechliniensi  donavit  (1301).  En  flamand. 

Ch.  22.  De  privilegio  opidi  Herentallensis  (1303).  En  fla- 
mand. 

Ch.  31.  De  concordia  inter  episcopum  Leodiensem  et  iEgi- 
dium  Berthout  snper  opido  Mechliniensi  (1308). 

Ch.  43.  De  cartaconciliideCortenberghe  (131 2).  En  flamand. 

Titre  III.  Cli.  5.  Chartes  en  français,  sur  les  dettes  du 
prince  (131-i). 

Ch.  10.  De  privilegio  quod  Guilhelmus,  cornes  Hannoniœ» 
dédit  opido  Mechliniensi  (1316). 

Ch.  17.  De  armis  communitatis  Bruxellensis  (1318).  En  fla- 
mand. 

Ch.  24.  De  ordinatione  super  scolis  Bruxellensibus  (1320). 
En  flamand. 

Ch.  -44.  Quod  opidum  Bruxellense  pro  duce  non  debeat  obli- 
gari  (1328). 

Ch.  48.  De  confirma tione  carta;  concilii  de  Cortenberghe 
(1332).  En  flamand. 

Ch.  51.  De  privilegio  domini  de  Dyest  (1333  ). 

Il  est  assez  singulier  que  le  recueil  d'A  Thymo  ne  contienne 
pas  la  charte  de  franchise  de  l'an  1228,  charte  rapportée  par 
Kremer,  en  latin,  et  que  je  donne  dans  cette  langue  ainsi 
qu'en  flamand,  dans  les  Mémoires  héraldiques  et  historiques. 

Ch.  62.  De  Mechlinia  et  de  confederatione  inter  Brabantiam 
et  Flandriam(1336).  Pièce  très-étendue  en  français. 

Ch.  64.  De  privilegio  quod  Eduardus  rex  Angliœ,  burgensi- 
bus  opidi  Bruxellensis  concessit.(Datum  apud  Antwerpiam, 
18  aug.  anno  regni  nostri  duodecimo). 

Ch.  69.  De  ordine  opidorum  Lovaniensis  et  Bruxellensis  in 
expeditionibus  ducis(1340).  En  flamand. 

Ch.  90.  De  confederatione  inter  Brabantium  et  opida  epis- 
copatus  Leodiensis  (1347).  En  français. 

Ch.  98.  De  flagellatoribus.  (Avignon,  XIII  kal.  nov.,  8.e  année 
du  pontificat  de  Clément  VI).  Bulle  papale. 

Ch.  106.  De  confederatione  opidorum  Brabantiae  et  ultra 
Mosam(1354).  En  flamand. 


(  285  ) 

Titre  IV.  Ch.  2.  De  privdegio  réception is  Johannœ  et  Wen- 
eeslai,  ducum  Brabantiœ  (  1355).  En  flamand. 

Ch.  6.  Quod  opidum  Antwerpiense  Ludovicum,  comitem 
Flandriae,  recepit(1356).  En  français  et  en  flamand. 

Ch.  13.  De  dispositione  devolutionis  ducatuum  Brabantiue  et 
Limburgiœ  (  1356). 

On  sait  que  ce  droit  de  dévolution  a  été  l'origine  de  longues 
discussions  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  qui  réclamait  les  Pays- 
Bas,  au  nom  de  son  épouse  Marie-Thérèse  d'Autriche.  Cette 
discussion  a  été  exposée  avec  une  merveilleuse  clarté  par 
M.  Mignet,  dans  les  Négociations  relatives  à  la  succession  d'Es- 
pagne sous  Louis  XIV,  lesquelles  font  partie  des  Documents 
inédits  sur  l'histoire  de  France,  qui  s'impriment  par  l'ordre  et 
sous  la  direction  de  l'illustre  M.  G-uizot,  avec  le  concours  de 
plusieurs  hommes  distingués,  parmi  lesquels  se  sont  déjà 
inscrits  MM.  Victor  Cousin,  le  lieutenant-général  Pelet, 
M.  A.  Bornier,  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris,  etc.   (1). 

Ch.  46.  De  latitudine  viarum  (sans  date,  mais  vers  1368). 
En  flamand. 

Ch.  68.  De  scabinatu  Bruxellensi  (1375).  En  flamand. 
Ch.  79.  Van  der  artelryen  der  stad  vau  Brussel  (1378).  En 
flamand. 

Ch.  83.  De  privilegio  régis  Francise  pro  mercatoribus  Bru.vel- 
lensibus  (1379).  En  français. 

Ce  privilège  est  précédé  de  plusieurs  autres  du  même  prince, 
accordés  également  aux  marchands  de  Bruxelles. 

Ch.  85.  De  scolis  Bruxellensibus  (1381).  Eu  flamand. — In- 
séré à  la  fin  de  mon  Troisième  Mémoire  sur  les  deux  premiers 
siècles  de  l'université  de  Louimin. 

Le  troisième  volume  porte  cette  inscription  : 


(i)  Jusqu'à  présent,  cetle  belle  collection  se  compose  de  six  volumes 
in-4-°  dont  les  éditeurs  sont  les  savants  nommes  dans  le  texte...  Il  faut 
y  ajouter  un  sixième  volume  contenant  les  rapports  et  instructions  de 
M.  Guizot ,  relativement  à  cette  publication,  ji  digue  de;;  applaudisse- 
ments du  monde  littéraire. 


(  286  ) 

TJItimus  hic  sequilur  seu  tertius  online  liber  , 
UndeDeo  sit  honor,  sit  salus  atque  decus, 

Qui  dédit  iuceptis  médium  junxit  quoque  finem, 
Auctor  et  ipse  Petrenunc  sine  fiue  vale. 

Pars  sexta,  a  ducalit  dacis  Anthonii  usque... 

On  voit  que  l'auteur  n'assignait  pas  de  terme  certain  à  sa 
compilation. 

Titre  I.  Ch.  2.  De  privilegio  reccptione  Anthonii  dueis  Bra- 
bantiœ  (1-406).  En  flamand. 

Ch.  3.  De  pacificatione  inter  Anthonium,  ducem  Brabantiœ, 
et  suos  fratres  (23  juin  1-407).  En  français. 

Ch.  9.  De  foris  seu  nundinis  Antwerpiensi  et  Mcehliniensi 
(28  mars  1-410).  En  français. 

Ch.  10.  Van  t'Shertogen  vrede  (22  mai  1411). 

Ch.  16.  De  privilegio  opidi  Bruxellensis  super  homicidiis 
(1-41-4).  Pièce  très-étendne  en  flamand. 

Ch.  18.  De  arbitrio  ducis  Anthonii  inter  dominum  et  opidum 
de  Dyest  (1-41-4).  En  flamand. 

Titre  II.  Ch.  35.  De  privilegio  Bernardi  Merchandeel,  mer- 
catorisLucani,etsu8cgeneratiouis.  (Ce  diplôme  duduc  Jean  IV  ■> 
est  de  l'an  1421). 

Ch.  50.  De  domo  monetœ  Bruxellensis  (1423).  En  flamand. 

La  dernière  pièce  est  du  16  août  1429. 

Telle  est  l'analyse  sèche  et  rapide  des  trois  volumes  d'A 
Thymo.  —  En  résumé  : 

Le  premier,  volume  n'est  qu'une  espèce  d'essai  qui  a  été 
remanié  et  corrigé  ensuite. 

Les  deux  autres  sont  historiques  et  diplomatiques. 

Sous  l'un  et  l'autre  rapport  ils  contiennent  des  pièces  déjà 
connues,  avec  un  grand  nombre  d'autres,  inédites  à  la  vérité, 
mais  dont  les  originaux  ou  des  transcriptions,  peut-être  plus 
complètes  et  plus  exactes,  peuvent  exister  (1). 

Je  soumettrai  donc  les  observations  suivantes  à  la  commis- 
sion. 


(i)  Le  Musée  historique  de  Gand  possède  un  carlulaire  de  BruAelles, 
intitulé  Den  Cure,  qui  renferme  Ja  plupart  des  pièces  mentionnées  daui 
cette  analyse  d'A  Thymo.  Ni' te  de  la  Réd. 


(  287  ) 

Imprimer  A  Thyuio  tout  entier,  suivant  lu  projet  primi- 
tif, ce  serait,  en  taisant  une  dépense  considérable,  reproduire 
des  renseignements  que  l'on  possède  déjà,  et  aller  même  con- 
tre le  dessein  de  l'auteur. 

En  conséquence,  il  me  semble  inutile  de  s'occuper  du  pre- 
mier volume,  que  j'avais  livré  en  partie  à  l'impression. 

Quant  aux  suivants,  je  propose  de  ne  les  publier  que  plus 
tard,  en  y  retranchant  tout  ce  qui  existe  déjà,  dans  les  diffé- 
rents recueils,  en  indiquant  ces  retranehemcnts,et  en  renvoyant 
aux  sources.  • 

Je  proposeégalementde  laisser  de  côté  les  pièces  répétées  dans 
Dinterus ,  ce  qui  nécessitera  une  comparaison  des  deux  auteurs. 

Enfin, pour  les  pièces  conservées,  je  pense  qu'il  sera  conve- 
nable de  les  collationner  sur  les  chartes  et  diplômes  que  peu- 
vent contenir  nos  différents  dépôts  d'archives. 

De  cette  manière,  l'énorme  recueil  d'A  Thymo,  considéra- 
blement réduit  et  plus  exact,  n'offrira  au  public  qu'une  suite 
de  documents  dont  il  ne  jouissait  pas  encore,  et  si  le  travail  de 
l'éditeur  en  devient  plus  épineux,  en  revanche,  il  en  sera  plus 
utile.  » 

M.  Gachard  rend  compte,  dans  les  termes  suivants,  des  re- 
cherches auxquelles  il  s'est  livré,  à  Lille  et  à  Paris,  tl'après  la 
résolution  prise  en  la  séance  du  2  mars  dernier,  pour  com- 
pléter les  matériaux  relatifs  à  la  Collection  des  Voyages  des 
Souverains  de  la  Belgique,  dont  la  publication  lui  a  été  confiée  : 

«  La  commission  avait  désiré  que  je  m'assurasse  si  les  ar- 
chives de  l'ancienne  Chambre  des  Comptes  de  Flandre,  con- 
servées à  Lille,  ne  renfermaient  pas  les  éléments  nécessaires 
pour  établir  un  Itinéraire  des  ducs  de  Bourgogne  :  les  indi- 
cations précises  et  détaillées  existantes  dans  le  compte  de  la 
recette  générale  des  finances  de  l'année  1-464-1465  (l)  sur  les 
séjours  de  Philippe-le-Bon  pendant  toute  l'année  qu'embrasse 
ce  compte,  donnaient  quelque  fondement  aux  espérances  que 
nous  avions  conçues  à  ce  sujet. 

J'ai  profité, pour  éclaircir  ce  point  intéressant, de  la  mission 


(i)  Vohlc  cinquième  bulletin,  pages  1J2-I3;. 


(  288  ) 

que  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  m'a  donnée,  au  mois  de 
novembre  dernier,  d'aller  examiner  le  dépôt  de  Lille  (1). 

Les  premiers  documents  sur  lesquels  devait  se  porter  mon 
attention,  étaient  les  comptes  de  la  recette  générale  des  finan- 
ces de  nos  anciens  souverains. 

Cette  collection  commence  à  l'année  1406  et  finit  à  1662  (2). 

Je  l'ai  soigneusement  parcourue,  pour  toute  la  période  de 
la  dynastie  bourguignonne,  et  j'en  ai  même  continué  l'examen 
jusqu'au  règne  des  archiducs  Albert  et  Isabelle  inclusivement 

Le  résultat  de  cette  laborieuse  investigation  n'a  répondu 
que  d'une  manière  imparfaite  à  notre  attente. 

Les  seuls  comptes  dans  lesquels  j'ai  rencontré  l'indication 
journalière  des  séjours  du  prince,  sont  les  cinq  suivants: 

I.  Compte  4e  de  Robert  De  leBouvrie,  conseiller  et  receveur- 
général  des  finances,  commençant  au  l.er  octobre  1462,  et  fi- 
nissant au  dernier  septembre  1463.  L'itinéraire  de  Philippe- 
le-Bon  n'y  est  tracé  qu'à  partir  du  l.er  décembre  1462;  il 
remplit  les  feuillets  57-100. 

II.  Compte  5e  et  dernier  de  Robert  De  le  Bouvrie,  commen- 
çant au  l.er  octobre  1463,  finissant  au  dernier  septembre  1464. 
Les  feuillets  79-144  contiennent  l'itinéraire  du  duc,  pendant 
la  période  qu'embrasse  le  compte. 

III.  Compte  1er  de  Guilbert  De  Ruple,  conseiller  et  receveur- 
général  des  finances,  du  l.er  octobre  1464  au  dernier  septem- 
bre 1465.  C'est  celui  dont  un  double  existe  dans  nos  Archives  : 
les  séjours  du  duc  y  sont  rapportés,  aux  feuillets  66-116. 

IV.  Compte  2e  de  Guilbert  De  Ruple ,  commençant  au 
l.er  octobre  1465,  finissant  au  dernier  septembre  1466.  Les 
séjours  de  Philippe-le-Bon  n'y  sont  indiqués,  aux  feuillets 
63-85,  que  depuis  le  l.cr  octobre  jusqu'au  19  avril,  sans  que 
l'on  voie  pourquoi  celui  qui  a  formé  le  compte  s'est  arrêté  là. 


(i)  Voir  mon  Rapport  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  sur  les  archi- 
ves de  la  Chambre  des  Comptes  de  Flandres,  conservées  à  Lille,  et 
sur  les  travaux  à  exécuter  dans  Vintérét  de  V Histoire  de  la  Belgique. 
Bruxelles,  RI.  Ihiyez.  ln-8.°  de  3^  payes. 

{■>)  Les  comptes  suivants,  jusqu'à  1 7 <j 'J ,  reposent  aux  Archives  du 
Royaume,  à  Bruxelles. 


(  289  ) 

V.  Compte  7e  de  Louis  Quarre,  receveur-général  des  finan- 
ces et  maître  de  la  chambre  aux  deniers,  du  1."  janvier  1485 
(v.  st.)  au  dernier  décembre  i486.  Les  séjours  de  l'archiduc 
Maximilien  y  sont  indiqués  pour  toute  cette  année,  avec  les 
mêmes  détails  qu'offrent  les  quatre  comptes  des  ducs  de 
Bourgogne:  par  exemple,  à  la  date  du  16  février,  on  y  lit 
que,  ce  jour-là,  l'archiduc  fut  élu  roi  des  Romains,  en  pré- 
sence de  l'empereur  son  père,  à  Francfort,  en  l'église  de 
Saint-Berthelin,  etc. 

J'aurais  eu  beaucoup  de  peine  à  m'expliquer  pourquoi  des 
renseignements  analogues  sur  les  dépenses  de  l'hôtel  du 
prince,  et  conséquemment  sur  les  lieux  où  il  séjournait,,  ne 
figuraient  pas  dans  d'autres  comptes  de  la  recette  générale  r 
si  une  étude  attentive  du  mode  de  comptabilité  qui  était  en 
usage  alors,  ne  m'avait  appris  que  des  comptes  spéciaux  étaient 
rendus  de  cette  catégorie  de  dépenses  par  le  maître  de  L* 
chambre  aux  deniers,  et  que  ce  n'avait  pu  être  que  par  ex- 
ception, qu'on  les  avait  inscrites  dans  les  cinq  comptes  de  la 
recette  générale,  mentionnés  ci-dessus. 

Dès  lors,  il  ne  s'agissait  plus  que  de  recourir  aux  comptes 
rendus  parle  maître  de  la  chambre  aux  deniers.  Malheureuse- 
ment, ici,  je  me  suis  trouvé  arrêté  par  une  déplorable  lacune. 

La  Commission  a  pu  voir,  dans  mon  rapport  à  M.  le  Ministre 
de  l'Intérieur,  quelles  pertes  fit  le  dépôt  de  Lille  durant  la 
tourmente  révolutionnaire  de  la  fin  du  dernier  siècle. 

Quoique  l'on  n'ait  pas  de  liste  des  pièces  anéanties  à  cette 
époque,  il  est  néanmoins  hors  de  doute  que  les  comptes  de 
l'hôtel  du  prince,  rendus  par  le  maître  de  la  chambre  aux 
deniers,  furent  du  nombre  de  celles  que  le  vandalisme  voua 
à  la  destruction;  il  ne  s'en  est  pas  conservé  un  seul  pour  les 
ducs  de  Bourgogne,  ni  pour  Maximilien,  ni  pour  Philippe-le- 
Beau. 

Si  quelques  comptes  relatift  à  Charles-Quint  furent  épar- 
gnés, ce  ne  peut  être  qu'au  hasard  que  l'on  en  est  redevable; 
les  commissaires  qui  avaient  mission  de  retrancher  du  dépôt 
de  Lille  toutes  ces  vieilles  et  ridicules  paperasses ,  selon  1  expres- 
sion du  ministre  Carat,  ne  les  auront  pas  aperçus  dans  leurs 
perquisitions. 


(  290  ) 

Les  comptes  dont  je  veux  parler  sont  au  nombre  de  dix- 
huit.  Les  quatorze  premiers  sont  rendus  par  Pierre  Boisot;  ils 
commencent  au  l.er  septembre  150(3,  et  finissent  au  80  juin 
1520.  Les  quatre  autres  sont  rendus  par  Henri  Stercke;  ils 
vont  du  l.er  juillet  1S20  au  31  décembre  1531.  Ils  sont  portés 
au  catalogue  sous  la  lettre  M  et  les  n.os  U2,  U6,  U7,  217, 
219,  221.  Les  séjours  de  Charles-Quint,  durant  cette  période 
de  vingt-six  années,  y  sont  indiqués  régulièrement  et  sans 
lacune. 

Aucun  compte  de  l'hôtel  des  archiducs  n'a  échappé  à  la 
destruction.  Il  y  en  a  deux,  rendus  par  Didier  Boisot,  maître 
de  la  chambre  aux  deniers  de  l'infant  don  Fernand,  frère  de 
Charles- Quint,  pour  les  années  1518  et  1519,  et  neuf  rendus 
par  Jean  de  Gyn,  penninckmaistre  de  la  reine  Marie  de  Hon- 
grie, gouvernante  des  Pays-Bas,  depuis  le  l.ci  janvier  15S8 
jusqu'au  dernier  décembre  15-'i0. 

Après  avoir  ainsi  vérifié  tous  les  documents  où  pouvaient 
se  rencontrer  des  itinéraires  de  nos  souverains,  je  me  suis 
appliqué  à  la  recherche  de  ceux  qui  auraient  offert  des  éclair- 
cissements utiles  sur  le  voyage  dePhilippe-le-Beau  enEspagne, 
en  1501,  le  premier  dans  l'ordre  des  dates  que  j'aie  à  pu- 
blier. 

J'ai  trouvé,  dans  le  compte  de  la  recette  générale  des  finan- 
ces de  1501,  de  curieux  renseignements  touchant  les  disposi- 
tions que  fit  l'archiduc  pour  ce  voyage,  et  entre  autres  l'état 
détaillé  de  toutes  les  sommes  qu'il  dépensa  pour  monter  sa 
maison,  sa  chapelle,  ses  écuries;  pour  sa  garderobe;  pour  le 
service  des  postes  qui  devaient  faire  le  transport  des  dépèches 
d'Espagne  aux  Pays-Bas,  etc. 

J'ai  trouvé,  de  plus,  l'état  original  de  la  maison  de  l'ar- 
chiduc, telle  qu'il  l'organisa  à  Bruxelles,  au  moment  de  sou 
départ,  avec  toutes  les  mutations  qui  y  furent  apportées  du- 
rant le  vovage. 

Des  documents  précieux,  que  j'ai  recherchés  en  vain,  au- 
raient été  les  lettres  qu'écrivit  Philippe-le-Beau,  tandis  qu'il 
était  en  France,  en  Espagne  et  en  Allemagne,  au  comte  de 
Nassau,  établi  par  lui  son  lieutenant-général  aux  Pays-Bas.  II 
ne  parait  pas  que  cette  correspondance  ait  été  autrefois  dépo- 


(  291   ) 

sée  aux  archives  de  Lille  :  mais  où  l'aura-t-on  placée?  Nous  ne 
l'avons  pas  à  Bruxelles;  et,  jusqu'à  présent,  je  n'ai  point  ap- 
pris que  des  pièces  de  cette  nature  et  de  cette  époque  se  soient 
trouvées  au  dépôt  des  chartes  de  Rupclmonde,  qui  fait  au- 
jourd'hui partie  des  archives  de  la  Flandre  orientale. 

En  résumé,  les  travaux  qui  m'ont  occupé  à  Lille  ne  seront 
pas  infructueux  pour  la  publication  des  voyages  des  souve- 
rains de  la  Belgique. 

Je  ferai  usage,  dans  l'introduction  cpie  je  me  propose  d'y 
donner,  de  l'itinéraire  de  Philippe-le-Bon,  contenu  dans  le* 
comptes  de  la  recette  générale  des  finances,  des  années  1-462 
à  1466. 

J'y  insérerai  la  liste  des  dépenses  que  fit  l'archiduc,  pour 
les  préparatifs  de  son  premier  voyage  d'Espagne,  d'après  le 
compte  de  la  recette  générale  de  1501. 

J'enrichirai,  de  plus,  cette  édition  de  l'état  de  la  maison 
de  Philippe-Ie-Beau,  au  moment  où  il  quitta  Bruxelles. 

Enfin,  lorsque  j'arriverai  au  Journal  des  Voyages  de  Charles- 
Quint,  par  Vandenessc,  je  le  comparerai  avec  les  comptes 
de  l'iiùtel  de  ce  prince,  de  1506  à  1531,  pour  le  compléter 
et  le  rectifier,  s'il  y  a  lieu. 

Ce  sont  là  déjà  des  résultats  que  la  Commission,  j'en  suis 
persuadé,  accueillera  avec  intérêt.  Lu  rapport  que  j'ai  à  lui 
faire  de  mes  recherches  à  Paris,  lui  en  signalera  qui  ne  sont 
pas  moins  dignes  de  son  attention. 

Je  savais  qu'il  existait,  à  la  bibliothèque  du  Roi  et  à  la 
bibliothèque  de  l'Arsenal,  différents  manuscrits  des  voyages 
de  Philippe-le-Bean  et  de  Charles-Quint.  Je  me  suis  occupé 
d'abord  de  les  vérifier. 

Le  n.°  10228  des  manuscrits  italiens,  allemands,  français, 
etc.,  à  la  bibliothèque  du  lloi,  contient  :  Les  mémoires  du  sieur 
DeLalaing,  concernant  les  voyages  de  Philippe  d'Autriche ,  pre- 
mier du  nom,  en  Espagne,  pour  y  prendre  possession  des  roy ani- 
mes eschus  à  la  royne  Jeanne  sa  femme. 

C'est  un  manuscrit  in-fol.  sur  papier,  ayant  115  feuillets, 
écriture  de  la  fin  du  XVI.C  siècle,  assez  peu  soignée.  La  copie 
que  nous  possédons  est  plus  ancienne  et  plus  correcte. 

Au  revers  de  la  couverture,  on  lit  :  Au  sieur  de  Wiex ,  1584  • 


(  292  ) 

Charles  de  Yedeghem.  Ces  mots  ont  été  biffés,  de  même  que 
les  suivants,  écrits  à  la  marge  du  prologue  :  «Je  n'ai  jamais  vu 
que  ce  livre  seul,  contenant  seulement  le  premier  voiage.  » 

A  la  même  bibliothèque,  sous  le  n.°  10229,  est  le  Voyage 
de  Charles  d'Austriche  en  Hespaigne,  par  Laurent  Vital,  extrait 
de  l'autographe  en  l'an  1618.  C'est  un  manuscrit  in -fol.  sur 
papier,  de  160  feuillets,  écriture  française,  de  la  première 
moitié  du  XVII.6  siècle;  il  s'y  trouve  beaucoup  de  ratures,  de 
surcharges,  d'ihtércalatibns  marginales,  qui  paraissent  pro- 
venir du  défaut  d'intelligence  du  copiste. 

Le  manuscrit  de  Laurent  Vital  que  nous  possédons  à  la  bi- 
bliothèque de  Bourgogne,  n'ayant  pas  encore  été  remis  à  la 
Commission,  je  ne  saurais  dire  si  le  texte  en  est  préférable  à 
celui  de  la  bibliothèque  de  la  rue  de  Richelieu,  à  Paris. 

Sous  le  n.°  10000,  est  unDiscours  entier  et  au  vray  du  Voiage 
de  Thunes,  fait  par  V empereur  Charles  cinquiesme,  et  de  son 
retour  à  la  Visitation  de  ses  roiausmes  de  Secille  et  Naples ,  avec 
description  d'aucunes  singularités  et  antiquités  qui  sont  en 
iceulx.  MS.  sur  papier,  ayant  72  feuillets,  doré  sur  tranche, 
écriture  de  la  deuxième  moitié  duXYI."  siècle,  nette  et  correcte. 

Au  verso  d'un  des  feuillets  blancs  qui  précédent  le  texte, 
on  lit  :  A  très  hault  et  très  illustre  seigneur  monseigneur 
»  Claude  François  de  Neufchastel,  seigneur  du  dit  lieu,  Rye, 
»  Kahon,  G-eurey,  etc.,  Guillaume  De  Montoiche,  escuier,  vostre 
»  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 

»  Monseigneur,  ayant  fait  le  voiage  de  Thunes  et  la  Goul- 
»  lette  avec  feu  de  très  recommandée  mémoire  et  immortelle 
»  l'empereur  Charles  cinquiesme,  mon  feu  bon  maistre  et  sei- 
»  gneur,  et  descouvert  à  mon  pouvoir  tous  les  desseins,  escar ■■ 
»  mouches  et  autres  choses  qui  se  sont  faictes  en  icelluy  voiage, 
»  voiant  n'estre  le  moien  à  presant  pour  le  service  des  armes, 
»  me  suis  souvenu  à  mettre  en  lumière  un  petit  discours  du 
»  voiage  do  sadicte  majesté  fait  audit  Thunes  et  Goullette, 
»  auquellc  la  chance  et  bon  droit  luy  fut  si  prospère,  qu'il 
*>  pervint  à  tous  sas  desseins;  lequel  je  presante  à  vostre  sei- 
»  gnorie,  vous  suppliant  en  toute  humilité  le  recepvoir  comme 
«de  celuy  qui  est  et  sera  perpétuellement  \u3lie  très  huxuble 
»  et  très  obéissant  serviteur.  » 


(  293  ) 

Le  rédacteur  paraît  avoir  eu  connaissance  et  même  avoir 
amplement  fait  usage  du  Commentarium  seu  potins  Diarium 
expeditionis  Tune  anœtà  Carolo  \  imp.  anno  1535  susceptie, 
Joanne  Etropio  autore ,  que  l'on  trouve  inséré  au  deuxième 
volume  des  historiens  d'Allemagne  de  Schardus,  pag.  320. 

Enfin  il  existe,  au  même  établissement,  fonds  de  Notre- 
Dame,  n.°  152,  une  copie,  faite  à  la  fin  du  XVIIe  ou  au  com- 
mencement du  XVIlI.e  siècle,  du  Journal  des  Joyages  de 
Charles-Quint  par  Vandenesse  (1515-1551),  continué  pour 
Philippe  II  jusqu'au  l.er  mai  1560. 

La  bibliothèque  de  l'Arsenal  possède  aussi  une  copie  du 
Journal  de  Vandenesse;  mais  celle-ci  est  bien  supérieure  à 
l'autre,  par  la  netteté  et  le  soin  avec  lesquels  elle  a  été  faite. 
Elle  est  contenue  dans  un  volume  in-4.°  sur  papier,  relié  en 
peau,  doré  sur  tranche,  inscrit  au  catalogue  sous  le  n.°  QAA 
des  in-folio. 

Ce  manuscrit,  qui  a  249  feuillets,  d'une  écriture  française 
de  la  deuxième  moitié  du  XVI.e  ou  du  commencement  du 
XVII.e  siècle,  a  appartenu  à  Charles  de  Croy ,  prince  du  Saint- 
Empire,  marquis  d'Havre,  etc.,  chevalier  de  la  Toison  d'or,  et 
gentilhomme  de  la  chambre  de  l'archiduc  Albert,  comme  en 
témoignent  la  devise  et  les  vers  suivants,  qui  se  trouvent  sur 
le  feuillet  de  garde,  et  qui  sont  de  l'écriture  de  ce  seigneur  : 

Je  soustiendray  Croy, 
et 

J'AÏME    QUI    îll' AYME. 

A.0  1618. 

Quy  n'ayme  ,  estant  aymé  ,  n'est  pas  digne  d'amour , 
Et  aymer  sans  subjets,  c'est  ung  erreur  extresine  ; 
Et  quy  feint  en  aymant,  a  beau  jeu  beau  retour. 
Ou  tout  un,  ou  tout  aultre.  Ainsy  j'aime  qui  m'ayme. 

Les  manuscrits  dont  je  viens  de  faire  mention  étant  les  seuls 
indiqués  dans  les  catalogues  des  deux  bibliothèques  de  la  rue 
de  Richelieu  et  de  l'Arsenal ,  comme  se  rapportant  aux  voyages 
des  souverains  de  la  Belgique,  là  se  seraient  nécessairement 
bornées  mes  recherches,  si  un  travail  de  la  plus  haute  utilité 


(  294  ) 

pour  les  investigations  historiques,  qui  s'exécute  depuis  deux 
ans  à  la  bibliothèque  du  Roi,  ne  m'avait  mis  sur  la  voie  d'au- 
tres documents  dont  la  découverte  est  un  des  plus  heureux  ré- 
sultats de  mon  voyage. 

Je  dirai  ici  quelques  mots  de  ce  travail,  dont  la  connaissance 
ne  saurait  être  trop  propagée. 

Tous  ceux  qui  ont  visité  le  département  des  manuscrits  de 
la  bibliothèque  du  Roi,  savent  que  les  grandes  collections 
composant  les  divers  fonds  de  ce  dépôt  national,  et  nommé- 
ment la  collection  de  Dupuy,  à  laquelle  appartient  l'immense 
recueil  d'anciens  titres,  chartes,  diplômes,  etc.,  originaux  ou 
en  copie,  rassemblés  ou  transcrits  par  Pierre  Pitliou,  formant 
ensemble  950  volumes  in-folio  et  in-quarto;  celle  de  Rrienne., 
composée  de  pièces  diplomatiques  et  de  documents  qui  se  rap- 
portent aux  diverses  affaires  du  royaume;  celle  de  Rréquigny, 
formée  de  copies  exécutées,  par  ordre  du  gouvernement  de 
Louis  XVI,  aux  archives  de  la  Tour  et  de  l'Échiquier  de  Lon- 
dres; celle  de  Colbert,  riche  en  matériaux  de  tout  genre, 
concernant  les  affaires  intérieures  et  les  affaires  étrangères  de 
la  France;  celles  enfin  de  Gaignières,  de  Raluze,  du  président 
de  Mesmes,  sont  restées  jusqu'ici  dépourvues  de  tables.  Les 
volumes  dont  elles  sont  composées  étaient  bien,  à  la  vérité, 
repris  dans  les  catalogues  :  mais  ils  n'y  étaient  indiqués  que 
d'une  manière  très-imparfaite;  souvent  même,  cette  indication 
se  réduisait  à  faire  connaître  l'objet  de  la  première  pièce  d'un 
recueil  qui  en  renferme  une  centaine,  ou  plus.  Il  résultait  de 
là  qu'une  immense  quantité  de  documents  se  trouvaient  en- 
fouis et  en  quelque  sorte  perdus  pour  la  science  :  car,  à  moins 
d'être  singulièrement  favorisé  par  le  hasard,  ou  de  consacrer 
à  l'exploration  de  ces  collections  diverses,  un  temps  beaucoup 
plus  long  que  les  homme  d'étude  ne  peuvent  le  faire,  com- 
ment serait-on  parvenu  à  y  déterrer  les  pièces  dont  on  avait 
besoin? 

Cet  inconvénient  ne  pouvait  échapper  au  ministre  éclairé 
qui  a  conçu  le  dessein  de  doter  la  France  du  monument  le 
plus  grandiose  qu'aucune  nation  ait  encore  érigé  à  son  his- 
toire. Dès  l'année  1834,  M.  Guizota  prescrit  le  dépouillement 
des  collections  de  manuscrits  de  la  bibliothèque  du  Roi.  Douze 


(  295  ) 

personnes  ont.  été  chargées  de  cette  opération,  qui  se  fait  au 
moyen  de  cartes  sur  lesquelles  chaque  pièce  est  relevée  et 
analysée  (1).  La  direction  en  est  confiée  à  M.  Champollion- 
Figeac,  l'un  des  conservateurs  de  la  bibliothèque,  dont  les 
connaissances,  le  zèle  et  l'activité  sont  une  garantie  du  soin 
qui  y  préside. 

Au  31  août  dernier,  suivant  le  rapport  de  M.  Champollion 
au  ministre  de  l'instruction  publique  (2),  le  nombre  des  pièces 
relevées  était  de    118,237,  appartenant  aux  collections  de 
Dupuy,de  Brienne,  de  Bréquigny  et  de  Colbert. 

A  mesure  qu'une  collection  est  entièrement  dépouillée,  les 
cartes  qui  en  présentent  le  relevé  sont  classées  par  ordre  chro- 
nologique. Plus  tard,  elles  seront  dépouillées  elles-mêmes 
pour  former  des  tables  générales  des  matières  et  des  noms 
d'hommes  et  de  lieux  mentionnés  dans  l'ensemble  des  collec- 
tions de  la  bibliothèque  royale. 

M.  Champollion  ayant  eu  l'obligeance  de  mettre  à  ma  dis- 
positions les  cartes  des  quatre  collections  dépouillées,  je  les  ai 
parcourues  pour  les  années  1501  à  1806,  qui  se  rapportent 
aux  époques  des  deux  voyages  de  Philippe-le-Beau,  et  voici 
tous  les  articles  relatifs  à  ces  voyages  que  j'y  ai  rencontrés  : 

Collection  Dupuy. 

1501.  Voyage  de  Philippe,  archiduc  d'Autriche,  roi  d'Espa^ 
gne,  et  de  sa  femme,  en  Flandre.  Vol.  503.  (A.) 

1501.   Réception  faite,  en  France,   à  l'archiduc  Philippe 


(i)  L'arrêté  de  M.  Guizot,  en  date  du  28  janvier  i835,  qui  organise 
le  travail  de  dépouillement,  porte  article 9  : 

«  lie  dépouillement  sera  fait  pièce  par  pièce.  Le  titre  de  chaque  pièce 
»  sera  transcrit  sur  un  bulletin.  Ce  titre  sera  précédé  de  la  date  de  la 
»  pièce,  exprimée  en  année,  mois  et  jours,  s'il  est  possible.  Il  sera  suivi 
»  d'un  signe  qui  fera  connaître  si  la  pièce  est  originale  ou  en  copie  ,  et 
■»  il  sera  terminé  par  l'indication  de  la  collection,  du  volume  et  de  la 
»  page  où  la  pièce  se  trouvera.  >> 

Ces  dispositions  pourraient  être  imitées  avec  fruit  dans  plusieurs  de 
nos  grands  dépôts,  où  tant  d'inventaires  manquent. 

(■i)  Ce  rapport  est  inséré  au  Moniteur  universel  du  29  septembre  i83G. 


(  296  ) 

d'Autriche  et  à  l'archiduchesse  Jeanne  de  Castille,  sa  femme. 
Vol.  842.  (B.) 

1801.  De  l'honneur  et  respect  que  l'archiduc  Philippe 
rendit  au  roi  Louis  XII,  lorsqu'il  vint  le  trouver  à  Blois. 
Vol.  744.  (C.) 

1501.  Voyage  en  France  de  Philippe  d'Autriche  et  de  Ma- 
dame Jeanne  de  Castille.  Vol.  325.  (D.) 

1501.  Entrevue  de  Louis  XII  et  de  l'archiduc  Philippe,  à 
Blois.  Vol.  326.  (E.) 

150 1-1508.  Mémoire  sur  la  vie  de  Philippe,  archiduc,  comte 
de  Flandre,  roi  d'Espagne,  et  de  Jeanne,  sa  femme,  fille  de 
Ferdinand  et  Isabelle,  par  Jean  Le  Maire  des  Belges,  indiciaire 
et  historiographe  de  l'archiduc  Charles,  prince  d'Espagne. 
Vol.  503.  (F.) 

1501.  4  novembre.  Mémoire  concernant  le  premier  voyage 
du  roi  et  de    la  reine    d'Espagne,   de  Flandre   en   Espagne. 

Ihid.  (G.) 

1502.  Mémoire  relatif  à  ce  qui  se  passa  en  Espagne  depuis 
te  retour  de  l'archiduc  Philippe,  jusqu'à  son  départ  pour  un 
second  voyage  en  1503.  Ihid.  (H.) 

1503.  Continuation  du  mémoire  relatif  au  voyage  du  roi 
d'Espagne,  Philippe  I.er,  archiduc  d'Autriche.  Cette  partie  du 
mémoire  se  rapporte  au  voyage  du  prince,  de  Dôle  à  Bruxelles. 
JMd.(l.) 

1503.  Mémoire  relatif  au  voyage  de  l'archiduc  Philippe, 
roi  d'Espagne,  en  France,  en  Allemagne  et  en  Flandre 
Ihid.  (K.) 

1504.  Continuation  du  mémoire  sur  le  voyage  de  Philippe  I.er, 
roi  d'Espagne,  archiduc  d'Autriche.  Ihid.  (L.  ) 

1505.  Mémoire  relatif  au  deuxième  voyage  de  Philippe  I.er, 
roi  d'Espagne,  archiduc  d'Autriche,  et  delà  reine  sa  femme, 
de  Flandre  en  Espagne  (M.) 

Mémoire  relatif  à  la  mort  de  Philippe  I.er,  roi  d'Espagne,  et 
à  diverses  choses  plus  ou  moins  importantes  relatives  au  règne 
de  ce  prince.  (N.) 


(297) 

Collection  Brienne. 

1501,  novembre.  Entrée  en  France  de  monseigneur  Phi- 
lippe d'Autriche,  fils  du  roi  des  Romains,  et  de  madame 
Jeanne  de  Castille.  Vol.  268.  (0.) 

1501.  Entrevue  du  roi  Louis  XII  et  de  Philippe,  archiduc 
d'Autriche,  à  Blois.  Vol.  269  (P.) 

Avant  recouru  aux  volumes  indiqués,  j'ai  constaté  que  les 
pièces  B,  D  et  0  contenaient  toutes  trois  la  même  relation  que 
l'on  trouve  imprimée  au  tom.  II,  pag.  713-735,  du  Cérémonial 
français  de  Denis  Godefroy,  Paris,  Cramoisy,  M.  DC.  XLIX, 
in-fol.; 

Que  la  pièce  C  n'est  qu'une  traduction,  par  extrait,  de  Pon- 
tus  Heuterus  ; 

Que  la  pièce  E  est  extraite  d'un  chapitre  de  l'histoire  de 
Louis  XII,  par  Jean  Dauton; 

Que  la  pièce  P  ne  consiste  que  dans  une  relation  assez  insi- 
gnifiante, de  quatre  petites  pages. 

Jusque  là,  j'avais  peu  à  me  féliciter  du  succès  de  mes  re- 
cherches :  mais  il  n'en  a  pas  été  de  même,  lorsque  j'ai  parcouru 
les  pièces  marquées  des  lettres  A,  F,  G,  H,  I,  K,  L,  M,  N, 
toutes  contenues  dans  le  volume  n.°503  de  la  collection Dupuy. 

Je  vais  donner  une  description  exacte  de  ce  volume,  sans 
prendre  égard  à  la  manière  dont  il  a  été  dépouillé,  car  celle- 
ci  ne  fait  pas  assez  ressortir  l'objet  et  l'importance  des  docu- 
ments qui  le  composent. 

Le  volume  n°  503  de  la  collection  Dupuy,  qui  est  relié  avec 
les  n.os  502  et  504,  n'est  pas  coté. 

Sur  l'un  des  premiers  feuillets,  on  lit  :  Mémoires  de  la  vie 
de  Philippe,  archiduc  d'Autriche,  comte  de  Flandre,  roi  d'Es- 
pagne,  1er  du  nom,  et  de  Jeanne ,  sa  femme ,  fille  de  Ferdinand 
et  Isabelle;  leur  voyage  de  Flandre  en  Espagne  en  1501,"  leur 
second  voyage  de  Flandre  en  Espagne  en  1505  et  1506;  mort 
dudit  archiduc  à  Burgos,  septembre  1506,  et  la  suite  de  l'his- 
toire jusqu'en  1508,  par  Jean  Le  Maire,  des  Belges,  indiciaire 
et  historiographe  de  l'archiduc  Charles,  prince  d'Espagne, pré- 
sent auxdits  voiages.  L'écriture  de  ce  titre  est  du  XVII.e  siècle. 

La  première  pièce  qui  se  présente  est  une  relation  du  pre- 

20 


(  298  ) 

mier  voyage  de  l'archiduc  en  Espagne  :  elle  commence  au  -4 
novembre  1501,  jour  où  ce  prince  partit  de  Bruxelles,  et  se 
termine  à  son  retour  dans  cette  capitale  au  mois  de  novembre 
1503.  Elle  forme  4-4  feuillets,  écriture  très-serrée. 

A  la  suite,  est  une  autre  relation  qui  commence  au  mois  de 
décembre  150-4,  et  se  termine  au  mois  d'août  1507.  Elle  com- 
prend le  second  voyage  de  Philippe-le-Beau  en  Espagne,  et  sa 
mort,  avec  les  particularités  qui  l'accompagnèrent  et  la  sui- 
virent, en  Espagne  et  aux  Pays-Bas.  Elle  se  compose  de  -4-4 
feuillets. 

Puis  vient  un  cabier  d'une  dixaine  de  feuillets,  intitulé 
Memorialia  indiciarialus ;  ces  mémoriaux  ne  consistent  qu'en 
de  simples  notes; 

Et  enfin,  une  Cronicque  annale  de  très  haulx ,  très  puissans 
et  très  illustres  princes  et  princesses  de  la  maisoji  d'Austriche, 
Castille  et  Bourgogne ,  pour  Van  qu'on  dit  de  la  création  du 
monde  six  mil  sept  cens  et  six,  qui  est  de  nostre  salut  mil  cinq 
cens  et  sept,  du  pontificat  de  nostre  saint  perc  le  pape  Jules,  ij" 
de  ce  nom,  l'an  cinquiesme ,  indiction  X,  et  du  règne  du  roy  des 
Romains ,  Maximilien  César  Auguste,  xxijc ,  Pasques  estant 
le  iiije  d'Avril.  Cette  chronique  s'étend  du  -4  avril  au  23 
août  1507.  Elle  a  29  feuillets. 

La  Commission  peut  juger  de  l'agréable  surprise  que  j'é- 
prouvai, en  trouvant  ainsi  des  chroniques  de  Jean  Le  Maire, 
qui  étaient  restées  ignorées  jusqu'à  nos  jours.  Et  ma  satisfaction 
s'accrut  encore  ,  lorsque  j'eus  acquis  la  conviction  que  ce  ma- 
nuscrit, à  l'exception  de  17  feuillets  de  la  relation  du  premier 
voyage  de  Philippe-le-Beau,  était  en  entier  de  la  main  de  Le 
Maire  lui-même;  on  pourrait  même  le  regarder  comme  une 
minute  ou  brouillon,  tant  il  est  chargé  de  ratures,  de  correc- 
tions et  d'additions  marginales  et  interlinéaires. 

Cette  découverte  est  d'autant  plus  importante  pour  notre  his- 
toire, que  nous  ne  possédions  pas  de  relation  du  second  voyage 
de  Philippe-le-Beau  en  Espagne.  Antoine  De  Lalaing,  dans  le 
prologue  de  celle  qu'il  nous  a  transmise,  annonce  bien  qu'il 
en  a  écrit  une;  mais  on  doute  qu'elle  ait  jamais  existé. 

Il  est  une  remarque  que  je  dois  communiquer  à  la  Commis- 
sion :  c'est  que,  en  comparant  la  relation  de  Le  Maire  avec 


(  299  ) 

celle  du  S.r  De  Lalaing,  j'ai  eu  bien  des  raisons  de  croire  que 
celui-ci  s'était  servi  de  la  première,  en  l'amplifiant.  Je  tâcherai 
d'éclaircir  plus  complètement  ce  point,  lors  de  ma  publication. 

La  chronique  du  second  voyage  de  Philippe-le-Beau,  par 
Jean  Le  Maire,  renferme  une  foule  de  particularités  intéres- 
santes sur  le  séjour  que  ce  prince  se  vit  obligé  de  faire  en 
Angleterre,  sur  son  arrivée  en  Espagne,  sur  sa  mort,  sur  la 
conduite  de  la  reine  Jeanne,  sa  femme,  etc.  C'est  dire  assez 
qu'elle  doit  faire  partie  de  la  Collection  des  Voyages  de  nos 
souverains. 

Celle  qui  termine  le  volume,  et  qui  embrasse  quelques  mois 
de  l'année  1507,  mérite  aussi  d'être  comprise  dans  nos  publi- 
cations. Plusieurs  faits  curieux  y  sont  rapportés.  En  voici  un 
qu'aucun  de  nos  historiens,  à  ce  que  je  pense,  ne  nous  a 
fait  connaître. 

Le  chroniqueur,  après  avoir  parlé  de  la  proposition  qui  fut 
faite,  le  20  juillet  1507,  aux:  État-Généraux,  assemblés  à  Ma- 
lines,  par  l'organe  du  chancelier  de  Brabant,  proposition  que 
l'archiduchesse  Marguerite  résuma  ensuite  elle-même  par  une 
éloquence  succincte  et  merveilleuse ,   ajoute  :  «Et  lors,  monsei- 

•  gneur  l'archiduc,  représentant  bien  son  prince  en  si  jeune 

•  aaige  (1),  les  pria  d'accorder  le  subside  demandé,  par  une 
«petite  harengue,  plus  entendue  par  les  gestes  de  son  visage, 
»  que  par  la  sonorosité  de  sa  voix,  pueril'e,  mais  toutes  voyesen 
«telle  sorte,  qu'il  debvoit  bien  souffire  au  peuple.  • 

La  chronique  annale  de  Jean  Le  Maire  finit  par  des  détails 
sur  Jean  Molinet  et  sur  Le  Maire  lui-même,  qu'on  me  saura 
gré  de  transcrire  ici  :  «  Ce  ne  sera  pas  passer  les  termes  de 

•  ceste  histoire,  si  je  dy  que,  en  ce  mois  d'aoust  (1507),  par 
»  ung  lundvxxiij6,  en  la  bonne  ville  deVallenciennes,  termina 
■  vie  par  mort,  aggravé  de  vieillesse  et  de  maladie,  en  l'aaige 
»de  lxxij  ans(2),  le  chief  et  souverain  de  tous  les  orateurs  et 


(i)  Charles-Quint  avait  à  peine  alors  sept  ans  et  demi,  étant  né  le 
■24  février  îîoo. 

(2)  M.  Buchon,  dans  sa  notice  sur  Molinet  (Collection  des  chroniques 
nationales  française  ,  t.  XL1V),  n'avait  pas  fait  connaître  Tannée  de 
la  naissance  de  cet  historien;  il  parait  avoir  ignoré  aussi  la  date  précise 
de  sa  mort. 


(  300  ) 

»  rhetoriciens  de  nostre  lange  gallicane,  c'est  assavoir  maistre 

•  Jehan  Molinet,  chanoine  de  la  Salle  le  Conte,  renommé  par 
»  tous  les  quartiers  d'Europe  en  ladite  langue,  lequel,  dès  son 

•  jeune  aaige, adonné  au  service  de  musicque,  et  rethoricien,  fut 
»  premièrement  disciple  et  depuis  successeur  de  messire  George 

•  Chastelain,   indiciaire   et  historiographe  de  la   maison   de 

•  Bourgoigne,  et  continua  les  cronicques  d'icelle  depuis  le 

•  siège  tenu  devant  Nuz  par  le  grand  duc  Charles,  jusques  au 
»  merveilleux  nauffrage  et  abordement  en  Engleterre  du  feu 
»roy  Phelippe,  tirant  en  Espaigne.  Et  pour  ce  qu'il  sembla  à 

•  l'excellence  de  ma  très  redoubtee  dame,  que  ma  petitesse 
»  avoit  quelque  industrie  en  fait  d'histoires,  et  que  le  feu  roy, 
»  à  la  requeste  expresse  d'elle,  et  en  la  présence  et  par  1  adveu 
»  et  consentement  du  roy  son  père,  m'avoit  réservé  ledit  office 

•  de  indiciaire  et  historiographe  de  la  maison  d'Austriche» 

•  Castille  et  Bourgoigne,  quand  il  escherroit  à  vacquer  par  le 
»  trespas  dudit  maistre  Jehan  Molinet,  mon  précepteur  et  pa- 
»  rent,  elle  ordonnna  m'en  estre  faictes  et  despeschees  lespaten- 
»  tes,  dont  je  fiz  le  serment  en  ses  mains,  et  le  tout  fut  depuis 
»  ratiffyé  par  le  roy  son  père....  Et,  quelques  mois  paravant, 
»  sa  libéralité  m'avoit  faict  un  prébende  et  chanoine  en  la 
»  dicte  Salle  le  Conte  en  Vallenciennes.  Desquels  bienfaietz  je 

•  seroie  bien  digne  d'estre  repris  d'ingratitude,  se,  autant 
»  qu'il  est  en  mon  possible,  je  ne  taschoie  à  en  faire  la  mémoire 
»  perpétuelle.  » 

Ce  rapport  achevé,  M.  Gachard  demande  si,  avant  de  mettre 
sous  presse  les  Voyages  des  Souverains  de  la  Belgique,  il  ne 
conviendrait  pas  qu'il  publiât  la  Relation  des  troubles  de 
Gand  sous  Charles-Quint,  dont  l'impression  a  été  résolue  dans 
la  première  séance,  et  dont  le  manuscrit  sera  très-prochaine- 
ment en  la  possession  du  gouvernement,  par  l'acquisition  qui 
vient  d'être  faite  de  la  bibliothèque  de  feu  M.  Van  Hulthem.  Il 
rappelle  les  détails  dans  lesquels  il  est  entré,  en  la  séance  du 
5  décembre  1834,  sur  les  curieux  documents  que  renferment, 
au  sujet  de  l'insurrection  des  Gantois,  les  archives  du  royaume 
et  les  archives  municipales  de  Gand  et  d'Audenarde  (1). 

(i)  Voir  le  2.e  Bulletin,  pages  4:i-4^- 


(301   ) 

La  commission ,  après  en  avoir  délibéré,  autorise  M.  Gachard 
à  commencer  les  publications  qui  lui  sont  assignées  par  le 
récit  des  troubles  de  Gand  sous  Charles-Quint,  si  son  travail  sur 
ce  manuscrit  peut  être  prêt  avant  celui  qu'exige  l'édition 
des  Voyages  des  souverains  de  la  Belgique. 

M.  De  Reiffenberg  informe  la  Commission  que  la  vente  de 
la  riche  bibliothèque  de  Rosny,  appartenante  à  la  duchesse 
de  Berri,  doit  commencer  à  Paris  le  20  février  prochain.  Il  si- 
gnale dans  le  catalogue  les  deux  articles  suivants,  parmi  les 
manuscrits  : 

20403.  Sigeherti  chronica,  1  vol.  petit  in-fol.  vél. 

Manuscrit  duXII.e  siècle,  de  94  pages  à  deux  colonnes,  por- 
tant à  la  fin  la  signature  de  P.  Pithou  qui  paraît  avoir  écrit, 
en  outre,  les  cinq  pages  de  remarques  mises  à  la  fin.  On  lit 
sur  l'une  des  pages  la  note  suivante,  indiquant  que  ce  volume, 
auquel  manquaient  quelques  feuillets,  a  été  complété  :  Hic 
codex ,  principio  mutilus  octofoliis,  restitutus  estaliis  duodecim 
anno  1686,  cura  Francisci  Vesmares  in  curia  patroni. 

2-430.  Cartulaire  de Flandre  et  de  Bourgogne  de  1300  à  1369, 
1  vol.  in-fol.  de  96  feuillets,  relié  en  parchemin. 

Précieux  manuscrit  sur  vélin ,  d'une  très-belle  conservation, 
le  tout  en  français,  la  partie  latine  ayant  été  traduite. 

Il  annonce  également  que  M.  de  Rosny,  directeur  de  la 
maison  centrale  de  détention  de  Looz,  dans  le  département 
français  du  Nord,  vient  de  mettre  sous  presse  une  chronique 
de  l'abbaye  de  Looz,  et  se  propose  d'en  publier  une  autre  de 
l'abbaye  de  Marquette.  M.  de  Rosny  a  donné  récemment  au 
public  une  notice  sur  les  Bois  de  l'Epinette.  Les  membres  de 
la  commission  souscrivent  pour  la  chronique  de  Looz. 

Suite  de  l'inventaire  des  Manuscrits  relatifs  à  l'histoiie  de 

Belgique. 

9 

MONS. 

1.  Les  annales  du  Hainaut  de  Jacques  De  Guy  se ,  second  vo- 
lume (contenant  du  8.e  au  14. "livre  inclusivement);  in-f°.  sur 
»  papier.  A  la  fin  se  trouvent  ces  mots  :  «  Escript  en  1448.  » 

Les  renseignements  suivants  se  lisent  sur  les  gardes  :  ■  Ceste 


(  302  ) 

•  seconde  partie  des  histoires  de  Haynnaut  appartient  à  moi 
»  Jehan  Thirou  dit  Brassot  et  le  Fich  (sic)  escripre  de  mes  dé- 
»  pens  en  l'an  mil  iiijc  1  signé  :  Brassot.  » 

On  ne  possède  ni  le  premier  ni  le  3.e  ou  tiers  volume. 
2.   Les  mêmes,   texte  latin,   in-f°,  sur  papier   :  «  Explicit 
»  prima  pars  historiœ  illustrissimorum  principum  Hannoniae 

•  édita  à  fratre  Jacobo  De  Guisià  ordinis   fratrum  minorumr 

•  conventus  Valencensis;  scripta  et  expleta  per  manus  Johan- 
»  nis  de  Loe,  S.  Jacobi  de  Gandavo  clerici  Tornacensis  diocesis 
»  magistri  in  artibus;  die  Veneris  quoe  fuit  xxviija  mensis  anno 
»  domini  millesimo  quadragesimo  liij°.  Deo  gratins.  » 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  les  7  premiers  livres, 

A  la  suite  se  trouvent  les  suivants  : 

a.  Incipit  declaratio  proprietatum  quarumdem  regionum  in 
diversis  locis  situatarum  ultra  mare. 

Etranger  à  l'histoire  du  pays. 

h.  Sequuutur  testamenta  xij  prophetharum  in  quibus  sunt 
aptissimœ  de  Christo  prophétise  quas  magister  Robertus  Gros- 
sum-Caputde  Grrcco  transtulit  in  latinum. 

c.  Sequuntur  statuta  papalia  in  officiis  dominicis  et  qua?dam 
alia  utilia. 

On  remarque  parmi  les  rubriques  des  chapitres  : 

De  primo  rege  Francorum; 

Ortus  studii  Parisiensis; 

De  morte  Caroli  Magni  imperatoris; 

De  morte  Rolandi  nepotis  Caroli; 

Initium  comitatus  Flandriae; 

Persecutio  Normanorum  et  Danorura; 

Initium  ordinis  Chimacensis  (?); 

Conversio  Hungariorum  : 

Ordo  Cisterciensis. 

d.  Incipit  dialogus  Jacobi  De  Merland  Flandrensis,  ad  Mar- 
tinum  Trajectensem  socium  suum,  translatus  de  flamingo  (sic) 
in  latinum  (en  vers  latins  rimes). 

Explicit  3Iartinus  latine  translatus  à  Jobanne  Bukelore  pres- 
bitero. 

è.  Les  mêmes ,  en  français,  in-f'."  sur  papier. 

Explicit  :  «  Fin  du  tiers  volume  des  chroniques  et  annales 


(  303  ) 

»de  Haiimault,  escrit  par  Philippe  Masure,  portier  à  la  porte 
»de  Havreh  à  Mons,  16-41.  » 

Ce  manuscrit  renferme  la  traduction  des  21  livres  des  anna- 
les de  Jacques  de  Guyse. 

-4.  Manuscrit  que  l'on  croit  être  l'autographe  des  annales 
du  Hainaut  de  Vinchant,  vol.  in-f°. 

L'imprimé  ne  vaque  jusqu'en  1553;  le  manuscrit  finit  à 
l'an  1633,  78  années  de  plus  que  n'a  donné  Ruteau.  Le  ma- 
nuscrit provient  de  la  vente  de  Leclercz  en  1829.  Voy.  ce 
qu'en  dit  M.  Chàlon,  Notice  sur  les  tombeaux  des  comtes  de  Hai- 
naut, p.  7  et  8. 

5.  Annales  de  l'abbaye  deS.'-Gislain,  de  633  jusqu'en  1754, 
rédigées  par  Dom  P.  Baudry,  continuées  par  Dom  A.  Durot; 
2  vol.  in  f.°  sur  papier,  légués  à  la  bibliothèque  par  M.  le 
chanoine  Wins. 

6.  Collection  de  Généalogies  de  la  plupart  des  maisons  et 
familles  de  la  province  d'flainaut  et  de  celles  qui  y  ont  pos- 
sédé des  dignités,  canonicats,  emplois,  charges,  y  pris  habi- 
tation ou  alliance,  avec  leurs  armoiries  enluminées,  le  tout 
recueilli  par  J.  B.te  Laisné,  licencié  ès-droits  et  avocat  à  la 
cour  de  Hainaut;  2  vol.  in-f.°  sur  papier. 

7.  Recoel  des  tous  les  festes  et  chapitres  de  la  noble  ordre 
duthoison  d'Or  depuis  la  première  institution  jusques  à  notre 
temps.  Recvellez  et  fais  par  Jacques  Leboucq,  demourant  en 
Valen  (Valenciennes),  depuis  ocmenté  par  David  Hoyoss  de 
Mons  et  Haynaut;  in-f.°  sur  papier  de  -43  feuillets. 

Le  dernier  chapitre  indiqué  est  celui  de  1556;  manuscrit 
du  temps. 

8.  Manuscrit  autographe  de  l'histoire  du  Hainaut,  par  le 
P.  Delewarde  ;  in-4.°  sur  papier. 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  les  livres  5  à  10;  il  est  proba- 
ble que  c'est  le  manuscrit  d'une  seconde  édition  projetée  par 
l'auteur. 

9.  Recueil  des  épithaphes  qui  se  trouvaient  en  1787  encore 
tant  soit  peu  déchiffrables,  des  personnes  nobles,  conseillers, 
etc.,  qui  furent  enterrés  dans  l'église  de  S.te-Waudru,  paroisse 
des  étrangers  et  nobles  de  la  ville  de  Mons,  capitale  du  Hai- 
naut Autrichien  ;  in~4.°  sur  papier. 


(  304  ) 

Manuscrit  autographe  de  M.  Leclercqz,  mort  en  1828  ou 
1829.  C'est  lui-même  qui  a  recueilli  ces  épitaphes. 

A  ce  volume  se  joint  un  autre  manuscrit  du  même  auteur 
(in~4.°  sur  papier),  contenant  les  épitaphes  des  personnes  no- 
bles, recueillies  dans  les  autres  églises  de  la  ville  deMons;  ce 
dernier  volume  ne  porte  pas  de  titre. 

10.  Chroniques  deFroissart,  tome  3;  in-f.°,  sur  papier  à  deux 
colonnes. 

Un  titre  inscrusté  dans  la  couverture  porte  : 

«  Tierch  et  dernier  volume  des  chroniques  maistre  Jean 
»  Froissart  finans  en  l'an  mil  ccccx.  » 

La  dernière  page  sur  laquelle  se  trouvait  probablement  un 
explicit  a  été  arrachée. 

11.  Recœil  de  ce  qui  est  advenu  plus  digne  de  mémoire 
depuis  l'an  de  salut  1575  jusques  à  Fan  1585,  quatriesme 
volume.  Tout  recueille  par  Jean  Ballin,  religieux  à  Clerma- 
ret-lez-S'-Omer,  in-f.°  sur  papier;  manuscrit  du  temps,  très- 
intéressant  et  contenant  beaucoup  de  pièces  relatives  aux 
troubles  des  Pays-Bas.  Il  est  autographe  et  a  appartenu  jadis 
à  Claude  Bernard  Rousseau,  auditeur  des  comptes. 

Les  mots  suivants,  écrits  sur  la  page  qui  se  trouve  après  le 
titre,  font  craindre  que  les  %  premiers  volumes  de  ce  pré- 
cieux ouvrage  ne  soient  perdus  pour  jamais  : 

Heuîpereat  potius  legera  veneranda  potestas 

Quara  ,  tôt  consumptas  ,  noctesque,  diesque,  Jabores , 

Hauserit  una  dies  ilainiuis.... 

12.  Manuscrit  sans  titre;  livre  de  blasons  des  principales  fa- 
milles des  Pays-Bas,  et  nommément  des  demoiselles  qui  ont 
été  reçues  au  chapitre  de  Denain  dans  les  14. e,  15. e  et  17.°  siè- 
cles, in-4.°,  sur  papier,  blasons  coloriés. 

La  première  page,  cotée  2,  semble  indiquer  que  le  titre  de 
cet  ouvrage  a  été  arraché.  Ce  manuscrit  a  appartenu  à  l'avo- 
cat Jean-B.te  Laisné  de  Mons. 

13.  Dans  ce  livre  sont  rapportées  grand  nombreuses  (sic) 
d'épitaphes  des  anciennes  familles  de  Flandres,  Tournay, 
Tournesis,  Arthois,  Haynault,  avec  leurs  alliances,  très-curieux 
et  instructif,  recueillies  l'année  1572  et  notablement  augmen- 


(  305  ) 

tées  par  le  sieur  Pierre  Marie  de  Galonné  Baufaiet,  chanoine 
de  la  cathédrale  de  Tournay  l'an  1752. 

In-f.°  sur  papier,  armoiries  coloriés.  Manuscrit  intéressant. 

14.  Recueil  des  traités  de  paix;  in-f.°  sur  papier. 

Pièces  contenues  dans  ce  recueil  : 

■  1.°  S'ensieult  le  contenu  au  poinct  des  trêves  de  noef  ans 
»  faittes  et  conclues  par  le  roy  Loys  de  France  d'une  part  et 
»  mon  très  redoubté  seigneur  et  prince  Charles  duc  de  Bour- 
»  gogne  le  xiije  jour  de  septembre  l'an  de  grâce  mil  iiijclxxv.  » 

«  %°  Sensieult  le  contenu  des  trêves  d'un  an  faittes  et  con- 
»  dues  au  pont  à  Wendin  par  le  roy  Loys  de  France  d'une 
»  part  et  monsieur  le  duc  Maximilien  et  madame  Dautrice 
«Marie  sa  femme  le  xe  jour  de  juillet  l'an  de  grâce  mil  iiijc 


«  3.°  S'ensieuvent  aincoires  aulcuns  compromis  touchant  la 
«ditte  trêve  du  pont  à  Wendin  faite  par  messeigneurs  des- 
»  susdits.  » 

«  4.°  Sensieult  le  traittié  de  la  paix  fait  à  Franchise  alias Arras 
»  par  les  seigneurs  dedens  nommez  en  l'an  de  grâce  mil  iiijc 
»  iiij  xx  et  deux.  » 

»  5.°  Justification  faitte  par  maistre  Jehan  Doffay  sur  les  ac- 
»  tions,  discors  et  querelles  de  entre  le  roy  et  ma  très  redoub- 
»  tée  Dame  Marie  Ducesse  et  vraye  héritière  de  Bourgogne,  et 
»  des  pays,  terres  et  seigneuries  à  elle  escheux  par  feu  Monsieur 
»  le  duc  Charles  son  père.  » 

«  6,°  Extraits  de  aulcuns  anciens  registres  et  aultres  ensei- 
»  gnemens  trouvez  en  la  tresorie  de  Poligny  et  ailleurs,  tou- 
»  chant  aulcuns  rois,  princes  et  aultres  saintes  personnes  yssus 
»  de  la  très-noble  et  ancyenne  maison  de  Bourgogne.  » 

Ce  manuscrit  a  appartenu  au  P.  Delewarde,  auteur  de  l'His- 
toire de  Hainaut,  dont  il  porte  la  signature  autographe;  il  a 
ensuite  été  donné  par  lui  aux  P.  P.  de  l'Oratoire  de  Mons. 

15.  Les  Tournois  de  Chauvency.  M.  H.  Delmotte,  récemment 
enlevé  aux  lettres  par  une  mort  prématurée,  a  livré  à  l'impres- 
sion ce  poème  qui  avait  été  préparé  par  son  père. 

16.  Recueil  de  traités  de  paix.  In-folio  sur  papier;  ce  recueil, 
qui  a  appartenu  à  N.  Dufief,  conseiller  au  grand-conseil, 
contient  : 


(  306  ) 

«  1  °  Traité  de  garde  du  due  Philippe  avec  la  eité  de  Besan- 
çon, le  27  août  1357.» 

»  2.°  Id.  Entre  Philippe  le  Hardy,  duc  et  comte  de  Bourgogne, 
et  Dame  Marguerite,  sa  femme  et  ceux  de  Besançon,  le  24  mai 
1386.  » 

«  8.°  Traité  de  paix  fait  entre  le  roi  de  France  et  M.  le  duc 
de  Bourgogne  à  Péronne,  de  l'an  1468.  » 

«  4.°  Le  traité  de  paix  de  Cambray ,  de  l'an  1508.  » 

«  5.°  Paix  de  Paris,  de  l'an  151-4. 

«  6.°  Traité  de  paix  de  Noyon  (1516) 

«  7.°  Lettres-patentespar  lesquelles  Henri  VIII,  roy  d'Angle- 
terre, reçoit  la  ville  et  cité  de  Tournay  en  sa  grâce,  subjec- 
tion  et  obéissance.  »  Datées  de  Tournay  le  6  octobre  1513. 

«  8.°  Tractatus  redditionis  civitatisTornacensis  in  ditionem 
Caroli  imperatoris  (1521).  » 

«  9.°  Traité  de  Madrid  (14  janvier  1526)  » 

t  10.°  Sommaire  des  articles  de  paix  concludt  à  la  louange 
de  Dieu,  en  la  ville  deMons,  le  dimenche  14. e  de  janvier,  anno 
1526.  » 

a  1 1  .e  Le  traictiet  de  paix  conclut  en  la  ville  de  Cambray 
(1529).» 

«  12.°  Le  traictet  de  Crespy,  entre  l'empereur  et  le  roi  de 
France  (1544).  » 

«  13.°  Trefve  faite  en  l'abaye  de  Vaucelles,  le  4  février 
1555.» 

«  14.°  Traicté  de  paix  faict  au  château  de  Cambrésis  (1559).» 

17.  Chronique  de  Flandres,  par  Philippe  Wieïant,  président 
du  conseil  privé.  En  flamand;  in-folio,  sur  papier. 

Cette  chronique  finit  à  l'époque  du  mariage  de  Jean  de 
Bavière,  après  sa  résignation  de  l'évêche  de  Liège. 

Voici  le  texte  d'un  note  mise  en  tète  de  ce  volume  :  «Celui 
qui  a  fait  escripre  ce  libvre  duquel  les  armes  sont  peintes  au 
commencement  du  libvre,  s'appelait  (selon  que  m'a  dit  M.  Van 
Torre,  conseiller  de  la  gouvernante  de  Lille)  Alexandre  Le 
Blancq,  chevalier,  sieur  de  Haulchin,  écuyer,  maistre  de  la 
chambre  des  comptes  à  Lille.  Sa  mère  était  de  la  maison  de 
Ruffault.  L'auteur  de  ce  libvre  est  messire  Phillippe  Wielant, 
] (résident  du  Conseil  privé.  » 


(  307  ) 

Sur  Wieland  et  son  traité,  voir  le  remarquable  ouvrage  de 
M.  Warnkoenig,  intitulé  :  Histoire  de  la  Flandre  (traduite  par 
M.  Gheldolf),  tome  I,  pages  11,  81,  83,  etc. 

18.  Suyte  des  comtes  et  comtesses  de  Hainau,  gouverneurs 
et  capitaines-généraux  au  Pays-Bas,  baillifs  et  grands  baillifs 
de  Hainau,  prevosts  de  Mons  et  prevosts-le-comte  à  Valencien- 
nes,  institution  de  la  cour  de  Mons,  chefs  et  premiers  esche- 
vins  (sic)  de  la  ville  de  Mons  et  des  prevosts  de  la  ville  de 
Valenciennes,  etc.  Depuis  y  ont  estez  adjoustez  les  chastellains 
et  gouverneurs  de  la  ville  d'Ath,  encore  depuis  les  députés 
du  clergé  de  la  noblesse  doiz  l'an  1620.  Manuscrit  qui  paraît 
avoir  été  terminé  en  163-4;  in-folio  oblong,  sur  papier. 

Il  a  appartenu  originairement  au  comte  de  Cuvelier.  Ar- 
moiries coloriées. 

19.  Dépouillement  du  cartulaire  général  des  mortes-mains 
du  pays  et  comté  d'IIainau,  175.9.  In-4.°,  sur  papier;  armoiries 
coloriées. 

20.  Livre  concernant  un  ample  détail  de  principaux  prin- 
ces du  monde,  où  sont  renfermés  les  annales  du  pays  et  comté 
d'Hainaut,  de  même  que  ceux  de  la  Hollande.  A  Mons,  1773. 

Ce  manuscrit  a  pour  auteur  Philippe  Joseph  André,  fils  de 
Guillaume  André,  clerc  du  béguinage,  âgé  de  17  ans,  et  rhé- 
toricien  au  collège  de  Houdain,  In-4.°,  sur  papier,  de  951 
pages. 

21.  Annales  abbatirc  S.  Dionisii  in  Broqueroye,  incipientes 
ab  anno  1081  usque  ad  annum  1667.  In-4.°,  sur  papier,  ma- 
nuscrit de  la  fin  du  XVII. e  siècle. 

Le  titre  ci-dessus  mentionné  a  été  ajouté  :  il  est  de  la  main 
de  M.  Leclercqz. 

22.  Historia  Yita  adinodum  reverendi  et  venerabilis  Domini 
Domini  (sic)  Gasparis  Vincq,  abbatis  alias  S.  Adriani,  S.  Dio- 
nisii et  denominati  S.  Pétri  in  Blandinis. 

G.  Vincq  mourut  le  24  mars  1659,  âgé  de  85  ans.  In--4.°  sur 
papier. 

23.  Manuscrit  contenant  les  fondations  eu  abrégé,  de  l'église 
de  Notre-Dame,  Crespin,  Loppes  (sic  Lobes,  probablement), 
Vaucelles,  Flines,  Soignies,S.,e-Waudrud,  Hasnon,  etc.,  etc., 
par  Simon  Leboucq. 


(  308  ) 

Manuscrit  autographe  de  Simon  Leboucq,  in-4.°,  sur  papier. 
Titre  plus  moderne  ajouté. 

24.  Requête  présentée  par  les  Etats  de  Hainaut,  à  l'empereur 
François  II,  exposant  la  conduite  qu'ils  ont  tenue  pendant  la 
guerre,  datée  de  Cologne  le  21  août  1794.  (Sans  titre).  Copie 
in-4.°,  sur  papier. 

25.  Septième  livre  de  divers  mémoires  journaliers  fort  cu- 
rieux (concernant  Mous),  depuis  le  premier  de  May  1745, 

usques  (sic)  le  premier  de  Mars  1746.  ln-4.°,  sur  papier. 

26.  Charte  de  Guillaume,  duc  de  Bavière,  comte  de  Hainaut, 
etc.;  pour  l'établissement  d'un  conseil  de  ville  à  Ath,  datée 
du  Quesnoy,  le  14  mai  1406.  Sur  parchemin,  avec  le  scel  du 
comte  sur  cire  verte. 

27.  Véritable  déclaration  de  la  guerre  que  Jehan  Davesnes 
(sic)  comte  de  Haynau,  etc.,  suscita  contre  sa  ville  et  comté  de 
Valenchienne,  et  de  l'accord  et  paix  ensuivie.  Recueille  par 
Sire  Simon  Leboucq,  prévost  dudit  Valentienne,  1648. 

Manuscrit  autographe;  in-4.°,  sur  papier.  Intéressant. 

28.  Recueil  de  vies  de  saints,  par  Philippe  De  Harvengt, 
abbé  de  Bonne-Espérance,  mort  en  1182.  In-folio,  sur  peau 
de  vélin,  à  deux  colones,  manuscrit  du  XII°  ou  XIIIe  siècle.  Il 
a  fait  partie  originairement  de  la  bibliothèque  de  l'abbaye  de 
St.-Feuillan. 

Il  contient: 

Passiosancti  Foyllani; 

Vita  sancti  Remacli; 

Vita  sancti  Algisi; 

Vita  Beatœ  Pecuniœ  virginis; 

Passio  sancti  Salvii; 

Conversio  sancti  Cypriani; 

Passio  Cypriani  et  Justinae; 

Passio  sanctœ  Katherinae  virginis; 

Vita  sancti  Bernardi%ibbatis; 

A  l'exception  des  passions  de  S. '-Sauve  et  S.'-Feuillan,  tou- 
tes les  autres  vies  des  saints  que  contientce  recueil,  ne  figurent 
jias  dans  l'édition  des  OEuvres  de  Philippe  De  Harvengt,  pu- 
bliée à  Douay  en  1620,  in-folio,  par  Nicolas  Chaînait,  abbé 
de  Bonne-E<pérancc, 


(  309  ) 

La  première  page,  déchirée  en  partie,  a  été  restaurée;  elle 
est  d'une  écriture  plus  moderne  que  celle  du  reste  du  ma- 
nuscrit. 

Les  cahiers  S  à  8  manquent. 

29.  In  hoc  volumine  continentur  isti  lihris  : 
Bihla  versificata; 

Yita  Stœ.  Mariœ  Egypsiachœ  versificata; 

Passio  sancti  Lamberti  martyris  (Nicolai  Leodiensis); 

Passio  sancti  Tonne  archiepiscopi  et  martyris.  In-folio,  sur 
peau  de  vélin,  à  deux  colonnes.  Ce  manuscrit  a  appartenu  à 
l'abbaye  de  Cambron. 

30.  Vita3  sanctorum.  In-folio,  sur  peau  de  vélin,  à  deux  co- 
lonnes. Ce  manuscrit  contient  : 

Passio  sanctœ  Anastasiœ  virginis; 

Passio  sanctœ  Eugeniœ  virginis; 

Passio  sanctorum  Proti  et  Jacincti,  martyrum; 

Passio  sanctœ  Martyrise  virginis  et  martyris; 

Passio  sanctœ  Columbœ  virginis; 

Passio  sanctaî  Agathae  virginis; 

Passio  sanctœ  Julianœ  virginis  et  martyris; 

Passio  sanctarum  Perpétua;  et  Felicitatis; 

De  obituS.  Petronillœ,  sancta?  Felicitatis  vs.  et  de  Passione 
sanctaî  Feliculœ  virginis; 

Passio  sanctœ  Domitillœ  virginis; 

Passio  sanctœ  Simphorosœ  et  filiorum; 

Passio  sanctarum  martyrum  Sophiœ,  Fidei,  Spei,et  Carita- 
tis  {sic)  ; 

Passio  sanctœ  Felicitatis  cum  septem  filiis; 

Passio  sanctœ  Crinœ  (Christinœ)  virginis; 

Vita  sanctœ  Mariœ  Mahdelenœ; 

Vita  sanctœ  Mariœ  Egyptiacœ; 

Passio  sancti  Pauli  apostoli; 

Passio  sancti  Sebastiani  martyris; 

Passio  sancti  Pantaleonis; 

Passio  sancti  Appollinaris,  martyris; 

De  inventione  sancti  Stephani  pthor; 

Passio  sanctorum  martyrum  Abdon  et  Sennis; 

Passio  sancti  Sixti  prophetœ  et  martyris; 


(  310  ) 

Passio  sanctorum  Cyriaci,  Largi  et  Smaragdi; 

Passio  sancti  Caiixti  prophetae; 

Passio  sancti  Dyonisii,  archiepisopi ,  et  sociorura  ejus  Rustici 
et  Eleutherii; 

Passio  sanctorum  martyrum  Claudii ,  Symphoriani,  Simplicii, 
Nycosttratuni  et  castorii,  quatuor  coronatorum; 

Vita  sancti  Johannis  archiepiscopi  Alexandrini  ; 

Passio  sancti  Christofori  martyris; 

Vita  Sancti  Servatii  episcopi; 

Vita  sancti  Augustini  episcopi; 

Passio  sanctorum  Cosmeu3  et  Damiani; 

Vita  sanctae  Marthse. 

31.  Mémoire  sur  le  Hainaut,  contenant  l'état  ancien  et  mo- 
derne de  cette  province,  l'administration  générale  et  particu- 
lière des  revenus  des  états  et  du  magistrat  de  la  ville  de  Mons, 
et  un  détail  très-circonstancié  du  domaine  engagé.  Manuscrit 
précieux,  in-folio,  sur  papier,  avec  cartes,  tableaux,  plans 
coloriés,  etc.  Cet  ouvrage,  d'une  superbe  exécution,  paraît 
avoir  été  rédigé  par  ordre  du  Gouvernement, 

32.  Mémoire  sur  l'Artois.  —  Mémoire  sur  la  Flandre  Flamin- 
guante.  —  Flandre  Gallicane.  —  Province  du  Hainaut.  In-folio, 
sur  papier.  Ce  manuscrit  est  attribué  à  l'intendant  Bernier;  il 
est  du  commencement  du  XVIll."  siècle. 

33.  Généalogie  de  plusieurs  familles  du  Hainaut.  Manuscrit 
de  M.  de  S.l-Genois;  in-folio,  sur  papier. 

34.  Cartulaire  des  héritaiges  tenus  de  la  seigneurie  du  cha- 
pitre S.'-Germain  de  Mons,  au  territoire  de  Genly,  Noirchin,  et 
là  entour;  renouvelles  par  M.  Jehan  de  Bouyne,  prêtre,  cha- 
noine dudit  chapitre,  l'an  XVI. e  lxxviij,  in-folio,  sur  papier. 

35  Journal  des  touts  ce  qu'ils  s'est  passez  au  blocus  et  siège 
de  Mons  en  septembre  1709.  In-18,  sur  papier,  avec  onze  des- 
sins. Par  un  bourgeois  de  Mons  qui  ne  se  nomme  pas. 

36  Journale  (sic)  intérieur  du  siège  de  Mons  du  k  juin  1746. 
In-folio,  sur  papier,  avec  la  capitulation  imprimée.  Ce  volume  ! 
contient: 

1.°  Le  journal  du  gouverneur  de  Mons,  M.  le  comte  de  Nava; 
%°  Le  journal  du  général  en  chef  du  corps  des  troupes  des 
armées  du  roi,  le  prince  de  Conty; 


(  -5  I  1  ) 

l°Plan  de  la  bataille  de  Fontenoy,  du  11  de  mai  l'an  1745. 
La  cote  des  pages  (89  à  122)  indique  que  ce  manuscrit  a  l'ait 
partie  d'un  autre  plus  volumineux. 

37.  Règlement  de  1787.  Pour  les  compagnies  bourgeoises  de 
Mons.  In-folio,  sur  papier. 

§8.  Mémoire  historique  sur  les  compagnies  bourgeoises  (de 
Mons),  par  M.  Leclercqz.  In-4.°,  sur  papier.  Autographe. 

39.  Mémoire  sur  l'histoire  de  Mons,  depuis  le  7  juillet  1739, 
jusqu'au  6  de  juin  1746. 

Mémoires  sur  l'histoire  de  la  ville  de  Mons,  pour  les  années 
1746,  1747,  1748  et  1749,  ouest  comprise  l'histoire  de  cette 
ville,  depuis  sa  prise  par  les  Français,  jusques  à  sa  reddition 
et  entière  évacaution  des  Français,  le  24  février  1749. 

Mémoires  sur  l'histoire  de  la  ville  de  Mons,  depuis  le  premier 
mars  1749,  jusques  compris....  (novembre  1771),  Trois  volumes 
grand  in-8.°,  sur  papier. 

40.  Recueil  des  résolutions  des  conseils  de  ville  et  assem- 
blées d'états  en  la  ville  de  Mons,  pour  les  années  1750,  1752, 
1753,  1754,  1755,  1756,  1757,  1758,  1789.  In-folio,  sur  pa- 
pier. 

41.  Registre  deloy  de  la  ville  du  Rœulx,  commenchant  en 
mai  1634,  et  finissant  en  octobre  1638.  In-folio,  sur  papier. 

42.  Traicté  de  l'antiquité  et  prééminence  des  maisons 
d'Habsbourg  et  d'Autriche,  ensemble  de  la  descente  généalo- 
gique des  archiducs  sérénissimes  Albert  et  Isabelle- Claire- 
Eugénie,  princes  des  Pays-Bas,  etc.,  recueilli  et  composé  par 
Adrian  Baltyn,  premier  à  conseils  (sic)  ,  pensionnaire  et  gref- 
fier du  pais  et  terroir  du  franc,  représentant  le  quatrième 
imembre  de  Flandres.  Beau  manuscrit  in-folio,  sur  papier,  avec 
portraits  gravés  sur  cuivre  et  coloriés.  Il  paraît  être  auto- 
graphe; il  est  du  commencement  du  XVII.e  siècle,  et  a  appar- 
tenu jadis  à  un  monsieur  De  Hanon. 

43.  Recueil  de  plusieurs  statuts,  ordonnances  et  privilèges 
de  la  ville  de  Mons,  depuis  l'an  1164,  jusques  et  compris  1626. 

[In-4.°,  sur  papier,  copie  moderne. 

44.  Varia.  Concernant  Mons.  In-folio,  sur  papier,  manuscrit 
sans  titre  du  XVI.e  siècle. 

45.  Manuscrits  originaux  de  M.  le  pensionnairePierre  Leduc, 


(  312  ) 

sur  l'histoire  de  la  ville  de  Ions.  In-folio,  sur  papier,  du  XVI. 
siècle.  Vers  la  fin  se  trouvent  quelques  pièces  ajoutées  d'une 
date  plus  récente. 

•  -46.  Annotations  extraiées  sur  celles  tenues  aux  bureau: 
delà  cour  et  conseil  souverain,  ensuivis  sur  leures(stc)  charte 
et  autres  libvres  y  reposant.  In-4°,  sur  papier. 

47.  Pièces  diverses,  relatives  aux  corps  de  métiers  de  Mons 
In-folio,  sur  papier,  du  XVIII.e  siècle,  sans  titre. 

48.  Copie  des  conditions  proposées  et  demandées  à  son  Al 
tesse  Louis  De  Bourbon,  par  les  ecclésiastiques,  magistrats 
bourgeois  et  habitans  de  la  ville  de  Binch,  avec  la  réponse 
In-folio,  sur  papier. 

49.  Notice  des  chapelles  royalles  et  des  biens  affectés  ai 
chapitre  de  S.te-Waudru.  Sans  titre,  in-4.°,  sur  papier. 

50.  Genealogia  doniinorum  terrai  Angiensis.  In-folio,  su 
papier,  moderne  copie. 

51.  Manuel  de  l'abbaye  de  Bethléem  dit  Bélian,  où  son 
contenues  les  cérémonies,  et  ce  que  l'on  doit  chanter  aux  pre 
cessions  et  derniers  sacremens,  à  l'usage  de  Dame  Marie  Ho 
noré  Lanciau,  professe,  1738,  7  juillet.  In-4.°,  sur  papier.  Cett 
abbaye,  située  près  de  Mons,  est  actuellement  la  propriété  d 
M.  A.  Duvivier,  ex-ministre  des  finances. 

52.  Constitutiones  circà  divinum  officium  secundum  consue 
tudinem  ecclesiœ  sancti  Dyonisii  in  Broqueroya.  Petit  in-foli 
sur  peau  de  vélin,  avec  ornements  et  lettres  peintes  et  dorées 
Explicit  qui  se  trouve  avant  l'ordinale  sanctorum  : 

«  Reverendissimus,    illustrissimus   ac   suavissimus  in   xpi 

•  Pater  et  D.  dominus  (sic)  ïïenricus  de  Bergis,  miseration 
»  divinà  Cameracensis  episcopus  atque  commendatorius  eccle 
»siae  seu  abbatiae  sancti  Dyonisy  in  Broquoroya,  mandavi 
»  conscripsisse  istas  pentes  constitutiones  atque  ordinale  pe 
»  dominum  Andream  de  Nivella,  religiosum  monasterii  sanct 
»Andreœ  de  Castello  in  Cameracisio,  hic  morantem  pro  prse 
»  senti  propter  discordias  priores  nec  non  tribulationes  et  guer 
»  ras  principum  sub  anno  domini  Mc  CCCCm0  octuagesimo  se 
»  cundo,  presulatus  sui  secundo  anno.  Orate  pro  eo.  » 

53.  Cou  est  des  fais  et  des  générations  des  seigneurs  et  conte 
de  Haynau,  extrais  d'anchiennes  chroniques  ensi  qu'il  apper 


(  313) 

chi  après.  In-4.°,  sur  papier,  copie  moderne  de  la  main  de 
M.  Leclerqz. 

54.  Plusieurs  copies  des  privilèges  de  S.,e-Wauldru,  les  aucuns 
en  françois  et  aultres  en  latin.  In-folio,  sur  papier,  du  XVI.6 
siècle. 

55.  Incipit  epla  Raineri  monachi  ad  abbatem  Ratbbodum , 
in  vita  sancli  Gisleni. 

Ratbode  mourut  vers  l'an  1042,  ce  manuscrit  paraît  être  de 
la  fin  du  XII.e  siècle  ou  du  commencement  du  XUI.e.  In-folio, 
sur  peau  de  vélin. 

Un  autre  manuscrit  intitulé  :  Incipit  plog.  invita  sanctiJoan- 
nis,  evangelistœ ,  est  relié  avec  celui-ci.  Il  doit  avoir  fait  par- 
tie autrefois  de  la  bibliothèque  de  l'abbaye  de  S.'-Ghislain;  au 
moins  à  en  juger  par  sa  reliure. 

56.  Noms  des  personnes  qui  sont  intervenues  aux  assemblées 
des  états  du  Iloinau,  comme  membres  de  la  noblesse  depuis  le 
19  décembre  1536  jusques  compris  le  5  de  novembre  1668; 
par  M.  le  comte  de  S.' -Génois.  In-folio  ,sur  papier. 

57.  Epitome  des  antiquitez  de  Hainault  extraict  de  Maistre 
Jacq.  De  Guise  et  d'autres  historiographes,  divisé  en  trois  par- 
ties, par  Jean  D'Anly. 

L'épitre  dédicatoire  à  Charles  De  Berlaimont  est  datée  de 
Mont-Médy,  ce  12  de  septembre  1578.  In-folio,  sur  papier, 
provenant  de  la  bibliothèque  de  M.eIle  d'Yves. 

58.  Mémoire  sur  l'état  auquel  se  trouvent  les  droits  du  do- 
maine dans  le  département  du  Hainaut,  par  rapport  à  ce  qu'ils 
ont  été  depuis  leur  éta  blissement  sous  la  domination  de 
l'Espagne,  jusqu'au  8e  d'août  1682,  que  le  roi,  par  son  arrêt 
rendu  sur  la  requête  du  fermier,  en  a  fixé  l'augmentation 
In-folio,  sur  papier. 

59.  Projet  de  réponse  à  cette  question  :  «  Quand  et  comment 
les  comtes  devinrent-ils  souverains  en  Hainaut?  »  In-4.°  sur 
papier,  manuscrit  autographe  de  M.  Leclercqz. 

60.  Proème  de  ce  présent  livre  qui  traitera  et  contiendra 
deux  choses  principalement  :  la  première  sera  des  histoires  de 
Haynau  esquelles  l'acteur  parle  de  la  division  de  la  terre  en 
général  et  de  la  situation,  et  une  distinction  du  pays  de  Gaule 
que  l'on  nomme  orendroit  France.  La  seconde  partie  de  ce  pré- 

21 


(  314  ) 

sent  livre  seront  les  capitles  sur  la  première  décade  de  Titus- 
Livius,  et  dist  premièrement  comment  Eneas  de  Troyes  vint  en 
Italie  et  comment  il  en  fut  roy  et  ses  hoirs  après  lui.  Manuscrit 
du  XVI.0  siècle.  In-folio,  sur  papier. 

61.  Notes  sur  le  synode  ou  concile  provincial  de  Cambray 
tenue  (sic)  à  Mous  en  ïïainaut,  le  23  octobre  1586.  In-folio, 
sur  papier,  manuscrit  moderne. 

62.  Recueil  général  des  parties  engagées  du  domaine  depuis 
l'an  11518.  In-folio,  sur  papier.  On  remarque  ces  mots  après 
le  titre  de  la  table  :  «  achevé  au  mois  de  mars  1702.  » 

63.  Historica  narratio  deplorandœ  tragediœ  excitatœ  in  rao- 
nasterio  sancti  Pctri  in  monte  Blandino  prope  Gandavum  con- 
tra personam  B.  admodum.  D.  Gasparis  Vincqs  ex-abbatis  sancti 
Dionisii  prope  montes  Hannoniœ  dicti  monasterii  sancti  Pétri 
abbatis  à  rege  catholico  nominati.  In-ï.°,  sur  papier. Ce  manus- 
crit a  appartenu  jadis  à  l'abbaye  de  S.'-Ghislain. 

64.  Mémoires  contenant  des  notions  générales  de  tout  ce  qui 
concerne  le  gouvernement  des  Pays-Bas,  formé  en  1730,  par 
M.  le  vicomte  de  Wynants,  conseiller-régent  du  conseil  su- 
prême desdits  Pays-Bas  à  Vienne.  In-folio,  sur  papier,  copie. 

65.  Histoire  généalogique  de  la  maison  des  comtes  de  Flan- 
dres et  d'IIaynaut,  de  quelques  comtes  aussi  de  Namur,  d'Hol- 
lande, de  Zélande  et  seigneurs  de  Frise;  et  de  plusieurs  autres 
familles  illustres  qui  y  ont  été  alliées.  Le  tout  divisé  en  sept 
livres  et  justifié  par  chartes  de  diverses  églises  et  abbayes , 
arrests  du  parlement,  tiltres,  épitaphes,  histoires  anciennes  et 
autres  bonnes  et  certaines  preuves.  Par  noble  homme  Marius 
Boet  (ou  Yoei)  esenier,  seigneur  de  Huchenbourg,  etc.,  ancien 
bourgmaistre  et  eschevin  perpétuel  du  pays  du  Franc  à  Bru- 
ges, l'an  1685.  In-folio,  sur  papier.  Intéressant. 

66.  La  généalogie  de  la  maison  de  S.'-Genois.  In-folio,  sur 
papier.  Manuscrit  autographe  de  M.  de  S.'-Genois. 

67.  Copie  des  comptes  des  anciens  parchons  des  années  ]  507 
et  1525,  par  M.  le  comte  de  S.'-Genois.  In-folio,  sur  papier. 

68.  Extraits  du  livre  des  arrêts,  commençant  au  23  février 
1593,  et  finissant  au  8  d'octobre  1604,  par  31.  le  comte  de 
S.'-Genois.  In-folio,  sur  papier. 

69.  Extraits  du  greffe  féodal  du  Hainaut,  commençant  au  28 


(  315  ) 

de  mars  1556,  et  finissant  au  23  d'avril  1566,  par  M.  le  comte 
«le  St.-Genois.  In-folio,  sur  papier. 

70.  Varia.  In-folio,  sur  papier,  généalogies. 

71.  1 aria.  In-folio,  sur  papier,  généalogies. 

72.  Varia.  In-folio,  sur  papier,  généalogies. 

73.  Varia.  In-folio  ,  sur  papier,  généalogies. 

74.  Varia.  In-folio,  sur  papier,  généalogies. 

75.  Collection  des  généalogies  de  la  plupart  des  maisons  et 
familles  de  la  province  de  Hainaut  et  de  celles  qui  y  ont  pos- 
sédé des  dignités,  canonicats,  emplois,  charges,  y  pris  habi- 
tation ou  alliance,  le  tout  avec  leurs  armoiries  enluminées. 
A.  F.  Preud'homme.  Deux  vol.  in-folio,  sur  papier.  Armoiries 
coloriées. 

76.  Mémoire  ou  description  de  la  province  duHaynaut,  com- 
posée par  Monsieur  l'intendant  Bernier,  en  l'an  1691.  Mémoire 
sur  le  département  du  Hainaut  et  pais  d'entre  Sambre  et 
Meuse.  In-4.°  sur  papier. 

BRUGES. 

N°  1.  —  -481."  du  catalogue  des  manuscrits.  Annales  de  la 
ville  de  Bruges  et  du  Franc  (de  Bruges)  jusqu'à  l'année  1763. 
1  vol.  in-folio,  de  1009  pages;  écriture  très-lisible. 

Cet  ouvrage  est  à  peu  près,  en  français,  celui  qui  a  été  im- 
primé en  flamand  en  cette  ville,  d'abord  en  2  vol.  petit  in-8.°, 
sans  nom  d'auteur,  en  1738,  et  depuis  en  3  vol.  petit  in-8.° 
en  1765,  avec  le  nom  de  l'auteur,  Charles  Custis,  ancien  éohê- 
vin  de  la  ville. 

Les  deux  éditions  sont  intitulées:  Jaerboekender  s  tadBruaahc. 
La  première  finit  à  l'an  1700,  et  la  seconde  va  jusqu'en  i'an- 
née  1765,  qui  est  celle  de  l'impression  par  Joseph  Van  Praet, 
imprimeur  du  territoire  du  Franc  de  Bruges. 

N°  4.  —  484.  Chronicke  van  Vlaenderen.  Elle  commence 
comme  suit  :  a  Intjaer  ons  heeren  613,  doe  was  paus  te  Boeme 
»  Deus-dedit  en  Eraclius  was  keyser  van  Rome  ende  Lotbarius 
»de  Groote  coninch  Cbilperich  suene  was  ceuninc  vanVranc- 

•  kericke.  In  desen  tyde  was  een  edel  man  in  Bourghonen 

•  gheheeten  Salvaert  en  hy  was  princhen  van  Dygon.  «Petit 


(  316  ) 

in-folio,  papier  de  la  grandeur  d'un  in4.°  ordinaire,  écriture 
à  deux  colonnes,  duX\l.e siècle.  L'ouvrage  finit  den  23,,cndach 
van  hoymandt  anno  lxxviij  (H70).  -410  feuillets  écrits.  Sur- 
tout beaucoup  de  détails  sur  ce  qui  s'est  passé  à  Bruges. 

N°  5.  —  -485  du  catalogue.  Nauwkeurighe  beschryving  van 
het  land  vandenVryen  (c'est-à-dire  du  franc  ou  du  franconat 
de  Bruges),  inhoudende  een  kort  verhael  van  de  gelegend- 
heyd  van  hetzelve  land, zoo  dat  geweest  is  in  voorleden  tyden, 
en  hoe  hetzelve  gekomen  is  tôt  den  jegenwoordigen  staet; 
benevens  van  aile  de  privilegien,  octroyen,  transactien,  ap- 
poinlementen,  sententien  endeanderepromissen,  inhoudende 
designatie  van  de  registers,  boeken  ofte  bescheeden,  alwaer 
die  bekomelyk  zyn,  met  vorclaers  van  de  graven  ofte  grae- 
vinnen  van  Vlaenderen  die  dezelve  verleent  hebben,  etc.,  van 
de  jaere  863  tôt  in  jaere  1551  ;  te  saemcn  vergadert  uyt  ver- 
scheydeautenticque  registers,  letteragien,  monumenten  ,  etc., 
rustende  raeest  ten  coraptoire  van  de  grenier  van  de  camer  van 
den  gemelde  lande,  by  d'heer  ende  meester  Adriaen  Baltyn , 
licentiaet  in  beide  de  rechten ,  greffier  van  de  kamer  ende 
pensionaris  slands  voornompt,  anno  1604.  In-folio,  135  feuil- 
lets, écriture  du  XVII.e  siècle,  sur  papier.  Cet  ouvrage  est  un 
exposé  historique  concis  de  l'état  politique  du  franc  de  Bruges. 
Il  semble  mériter  la  confiance,  parce  que  l'auteur,  Adrien 
Baltvn,  greffier  et  pensionnaire  de  la  chambre  du  magistrat 
dudit  franc,  a  travaillé  sur  les  chartes  et  autres  monuments 
qu'il  avait  sous  les  yeux.  Il  indique  presque  toujours  à  la  fin 
de  chaque  article  les  chartes  sur  lesquelles  il  se  fonde,  et  les 
cartulaires  où  elles  se  trouvent  transcrites. 

]y>  6,  —  486.  Wet  der  stede  van  Brugghe  beghinnende  van 
den  jaere  1391  en  vervolgende  tôt  denjaere  1767,  en  voorder. 

Après  l'énoncé  nominal  et  par  année  de  tous  les  membres 
du  magistrat  de  cette  ville,  depuis  1331  jusqu'en  1771,  suit 
une  petite  chronique  intitulée  :  Ghedenhceerdige  gcschiedenis- 
sen  hinnen  en  outrent  Brugghe  vooren  ghevallen  en  volgens  de 
jaerendat  deseke  geheurd  syn,  acngeteekend,  —  Ce  croquis  de 
chronique  commence  à  l'année  565  et  finit  le  3  août  1773. 
Papier,  in-folio,  -45  feuillets  pour  la  chronique  seule. 

]\n  7    __  ^gy  {]u  catalogue.  Nauwkeurighe  beschryvingbe 


(  317  ) 

van  de  oude  ende  hedendaegsche  ghestaethede  van  de  edele 
ende  vennaerde  stadt  Brugghe  in  Vlaenderen,  door  heer  ende 
meestcr  J.  P.  Van  Maie. 

Ce  volume,  format  in-4.°,  écrit  sur  papier,  ne  traite  que  des 
particularités  de  la  ville  de  Bruges.  L'auteur  est  mort  curé  de 
la  commune  de  Vladsloo,  en  1735. 

N°  8.  —  488.  Levens  des  graven  van  Vlaenderen ,  ofte  kort 
begryp  derzelve,  wanneer  zy  aen  de  rcgeeringen  zyn  ingeko- 
men,  hunne  huwelycke  en  kinders,  hunne  dood  en  begraef- 
plaetsen  met  hunne  grafschriften  en  epitaphien,  by  een  ver- 
zamelt  en  getrocken  uyt  verscheyde  historyschryvers ,  door 
Petrus  Ledoulx,  konstschilder,  ter  jaere  1808  tôt  Brugge  in 
Vlaenderen. 

Ouvrage  de  peu  démérite  pour  le  style,  mais  orné  des  dessins 
de  toutes  les  statues  en  pierre  des  comtes  de  Flandre,  qui  déco- 
raient autrefois  la  façade  de  l'hôtel-de-ville,  et  dont  il  ne  reste 
plus  que  les  niches;  dessins  reproduits  par  M.  0.  Delepierre. 

Le  texte,  d'une  écriture  très-lisible,  a  274  pages, petit  in-folio, 
il  finit  à  l'an  1793. 

N°9. —  489.  Chronica  monasterii  S.  Andreae  apostoli,  juxta 
Brugas,  ordinis  benedictini,  conscripta  ab  Arnulpho  Goethal- 
sio,  ejusdem  monacho. 

L'ouvrage  est  dédié  à  Jean  Asset,  abbé  de  ce  monastère  de- 
puis 1534  jusqu'en  1554;il  ne  va  que  jusqu'en  1504.  Ecriture 
du  XVI.e  siècle,  77  feuillets  sur  papier,  petit  in-4°.  M.  Jules  van 
Praet,  aujourd'hui  secrétaire  du  roi,  a  fait  imprimer  la  traduc- 
tion d'un  morceau  de  cette  chronique  à  la  suite  de  son  ouvrage 
sur  l'origine  des  communes.  In-8.°,  Gand,  1829. 

N°  10.  —  490.  Un  volume  in-folio,  écrit  sur  parchemin,  écri- 
ture du  XV.e  siècle,  contenant  les  chroniques  suivantes  : 

1°  Chronica  abbatum  Vilariensium.  46  pages,  commençant 
à  l'an  1147,  et  finissant  à  l'an  1333. 

2°  Gesta  virorum  illustrium  monasterii  Vilariensis.92pages, 
finissant  à  l'an  1380. 

3°  De  origine  monasterii  Viridis  Vallis  in  Zonia.  54  pnges, 
finissant  à  l'an  1435. 

4°  Primordiale  monasterii  canonicorium  régulai  ium  rubeae- 
vallis  in  Zonia.  86  pages,  finissant  à  l'an  1475. 


(  318  ) 

o°  Traetatulus  de  origine  monasterii  Septem  Fontium.  18  pa- 
ges. A  la  fin  du  volume  on  lit  cette  note  : 

«  Emptus  a  Dominis  Dunensibus  12  florenis  a  Carolo  van 
»  Brusel  (sic)  bibliopola  Brugensi  anno  161-4.  » 

N°  1 1 .  —  491 .  Wetten  der  stede  van  Bruggbe ,  begbinnende 
van  den  jaere  1322,  door  J.  A.  Kerchove ,  priester,  anno  1670. 
Continué  ensuite  par  d'autres  plumes  jusqu'en  1792.  3  volumes 
in-folio,  sur  papier. 

Ces  fastes  consulaires  de  la  ville  de  Bruges  contiennent  beau- 
coup d'annotations  historiques,  la  plupart  d'un  intérêt  local. 

N°  12.  —  -492.  Versameling  van  aile  de  sepulturen,  waepens 
ende  blasoenen  die  gevonden  worden  in  aile  de  kercken  bin- 
nen  de  stad  van  Brugge,  door  M.  Ignace  de  Hoogbe,  1789. 
6  volumes  in-folio,  sur  papier,  ornés  d'un  très-grand  nombre 
de  dessins. 

N°  13.  —  -493.  Incipit  prologus  Ardensis  ecclesie  presbyteri 
Lamberti  super  Gbisnensem  historiam  et  Arnoldum  de  Ghis- 
nes.  In-f.°,  papier  ,  104-  feuillets,  écriture  du  XVI."  siècle. 

Cette ebronique  de  Lambert  d'Ardres  finit  à  l'an  1200;  elle 
se  trouve  imprimée  dans  la  collection  de  J.  P.  Ludewig,  intitu- 
lée :  Reliquiœ  manuscriptorum ;  in-8.°,  Francofurti,  tome  8, 
page  369.  Mais  ce  recueil ,  assez  répandu  en  Allemagne,  ne  se 
voit  guère  en  Belgique. 

N°  14.  —  -49-i.  Aile  de  wetten  der  stadt  Brugghe  sedert  het 
jacr  1250;  alsmede  het  gendenckweerdigste  dat  er  op  yder 
jaer  is  voorgevallen,  door  Pieter  Ledoulx,  raed,  sebepen  en 
hooftman  derzelve  stadt.  2  vol.  in-folio,  de  l'écriture  de 
l'auteur. 

N.  B.  Ces  détails  sont  tirés  du  catalogue  dressé  par  M.  Scourion,  et 
itonl  nous  avons  fait  mention  déjà  pp.  i-2i-i23.  M.  O.  Delepierre  en  a 
iloniié  également  un  extrait  pp.  99-103  du  Précis  des  Annales  de 
llruges. 

COliRTRAI. 

BL  Goethals-Vercruyssc  a  commencé,  en  1797,  un  recueil  de 
pièces  concernant  l'histoire  de  Courtrai,  qui,  en  septembre 
18o6,  en  était  au  18.e  volume,  in-'c",  de  -500  pages;rl  a  encore 


(  319  ) 

environ  60  vol.  in-8.°,  où  sont  réunis  tous  les  matériaux  de 
l'histoire  politique,  littéraire,  etc.,  de  la  même  chatellenie.  De 
plus,  sa  bibliothèque  contient  quantité  de  matériaux  du  plus 
grand  intérêt,  et  qui  méritent  d'être  consultés  par  tous  ceux 
qui  s'appliquent  à  l'étude  de  l'histoire  du  pays. 

Pour  extraits  conformes , 
Le  Secrétaire  de  la  Commission , 
Baron  De  Reiffenberg. 

Belgica  Sacra.  —  Nous  avons  dit  un  mot  dernièrement  du 
Synodicon  Belgicum,  de  M.  De  Ram.  En  attendant  que  nous  y 
revenions,  nous  croyons  faire  plaisir  à  nos  lecteurs  en  insérant 
ici  l'exposition  sommaire  du  plan  d'un  ouvrage  latin,  sur 
l'histoire  ecclésiastique  de  la  Belgique.  C'est  déjà  depuis  le 
13  mai  1831,  que  M.  De  Ram,  alors  archiviste  de  l'archevê- 
ché de  Matines,  et  professeur  de  philosophie  à  la  1.™  section 
du  séminaire  de  la  même  ville,  a  confié  son  projet  au  publie. 
Les  nombreuses  recherches  que  l'auteur  aura  à  faire  et  la 
multitude  de  ses  occupations  l'ont  sans  doute  empêché  de 
commencer  l'impression  de  cette  vaste  publication.  Puisse-t-il 
bientôt  remplir  le  vœu  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  aux 
études  historiques,  et  puisse-t-il  trouver  parmi  les  savants  de 
la  Belgique  et  de  l'étranger  la  coopération  qu'exigera  cette 
grande  entreprise! 

Voici  le  plan  de  la  Belgica  Sacra,  publié  par  M.  De  Ram 
en  1831. 

Le  Synodicon  Belgicum,  contenant  les  monuments  relatifs 
à  la  discipline  ecclésiastique  des  églises  de  la  Belgique,  depuis 
le  concile  de  Trente  jusqu'au  concordat  de  1801,  laisse  à  dé- 
sirer les  monuments  antérieurs  à  ce  concile.  Pour  remplir 
cette  lacune,  l'éditeur  se  propose  de  publier  dans  la  suite, 
sous  le  titre  de  Concilia  astiqua  Belgic.e,  une  collection  chrono- 
logique de  ces  monuments.  Les  pièces  inédites  et  rares  y  se- 
raient reproduites  en  entier,  tandis  qu'on  pourrait  se  bor- 
ner à  indiquer  sommairement  celles  qui  se  trouvent  déjà 
dans  les  grandes  collections  de  Labbeus,  Hardouin  ,  Mansi  et 
Harlzhehu. 


(  320  ) 

Cette  collection  générale  de  nos  monuments  ecclésiastiques 
exigée  en  outre,  comme  dernier  complément,  un  ouvrage 
historique  dans  le  genre  de  ceux  qui  ont  été  publiés  pour 
l'Italie  par  Ughelli  et  Riccio,  pour  l'Allemagne  par  Hansitz 
et  Uffermann ,  pour  la  France  par  les  Bénédictins  de  Saint- 
Maur,  etc. 

C'est  cette  considération  qui  m'a  suggéré  la  pensée  de  ras- 
sembler de  nombreux  matériaux  pour  une  Belgica  Sacra, 
ouvrage  qui,  en  retraçant  la  partie  la  plus  utile  et  la  plus 
curieuse  de  notre  Histoire  ecclésiastique,  ne  sera  pas  sans 
intérêt  pour  l'Histoire  civile  do  la  Belgique. 

Voici  le  plan  que  je  me  propose  de  suivre  dans  l'exécution 
de  cet  ouvrage. 

Il  sera  précédé  de  trois  dissertations  préliminaires  : 

A)  —  Dissertatio  prima.  De  Epocha  prœdicati  Evangelii  in 
Belgica.  —  Cette  première  dissertation  basée  sur  les  recher- 
ches des  Bollandistes ,  de  Hartzheim  ,  Hontheim  et  Ghesquière, 
servira  à  fixer  les  premières  époques  de  notre  Histoire  ecclé- 
siastique. 

B)  Dissertatio  secunda.  De  initiis  et  vicissitudinibus  episcopa- 
tunm  in  Belgica,  ab  epocha  prœdicati  Evangelii  nsque  ad 
novarùm  sedium  erectionem ,  sœc.  XVI.  —  Cette  deuxième  dis- 
sertation est  consacrée  à  l'histoire  de  nos  anciennes  églises 
épiscopales  qui  existaient  avant  l'érection  des  nouveaux  évê- 
chés  du  seizième  siècle.  Elle  contient  la  succession  (avec  les 
détails  nécessaires)  des  évêques  respectifs,  et  spécialement  la 
description  de  l'étendue  et  des  limites  de  ces  anciens  diocèses. 
Bucherius  et  Wastelain  ainsi  que  Des  Roches  tirent  de  l'éten- 
due et  des  limites  de  nos  anciennes  églises  épiscopales,  un 
argument  pour  fixer  la  situation  des  différentes  nations  qui  ont 
occupé  lesprovinces  belgiques,  dans  les  temps  les  plus  éloignés. 

«  Cet  argument,  dit  Des  Roches  dans  son  Hist.  anc.  des  Pays- 
»  Bas ,  p.  98,  a  beaucoup  de  poids;  même  il  balance  quel- 
»  quefois  l'autorité  d'un  contemporain.  »  Le  traducteur  de 
Niebuhr,  M.  P.  de  Golbery,  dans  un  article  sur  l'écrit  de 
M.  Benjamin  Preusker,  intitulé  :  Ueber  Mittel  und  Zweck  der 
vaterlandischcn  Alterthumsforchung ,    dit  encore    à  ce  sujet: 

«  Nous  y  remarquons...  une   observation  qui  est  juste  aussi 


(  321   ) 

»  pour  la  Gaule,  c'est  que  les  confins  des  diocèses  guident  assez 
»  bienl'antiquaire  pour  fixer  les  frontières  des  peuples  anciens. 
»  On  sera  bien  aise  de  savoir  d'ailleurs  que  plus  d'un  fait 
»  constaté  aujourd'hui  est  venu  appuyer  les  conjectures  du 
»  géographe  Mannert  (1).  »  Nous  avons  la  confiance  de  pouvoir 
satisfaire  le  désir  de  ceux  qui  s'intéressent  à  l'ancienne  topo- 
graphie de  la  Belgique;  car  nous  possédons  trois  manuscrits 
qui  présentent  l'état  détaillé  de  tous  les  doyennés  (decanatus), 
et  de  leurs  paroisses,  de  trois  de  nos  plus  anciennes  églises 
épiscopales,  Liège,  Tournai  et  Cambrai.  Puissent  nos  recherches 
nous  conduire  également  à  fixer  les  limites  des  évèchés  d'U- 
trecht,  d'Arras  et  de  Saint-Omer  !  Les  archevêchés  de  Cologne, 
de  Trêves  et  de  Reims,  et  l'évêché  de  Munster  n'avaient 
qu'une  étendue  peu  considérable  dans  les  provinces  qui  consti- 
tuent la  Belgique  proprement  dite. 

Plusieurs  manuscrit,  les  Boîlandistes,  les  premiers  volumes 
des  Rcrum  francicarum  scriptores  de  D.  Bouquet,  un  Mémoire 
de  Des  Roches  publié  en  1771,  et  plusieurs  autres  écrits,  sont 
nos  sources  principales. 

C)  —  Dissertatio  tertia.  De  origine  novarum  Episcopatuum  in 
Bclfjica.  —  Cette  dernière  dissertation,  calquée  sur  le  Com- 
mentaire d'llaArensius  et  sur  les  actes  publiés  par  l'archidiacre 
Foppens  dans  la  nouvelle  édition  de  Mirams,  est  en  état 
d'obtenir  un  nouveau  degré  d'intérêt  ;  puisque  nous  avons  eu 


(i)  Bulletin  des  Sciences  hist.,  etc. ,  rédige  par  MM.  Champollion, 
n.°  10,  oct.  iS3o,  p.  174.  —  M.  A.  de  Wersebe  ,  dans  une  description 
des  Pag/,  qui  se  trouvaient  entre  l'Elbe,  la  Saale ,  la  Veser  et  la  Verna, 
en  tant  que  ces  Pagi  ont  appartenu  à  l'Ostphalie  y  compris  laTburinge 
du  nord ,  et  à  Ostengern ,  divise  aussi  ces  Pagi  d'après  les  limites  et 
l'étendue  des  anciens  diocèses  de  cette  partie  de  l'Allemagne.  Cette  dis- 
sertation ,  remarquable  par  la  profondeur  des  recherches,  a  été  cou- 
ronne'e  par  la  société  des  Sciences  de  Gottingue,  et  publiée  en  allemand 
à  Hanovre  ,  1829,  1  vol.  in-4-°>  avec  une  carte.  On  doit  au  même  auteur 
deux  autres  écrits  qui  se  rattachent  à  la  dissertation  précédente  ;  l'un 
sur  la  fondation  des  colonies  Néerlandaises  dans  l'Allemagne  du  nord 
au  XII. e  siècle;  et  l'autre  sur  les  peuples  et  les  ligues  nationales  de 
l'ancienne  Allemagne, 


(  322  ) 

le  bonheur  de  découvrir  un  nombre  considérable  de  mo- 
numents inédits  qui  se  rapportent  à  l'érection  de  ces 
évêchés,  tels  que  les  lettres  originales  de  Sonnius,  écrites 
pendant  son  séjour  à  Rome,  au  roi  Philippe  II;  différentes 
consultations,  réclamations,  protestations,  etc.,  etc.  C'est 
d'après  ces  pièces  authentiques  que  nous  tâcherons  de  déve- 
lopper les  causes  et  les  conséquences  de  ce  nouvel  ordre 
hiérarchique. 

Les  trois  dissertations  susdites  forment  une  introduction 
générale  à  l'Histoire  de  nos  diocèses,  qui  comprend,  comme 
leSynodicon  Belgicum,  les  trois  églises  métropolitaines  avec 
leurs  suffragants  et  l'évèché  de  Liège,  dans  l'ordre  suivant  : 

A)  1.  PriMATIALISAC  METROPOLITAIN  A  ECCLESIA  MeCIILINIENSIS.  2..Ec- 

clesia  Antverpicnsis.  3.  Eccîesia  Gandavensis.  -4.  Ecclesia  Bru- 
gensis.  5.  Ecclesia  Iprensis.  6.  Ecclesia  Buscoducensis.  7.  Ec- 
clesia Rurœmundensis. 

B) —  8.  Metropolitana  ecclesia  Cameracensis.  9.  Ecclesia  Atreha- 
tensis.  10.  Ecclesia  Tornacensis.  11.  Ecclesia  Audomarensis. 
12.  Ecclesia  Namurcensis. 

C)  — 1&.  Metropolitana  ecclesia  Ultrajectensis.  14.  Ecclesia  Har- 
lemensis.  1 S  Ecclesia  Daventriensis.  16.  Ecclesia  Leoicardensis. 
17.  Ecclesia  Grocnengensis.  18.  Ecclesia  Middelhurgensis. 

D)  —  39.  Ecclesia  Leodiessis. 

L'histoire  de  chacun  de  ces  diocèses,  formant  un  ouvrage 
séparé,  sera  divisée  et  ordonnée  de  la  manière  suivante  : 

Captjt  pRnimi.  —  Erectio  episcopatûs.  —  Description  abrégée 
delà  ville;  résumé  historique,  érection  de  l'évèché;  bulles  et 
autres  pièces  v  relatives,  etc.  Ce  chapitre  est  orné  d'une  litho- 
graphie représentant  le  plan  de  la  ville. 

Caputsecuisdum.  —  Séries  episcoporum.  —  Notices  historiques 
des  évêques,  avec  leurs  portraits. 

Capot  tertilm.  —  Ecclesia  cathedralis.  —  Description  de  Té- 
glise;  série  historique  des  prévôts,  archidiacres  ,archiprètres, 
écôlatres,  doyens,  chantres,  pénitenciers,  etc.  —  Ce  chapitre 
exige  deux  lithographies,  l'une  représentant  la  vue  intérieure 
et  l'autre  la  vue  extérieure  de  l'église. 

Capbt qdartdm.  —  Sein 'marin m  clcricorum. —  Erection,  dota- 
tion du  séminaire;  études  ecclésiastiques;  série  historique  des 


(  323  ) 

présidents;  notices  de  quelques  professeurs  distingués.  — Vuc 
du  séminaire. 

Caput  quintum.  —  Curia  ecclesiastica.  —  Origine  de  l'officia- 
lité;  série  historique  des  officiaux. 

Caput  sextum.  —  Ecclesiœ  collegiatœ.  —  Description  des  égli- 
ses collégiales  du  diocèse ,  par  ordre  alphabétique. 

Caput  septimum.  —  Ahhaliœ.  —  Description  des  abbayes  d'hom- 
mes et  de  femmes.  Plusieurs  de  ces  anciens  établissements,  dont 
nous  voyons  encore  quelques  tristes  ruines,  mériteraient 
d'être  lithographies.  Les  éditeurs  du  Monasticon  anglicanum 
nous  ont  donné  un  exemple  qu'il  convient  de  suivre,  surtout 
lorsqu'il  s'agit  de  faire  connaître  plus  particulièrement  ces 
anciens  établissements  auxquels  la  Belgique  doit  sa  première 
civilisation,  et  qui  ont  exercé  une  influence  salutaire  sur  les 
arts  et  les  sciences. 

Caput  octavum.  —  Monasteria  viroram. —  Description  abrégée 
de  ces  monastères. 

Caput  nosum.  —  Monasteria  fœminarum.  —  Description  abré* 
gée  des  communautés  religieuses  et  béguinages. 

Caput decijum.  —  Decariatus  etpagi.  —  Ce  chapitre  précédé 
d'une  carte  topographique  du  diocèse,  donnera  les  détails 
nécessaires  sur  les  villes,  villages,  bénéfices,  etc. 

Caput  liNDECiMiM.  ■ —  Diœcescos  status  hierarchicus  post  concor- 
da tum  anni  1801.  —  Exposition  du  nouvel  ordre  des  choses 
amené  par  le  concordat  de  1801  (en  tant  que  cela  concerne 
le  diocèse  dont  on  donne  l'histoire);  nouvelle  circonscription 
et  état  actuel  du  diocèse;  notices  des  évèques  et  des  vicaires 
généraux  capituîaires,  nommés  depuis  cette  époque;  érection 
du  chapitre;  rétablissement  du  séminaire  et  série  historique 
des  présidents;  nouvelles  communautés  religieuses.  Ce  dernier 
chapitre  doit  nécessairement  ne  pas  se  trouver  dans  l'histoire 
des  diocèses  qui  ont  été  incorporés  à  d'autres,  tels  que  ceux 
d'Anvers,  de  Bruges,  Ipres,  etc.  L'ouvrage  sera  terminé  par  un 
Codex  dipuomaticus  ,  sive  appendix  momsiemop.um.  —  On  y  don- 
nera  par  ordre  chronologique  les  pièces  justificatives,  pour 
servir  de  preuves  à  l'histoire  de  chaque  diocèse.  Les  pièces 
déjà  imprimées  dans  les  collections  qu'on  peut  se  procurer 
facilement,   n'y  seront  point  reproduites;  le  titre  seul,  suivi 


(  324  ) 

d'un  petit  sommaire,  y  sera  indiqué  en  renvoyant  à  l'ouvrage 
où  elles  se  trouvent.  La  même  méthode  a  été  suivie  par  l'abbé 
Grandidier  dans  son  Code  diplomatique  de  l'église  de 
Strasbourg. 

C'est  d'après  ce  plan  que  nous  avons  déjà  rédigé  l'Histoire 
des  diocèses  de  Malines  et  d'Anvers,  mais  pour  la  publication 
de  laquelle  nous  sommes  forcés  d'attendre  encore  quelques 
renseignements,  et  surtout  des  circonstances  plus  favorables 
aux  entreprises  de  ce  genre. 

Entre-temps  entièrement  livré,  autant  que  mes  fonctions 
me  le  permettent,  à  l'exécution  de  ce  plan  qui  exige  plu- 
sieurs années  de  travail,  je  ne  cesserai  de  puiser  à  toutes  les 
sources,  dans  des  relations  inconnues  jusqu'ici,  dans  des  do- 
cuments et  des  manuscrits  poudreux.  Puissions-nous  trouver, 
dans  la  longue  et  pénible  carrière  qui  nous  reste  à  parcou- 
rir, un  soutien  dans  la  bienveillance  de  tous  ceux  qui  culti- 
vent les  sciences  historiques  et  qui  vénèrent  la  mémoire  de 
nos  ancêtres!  Nous  osons  supplier  les  savants  de  vouloir  bien 
nous  aider  de  leurs  lumières;  car  plus  le  dessein  qu'on  em- 
brasse est  grand,  plus  on  a  besoin  de  cette  sorte  de  secours. 
Les  ouvrages  déjà  imprimés  offrent,  il  est  vrai,  de  grandes 
ressources,  mais  il  s'en  faut  de  beaucoup  qu'ils  fournissent 
tout  ce  qui  est  nécessaire  pour  parvenir  à  notre  but. 

La  grâce  que  nous  demandons  en  général  à  toutes  les  per- 
sonnes studieuses,  nous  l'attendons  en  particulier  de  MM.  les 
doyens  et  curés  qui  sont  à  même  de  puiser  des  renseignements 
précieux  dans  les  archives  de  leurs  églises,  et  des  membres 
des  anciennes  corporations  religieuses  qui,  seuls,  peuvent 
nous  faire  connaître  avec  exaetitude  l'état  de  leurs  maisons 
dans  les  dernières  époques,  et  nous  montrer  des  richesses  litté- 
raires inconnues  jusqu'ici.  Il  nous  sera  bien  agréable  de  pou- 
voir leur  marquer  notre  juste  reconnaissance  pour  toutes  les 
communications  qui  nous  seront  adressées. 

Ces  secours  réunis  à  l'approbation  bienveillante  de  Nos-Sei- 
gneurs les  évèques  et  de  MM.  les  Vicaires-généraux,  nous  per- 
mettent d'espérer  l'heureuse  exécution  d'un  projet  conçu 
pour  l'utilité  et  la  gloire  des  églises  de  la  Belgique. 

Nous  ne  pouvons  finir  cette  légère  esquisse  sans  annoncer 


(  325  ) 

au  publie  les  services  que  nous  rend  M.  l'abbé  J.  L,  Bax , 
B.  F.  en  Th.,  membre  de  l'aneienne  Université  de  Louvain. 
Cet  homme,  non  moins  modeste  que  laborieux,  s'est  associé  à 
nous  pour  l'exécution  de  la  Belgica  sacra,  et  en  partage  le 
travail  avec  un  zèle  au-dessus  de  tout  éloge. 

Revue  de  Bruxelles,  directeurs  spéciaux,  MM.  A.  Dechnmps  et 
P.  De  Decker.  —  Nos  lecteurs  nous  sauront.'gré  de  leur  faire  con- 
naître le  plan  et  le  but  de  ce  nouveau  journal  (l).Voici  comment 
s'expriment  à  cet  égard  les  rédacteurs  dans  leur  prospectus  : 

Nous  savons  que  pour  être  neufs,  mieux  vaudrait  peut-être 
ne  rien  dire  et  ne  rien  promettre  dans  un  prospectus,  tant 
les  lecteurs  sont  habitués  à  être  trompés  à  ces  écriteaux  pom- 
peux ;  nous  savons  que  les  choses  grandes  et  durables  ne  com- 
mencent pas  au  son  des  trompettes;  et  c'est  pour  cela  que 
nous  venons  à  nos  lecteurs  sous  le  titre  modeste  de  Revue  de 
Bruxelles,  sans  l'encadrer  de  ces  programmes  à  phrases  reten- 
tissantes et  si  souvent  menteuses. 

Cependant,  quand  des  idées  généreuses  vous  sont  venues, 
quand  vous  voulez  réaliser  des  projets  dont  vous  espérez  reti- 
rer un  peu  de  bien  et  de  gloire  pour  votre  pays,  il  faut  bien 
en  causer  avec  les  lecteurs  afin  qu'ils  sachent  votre  plan  et 
votre  but;  et  c'est  ce  que  nous  allons  faire  ici ,  le  plus  sobre- 
ment possible. 

La  Belgique  a  triomphé  successivement  de  bien  des  préju- 
gés qui  accueillirent  sa  renaissance;  un  seul  reste  encore  à 
vaincre.  On  nous  soutenait  que  notre  indépendance  nationale 
était  impossible;  nous  avons  fait  comme  celui  qui  voulait 
prouver  le  mouvement  à  cet  autre  qui  le  niait;  nous  avons 
marché. 

Notre  existence  comme  nation  étant  démontrée,  on  nous 
prédisait  que  notre  industrie  et  notre  commerce,  privés  de 
débouchés,   allaient  périr  et  que  nous  traînerions  une  vie 


(1)  12 volumes  par  an;  prix  d'abonnement,  i5  francs. —  Le  premier 
volume  a  paru,  lesautres  se  publieront  successivement  dans  les  premiers 
jours  de  ebacrue  mois.  On  souscrit  à  Bruxelles  ,  rue  des  TJrsulines,  n.°  9. 


(  32G  ) 

boiteuse  et  misérable; —  et  voilà  que  notre  industrie  et  notre 
commerce  fleurissent  à  faire  envie  aux  vieilles  nations  si  fières 
de  leur  prospérité. 

Ce  préjugé  détruit,  on  nous  disait  :  C'est  bien;  votre  natio- 
nalité se  consolide,  et  votre  ricbesse  publique  étonne,  mais 
vous  êtes  condamnés  à  vous  traîner  terre-à- terre,  comme  les 
États-Unis,  dans  la  vie  matérielle,  sans  que  le  soleil  des  arts, 
delà  sienceet  de  la  littérature  vienne  vous  réchauffer  jamais 
de  ses  rayons;  —  et  voici  que  nos  artistes  se  sont  inspirés  au 
souvenir  de  notre  ancienne  gloire;  qu'ils  en  rappelent  les 
beaux  jours  par  leur  chefs-d'œuvre  ;  voici  que  la  Belgique 
commence  à  être  représentée  dans  le  monde  scientifique  par 
de  beaux  noms  contemporains. 

Et  l'on  dira  qu'au  moment  où  se  réveillent  ses  sœurs,  la 
littérature  ne  revivra  pas!  Cela  est  impossible,  nous  en  avons 
pour  garants  des  essais  qui  ne  seront  pas  oubliés,  et  toutes  les 
pages  de  nos  annales. 

Si  le  génie  de  la  littérature  et  des  arts  a  sommeillé  pendant 
long-temps  pour  la  Belgique,  c'est  que  pendant  long-temps 
notre  indépendance  nationale  a  été  garottée  à  ne  pouvoir 
remuer.  Les  époques  de  progrès  intellectuels  et  les  époques  de 
vie  politique  naissent  et  meurent  toujours  en  même  temps. 

Voyez  :  n'est-ce  pas  quand  nos  communes  donnaient  le 
signal  à  la  liberté  européenne,  et  sous  l'époque  si  brillante  des 
ducs  de  Bourgogne,  n'est-ce  pas  alors  que  nos  manufactures 
et  notre  commerce  répandaient  tant  de  richesses  dans  nos 
provinces?  que  s'élevaient  les  hôtels-de- ville  de  Gand  et  de 
Louvainetla  cathédrale  d'Anvers?  que  nos  musiciens  étaient 
les  plus  célèbres  du  monde,  et  que  Jean  Van  Eyck  fondait 
l'école  flamande  ?  N'est-ce  pas  alors  aussi  que  Froissar  t ,  Monstre- 
let,  Lamarche,  Philippe  de  Commines,  Jean  Le  Maire,  et  tant 
d'autres,  marchaient  en  avant  dans  le  mouvement  littéraire 
de  cette  époque  ? 

La  Belgique,  par  l'effet  si  long-temps  désastreux  des  trou- 
bles politiques  qui  la  divisèrent  au  seizième  siècle,  vit  tomber 
à  la  lois  son  commerce,  ses  manufactures,  sa  littérature  et  ses 
arts.  Mais  elle  reprit  son  unité  et  sa  sève  d'indépendance  sous 
Albert  et  Isabelle;  aussitôt  sa   prospérité  industrielle  se  ra- 


(  327  ) 

nima,  et  toutes  ses  gloires  éteintes  se  réveillèrent  :  Justc-Lipse 
etBollandus  dans  les  lettres;  Ilubbens  et  toute  cette  Pamillede 
grands  peintres  flamands;  Jean  de  Bologne  et  les  frères 
Duquesnov  dans  la  sculpture,  réhabilitèrent  notre  ancienne 
renommée.  Mais  tout  cet  éclat  ne  dura  guère  plus  long-temps 
que  notre  vie  politique,  qui  s'éteignit  peu  à  peu  sous  la  domi- 
nation autrichienne. 

Eh  bien  .'aujourd'hui,  qu'en  place  des  chartes  de  provinces, 
nous  avons  notre  charte  de  peuple  belge  ;  aujourd'hui  que 
notre  prospérité  matérielle  rappelle  l'époque  des  ducs  de 
Bourgogne,  et  que  notre  jeune  dynastie  couronne  une  natio- 
nalité bien  autrement  assise  que  celle  dont  a  joui  la  Belgique 
sous  Albert  et  Isabelle,  pourquoi  les  diverses  causes  qui  pro- 
duisirent le  développement  littéraire  à  ces  périodes  de  notre 
histoire,  ne  le  produiraient-elles  pas  aujourd'hui  que  ces 
causes  se  trouvent  heureusement  réunies?  Il  est  impossible 
que  cela  n'arrive  pas.  C'est  sur  cette  espérance  que  s'appuient 
les  efforts  que  nous  allons  tenter;  et  le  recueil  que  nous  an- 
nonçons sera  fondé  pour  en  hâter  la  réalisation. 

Il  faudrait  pour  cela  la  réunion  de  toutes  les  activités  indi- 
viduelles qui  se  comprennent,  et  ce  n'est  pas  trop  demander, 
quand  on  songe  que  notre  histoire  est  à  refaire  ,  et  que  sans 
parler  de  la  littérature,  de  la  science  et  des  baux-arts  à  encou- 
rager et  à  applaudir,  nous  devons,  peuple  producteur,  placé 
entre  trois  grands  centres  industriels,  choisir  le  système 
d'économie  politique  en  rapport  avec  nos  nouveaux  besoins. 

Et  comme  tous  ces  points  sont  subordonnés  à  la  condition 
de  notre  indépendance,  de  notre  existence  comme  nation,  la 
politique  aura  de  droit  sa  place  dans  la  Revue.  Non  cette  poli- 
tique querelleuse,  mesquine,  individuelle;  mais  celle  qui, 
voyant  les  choses  de  plus  haut  et  conservant  sa  dignité, 
examine  sans  prévention,  discute  sans  passion,  approuve  sans 
faiblesse  et  critique  sans  aigreur;  celle  qui,  dans  toutes  les 
questions  de  relations  internationales  et  d'organisation  inté- 
rieure, prend  pour  base  la  Constitution ,  et  pour  but  la  gloire 
et  la  prospérité  du  pays. 

La  science  pour  elle-même,  et  aussi  au  profit  de  notre  natio- 
nalité, voilà  l'épigraphe  de  ce  recueil;  et  quand  nous  parlons 


(  328  ) 

de  nationalité,  nous  entendons  y  comprendre  surtout  ce  qui, 
à  toutes  les  époques  de  notre  histoire,  en  a  formé  l'élément 
le  plus  actif,  notre  croyance  religieuse.  D'ailleurs,  aujourd'hui 
que  le  christianisme  rallie  toute  les  puissances  rationelles  du, 
genre  humain,  la  science,  pour  être  progressive,  doit  rester  ou 
plutôt  redevenir  chrétienne  et  ne  plus  s'écarter  du  centre 
commun. 

La  première  partie  de  chaque  volume  sera  consacrée  aux 
choses  de  la  Belgique.  La  seconde  partie  offrira  l'esprit  des 
revues  et  puhlications  périodiques  de  l'étranger.  Les  corres- 
pondants que  nous  comptons  déjà  en  divers  pnys  nous  per- 
mettront de  donner  les  nouvelles  des  sciences,  de  la  littérature, 
des  arts,  de  l'industrie,  etc.,  chez  les  peuples  qui  possèdent 
tout  cela. 

Des  questions  diverses,  dans  l'intérêt  de  la  science  et  du 
pays,  seront  proposées  de  temps  en  temps;  un  jury  d'examen 
décidera  du  mérite  et  de  la  doctrine;  des  prix  seront  remis  à 
l'auteur  du  meilleur  article  sur  chaque  ohjet  de  concours. 

Nous  ne  demanderons  du  dévouement  qu'à  ceux  qui  seront 
en  position  d'en  faire;  car  nous  savons  que  les  savants  et 
les  artistes  ne  vivent  pas  seulement  de  gloire.  Aucun  sacrifice 
ne  nous  coûtera  pour  leur  donner  des  encouragements ,  qu'un 
individu  pourrait  difficilement  effectuer,  mais  qui  sont  réa- 
lisables par  une  association. 

Programme  d'articles  mis  au  Concours  : 

1.°  Faire  une  histoire  abrégée  de  Charlemagne,  en  ce  qui 
concerne  surtout  la  Belgique.  Établir  le  fait  certain  de  sa 
naissance  dans  le  pays.  S'occuper  surtout  dans  cette  histoire 
des  actions  et  des  séjours  que  Charlemagne  a  fait  chez 
les  Belges. 

Article  à  remettre  avant  le  l.er  septembre.  Le  prix  sera 
de  200  fr. 

2.°  Exposer  l'historique  du  célèbre  traité  des  Barrières;  ses 
causes,  les  moyens  qu'on  employa  pour  l'obtenir;  ses  effets  sur 
le  commerce  Belge;  les  avantages  que  ce  traité  procura  à  la 
Hollande. 

Ariicle.à  remettre  avant  le  1." octobre.  Le  prix  sera  de  200  Fr. 


(  329  ) 

Ilotice 

SUR   LES    MANUSCRITS   HISTORIQUES, 

QUI  APPARTIENNEHT 

AU  DEPOT  D'ARCHIVES  DE  LA  FLANDRE  ORIENTALE,  A   GAND. 


On  sait  que  les  Archives  de  la  province  de  la  Flandre 
Orientale  forment  un  des  dépôts  archéologiques  des  plus 
importants,  des  plus  précieux  de  la  Belgique.  Aucune 
des  autres  provinces  du  royaume  ne  possède  de  chartrier 
qui  soit  plus  complet,  plus  intéressant  que  le  nôtre  : 
le  nombre  des  diplômes  et  des  chartes  qui  précèdent  l'an 
1300,  est  immense.  Outre  ces  pièces,  la  plupart  originales 
et  bien  conservées,  dont  il  sera  un  jour  dressé  un  inven- 
taire détaillé ,  notre  dépôt  renferme  encore  des  MSS.  qui 
méritent,  sous  beaucoup  de  rapports,  d'attirer  l'attention. 
Comme  ceux  qui  concernent  l'histoire  de  la  Belgique  et 
particulièrement  celle  de  la  Flandre  et  de  Gand ,  semblent 
devoir  entrer  en  premier  lieu  dans  un  inventaire  rai- 
sonné, c'est  à  les  analyser  d'abord  que  nous  nous  sommes 
attaches  principalement  dans  cette  notice.  Cependant, 
nous  ne  voulons  pas  comprendre  sous  la  rubrique  de 
MSS.  historiques  les  cartulaires,  terriers,  livres  féodaux, 
livres  de  comptes,  de  cens,  de  rentes,  etc.  Nous  nous  pro- 
posons de  faire  un  inventaire  séparé  de  ces  registres,  cu- 
rieux à  tant  d'égards. 

Parmi  les  MSS.  relatifs  à  l'histoire  du  pays,  il  s'en 
trouve  plusieurs  qui  renferment  des  renseignements  peu 

22 


(  330  ) 

connus,  des  détails  circonstanciés  sur  une  foule  d'événe- 
ments ;  nous  ne  citerons  pour   exemple  que  le  passage 
du  Memorie-Bock ,  marqué  ci-après  N.°  5 ,  sur  l'exécution 
des  deux  ministres  de  Marie  de  Bourgogne. 

La  plupart  des  MSS.  mentionnés  dans  cet  inventaire, 
proviennent  de  l'abbaye  de  S.'-Pierre,  à  G  and;  quelques- 
uns  de  l'abbaye  de  Ninove.  D'autres  ont  été  achetés  dans 
des  ventes  particulières  ou  cédés  à  notre  dépôt.  A  chaque 
N.°,  nous  avons  tâché  d'indiquer  la  source  d'où  ils  nous 
sont  venus.  Nous  ferons  observer  que,  comme  le  nombre 
des  MSS.  historiques  n'est  guères  considérable,  nous 
n'avons  gardé  ni  ordre  chronologique  pour  la  date  des 
écritures ,  ni  ordre  alphabétique. 

N.°  1. 

MS.  sur  papier,  de  198  feuillets,  écriture  de  la  fin  du 
XVII. e  siècle.  Titre  :  Chronycque  relater  ende  in  den  eersten 
het  belecjh  der  stede  van  Ghendt  van  dry  coninghen.  Ten 
iweeden  de  sententie  van  Keyser  Carel  ieghens  die  van 
Ghendt,  int  jaer  1540.  Ten  derden  de  trouhelen  in  de 
Geusen  tyt,  t'sedcrt  tvoor.jaer  \5A0ende  daer  vooren.  Ten 
lestcîi  diversche  criminelc  sententien,  ende  eenighe  no~ 
tahel  gheschiedenissen  seer  curieus  om  lesen ,  ghetroeken 
uutten  incorrecten  ende  verbe  ter  t.  Ce  titre  explique  sommai- 
rement tout  le  contenu  du  livre.  —  1 .°  L'histoire  fabuleuse 
du  siège  de  Gand  par  les  rois  de  France,  d'Angleterre  et 
d'Ecosse,  en  970,  se  termine  à  la  page  11  v80.  Le  texte  en 
est  conforme  à  celui  de  l'édition  qui  parut  de  cette  his- 
toire au  XVI.e  siècle ,  sous  ce  titre  :  Ecn  sc/ioon  historiken 
oft  cort  verhael  van  de  princijmelste  poincten  in  de  hele- 
gheringhe  der  vermaerde  stadt  van  Ghendt,  etc.  Ghendt, 
ghedrukt  by  Bauduyn  Manilius,  in  de  Witte  Bnyve,  i?i-&.° , 
19  pag.  Cfr.  Historié  van  Be/gis,  door  M.  Van  Vaernewyck. 
Gend,  1829,  II.  180  et  297  pag.  —  2.°  De  la  p.  1 1  v.so  à  13, 
sont  insérées  quelques  maximes  politiques ,  adressées  par 


(331  ) 

Philippe  II  à  son  fils.  —  3.°  De  la  p.  13  à  33,  sont  relatés 
les  événements  arrivés  en  Flandre,  et  surtout  à  Gand, 
de  1536  à  1540.  A  la  suite  se  trouve  la  sentence  de  Charles- 
Quint,  du  30  avril  1540.  Ce  texte  de  la  sentence,  très- 
fautif  d'ailleurs,  semble  avoir  servi  à  l'impression  des 
Mémoires  de  Jean  d'Eollander,  sur  la  Révolte  des  Gantois 
en  1539.  La  Haye,  1747,  in-4°.  —  4.°  De  la  p.  34  à  198, 
est  contenu  le  récit  des  événements  qui  se  sont  passés  à 
Gand,  de  1538  à  1600.  Cette  Chronique  parle,  en  outre, 
encore  de  ce  qui  est  arrivé  pendant  cette  époque  dans 
tout  le  reste  de  la  Flandre  et  dans  l'Europe  entière.  H  est 
certain  que  le  père  De  Jonghe  a  puisé  dans  cette  Chroni- 
que les  renseignements  qu'il  a  insérés  presque  mot  pour 
mot  dans  ses  Gendsche  Geschiedenissen.  On  sait  que  cette 
intéressante  compilation  finit  à  l'an  1588.  Après  cette 
dernière  année,  le  MS.  dont  nous  nous  occupons,  ne  donne 
plus  que  sommairement  ce  qui  est  arrivé ,  et  le  récit  y  est 
entrecoupé  de  différents  jugements  et  sentences ,  entre  autres 
de  ceux  de  Marie  et  de  Charles  Stuart,  de  l'infortuné 
Gantois,  Joachim  Pyn  (1539),  de  Jean  Vindevoghel,  con- 
damné comme  sorcier,  à  Oycke  (1652),  de  Martin  Stoop, 
condamné  comme  loup-garou,  à  Aspre  (1657),  etc.  Cfr. 
Oude  strafregt  in  Vlaenderen,  parM.Cannaert.  Les  pag.  59 
et  70  de  ce  MS.  manquent. 

N.°  2. 

MS.  sur  papier,  de  94  et  356  pages,  écriture  récente, 

portant  au  dos  le  titre  de  :   Chronycke  en  charters  van 

Brabant.  Ce  MS.  est  divisé  en  deux  parties  :  la  première , 

qui  contient  94  pag. ,  a  pour  en-tête  :  Dit  is  de  Chronyke 

van  Brabant  ende  van   Grimberghen  daer  inné  gestelt 

worden  de  orloghen,  die  de  hertoghen  van  Brabant  hadden 

teghen  de  heeren  van  Grimberghen  ende  is  nuyt  eene 

Chronycke  in  ryme  in  prose  verandert.  Cette  Chronique , 

dont  l'original ,  sur  parchemin  et  en  vers ,  est  malheureu- 


(  332  ) 

sèment  inconnu,  présente  un  grand  intérêt;  car  il  est  peu 
de  faits  auxquels  se  rattachent  plus  de  fables  qu'à  la  guerre 
de  Grimberge.  et  tout  ce  qui  peut  éclaircir  ce  point  d'his- 
toire, est  digne  d'attention. 

La  deuxième  partie  de  ce  MS.  est  la  copie  du  Catalogue 
des  MSS.  que  possédait  M.  De  Valeriola,  bourgmestre  de 
Bruxelles,  avec  l'indication  des  années  auxquelles  ils  ap- 
partiennent :  on  lit  en  tète  :  Table  générale  de  toutes  les 
pièces  contenues  dans  vies  MSS.  —  Ce  livre  a  été  acheté 
à  la  vente  de  Raepsaet,  à  Audenarde. 

H."  3. 

MS.  sur  papier,  de  314  pag. ,  écriture  moderne.  Titre  : 
Chrongke  van  Audenaerde ,  gecopieert  op  de  gonne  rus- 
tende  op  het  Stadhuys  der  setter  stad.  Il  est  à  présumer 
que  c'est  la  copie  d'une  ancienne  Chronique  de  l'abbaye 
d'Eenham.  commençant  à  l'an  411.  Cette  Chronique  finit 
à  l'an  1645.  —  Acheté  à  la  même  vente. 

N.°  4. 

MS.  sur  papier,  de  88  feuillets  in-folio,  écriture  de  la 
fin  du  XVI. e  siècle,  portant  pour  titre  :  Correspondances 
d'Ernest  de  Mansvett,  relatives  aux  troubles  qui  eurent 
lieu  sous  le  règne  de  Philippe  II.  Quoique  la  plupart 
des  pièces  renfermées  dans  ce  MS.  soient  imprimées,  en 
tout  ou  en  partie,  dans  les  ouvrages  de  Van  Meteren, 
P.  Bor.  "Van  Meerbeeck  et  autres,  il  s'v  trouve  cependant 
encore  beaucoup  de  renseignements  curieux  sur  la  politi- 
que suivie  pendant  l'époque  des  Troubles,  sur  l'état  de 
l'armée  espagnole ,  etc.  ;  des  lettres  de  Mansfelt ,  du  comte 
de  La  Laing ,  d'Alexandre  de  Parme ,  etc. ,  pendant  les 
années  1578  et  1579. 

N.°  5. 

MS.  sur  papier,  de  583  pag.  in-folio,  écriture  du  milieu 
du  X\  I.ç  siècle.  Titre  :  fionck  van  memorien  der  stadt 


(333  ) 

Ghetidt.  L'écriture  de  ce  MS.  est  de  quatre  mains  diffé- 
rentes: la  première  de  la  pag.  1-439,  ou  de  l'an  1307  au 
mois  de  mai  1554;  —  la  deuxième  de  la  page  439-441 , 
ou  du  25  juillet  1554  au  24  septembre  1556;  —  la  troi- 
sième de  la  page  441-540,  ou  de  l'an  155G  à  1672;  — ■  la 
quatrième  (qui  commence  une  continuation  en  latin  de 
la  Chronique)  de  la  pag.  540-583.  Celte  partie  est  écrite 
de  la  main  d'André  Van  Ilcule,  moine  et  bibliothécaire 
de  l'abbaye  de  S.'-Pierre ,  à  Gand.  Il  était  né  dans  celle 
dernière  ville  et  y  vivait  encore  en  1 676  ;  c'est  ce  qu'on 
peut  voir  par  une  liste  qu'il  donne  de  tous  les  religieux  de 
l'abbaye  qu'il  a  connus.  Ce  MS. ,  qui  est  une  Chronique 
extrêmement  intéressante ,  donne  d'abord  une  notice  sur 
la  manière  dont  la  ville  de  Gand  est  gouvernée.  Ou  y  trouve 
les  noms  des  magistrats  qui,  ainsi  qu'on  le  sait,  se  renou- 
velaient chaque  année.   Il  renferme  surtout  des  détails 
très-circonstanciés  sur  les  grands  événements  qui  agitèrent 
la  Flandre  à  différentes  époques.    L'historien  Diericx  l'a 
mis  à  contribution  presqu'à  chaque  page.  V.  ses  Mémoi- 
res sur  la  ville  de  Gand,  tome  I,  pag.  427,  431 ,  438,  etc. 
Quoique  ne  portant  pas  toujours  le  même  litre,  il  existe 
cependant  beaucoup  d'exemplaires  de  cette  Chronique. 
M.  Parmentier,  archiviste  de  la  ville  de  Gand,  M.  Paelink, 
peintre,  M.  Woulers  de Terweerdcn,  à  Bruxelles,  la  biblio- 
thèque de  feu  Lammens,  la  famille  Van  Hoorebeeck  et  le 
Musée  historique  de  Gand  en  possèdent  chacun  un  exem- 
plaire. On  rencontre,  dans  cetle  espèce  de  journal,  une 
foule  de  renseignements  ignorés  sur  l'époque  des  dues  de 
Bourgogne,  sur  la  Révolte  de  1539,  sur  les  Troubles  reli- 
gieux, etc. 

N.»  6. 

MS.  sur  papier,  deux  volumes,  écriture  de  deux  mains 
différentes  et  du  XVI."  siècle.  Le  1."  vol.  a  264  feuillets 


(  334  ) 

y  compris  la  table  raisonnée  des  matières  et  la  préface.  On 
lit  sur  la  l.repage  :  Postrema  annotatio  atque  editio primœ 
partis  operis  preparatorie  defensionis  illustrissisimi  Flan- 
drie  comitis ,  adversus  parliamentarios  régis  Francorum 
super  olim  ah  ipsis  pretenso  in  Flandria  ressorti  et  supe- 
rioritatis  jure ,  priusquàin  scilicet  idipsum  oh  non  servata 
a  rege  comiti  nostro  fédéra,  in  commissum  cecidisset.  Qua 
propter  eamque  précipice  oh  causant  atque  controversarii , 
armis  vicissim  noiis }  regique  Francisco  hello  superato 
atque  captivo  in  potestatem  quoque  tanti  servis  nostri 
principis  cadente,  per  pacis  tandem  conditiones  ipsum 
illud  pretensum  ressorti  atque  superioritatis  jus  abolitum 
extinctumque  existit.  Plus  bas,  on  lit:  Liher  pertinet  auctori 
suo ,  Jacobo  De  Blasere ,  ex  concilio  Flandrie  comitatus. 
Ce  long  titre  nous  apprend  que  c'est  un  manifeste  ou  une 
défense,  composé  à  grands  renforts  de  raisonnements  et 
de  citations  juridiques,  pour  soutenir  Charles-Quint  contre 
le  parlement  de  Paris,  qui  prétendait  encore  avoir  un  droit 
de  ressort  sur  la  Flandre,  malgré  que  ce  droit  eût  été  aboli 
par  la  paix  qui  suivit  la  défaite  de  François  I.er,  à  Pavie. 
L'auteur  de  ce  volumineux  mémoire,  est  Jacques  De 
Blasere ,  président  du  conseil  de  Flandre  ,  un  des  citoyens 
les  plus  recommandables  qui  ait  vécu  pendant  le  règne  de 
Charles-Quint.  A  la  pag.  222  r.°  sont  dessinés  et  élégamment 
coloriées  les  armes  emblématiques  de  Charles-Quint.  Le 
2.e  volume  contient  la  3.e  et  dernière  partie  de  l'ouvrage. 
Cette  partie  est  précédée  d'une  lettre  et  d'un  avant-propos , 
adressés  au  lecteur,  ainsi  que  d'une  dédicace  offerte  au  pré- 
sident du  Conseil  suprême  de  justice.  Ce  volume,  qui  a 
374  feuillets  ,  est  d'une  écriture  différente ,  quoique  de  la 
même  époque,  mais  beaucoup  moins  soignée  que  celle  du 
l.er  vol.;  les  marges  sont  chargées  de  gloses  et  de  notes. 
Pour  appuyer  sa  défense,  l'auteur  donne  une  foule  d'extraits 
historiques  qui  ne  manquent  pas  d'intérêt.  Ce  MS.  provient 
de  l'abbaye  de  S.l~Pierre,  L'épitaphe  de  Jacques  De  Blasere , 


(  335  ) 

qui  mourut  en  1558,  se  trouve  rapportée  dans  le  MS.  ci- 
après  (1). 

N.°  7. 

MS.  sur  papier,  in-folio,  écrit  en  1750.  L'en-tête  est  ainsi 
conçu  :  Cojna  cujusdam  lihelli  manuscripti  in  cujus  primo 
folio  habèntur  séquentiel  :  Sum  Viglii  Bregdelii,  dono  cha- 
rissimi  pat  ris  sui  Cornelii  Bieydel  seerctarii  ac  receptoris 
generalis  bonorum  temporalium  f  prœpositi  ccclesiœ  cathe- 
dralis  S.  Bavonis  Gandavensis. 

C'est  la  vie  détaillée  du  célèbre  Viglius.  Elle  est  précédée 
d'une  pièce  de  vers  en  latin  composée  par  Jacques  î'et- 
zwertius,  etsuivie  du  testament  de  Viglius,  fait  à  Bruxelles 
en  1577,  et  augmenté  par  Viglius  lui-même  d'annotations 
interprétatives  des  articles  dudit  testament.  Ensuite  sont 
énumérés ,  en  guise  de  codicile ,  une  foule  de  legs  particu- 
liers qui  tous  portent  l'empreinte  de  la  générosité  et  de  la 
droiture  de  ce  grand  homme.  Il  règle  aussi  les  statuts  du 
collège  qu'il  avait  fondé  à  Louvain  et  qui  portait  son  nom 
(pag.  34—40).  La  fin  de  ce  MS.  contient  quelques  pièces 
du  milieu  du  siècle  dernier,  concernant  les  affaires  ecclé- 
siastiques. 

N°.  8. 

MS.  sur  papier,  de  183  feuillets  in-folio,  écriture  des 
années  1652  et  1653.  Titre:  Chronotaxis  inquadirigantur 
in  annos  domini,  pontificum,  episcoporum ,  primo  Caméra- 
censium ,  post  archiepiscoporum  Mechlinensium ,  Comitum 
Flandriœ  initium,  progessus,  abbates,  diplomata,  funda- 
tiones,  donationes ,  gesta,  resolutiones  capitulares ,  perti- 
nentes ad  ecclesiam  Comelio  Cyprianam  Ninhoviensem } 

composita    anno  Bomini Studio  et   opère  R.  Domini 

Godefridî  ab  Elshoudt  S.  T.  B.  F.  oliin  per  multos  annos 


(i)  Son  fils,  Jean  De  Blasere,  fut  aussi  président  du  Conseil  de  Flandre 
Il  fit  partie ,  un  instant,  du  fameux  Conseil  des  Troubles! 


(  336  ) 

S.  T.  lectoris  atque  pastoris  successive  oppidi  Ninho- 
viensis,  deinde  Pamellensis  et  Ockeghem,  viri  eruditis- 
simi,  linguasque  hebrusam  et  grœcatn  edocti  (qui  me 
Ferdinandum  abbatem  Ninhoviensem  baptizavit  26  martii 
1641,  dominica  Palmarum  nati),  fuitque  archivarius 
atque  consiliarius  amplissimi  domini  prcelati  Roefofs.  Ce 
long  titre  explique  suffisamment  le  contenu  de  l'ouvrage, 
qui  renferme  d'ailleurs  plusieurs  extraits  de  chartes  et  de 
diplômes  qui  reposent  aux  Archives  de  cette  province. 

N.°  9. 

MS.  sur  papier,  de  119  feuillets  in-4.°,  écriture  des 
années  1788,  1789.  Titre  :  Dagh-registre  van  aile  de  gc- 
denkweerdighe  saecken  voorengevallen  in  de  vergaderinghe 
der  staten  van  Vlaenderen,  t'sedert  de  2&july  1780,  op- 
gestelt  ende  onderhouden  door  den  cericeirdighstcn  heer 
Ludovicus  TVauters,  prelaet  van  het  clooster  van  Waer- 
schoot ,  eersten  gedeputeerden  der  cierge  van  het  bisdom 
van  Gend  tôt  de  voornoemde  vergaderinghe.  Ces  éphé- 
mérides,  dont  le  titre  rapporté  indique  le  contenu,  sont 
intéressantes  pour  l'intelligence  des  événements  qui  ame- 
nèrent la  chute  de  Joseph  II ,  en  Belgique. 

N°.  10. 

MS.  sur  papier,  de  53  feuillets  ou  106  pag.,  in-folio  étroit, 
écriture  du  XVII.e  siècle.  Titre:  Boek  der geschiedenissen 
binnen  Ghendt  ende  andere  quartier  en,  anno  1538-1590. 
C'est  encore  une  Chronique  dans  le  genre  du  Memorien- 
boek,  N.°  5.  Elle  rapporte  la  plupart  des  événements  qui  se 
sont  passés  à  Gand  et  aux  environs ,  avec  plus  de  concision 
cependant  que  le  Memorien-hoek.  On  n'y  trouve  pas  la 
liste  des  magistrats  de  Gand. 

N.°ll. 

MS.  sur  papier,  de  138  feuillets  in-folio,  écriture  mo- 
derne. Titre  :  Chronologie  des  choses  principales  et  de  ce 


(  337  ) 

qui  s  est  passé  de  plus  mémorable  depuis  la  naissance 
du  monde  jusques  au  temps  de  Jesus-Christ  et  du  (sic) 
depuis  jusqu'au  temps  présent,  arec  une  table  chronolo- 
gique sur  la  fin  et  une  méthode  pour  apprendre  répacte , 
cicle  d'or,  lettre  dominicale  et  Vindiction  romaine,  etc.,  à 
Namur.  Jusqu'à  1700,  ce  n'est  qu'un  récit  sommaire  des 
événements.  Ce  récit  devient  ensuite  plus  détaillé  et  se 
termine  au  2  juillet  1747.  Quoiqu'intitulée  :  Chronique 
du  monde,  ce  MS.  s'occupe  principalement  des  provinces 
belges.  Le  petit  traité  qui  se  trouve  à  la  fin  sur  la  com- 
putalion  chronologique,  est  très-curieux.  De  la  pag.  100  r.°- 
106  r.°  ,  on  lit  le  mandement  donné  par  l'évêque  de 
Marseille,  à  l'époque  où  la  peste  régnait  dans  cette  ville, 

en  1720. 

N.°  12. 

MS.  sur  papier,  de  337  pag.  in-folio,  écriture  moderne. 
Titre  :  Recueil  des  recherches  historiques  et  chronologiques 
du  conseil  provincial ,  ordonné  en  Flandre,  contenant  la 
première  institution,  le  progrès  et  les  changements  arrivés 
au  dit  conseil,  avec  une  relation  des  faits  les  plus  inté- 
ressants et  des  circonstances  qui  concernent  ce  corps  en 
général  et  les  membres  en  particulier,  depuis  Van  de 
grâce  1395  jusqu'à  présent  (1). 

Cet  ouvrage  est  fait  avec  érudition  et  assez  de  soin.  — 
Acheté  à  la  vente  du  conseiller  Mesdach. 

N.°  13. 
MS.  sur  papier,  de  114  feuillets  in-folio,  écriture  du 
XVIII.0  siècle.  Titre:  Gebeurtenissen  van  Ghendt ,  1554- 
1743.  Cette  Chronique  est  encore  une  de  l'espèce  du 
Memorien-bouck.  Des  sommaires  se  trouvent  en  marge  de 
chaque  page.  —  Acheté  à  la  vente  de  Rottier,  à  Gand. 


(i)  Le  Conseil  de  Flandre  fut  supprimé  par  les  Français  le  i.«  dé- 
cembre 1795. 


(  338  ) 

N.°  14. 

MS.  sur  papier,  de  152  feuillets,  écriture  de  la  fin  du 
XVI.e  siècle ,  in-4°.  Titre  :  De  prima  fundatione  ac  origine 
domûs  Blandinii.  C'est  une  Chronique  contenant  l'his- 
toire de  l'abbaye  de  S.'-Pierre  et  des  prélats  qui  l'ont 
gouvernée.  Elle  est  précédée  d'une  nomenclature  de  tous 
les  abbés  de  ce  couvent,  qui  s'arrête  à  l'an  1709.  Du  reste, 
cette  histoire  a  été  compilée  par  Syger  de  V isschere ,  de 
Tournay,  prieur  de  l'abbaye  de  S.'-Pierre.  Sanderus  en 
a  extrait  plusieurs  passages  dans  son  ouvrage  intitulé  : 
Gandavensium  rerwn  libri  Z7/.  Voy.  aussi  Acta  sanctorum 
Belgii ,  t.  III,  pag.  342,  N.°  6.  Ghesquiere  y  a  inséré  les 
pag.  14-16.  Voy.  encore  Dieriecx,  Mémoire  sur  la  ville 
de  Gand,  I,  327,  note  2. 

N.°  15. 

MS.  sur  papier,  de  195  pag.,  écriture  moderne,  petit 
folio.  C'est  une  sorte  de  mémoire  composé  de  1754-1756 , 
qui  renferme  une  foule  de  pièces,  telles  que  rapports, 
remonstrances ,  tableaux,  états  de  dépenses,  etc.,  relatifs 
aux  finances  de  la  Flandre  et  présentés  par  les  députés  des 
états  de  Flandre  en  réponse  à  un  ouvrage  intitulé  :  Ré- 
flexions sur  les  -finances  de  la  Flandre,  qui  attaquait 
violemment  leur  administration. 

N.°  16. 

MS.  sur  papier,  de  114  feuillets  in-4.°,  étroit,  écriture  du 
XVI.e  siècle;  en-tète:  Copie  des  remonstrances  f aides  par 
L.  M.  aux  États  généraulx  des  pays  de  par  decha  le 
xix. e  jour  de  juillet  xvcxxi  en  la  ville  de  Gandt.  Outre 
cette  pièce ,  ce  MS.  en  contient  encore  d'autres  très-curieu- 
ses pour  l'histoire  de  la  guerre  de  Charles-Quint  contre 
François  I.er;  —  pour  les  propositions  de  paix  et  d'accomo- 
dements ,  faites  par  ces  deux  princes  •  —  pour  la  règle  de 
conduite  que  l'empereur  ordonnait  aux  États-généraux  de 


(  339  ) 

tenir,  etc.,  etc.  On  y  a  aussi  enregistré  une  correspondance 
suivie  entre  tous  les  grands  personnages  de  cette  époque , 
des  lettres  de  Charles-Quint,  de  la  reine  Marie,  du  comte 
d'Egmont.  de  Marguerite  d'Autriche,  ect. 

N.°  17. 

MS.  sur  papier,  de  115  feuillets  in-4.°,  écriture  du 
XV.e  siècle  (vers  1470).  C'est  un  procès  important  entre 
les  abbayes  de  S.'-Bavon  et  de  S.'-Pierre  d'une  part,  et  les 
échevins  et  habitants  de  Gand  d'autre  part,  au  sujet  des 
limites  de  la  justice  seigneuriale  et  des  octrois  de  ces 
abbayes.  Ce  procès,  commencé  en  1484,  était  pendant 
au  grand-conseil  de  Flandre.  La  partie  demanderesse  était 
le  magistrat;  la  partie  défenderesse  les  abbayes  susnom- 
mées. Ce  procès  contient  des  extraits  de  chartes  anciennes 
servant  de  preuves.  On  y  trouve  aussi  des  détails  sur  la 
vente  des  vins ,  dont  le  monopole  appartint  long-temps,  à 
Gand,  au  couvent  de  S. -Pierre. 

N.°  18. 

MS.  sur  papier,  petit-folio,  de  212  feuillets,  de  différentes 
mains,  intitulé  :  Bouck  van  Memorien  der  abdye  van  sinte 
Pieters.  Cette  espèce  de  Chronique  contient  le  récit  de 
tout  ce  qui  est  arrivé  dans  la  juridiction  et  seigneurie  de 
S.'-Pierre,  dès  l'an  1400.  Elle  raconte  aussi  ce  qui  s'est 
passé  dans  les  différentes  possessions  appartenant  à  l'abbaye 
de  S.'-Pierre.  Une  foule  de  sentences  criminelles  et  de 
jugements  y  sont  aussi  relatés.  Le  récit  ne  va  pas  au  de-là 
de  1699. 

N.°  19. 

MS.  sur  papier,  de  249  feuillets  ou  536  pages,  in-4.°, 
écriture  vers  1572.  Titre:  Geschrevene  chronyke  van 
Ge?id.  C'est  une  Chronique  très-intéressante  pour  l'his- 
toire locale  de  Gand.  Elle  raconte  les  événements  jour  par 
jour,  et  commence  à  l'an  1301.  Elle  est  précédée  d'une 


(  340  ) 

notice  sur  le  magistrat  de  la  ville.  Le  récit  s'arrête  au 
16  juin  1572.  Huit  vignettes,  dessinées  et  coloriées  grossiè- 
rement, ornent  les  premières  pages,  qui  renferment  un 
pot-pourri  d'histoire  grecque  et  romaine,  de  mythologie 
et  d'histoire  sainte.  Cette  chronique,  écrite  entièrement 
de  la  même  main ,  ne  semble  être  qu'une  copie  plus  am- 
plifiée, plus  détaillée  du  Memorien-bouck  der  stad  Ghendt, 

indiqué  au  N.°  5. 

N.o  20. 

MS.  sur  papier,  in-folio  de  120  feuillets,  portant  pour 
Titre  :  Instructions  pour  le  commissaire  civil  local  de  la 
province  sur  le  pied  de  guerre.  Ce  MS.  a  rapport  à  l'or- 
ganisation militaire  sous  l'administration  autrichienne. 
Acheté  à  la  vente  de  Raepsaet. 

N.o  21. 

MS.  sur  papier,  de  72  feuillets,  in-folio,  écriture  mo- 
derne. Titre  :  Traité  des  affaires  des  finances  des  Pays-Bas 
autrichiens ,  Il  est  divise  en  deux  parties  :  la  1  .re  concerne 
les  revenus  appartenant  à  l'empereur  Charles  VI,  comme 
souverain  des  Pays-Bas  5  la  2.e  traite  des  dépenses  qu'occa- 
sionne le  soutien  des  Pays-Bas. 

N.°  22. 

MS.  sur  papier,  de  108  feuillets,  in-folio,  écriture  du 
XVI.0  siècle ,  portant  sur  la  première  page:  Propositie  ende 
openinghe ghedaen  aen  leden  van  Vlaenderen  op  schepen- 
huyse  van  Ghendt  hy  de  K.  Mat.  anno  1527,  nopens  de 
oorloch  ieghens  V^rancryck.  Ce  MS. ,  extrêmement  intéres- 
sant pour  le  règne  de  Charles-Quint,  de  1527  à  1539, 
renferme  une  foule  de  pièces  en  latin,  en  français  et 
flamand,  relatives  à  la  politique  et  à  la  conduite  de  l'em- 
pereur et  de  la  reine  Marie,  la  régente;  —  aux  impôts 
somptuaires,  sur  les  vins  et  le  luxe;  —  à  l'expédition  de 
Charles-Quint  en  Afrique  et  en  Italie  ;  —  à  la  guerre  avec 


(341  ) 

le  roi  de  France.  On  y  trouve  aussi  des  renseignements 
curieux  sur  la  révolte  des  Gantois  de  1539;  —  des  lettres 
d'arrangement,  de  propositions,  de  demandes  de  sub- 
side, etc.,  etc. 

N.°  23. 

MS.  sur  papier,  de  113  feuillets,  écriture  moderne, 
en  partie  en  français  et  en  flamand.  Titre  :  Stilc  du  Con- 
seil de  Flandre,  à  Gand.  C'est  un  extrait  présentant 
l'ensemble  des  ordonnances  qui  se  trouvent  dans  les 
placarts  de  Flandre. 

N.°  24. 

MS.  sur  papier,  in-folio,  écriture  moderne,  intitulé  : 
Réflexions  sur  les  finances  de  la  Flandre.  1755. 

N.°  25. 

MS.  sur  papier,  de  7  feuillets,  in-folio.  Titre  :  Lant- 
scheydingevan  het quartier  geseyt  den  Overslag,  ambacht 
van  Assenede  in  Vlaenderen,  van  den  13  july  1768.  — 
Geschreven  tôt  Brussel  den  16  september  1778.  Avec  une 
belle  carte  coloriée. 

N.°  26. 

MS.  sur  papier,  de  14  feuillets  endommagés  et  soigneuse- 
ment recollés  par  feu  l'archiviste  De  Bast  sur  du  papier 
plus  raide,  écriture  de  1551.  Titre  :  Doriginele  aen- 
bestedingen  van  de  materialen  tôt  het  bauwen  van  de 
parochiale  kerke  van  sinte  Jans ,  nu  suite  Baefs ,  binncn 

Gend,  anno  1551.  C'est  l'adjudication  des  travaux  à  faire 
à  l'église  de  S.'-Bavon,  à  Gand.  Nous  y  voyons  que  Liëvin 

Van  Maele  fut  l'adjudicataire. 

N.°  27. 

MS.  sur  papier,  de  55  feuillets  in-folio,  écriture  du 
XVUI.e  siècle.  Titre  :  Flandriœ  Chronicon  ab  anno  1296 
ad  annum  1310,  quibus  autor  anonymus  monachus 
conventius  fratrum   minorum    Gandavensium  vixit  et 


(  342  ) 

scripsit.  Apog?,aphum  ex  pcrgameno  authentico  in  quarto, 
quocl  constabat  foliis  50,  paginis  100. 

N.°  28. 

MS.  sur  papier,  in-folio,  écriture  moderne,  intitulé  : 
Pour  les  Décimatcurs.  C'est  un  Mémoire  sur  l'étendue  des 
droits  de  dîmes  du  clergé  de  Flandre ,  écrit  pour  s'opposer 
aux  députés  des  villes  et  pays  d'Alost  et  Termonde ,  qui 
élevaient  des  prétentions  à  cet  égard. 

N.°  29. 

MS.  sur  papier,  de  93  feuillets,  écriture  du  XVIIIe  siècle, 
ayant  pour  en-tête  :  Mémoire  pour  servir  de  défense 
contre  les  entreprises  de  quelques  évéques  des  Pays-Bas 
sur  les  abbayes  de  l'ordre  de  Samt-Benoit ,  soumis  à  leur 
juridiction,  sans  nom  d'auteur.  Cet  ouvrage  se  trouve 
aussi  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  sous  le  N.°  123  du 
catalogue,  fait  par  le  S.r  Wahvein. 

N.o  30. 

MS.  sur  papier,  de  34  feuillets  in-folio,  écriture  mo- 
derne ,  copie  du  MS.  indiqué  au  N.°  précédent. 

N.°  31. 
MS.,  le  même  que  le  précédent. 

N.°  32. 
MS.,  le  même  que  celui  indiqué  au  n.°  30. 

N.°  33. 

MS.  sur  papier,  de  82  feuillets ,  écriture  du  XVII.e  siècle 
(vers  1620).  Titre:  Memorien  gecolligeert  uyt  vêle  diver- 
sche  rekeningen  beginnende  met  ?  jaer  1591.  Ce  BIS.  con- 
tient une  grande  quantité  de  pièces  différentes,  telles  que 
sentences  criminelles,  règlements  d'administration,  procès 
pour  sortilège  et  sorcellerie,  mention  d'impôts,  permis  de 
chasse  dans  la  juridiction  de  l'abbaye  de  S.'-Pierre.  A  la 


(  343  ) 

pag.  28  se  trouvent  quelques  détails  sur  l'inauguration 
d'Albert  et  d'Isabelle ,  etc. 

N.°  34. 

MS.  sur  papier,  de  470  pag.  in-8.°,  écriture  du  com- 
mencement du  XVIII.e  siècle.  Titre  :  Copie  geschrevene 
uyt  sekere  ouden  boeck,  behelsende  den  oorspronck  van 
Nederlant  en  gedenckweidighe  geschiedenissen  voorge- 
vallen  in  Vlaenderen  ende  Brabant  in  andere  plaetsen, 
aldermeest  binnen  Ghendt,  tôt  de?ijaere  1707.  Cette  Chro- 
nique, qui  rapporte  des  détails  curieux  sur  l'histoire  de 
la  Flandre  dans  les  temps  anciens,  finit  à  l'an  1607  (p.  247). 
A  la  p.  249 ,  commence  la  prophétie  d'un  certain  docteur 
Argentini.  A  la  p.  253 ,  la  prophétie  d'un  astrologue  turc 
appelé  Alontriphant.  A  la  p.  254 ,  les  prophéties  de  Me- 
thodus.  A  la  p.  256,  les  prophéties  de  Jutaula,  reine  de 
Saba.  Ces  prophéties  sont  écrites  en  1733,  d'après  l'indi- 
cation qui  se  trouve  à  la  p.  261  :  Johannes  Baptista  Do- 
bercourt.  Aug.  Gand,  1733.  A  la  p.  262,  commence  un 
supplément  à  la  Chronique  mentionnée;  l'auteur  dit  l'avoir 
tiré  de  Geriet  J^an  Span ,  by  een  ghebracht  en  ghedruckt 
tôt  Boterdam,  1701.  Dans  le  même  MS.  sont  encore  ras- 
semblées 24  sentences  criminelles  prononcées  par  les 
échevins   de  Gand. 

N.°  35. 

MS.  sur  papier,  de  46  pag. ,  in-folio ,  écriture  moderne , 
ayant  pour  en  tète ,  à  la  pag.  1  :  Supplément  à  la  recherche 
des  antiquités  et  noblesse  de  Flandre ,  par  Philippe  de 
VEspinoy.  Ce  Supplément  continue  la  liste  des  échevins 
des  deux  bans  de  la  ville  de  Gand,  depuis  1631  jusqu'à 
1783. 

N.°  36. 

MS.  sur  papier,  de  32  feuillets,  oblong,  écriture  du 
commencement  du  XVII.e  siècle.  Titre  :  Statuta  Ecclesiœ 
Sancti  Bavonis  juxtà  Gandavum  in  primœva  illîus  in 


(344  ) 

ccclesiam  collccjiatam  crectio?ie,  condita  et  édita.  Ce  sont 
les  statuts  du  chapitre  de  l'église  collégiale  de  S.'-Bavon , 
donnés  par  Lucas  Munich  ;  dernier  abbé  de  ce  monastère , 

en  1537. 

N.°  37. 

MS.  sur  papier,  de  45  feuillets,  écriture  de  1594.  Ce 
sont  les  statuts  de  la  réforme  de  la  règle  de  Citeaux, 
décrétés  dans  le  concile  de  Trente,  et  approuvés  par 
Edmond  A.  Cruce ,  général  de  cet  ordre,  et  par  le  pape 
Clément  VIII,  en  1593. 

N.°  38. 

MS.  sur  papier,  de  1 1 5  feuillets ,  écriture  du  XVII.0  siècle. 
Ce  MS.  contient  des  pièces  relatives  à  l'érection  de  l'église 
de  S.'-Bavon  en  collégiale,  en  1543,  ainsi  que  les  statuts 
et  règles  à  observer  par  le  Chapitre.  Il  s'y  trouve  aussi 
des  chartes  données,  à  cet  effet,  par  Lucas  Munich ,  dernier 
abbé  de  S.'-Bavon.  De  la  page  1 1 1-115,  sont  transcrits  quel- 
ques préceptes  de  Justinien ,  sous  forme  de  maximes. 

N.°  39. 
MS.  sur  papier,  de  117  feuillets,  de  mains  différentes, 
du  XVII.C  siècle.  Ce  sont  les  règles  de  l'ordre  des  Citeaux, 
suivies ,  pag.  64  v.80,  d'une  table  de  tous  les  privilèges  et 
diplômes  accordés  à  cet  ordre,  depuis  l'an  1100.  A  la  suite 
de  cette  partie,  se  trouvent  quelques  résolutions  de  ques- 
tions douteuses. 

N.o  40. 

MS.  sur  papier,  de 67  feuillets,  petit  in-4.°,  écrit  en  1637. 
Ce  sont  les  statuts  accordés  au  couvent  de  femmes  de 
Roosenberg ,  à  Waesmunster,  par  l'évêque  Antoine  Triest. 
La  signature  de  ce  prélat  se  trouve  à  la  fin  d'un  diplôme 
du  28  avril  1637. 

N.°  41. 

MS.  sur  papier,  de  75  feuillets,  in~4.°,  écrit  en  1643. 
Titre  :  Statuta  et  ordinationes  capituli provincialis  cele- 
hrati  in  ccclesia  Sancti  Michaelis  Antverpiœ,  anno  1643. 


(  345  ) 

N.°  42. 

MS.  sur  papier,  de  19  feuillets,  écrit  en  1620,  irt-8°. 
Titre  :  Recœil  de  Joan  d'Hollander,  touchant  les  baillyfs 
du  Vieus-Bourgh,  en  la  ville  de  Gand,  avec-  l'origine 
dudict  office.  Ce  MS. ,  presqu'entièrement  imprimé  dans 
de  l'Espinoy,  présente  peu  d'intérêt. 

N.°  43. 

MS.  sur  papier,  de  55  feuillets,  petit  in-4.°,  écriture 
moderne,  intitulé  à  la  pag.  1  :  Brève  Mémoire  de  la  forme 
des  ressorts  du  gouvernement  politique  des  provinces 
des  Pays-Bas ,  soubs  l'obéissance  de  Sa  Majesté.  Cette 
espèce  de  mémoire ,  composé  à  la  fin  du  XVI.e  siècle  ou 
au  commencement  du  XVU.e  siècle,  est  une  restrospection 
sur  l'histoire  politique  des  Pays-Bas  et  sur  l'état  de  ces 
contrées  à  cette  époque.  L'auteur  passe  en  revue  les  ins- 
titutions de  chaque  province.  M.  Serrure  a  acheté  ce  MS. 
à  la  vente  de  Raepsaet. 

N.°  44. 

MS.  sur  papier,  de  94  feuillets,  in-4.°,  écriture  du 
XVIII.e  siècle.  Titre  :  Abrégé  de  l'histoire  de  Dunkerque 
commencée  en  Vannée  de  la  naissance  de  notre  seigneur 
J.-C.  jusqu'à  la  démolition  de  cette  ville ,  citadelle ,  fo?*ts 
et  port  et  son  comblement,  avec  l'entrée  des  Anglais  et  la 
construction  du  nouveau  canal  et  écluse  de  Mardick , 
finie  en  l'année  1715. 

N.°  45. 

MS.  sur  papier,  de  200  feuillets ,  in-folio ,  écriture  du 
XVW.C  siècle.  Titre  :  Dit  zyn  de  costumen  die  den  bailliu 
en  schepenen  der  heerlyckhede  van  Sinte  Vieters  nevens 
Ghendt  toebehoo rende,  den  eerweerden  heere  ende  vader 
in  Godt,  mynheer  denprelaet  ende  der  kercken  van  Sinte 
Pieters  cloosterc  overgegeven  hebben  volgende  de  lastinghe 

2â 


(  346  ) 

van  Si/ne  Map  hemlieden  gedaén  ait  y  dis  onder  correctie 
van  hemlieden  myne  heeren ,  tcn  desen  gecommiteert.  Ce 
sont  les  coutumes  qu'on  observait  dans  la  cour  féodale  de 
S.l-Pierre  et  dans  les  possessions  territoriales  de  cette 
abbaye.  11  s'y  trouve  aussi  quelques  ordonnances,  des 
lettres,  des  notices  historiques,  etc.  C'est  en  partie  la  copie 
des  MSS.  analysés  aux  numéros  47  et  48. 

N.°  46. 

MS.  sur  papier,  de  179  feuillets,  de  différentes  mains; 
au  bas  de  la  page  62  r.°,  on  lit  :  Finis  1737 ' ,  J.  Tellîers. 
Cette  partie  du  MS.  semble  faire  suite  au  précédent.  A  la 
page  63  commence  une  espèce  de  mémoire  en  faveur  de 
l'abbaye  de  S.'-Pierre,  et  portant  pour  titre  :  Advertisse- 
ment  ende  applicat  omme  den  prelaet  van  Sinte  Vieters 
clooster,  nevens  Ghendt,  tôt  voldoeninge  van  de  hrieven 
van  haerlieder  serenissime  Hoogheden,  van  den  29  septem- 

£erl620. 

N.  47. 

MS.  sur  papier,  de  81  feuillets,  in-4.°,  écriture  du 
XVIÏÏ.e  siècle:  ce  sont  :  1.°  les  coutumes  de  S.'-Pierre, 
en  flamand,  telles  quelles  furent  soumises  à  l'homologation 
du  Conseil  de  Flandre,  le  5  mars  1546;  2.°  les  coutumes 
de  la  cour  féodale  de  S.'-Pierre,  soumises  à  l'homologation 
du  même  Conseil,  le  23  mai  1540. 

N.°  48. 

MS.  sur  papier,  de  37  feuillets,  petit  in-4.°,  écriture  de 
1650.  Ce  sont  encore  des  coutumes  de  la  même  abbaye. 

N.°  49. 

MS.  sur  papier,  de  280  feuillets,  in-folio,  écriture  du 
XVII.e  siècle,  portant  au  dos  :  S.ie  Pieters  neffetis  Ghendt. 
De  la  page  4-26  v.°,  ce  MS.  donne  des  détails  locaux  sur 


(347) 

les  édifices  et  les  monastères  de  Gand,  quelques  actes 
concernant  l'inauguration  des  souverains,  etc.  De  la 
page  40-98  r.°,  se  trouve  un  mémoire  plein  d'intérêt  et  de 
science,  composé  par  C.  Van  der  Meere,  en  faveur  de 
l'abbaye  de  S. '-Pierre,  dont  voici  le  titre  :  Den  Spieghel 
van  de  eerweirdighe  heeren  prelaeten  tan  de  aude  wyt 
vermaerde  ende  exempte  ahdyc  van  S.Xe -Pieters  nevens 
Ghendt,  waer  inné  verheelt  ende  verthoont  worden  de 
principaele  prerogatieven ,  vryheden ,  privilegien ,  juris- 
dictien  ende  vermoeghen  de  voors."  abdye  ende  kercke 
van  S  S* -Pieters  competerende ,  gepresenteert  ende  opge- 
draeghen  aen  den  seer  eerweerdighen  heere  ende  vader 
in  gode  heer  Rohertus  IVillocqueau ,  prelaet  van  de 
voors.e  kercke  der  abdye  van  sinte  Pieters ,  prince  van 
Camphin,  grave  van  Harne ,  primaet  van  Vlaenderen, 
hee?*e  van  het  voorseyde  S.ie-Pieters ,  Zwynaerde,  Zeever- 
ghem,  Afsnede ,  $.ie-Denys ,  Baerle ,  Desselghem ,  Saffe- 
lacre,  Letterhauthem,  etc.,  door  meester  Cornelis  van 
der  Meere,  advocaet  in  den  raed  van  Vlaenderen  ende 
greffier  van  den  opperleenhove  van  Sinte  Pieters  voor- 
noempt,  V  synder  blyde  aencompste  ende  inauguratie, 
gebeurt  den  vierden  van  meye,  1681.  C'est  une  véritable 
histoire  de  cette  abbaye  et  de  ses  droits,  appuyés  sur  des 
témoignages  authentiques,  et  des  citations  d'auteurs  qu'on 
rencontre  à  chaque  page.  11  existe  cinq  copies  de  ce  Mé- 
moire aux  Archives  (V.  les  N.08suivanis)  et  une  à  la  Biblio- 
thèquede  l'Université.  De  la  page  100  à  la  fin,  sont  transcrits 
des  privilèges  ,  lettres ,  ordonnances  ,  etc. ,  concernant 
l'abbaye  de  S.l-Pierre ,  ses  fonctionnaires,  ses  propriétés, 
sa  juridiction,  etc.  Une  table  des  matières  se  trouve  à  la 

fin  du  MS. 

N.°  50. 

MS.  sur  papier,  de  132  feuillets,  écriture  moderne.  De 
la  page  1  -47  v.°.  est  transcrit  un  mémoire  composé  en  1621, 
en  fa°veur  de  l'abbaye  de  S.'-Pierre.  C'est  une  copie  du 


(  348  ) 

mémoire  qui  se  trouve  indiqué  au  N.°  46.  De  la  page  48 
à  la  fin ,  est  transcrite  une  copie  du  mémoire  de  Van  der 
Meere.  indiqué  au  N.°  49  et  intitulé  :  Den  Spieghel  de?- 
Prelaeten. 

N.°  51. 

MS.  sur  papier,  de  79  feuillets,  écriture  moderne.  C'est 
une  copie  du  N.°  49. 

N.°  52. 

MS.  sur  papier,  de  101  pages,  écriture  moderne.  C'est 
une  troisième  copie  du  N.°  49. 

N.°  53. 

MS.  sur  papier,  de  149  feuillets,  écriture  moderne. 
,De  la  page  1-107  v.°,  c'est  une  quatrième  copie  du  N.°  49. 
De  la  page  108-146,  se  trouve  écrite  d'une  autre  main, 
une  Chronique  de  Gand,  ayant  pour  titre  :  Boek  de?' 
geschiedemsse  binnen  Ghendt  ende  andere  quartieren , 
anno  1538.  Cette  Chronique  commence  à  l'année  1538 
et  finit  en  1590.  Pour  la  partie  qui  comprend  l'époque 
historique  entre  1538  et  1590,  c'est  la  copie  de  la 
chronique  mentionnée  au  N.°  19.  Aux  pages  148  et  149 
est  insérée  la  relation  du  pillage  de  l'ahbaye  de  S.l-Pierre, 
ordonné  par  le  fameux  Hembyse,  dans  la  nuit  de  S.'- 
Barthélemy,  1578. 

N.o  54. 

MS.  sur  parchemin ,  de  1 49  feuillets ,  portant  au  dos  : 
Martyrologium.  Sur  les  quatre  premiers  feuillets,  qui  sont 
fortement  endommagés,  se  trouvent  transcrits,  de  mains 
différentes,  quelques  vers  sur  les  événements  de  la  Flandre 
de  1467-1500;  —  un  fragment  de  musique  ancienne;  — 
une  courte  Chronique  de  l'abbaye  de  Ninove,  d'où  ce  MS. 
provient.  —  A  la  page  5  r.°,  commence  le  martyrologe 
d'Usuard,  écriture  soignée  du  XII.e  siècle.  Les  majuscules 


(  349  ) 

vt  les  jours  des  mois  sont  coloriés.  À  la  page  76  r.«,  se  trouve 
une  petite  chronique  de  900  à  1272.  —  A  la  page  77 
commence  le  nécrologe  ou  obituaire  de  l'abbaye  de 
Ninove ,  dont  le  fond  semble  être  de  la  même  main  et  de 
la  même  époque  que  le  martyrologe  d'Usuard.  A  chaque 
page,  on  rencontre  une  foule  d'interpolations,  de  notes 
et  de  corrections  d'écritures  différentes,  depuis  le  XII.0 
jusqu'au  XVIIIe  siècle.  Ce  nécrologe  est  extrêmement  pré- 
cieux, à  cause  du  grand  nombre  de  commémorations  dont  il 
y  estfait  mention.  Les  notions  historiques  qu'on  y  rencontre 
sont  très-curieuses ,  et  l'on  y  retrouve  des  renseignements 
sur  des  personnages  de  l'époque,  qu'on  ne  pourrait 
chercher  ailleurs.  Parmi  les  annotations  dont  les  mar- 
ges sont  couvertes,  on  lit  au  bas  de  la  page  102  v.°  un 
passage  intéressant  sur  la  bataille  de  Woeringen;  il  a 
été  inséré  parmi  les  pièces  justificatives  de  la  Rym-Chro- 
nyke  de  Pan  Heelu,  page  384,  publiée  par  M.  Willems. 
Les  feuillets  132  et  133  contiennent  :  une  bulle  du  pape 
Honorius,  de  1285;  une  charte  de  Rodolphe,  abbé  de 
Ninove.  L'obituaire  finit  à  la  page  139  v°.  Le  reste  du 
MS. ,  qui  semble  être  le  fragment  d'un  autre,  contient  des 
prescriptions  a  observer  par  les  moines.  —  Acheté  des 
héritiers  de  M.  Hye-Schoutheer. 

N.°  55. 

MS.  sur  papier,  in-folio,  de  180  feuillets,  écriture  du 
siècle  dernier.  Titre  :  Martyrologium  abbatiœ  affligemen- 
àis.  C'est,  pour  le  fond,  la  copie  d'un  ancien  nécrologe 
ou  obituaire  de  l'abbaye  d'Affligem.  Comme  le  précédent 
il  est  très-curieux  et  contient  la  commémoration  de  tous 
les  moines ,  abbés ,  etc. ,  du  couvent ,  et  les  noms  de  ceux 
qui  dotèrent  le  monastère.  L'original  datait  sans  doute 
du  XII."  siècle,  car  la  commémoration  la  plus  ancienne 
est  de  1136.  La  continuation  de  ce  nécrologe  cesse  à  l'an 
1754.  —  Acheté  des  héritiers  de  31.  Hye-Schoutheer-, 


(  350  j 

N.°  56. 

MS.  sur  papier,  de  22  feuillets.  C'est  une  copie  moderne 
d'un  ancien  nécrologe  de  l'église  de  S.'-Jean,  maintenant 
Saint-Bavon,  à  Gand.  L'original,  écrit  au  commencement 
du  XIV.e  siècle,  se  trouve  à  la  Bibliothèque  de  l'Université, 
à  Gand.  —  Acheté  à  la  vente  d' '  Hye-Schoutkeer. 

N.°  57. 

MS.  en  deux  volumes,  sur  papier,  écriture  moderne, 
bien  soignée;  portant  au  dos  :  Chronologia  et  Annales 
abbatïœ  S. -Pétri.  Une  foule  de  pièces  historiques  se  ren- 
contre dans  cet  ouvrage.  Un  index  détaillé  commence 
chaque  volume.  La  plupart  de  ces  pièces  concernent  l'his- 
toire des  abbayes  de  S.l-Pierre  et  de  S.'-Bavon,  de  la  ville 
de  Gand,  de  la  Flandre  en  général,  etc.  Ce  SIS.  contient 
encore  huit  figures  coloriées.  —  Acheté  à  M.  De  Laval , 
sous-bibliothécaire  de  l'Université. 

N.°  58. 

MS.  sur  papier,  in-folio ,  écriture  moderne.  Titre  :  Avis 
de  Monsieur  Fariseau,  conseiller,  à  son  Altesse  sérènissime 
Ma?'ie  Elisabeth }  gouvernante  des  Pays-Bas.  C'est  un 
Mémoire  présenté  sur  l'établissement  de  la  censure  des 
livres  dans  les  Pays-Bas ,  et  partant  sur  le  commerce  de  la 
librairie. 

W.0â  59, 60,61, 62,  63.  Ce  sont  autant  de  copies  du  N.°  58. 

Tels  sont  les  MSS.  historiques  proprement  dits ,  qui  se 
trouvent  déposés  aux  Archives  de  la  province.  Des  notices 
séparées  seront  consacrées  aux  carlulaires,  terriers,  livres 
de  rente  et  de  cens,  etc. ,  qu'on  y  conserve  aussi  en  assez 
grande  quantité. 

Jules  De  Saim-Ge>ois. 


(  351  ) 


institution 

DE  LA  COMMUNE  D'YPRES. 


On  a  beaucoup  écrit  sur  l'institution  des  communes, 
«  à  la  naissance  desquelles  donnait  lieu  le  serment  que 
»  les  habitants  des  villes  prêtèrent,  sur  les  choses  saintes, 
»  de  se  soutenir  les  uns  les  autres ,  et  de  ne  point  permettre 
»  que,  qui  que  ce  fût,  fît  tort  à  l'un  d'entre  eux,  ou  le 
»  traitât  désormais  en  serf  (1).  »  Les  savants  qui,  dans  la 
Flandre,  se  sont  occupés  de  ce  point  de  notre  histoire 
nationale  ,  ne  nous  apprennent,  cependant,  rien  de  positif 
sur  l'époque  à  laquelle  les  habitants  d'Ypres  ont  contracté, 
entre  eux,  cette  association  et  celte  confédération  qui 
leur  assurèrent  le  droit  de  s'assembler  pour  délibérer  sur 
leurs  affaires,  et  la  jouissance  des  autres  prérogatives  des 
villes  érigées  en  communes.  Aussi,  il  n'est  pas  toujours 
facile  de  préciser  l'origine  des  institutions  du  moyen-âge. 
De  Bast,  chanoine  de  la  cathédrale  de  Gand,  qui  a  publié 
un  ouvrage  intitulé  :  Institution  des  communes  dans  la 
Belgique ,  jiendant  le  XIIe  et  le  XIII.0  siècle,  in-4.°, 
Gand,  1819,  se  borne,  à  la  page  43,  à  faire  remarquer 
qu'il  est  fait  mention  de  la  commune  d'Ypres,  en  1286, 
et  il  renvoie,  pour  appuyer  ce  qu'il  avance,  à  l'inventaire 


(i)  Aug.  Thierry,  Lettr.  sur  THist.  de  France,  i834,  pag.  243,  244- 


(  352  ) 

des  archives  de  la  chambre  des  comptes,  à  Lille,  par  De 
S.'-Genois,  page  743,  premier  cartulaire  de  Flandre, 
pièce  159.  Raepsaet,  auteur  d'un  ouvrage  imprimé  à 
Gand,  en  la  même  année  1819,  et  portant  pour  titre  : 
Histoire  de  l'origine ,  de  l 'organisation  et  des  jjouvoirs 
des  États- Généraux  et  Provinciaux  des  Gaules,  particu- 
lièrement des  Pays-Bas,  en  indiquant,  page  127,  les 
dates  des  chartes  de  liberté,  de  loi  et  de  commune  de  la 
plupart  des  villes  des  Pays-Bas,  et  à  l'égard  de  celle 
d'Ypres,  les  dates  de  1209  et  de  1227,  semble  avoir  eu 
en  vue,  non  les  époques  de  l'institution  de  la  commune 
d'Ypres,  mais  plutôt  les  dates  de  deux  monuments  qui 
autorisaient  les  Yprois  à  renouveler  annuellement,  eux- 
mêmes,  leur  magistrat  5  prérogative  dont  ils  ont  été  en 
possession  long-temps  auparavant.  En  effet,  cet  auteur 
reconnaît  lui-même,  dans  son  Exposition  historique  et 
critique  des  bourgeoisies  ou  communes  des  Pays-Bas  (tra- 
duite en  hollandais) ,  page  30,  que  toutes  les  chartes 
qu'il  a  invoquées  ne  sont  point  des  keures  de  communes , 
mais  que,  parmi  elles,  il  y  en  a  quelques-unes  qui  ne  sont 
que  des  octrois  de  prérogatives  et  de  franchises,  que  l'on 
nommait,  dit-il,  liber tates  sive  communia.  Quoiqu'il  en 
soit,  les  chartes  que  Raepsaet  cite  se  trouvent  dans  les 
archives  de  cette  dernière  ville;  et  dans  la  deuxième  de 
ces  chartes  (celle  de  l'an  1227)  il  est  parlé  de  la  communauté 
(commune)  d'Ypres.  Et  les  échevins  de  cette  ville  ayant 
déclaré,  par  une  ordonnance  du  mois  de  septembre  1280, 
que  le  comte  pouvait  ôter,  quand  il  le  voulait,  les  mauvais 
usages  de  la  ville,  et  faire  de  bonnes  lois  et  coutumes  (1), 
nous  concluons  de  cette  déclaration,  que  ces  échevins 
avaient  eux-mêmes  le  pouvoir  de  faire  des  keures  (2)  et 


(i)  De  Saiut-Genois ,  page  679. 
(aj  Cora ,  cura ,  loi ,  lc.\. 


(    353  ) 

des  statuts,  comme  cela  a  réellement  eu  lieu,  et  qu'ainsi  la 
ville  avait  déjà  été  érigée  en  commune  antérieurement  à 
cette  époque.  Aussi,  comme  le  remarque  De  Bast  (1),  les 
villes  de  commune  étaient  régies  par  des  coutumes  qui  y 
avaient,  de  tout  temps,  été  observées,  ou  par  celles  que 
les  habitants ,  désignés  sous  le  nom  de  bourgeois ,  décla- 
raient vouloir  adopter  ;  en  France ,  «  dans  la  plupart  des 
t>  chartes  de  commune,  les  dispositions  législatives  sont 
»  l'œuvre  de  la  commune  elle-même  (2).  »  Enfin,  M.  le 
professeur  Warnkcenig,  dans  ses  documents  relatifs  à 
l'histoire  des  Trente-Neuf  (échevins  ou  administrateurs  de 
la  ville)  de  Gand ,  page  32 ,  nous  rappelle  que  des  tradi- 
tions, rapportées  dans  nos  chroniques  (celles  de  la  Flan- 
dre), parlent  de  communes  régulières  dans  le  X.e  siècle  > 
telles  qu'Ypres  et  Bruges. 

En  effet,  nous  voyons,  dans  les  annales  manuscrites  de 
la  première  de  ces  deux  villes  (annales  qui  nous  appar- 
tiennent depuis  l'an  1780,  et  que  nous  avons  continuées 
depuis  lors) ,  que ,  peu  de  temps  avant  sa  mort,  arrivée  au 
commencement  de  l'an  910,  Baudouin-le-Chauve,  comte 
de  Flandre,  fit  bâtir,  à  Ypres,  une  maison  communale, 
destinée  à  la  réunion  des  échevins  dans  le  cas  d'insurrec- 
tion du  peuple,  et  lorsque  les  intérêts  de  la  ville  l'exige- 
raient. Tel  est  le  texte  de  cette  partie  de  nos  annales;  et, 
quoique  nous  n'ignorions  pas  qu'on  a  souvent  confondu 
les  villes  de  commune  avec  celles  qui  jouissaient  d'une 
juridiction  municipale,  et  que,  selon  la  remarque  judi- 
cieuse d'un  savant  déjà  nommé  (3),  on  ne  peut  entendre, 
par  ce  nom  de  commune ,  les  conspirations  des  bourgeois 
qui,  pour  s'affranchir  de  l'oppression  de  la  féodalité, 
excitèrent    quelquefois ,     au    XI.e    siècle ,     des    scènes 


(i)  Instit.  des  communes  ,  inlrod.,  page  ni. 

(•2)  Thierry,  Lettr.  sur  l'Hist.  de  France  ,  page  24 3. 

(3)  De  Bast,  lustit.  des  Communes,  page  33. 


(  354  ) 

tumultueuses  et  sanglantes .  nous  croirons  cependant , 
avec  M.  Warnkœnig  ,  et  jusqu'à  ce  qu'on  nous  aura 
prouvé  le  contraire,  que  la  ville  d'Ypres  était  déjà,  au 
X.e  siècle,  une  commune  régulière,  et  ceci  nous  paraît 
être  en  harmonie  avec  la  circonstance  de  la  construction 
de  la  maison  communale.  Car  on  sait  que,  parmi  les 
attributs  des  communes,  on  compte,  non-seulement  le 
droit  d'avoir  un  sceau  particulier,  une  cloche  pour  assem- 
bler les  habitants,  un  beffroi  pour  veiller  à  leur  garde  et 
à  leur  sûreté,  et  une  caisse  ou  trésor  commun ,  mais  aussi 
le  droit  d'avoir  une  maison  ou  hôtel-de-ville,  où  les 
échevins,  choisis  par  les  habitants,  tenaient  leurs  séances  (1  ). 
Les  communautés  bourgeoises  pouvaient  aussi  se  créer  des 
forces  pour  défendre  leurs  villes,  leurs  territoires  et  leurs 
personnes  contre  la  tyrannie  des  seigneurs  féodaux  et  les 
surprises  de  leurs  voisins.  A  cet  effet,  leurs  communes 
avaient  des  tours,  et  elles  étaient  environnées  de  fossés, 
de  remparts  et  quelquefois  de  souterrains.  Une  autre 
prérogative  des  communes ,  c'était  d'avoir  des  lois  écrites 
et  de  ne  pouvoir  être  régies  que  par  elles. 

Nous  savons  que  ce  fut  Philippe  d'Alsace,  comte  de 
Flandre,  qui  érigea  en  communes  la  plupart  des  villes 
de  ce  pays,  comme  il  le  lit,  en  l'an  1178,  à  l'égard 
de  celle  de  Garni,  et  qu'il  approuva  leurs  anciennes  cou- 
tumes ou  leur  en  prescrivit  de  nouvelles,  à  l'instar  de 
ses  devanciers,  et  nommément  de  son  père  Thierri  qui, 
en  1164,  avait  donné  une  keure  aux  habitants  de  Fumes. 
Cependant  nous  avons  lieu  de  croire,  d'après  ce  que 
nous  avons  dit  ci-dessus ,  que  l'institution  de  la  commune 
d'Ypres  est  antérieure  au  règne  de  ce  prince,  et  qu'elle 
date  de  Fan  910.  c'est-à-dire  du  commencement  du  X.e  siè- 


(i)  Raepsaet,  Expos,  liistor.  et  critiq.  des  bourgeoisies  ou  communes 
fies  Pays-Bas ,  page  69. 


(  355  ) 

de,  comme  le  témoignent  nos  chroniques,  invoquées  par 
31.  Warnkœnig.  Alors,  et  c'est  une  nouvelle  preuve  que 
la  ville  d'Ypres  jouissait  des  droits  et  des  immunités 
qui  constituaient  une  commune,  elle  fut  entourée  de 
remparts  et  de  fossés  (1).  Et  si  la  ville  de  Tournai  avait 
une  régence  municipale  avant  qu'elle  fut  érigée  en  com- 
mune (2),  il  en  étail  de  même  à  l'égard  de  la  ville  d'Ypres, 
où  il  y  avait  des  magistrats  en  903 ,  et  même  dès 
l'an  805  (3);  plusieurs  autres  villes,  indiquées  par  De 
Bast  (4) ,  étaient  aussi  dans  ce  cas. 

Ce  savant  donne  encore  des  élucidations  qui  ne  sont 
pas  étrangères  à  notre  opinion.  Il  dit  :  «  Ce  n'est  pas  que 
»  l'on  puisse  regarder  généralement  tous  les  diplômes 
»  du  XII.e  et  du  XIII.e  siècle,  comme  des  établissements 
»  de  communes,  et  que  d'autres  circonstances,  dans  les- 
»  quelles  ces  lois  ont  été  données,  jettent  souvent  de  gran- 
»  des  lumières  sur  un  fait,  que  les  diplômes  mêmes  ne 
»  nous  apprennent  point  précisément  (5).  »  Que  l'on  com- 
pare ici  la  date  des  lois  données  à  la  ville  d'Ypres  (en  1171 
ou  1174)  (6),  avec  celle  de  la  fondation  de  la  maison 
communale  (en  910)  ! 

Au  reste,  il  a  été  observé  que  «  plusieurs  diplômes  du 
»  XII.e  et  du  XIII.0  siècle  entendent ,  sous  le  nom  de  fran- 
»  chises,  privilèges,  exemptions,  lois,  keures  ou  chores 
»  accordés,  l'institution  ou  la  confirmation  d'une  com- 
»  mune,  quoique  la  concession  de  ce  droit  ne  soit  pas 
»  littéralement  énoncée  dans  ces  chartes.  Aussi,  suivant 


(i)  Annal,  manuscr.  d'Ypres,  ad  ann.  910. 

(2)  Raepsaet,  Expos.,  page  5o. 

(3)  Aimai,  manuscr.  d'Ypres. 

(4)  Supplem.  au  Recueil  d'antiq.,  pages  1  5q  et  160. 

(5)  Ibid. ,  page  i65. 

(6)  M.  Warnkoeuig  dit ,  dans  son  Ilist.  deFland.,  tome  1  ,  page  10,7, 
<pie  ce  fut  en  cette  année  11-74?  rIue  Philippe  d'Alsace  donna  à  la  ville 
d'Ypres  un  droit  municipal  (loi,  constitution)  exactement  défiai. 


(  356  ) 

»  un  usage  bizarre  de  ce  temps,  quelquefois  ces  lettres  ne 
»  contiennent  que  des  lois  pénales  (1).  »  On  peut  classer, 
dans  cette  catégorie ,  les  lois  et  les  coutumes  d'Ypres ,  de 
Gand,  etc. 

Quant  à  celles  données  aux  Yprois,  elles  ne  portent 
point  de  date,  et  se  trouvent  transcrites  d'abord  au  car- 
tulaire  de  la  ville,  livre  rouge,  f.°  45  à  48,  et  aussi 
sur  une  feuille  détachée ,  en  parchemin ,  également  sans 
date,  sans  signature  et  sans  souscription  de  témoins,  (nous 
avons  découvert  cette  feuille  dans  un  ancien  registre  de 
keures)  (2),  et  nous  présumons  que  (bien  qu'il  nous 
semble  ,  comme  nous  l'avons  cru  d'abord  (3)  ,  d'après 
leur  intitulé,  que  le  fils  de  Thierri  d'Alsace  les  donna  en 
deux  fois,  comme  il  a  été  fait,  en  1229  et  en  1234,  à 
l'égard  de  la  ville  de  Bruxelles),  les  premières  ont,  au 
moins  en  partie ,  été  extraites  de  celles  que  Baudouin- 
le-Chauve  (qui  fonda,  ou  permit  la  construction  de  la 
maison  communale),  fit  rédiger  lorsque,  par  le  fait  de 
cette  fondation,  la  ville  d'Ypres  a  été  instituée  en  com- 
mune. Cela  est  surtout  probable,  parce  que,  «  quand 
»  un  nouveau  comte  de  Flandre,  confirmait  ou  chan- 
»  geait  la  charte  d'une  commune,  il  était  très-rare  qu'il 
»  énonçât,  dans  les  nouvelles  lettres,  le  nom  du  prince 
»  qui  avait  donné  la  charte  primitive,  et  ceux  de  ses  de- 
»  vanciers  qui  l'avaient  déjà  confirmée  :  dans  la  plu- 
»  part  de  ces  nouvelles  lettres  ou  diplômes ,  le  prince  se 
y>  bornait  à  changer  la  date  de  la  charte,  et  à  substi- 
»  tuer  son  nom  et  son  sceau  à  ceux  de  son  prédécesseur 
»  immédiat  (4).  »  Quoiqu'il  en   soit,  il   est  toujours  vrai 


(i)  Ibid. ,  pages  if>4  et  i65. 

(2)  Au  i.er  bureau  voûté ,  armoire  F,  case  5,  n.°  9. 

(3)  Mémoire  couronné  à  Saint-Oiner,  en  i833,  note  (D). 
(j)  Dicricx,  Méra.  sur  la  ville  de  liancl  t  tome  1  ,  page  98. 


(  357  ) 

que  la  première  charte  de  l'institution  de  la  commune 
d'Ypres  n'est  point  parvenue  jusqu'à  nous. 

Nous  croyons  faire  plaisir,  aux  amateurs  de  l'histoire 
du  moyen-âge,  de  transcrire  ici,  littéralement,  les  lois  et 
les  coutumes  d'Ypres  qui  sont  consignées  dans  le  livre 
rouge  ;  nous  indiquerons  ensuite  les  additions  et  les  chan- 
gements qui ,  probablement ,  y  ont  été  faits  du  temps  de 
Philippe  d'Alsace  ;  elles  sont  ainsi  conçues  : 

«  Ce  sont  les  loys  données  as  eschevins  et  a  la  commu- 
naulte  de  le  vile  dYpre  de  Philippe  de  bonne  mémoire 
conte  de  Flandres  et  de  Vermendois. 

»  (1)  Se  aucun  a  faict  a  aultre  aulcune  plaie  dedens  les 
banlieuwes  de  le  vile  dYpre  et  ce  est  cognut  par  le  vérité 
des  eschevins  ,  de  quel  cose  que  ce  soit  faict ,  et  cil  qui  le 
plaie  a  faict  doit  eslre  semons  sour  le  markiet  par  les 
eschevins  et  par  le  justice  le  conte ,  se  ce  nest  cose  quil  ait 
aulcun  fief  dedens  les  banlieuwes  de  le  dicte  ville  qui 
appartiengne  a  aulcun,  liquel  doit  être  frans,  et  cieus  qui 
est  semons  a  droit  sil  se  représente  devant  eschevins  quand 
le  vérité  est  enquise  de  celi  qui  le  plaie  a  fait ,  ce  fourfaict 
lui  convient  amender  de  lx.  livres ,  et  se  eschevins  sevent 
que  cil  na  mie  faict  le  plaie,  il  est  quittes  et  empais,  et  se 
cil  qui  est  semons  de  venir  a  droict  ne  se  présente  devant 
eschevins  au  jour  qu'il  est  semons ,  il  est  en  fourfaict  de 
lx  livres,  et  li  eschevins  peuent  abatre  sa  maison  se  li 
mesfaisest  faict  sur  eschevins,  et  se  ne  le  peuent  eschevins 
mettre  en  respit ,  mais  ils  ne  peuent  mie  de  tout  pardonner, 
se  ce  nest  par  le  volente  du  conte.  » 

«(2)  Item  se  aulcun  assalist  auteur  en  sa  maison  dont 
plainte  soit  faicte ,  li  eschevins  et  li  justice  le  conte  poront 
regarder  se  maison ,  et  se  li  eschevins  peuent  appercevoir 
en  la  maison  laissant,  chil  de  cui  le  clamis  est  faict  doit 
estre  semons,  et  sil  se  présente  devant  eschevins,  et  il 
peuent  entendre  quil  a  faict  cil  assaut,  il  pert  lx  livres 7 


(  358  ) 

et  se  cil  qui  est  semons  ne  vient  a  drôict ,  il  est  a  Ix  livres 
et  banni  du  faict ,  et  se  aulcun  aultre  aient  este  a  tel  assaut , 
de  qui  clamis  ne  soit  mie  faiet,  se  li  cuens  sur  ce  requesist 
vérité,  eschevins  doivent  enquerire  le  vérité ,  et  quiconque 
soit  pourtrais  par  le  vérité  des  eschevins  de  tel  assaut, 
chacun  qui  est  pourtrais  est  en  fourfaict  de  Ix  livres,  aussi 
bien  que  plainte  fust  faicte  de  luy ,  et  se  li  eschevins  en  le 
maison  ne  peuent  congnaistre  nul  assaut ,  sour  chou  doit 
on  enquérir  le  vérité.  » 

»  (3)  Item  se  aulcun  ait  cachut  aultre  darme  moblue 
dedens  le  banlieuwe  de  le  ville  dYpre,  et  il  soit  jugict 
par  le  vérité  des  eschevins,  il  est  pourtrais  de  lx  livres.  » 

a  (4)  Item  se  aulcun  est  assalis,  quel  quil  face  pour  son 
corps  deffendre ,  il  nest  mie  tenu  en  fourfaict.  » 

«  (5)  Item  quy  aulcun  banyt  ochira ,  en  chou  ne  fera  il 
nul  fourfaict.  » 

«  (6)  Qui  conques  est  convaincu  par  tesmoignaige  des 
eschevins  de  rapine,  cest  sur  le  hart.  » 

«  (7)  Quelle  accordance  que  banis  face  au  conte  ne  ke 
dont  il  demeure  bannis  jusques  celle  heure  quil  ait  donne 
lx  livres  as  besoingnes  de  le  vile  dYpre.  » 

«  (8)  Quiconques  fera  forche  a  aultre ,  il  est  en  fourfaire 
de  lx  sols  au  conte  et  lx  sols  au  plaintyf ,  et  doibt  reslorer 
le  dommage  de  le  forche.  » 

«  (9)  Quiconques  bannis  de  fourfaict  de  lx  livres  re- 
chevra  en  son  hostel ,  et  le  bailly  de  che  ais  cognoissance 
de  deux  eschevins,  il  est  en  fourfaict  de  lx  livres.  » 

«  (10)  Qui  aucun  de  fust  ou  baston  aura  ferut,  il  sera  en 
fourfaict  de  x  livres,  et  il  en  est  pourtrais  des  eschevins, 
desquels  x  livres  li  conte  et  li  castellains  auront  vj  livres, 
et  qui  sera  férus  lx  sols ,  a  le  besoigne  de  le  ville  xx  sols.  » 

«(11)  Qui  de  puing  ou  de  paume  ferra,  ou  prendra 
par  les  cheviaus,  et  de  ce  soit  pourtrais  par  eschevins,  il 
devra  lx  sols ,  dont  li  cuens  et  li  castellains  auront  xl  sols , 
cil  quil  a  féru  xv  sols,  et  a  le  besoiugne  de  le  ville  v  sols. » 


(  359  ) 

«(12)  Qui  aucun  traira  a  terre  par  les  cheviaus,  ou 
dépassera  de  ses  pies,  il  dovra  x  livres  x  sols  au  conte  et 
au  castellain,  xv  sols  a  celluy  qui  est  trais  a  terre,  et  a  le 
besoingne  de  le  vile  v  sols.  » 

«  (13)  Qui  aultre  aura  laidengie  de  parolles,  et  il  soit 
convaincus  par  le  tesmoingnaige  de  deux  eschevins,  il  li 
dovra  vsols  et  a  le  justice  xij  deniers.  » 

«  (14)  Quiconque  ne  vaura  donner  trieuwe  de  pays  a 
deux  eschevins  ou  a  plus,  ou  a  paysiers  establis  par  esche- 
vins  ,  il  est  en  fourfaict  de  chascune  discorde  de  lx  livres. 
Se  discorde  ou  guerre  ou  aulcuns  aultres  mauls  viengne 
entre  bonne  gens  dYpre ,  dont  plainte  viengne  as  esche- 
vins, il  le  peuent  amender  et  apaisie  sauf  le  droit  le  conte.  » 

«  (15)  Qui  ne  vaura  tenir  le  composition  et  le  pais  que 
eschevins  aurons  faict,  ou  paisiers  par  eschevins  sour  chou, 
il  est  en  fourfaict  de  lx  livres.  » 

«  (16)  Qui  chou  desdira  que  les  eschevins  arront  affer- 
met  en  jugement  et  en  le  tesmoingnaige ,  il  est  en  fourfaict 
de  lx  livres ,  et  a  chascun  eschevin  x  livres.  » 

«  (17)  Quiconques  mectra  main  a  eschevins  pour  mal, 
et  li  eschevin  tesmoingne ,  il  doit  perdre  lx  livres.  » 

a  (18)  Quiconques  aura  femme  efforchie  par  forche, 
et  il  est  convaincus  par  le  vérité  des  eschevins,  il  sera 
condempnez  a  le  hart.  » 

«(19)  Apres  sachent  tous  que  homme  qui  soit  dYpre, 
quel  cose  ne  quel  fourfaict  quil  face ,  il  ne  peut  plus  per- 
dre que  lx  livres,  sil  ne  soit  loyaulment  convaincus  par 
eschevins  de  reuberie  ou  de  larchin ,  si  comme  il  est  dit , 
ou  de  fausseté,  ou  qu'il  ait  homme  occhis,  et  se  aulcun 
occhist  homme,  il  dovra  teste  pour  teste  et  toutes  ses  coses 
sans  contredit  seront  au  conte,  s'il  est  convaincus  de  le 
homicide  par  le  vérité  des  eschevins,  sauve  le  moitié  des 
biens  qui  doibvent  demourer  a  la  femme  du  maufacteur.  » 

«(20)  Se  li  eschevins,  par  amendement  de  la  vile  et 
par  la  grâce  et  lassentiment  de  le  justice  le  conte,  aient 


(  360  ) 

mis  ban  en  pain  et  vin  et  en  toutes  aultres  marchandises  t 
le  moictiet  des  fourfaicts  doivent  estre  li  conte  et  lautre 
moitiet  le  castellain  et  la  vile.  » 

«(21)  Se  marchans  ou  aultres  estranges  homs,  viengne 
devant  eschevins  pour  justice,  et  cil  de  qui  il  se  plaint 
soient  présent,  ou  puissent  estre  trouve  dedens  tierch  ou 
dedens  huict  jours,  li  eschevins  le  doivent  faire  plaine 
justice  selonc  le  loyde  le  vile.  » 

«  (22)  Se  aucuns  apporte  devant  eschevins  faus  tesmoin- 
gnaige  de  coses  enfraintes  de  le  vile,  et  li  eschevins  le 
peuent  savoir,  il  est  a  lx  livres.  » 

«  (23)  Se  ung  eschevin  soit  convaincus  de  fausseté  par 
tesmoingnaige  des  eschevins  qui  sont  si  per,  il  le  doit 
amender  par  le  jugement  de  ses  pers.  » 

«  (24)  Se  li  eschevins  sont  semons  del  conte  ou  del  mi- 
nistre le  conte,  sour  aulcune  cose  quil  aient  faict  faus 
jugement,  li  cuens  les  peut  constraindre  par  le  jugement 
des  eschevins  des  aultres  quatre  bonnes  villes  de  Flandre, 
cest  assavoir  Gand,  Bruges,  Lille  et  Douay,  et  se  ils  sont 
convaincus,  ils  amenderont  par  le  jugement  des  eschevins 
des  quatre  bonnes  villes  devant  dictes,  et  de  toutes  les  fois 
que  eschevins  seront  semons  sour  cette  manière  de  fauseteit, 
en  nulle  manière  ne  pourront  contredire,  que  il  ne  tien- 
gnent  certain  jour  en  une  des  bonnes  villes  devant  dictes, 
et  de  toutes  aultres  coses  qui  appartiennent  au  conte,  li 
bourgeois  dYpre  tenneront  plait  en  le  ville  dYpre,  par- 
devant  le  conte  ou  pardevant  celi  que  li  cuens  aura  mis  en 
son  lieu  pour  tenir  la  justice,  et  ils  reponderont  de  toutes 
coses  a  la  semonce  de  celi  qui  iert  et  service  le  conte.  » 

a  (25)  Quant  eschevins  entendent  par  bonne  gens  du 
commun  de  le  vile  dYpre ,  que  aucuns  estatus  soit  pour- 
fy  table  a  la  communaulte  de  le  vile ,  et  il  leur  semble 
par  leur  serment  que  ce  soit  commun  pourfyt  de  le  vile, 
li  sires  y  doit  mectre  son  assent,  ou  cil  qui  sera  en  son 
lieu  doit  mectre  son  assent  a  ce  que  eschevins  peuent  faire 


(  361  ) 

tel  estatut  et  taire  cryer  par  le  bailli  ou  par  le  castellain 
aveuc  esehevins,  sur  telle  paine  que  leur  semble  raison, 
et  quant  bonnes  gens  du  commun  de  le  vile  dYpre  mons- 
trent  as  esehevins  que  aucun  estatut  soit  dommagieus  a 
la  communaulte  de  le  vile ,  et  il  semble  aux  esehevins  par 
leur  serment  quil  est  dammagieus  au  commun,  li  cuens, 
ou  cil  qui  tenra  son  lieu,  doit  abatre  a  le  requeste  des 
esehevins.  » 

«  (26)  Quiconque  meurt  bourgeois  de  le  vile  dYpre, 
tous  ses  biens  quil  a  au  temps  de  son  trespas,  heritaiges 
et  meubles,  doivent  estre  party  a  leloy,  as  us  et  coustumes 
de  le  vile,  en  quelconque  lieu  quil  soient,  et  doivent  li 
hoir  ou  leur  parens,  sils  estoient  de  soubs  eage ,  venir 
pardevant  esehevins  pour  prendre  parchonniers  a  partir 
les  biens  devant  dis .  et  a  chou  doit  on  distraindre  li  hoirs 
quil  viengnent  partir  a  le  loy,  aus  us  et  coustumes  de  le 
vile  dYpre,  aussi  bien  les  biens  et  li  héritages  qui  sont 
gissant  dehors  leschevinage  comme  dedens.  » 

a  (27)  Et  se  aulcun  bourgeois  mespresist  lung  vers  lautre 
hors  del  eschevinaige ,  et  se  partesist  des  calengiet  du 
lieu,  esehevins  dYpre  de  celluy  meffaict  aroient  la  co- 
gnoissance  deux  appaisier  de  le  qualité  du  meffaict.  » 

Voici,  maintenant,  les  changements  que  ces  lois  ont 
subis ,  et  les  additions  qui  y  ont  été  laites. 

A  l'article  l.cr,  au  lieu  des  mots  dedens  les  banlieuwes 
de  le  vile  dYpre ,  on  a  substitué  ceux-ci  :  dedens  le  croix 
sainte  Godelief  devers  Messines,  et  dedens  le  crois  Saint- 
Winnoc  devers  Courtray,  et  dedens  le  crois  Saint-Jehan 
devers  Dickemue ,  et  dedens  le  crois  del  Upstal.  —  Ce 
changement  nous  paraît  avoir  dû  être  fait,  parce  que, 
lors  de  l'émission  des  premières  lois ,  les  crois  (faubourgs) 
n'existaient  pas  encore. 

Art.  3.  Au  lieu  Garnie  moblue  dedens  le  banlieuwe , 
on  lit  ici  :  darme  esmolue  dedens  ches  chermes  (crois, 

2-i 


(  362  ) 

faubourgs).  —  Voyez  l'observation  à  l'article  précédent. 

Art.  6.  Ici  on  a  adouci  la  peine  de  ceux  qui  se  rendraient 
counables  de  rapine,  car,  au  lieu  de  la  hart,  ils  encou- 
raient seulement  une  amende  de  Ix  livres,  et  devaient 
réparer  le  dommage  causé  par  la  rapine. 

Art.  8.  Ne  figure  pas  dans  les  changements  faits  aux. 
premières  lois. 

Art.  12.  Y  a  également  été  omis. 

Art.  14.  A  été  divisé  en  deux  paragraphes,  et  l'on  a 
supprimé  les  mots  ou  a  paysiers  estahlis  par  eschevins. 
On  a  ainsi  substitué  ces  derniers  aux. paysiers  (pacificateurs) 
des  dissentions  de  la  ville,  des  familles  et  des  particuliers. 
On  croit  voir  ici  des  traces  de  l'institution  des  juges-de-paix. 

Art.  18.  Au  lieu  des  mots  il  sera  condempnez  a  le  hart , 
sont  mis  ceux-ci  :  il  sera  condampneis  de  chele  meisme 
paine  de  le  quele  li  mau facteur  seulent  estre  condampneit 
en  cheste  manière ,  en  Flandres ,  par  les  ancisseurs  le  conte. 

Art.  19.  La  dernière  phrase  de  cet  article,  sauve  le 
moitié  des  biens  qui  doibvent  demeurer  a  la  femme  du 
maufacteur,  est  supprimée. 

Après  cet  article,  sur  la  feuille  détachée,  se  trouvent 
les  quatre  suivants  : 

(A)  Nul  ki  soit  manans  dedens  le  terme  des  crois,  ne 
puent  porteir  espee,  sil  nest  marchans  ou  autres  qui 
trespasse  par  le  ville  pour  se  besoigne,  et  sil  entre  en  le 
vile  pour  demorer,  il  li  convient  laissier  sespee  hors  de  le 
vile  et  fourbourc ,  et  se  il  ne  le  fait  il  perdra  lespee  et  lx 
sols. 

(B).  Les  justices  le  conte  qui  le  pais  de  la  vile  ont  a 
garder,  peuent  nuit  et  jour  porter  armes.  —  Les  justices 
(officiers  du  comte)  remplacent  ici  les  paysiers  (pacifica- 
teurs) de  l'article  14. 

(C).  Li  hommes  dYpre  peuent  porter  et  raporter  lor 
espees  endemenuers  quil  issent  de  le  vile  es  raument. 


(  363  ) 

(D).  Se  aucuns  diaus  face  demoranche  ou  voist  par  le 
vile  sespee  portant,  il  perdra  lx  sols  et  sespee. 

Après  l'article  20 ,  il  y  en  a  un  autre  ainsi  conçu  : 

Nus  ne  doit  loeir  estai  el  marchiet  le  conte,  et  se  il  le 
fait,  il  donra  au  conte  lx  sols. 

À  la  suite  de  l'article  22  se  trouve  le  suivant  : 

Quant  aucuns  eschevin  muert ,  uns  autres  doit  estre  fais 
par  élection  le  conte  ne  nus  aultres. 

Art.  24.  La  connaissance  des  affaires  en  fait  de  faux 
jugements,  rendus  par  les  échevins  d'Ypres,  est  ici  attri- 
buée aux  eschevins  d'Arras  ou  autre  eschevins  qui  tienent 
chele  meisme  loy  (Bruges  et  Gand  étaient  dans  ce  cas)  (l). 

Le  paragraphe  fmal  du  dernier  article  des  lois,  écrites 
sur  la  feuille  détachée ,  porte  :  H  eschevins  ni  H  horgoie 
ne  porront  nule  chose  mettre  ni  muer  ni  amendeir,  se  ce 
nest  par  le  consentement  del  conte ,  ou  par  le  consentement 
de  chelui  que  li  quens  aura  mis  en  son  lieu  pour  se  justice 
tenir. 

Nous  voyons  que,  dans  les  premières  de  ces  lois,  il  est 
parlé  trois  fois  de  la  communaulte  (commune)  d'Ypres; 
que  les  échevins  avaient  le  droit  d'établir  des  paysiers 
(pacificateurs) ,  chargés  de  concilier  les  dissentions  et  les 
discordes  qui  s'élevaient  entre  les  habitants  ;  que  la  peine 
du  talion  était  aussi  en  usage  à  Ypres ,  lors  de  l'émanation 
de  ces  mêmes  lois,  et  que  le  partage  des  biens  délaissés 
par  les  bourgeois,  devait  être  fait  suivant  les  usages  et  les 
coutumes  de  la  ville.  Cette  dernière  stipulation  nous  fait 
croire  que,  dans  le  même  temps,  il  y  existait  déjà,  depuis 
quelques  siècles,  des  coutumes  locales,  qui  étaient,  si 
non  écrites,  au  moins  consacrées  par  l'usage. 

Enfin ,  ces  lois ,  qui ,  nous  le  répétons ,  selon  leur  inti- 


(i)  Diericx,  Mém.  sur  la  ville  de  Gand,  tom.  I,  page  no. 


(  364  ) 

tulé,  ont  été  données  aux  échevins  et  à  la  communauté 
d'Ypres,  par  Philippe,  de  bonne  mémoire,  comte  de  Flan- 
dre et  de  Vermandois,  ont  été  originairement  rédigées  en 
latin:  car  les  documents  d'une  date  antérieure  à  la  deuxième 
moitié  du  XIII.e  siècle,  étaient  tous  en  cette  langue,  et 
elles  ont  été  traduites  en  français  vers  la  même  époque, 
c'est-à-dire,  à  en  juger  d'après  les  mots  de  bo?me  mé- 
moire,  long-temps  après  la  mort  du  comte  Philippe,  afin 
que  les  habitants,  auxquels  cet  idiome  était,  sans  doute, 
plus  connu,  pussent  se  les  rendre  familières.  Nous  les 
avons  comparées  avec  celles  que  ce  prince  prescrivit  aux 
Gantois,  en  1178  (1),  et  nous  avons  reconnu,  qu'au 
moyen  des  additions  et  des  changements  qui  ont  été  faits 
aux  premières,  les  unes  et  les  autres  renferment,  à  peu  de 
chose  près,  les  mêmes  dispositions  :  aussi ,  il  nous  semble 
prouvé  que  les  lois  de  Gand  ont  été  modelées  sur  celles 
de  la  ville  d'Ypres. 

Lambiw. 


(i)  Annal. -d'Oudeglierst,  par  Lesbroussart ,  tome  I,  page  ,\iG. 


(  365  ) 


Hotice 

SUR  UN  VASE  DE  TERRE  CUITE,  PRÉSUMÉ  ROMAIN. 


Si  dans  mes  conjectures  sur  l'origine  du  vase  que  je 
publie  ici,  j'avais  dû  me  laisser  guider  parla  forme  seule, 
j'avoue  que  je  n'aurais  pas  eu  de  raison  plausible  pour 
l'attribuer  aux  Romains  plutôt  qu'à  tout  autre  peuple 
ancien  ou  moderne.  Celte  forme  est  fort  remarquable  et 
je  la  regarde  comme  inédite;  du  moins  ni  mes  souvenirs, 
ni  les  nouvelles  recherches  que  j'ai  faites  à  ce  sujet,  ne 
m'ont  rien  offert  de  semblable  parmi  les  vases  anciens, 
quelqu'étonnante  que  soit  la  variété  de  leurs  formes. 
A  la  première  vue,  la  couleur  de  la  poterie  m'avait  fait 
soupçonner  qu'elle  pouvait  être  romaine ,  et  j'ai  été 
confirmé  dans  mon  opinion  en  apprenant  du  possesseur 
actuel  du  vase,  M.  Charles  Lebrun,  de  Nivelles,  qu'il  le 
tenait  de  personnes  habitant  un  village  des  environs  de 
cette  ville ,  dans  la  famille  desquelles  il  se  conservait  de 
temps  immémorial,  sans  qu'on  en  connût  la  provenance. 
La  seule  tradition  qui  s'y  rattachât,  c'était  qu'il  avait 
servi  jadis  à  renfermer  les  cendres  d'un  mort  ;  on  se 
gardait  d'y  mettre  du  liquide,  parce  qu'il  disparaissait, 
on  ne  savait  comment. 

La  terre  du  vase  est  d'un  rouge  foncé  et  d'une  qualité 
assez  fine;  sans  atteindre  toutefois  le  degré  de  finesse  qui 
distingue  celle  dont,  se  fabriquait  la  belle  poterie  romaine. 


(  366  ) 

Le  vernis  qui  le  couvre,  et  cela  à  l'extérieur  seulement, 
est  également  d'une  couleur  rouge  foncée.  Sous  le  rapport 
de  la  pâte  et  de  la  nuance  du  vernis ,  cette  poterie  pré- 
sente une  analogie  frappante  avec  un  vase,  brisé  en 
grande  partie,  que  possède  aujourd'hui  le  cabinet  d'An- 
tiques de  l'Université  de  Gand,  et  qui  a  été  acquis  à  la 
vente  de  la  collection  de  feu  le  comte  de  Renesse,  où  il 
était  coté  au  catalogue  sous  le  N.°  387  :  Ce  fragment 
provient,  comme  la  plupart  des  poteries  de  cette  collec- 
tion, des  fouilles  faites  à  Coblence  entre  les  années  1818 
à  1823 ,  lors  de  la  construction  des  fortifications  de  cette 
ville. 

On  a  observé  (1)  qu'en  général  les  poteries  qui  avaient 
été  enfouies  dans  le  sein  de  la  terre  pendant  des  siècles, 
avaient  la  propriété  de  boire  l'eau,  propriété  qui,  à  ce 
que  l'on  prétend,  provient  de  la  dissolution  de  la  partie 
pierreuse  de  la  terre ,  qui  fermait  le  passage  à  l'eau. 
Quelque  soit  la  vraie  cause  de  ce  phénomène,  toujours 
est-il  certain  qu'il  existe  et  qu'il  peut  servir  à  reconnaître 
une  pièce  antique  et  à  préserver  les  amateurs  d'antiquités 
des  pièges  des  faussaires  modernes.  J'ai  répété  moi-même 
l'expérience  sur  plusieurs  vases  du  cabinet  d'Antiques  de 
l'Université  de  Gand ,  et  entre  autres  sur  le  fragment  dont 
il  a  été  parlé  ci-dessus.  Or,  cette  propriété  absorbante, 
le  vase,  qui  nous  occupe,  la  possède  à  un  degré  éminent, 
bien  qu'il  ait  été  soumis  à  une  forte  cuisson.  Durant  les 
premières  minutes  après  que  je  l'eus  rempli  d'eau,  l'ab- 
sorption fut  si  considérable  et  si  rapide  que  le  liquide 
descendait  à  vue  d'ceil;  eile  se  ralentit  ensuite  et  finit 
eulement  au  bout  de  plusieurs  heures,  alors  que  l'eau 
eut  pénétré  toute  l'épaisseur  de  la  poterie  et  se  trouva 


(i)  Voy.  J.  Emele,  Beschreibung  roemischer  und  deulscher  Alter- 
thuemer  in  dem  Gebieteder  Prouinz  Rheinhessen  zu  Tage  gefoerdert. 
Page  8.  Main/.,  i833 ,  in-/,". 


(  367  ) 

arrêtée  par  ia  couche  de  vernis,  lequel  se  rembrunit  à  ce 
contact.  Je  présume  que  les  bonnes  gens,  à  qui  le  vase 
appartenait  jadis ,  n'auront  jamais  attendu  la  fin  de 
l'absorption  et  se  seront  imaginé  que  le  liquide  ,  qu'ils  y 
avaient  verse,  allait  disparaître  entièrement. 

La  tradition,  d'après  laquelle  ce  vase  aurait  contenu 
les  cendres  d'un  homme,  autorise  à  croire  qu'il  fut  trouvé 
dans  un  tombeau,  mais  je  me  persuaderais  difficilement 
qu'il  ait  réellement  renfermé  des  cendres,  bien  que  la 
chose  ne  soit  pas  impossible;  je  pense  plutôt  qu'il  aura 
été  déposé  autour  de  l'urne  cinéraire  avec  d'autres  pote- 
ries, ayant  servi  au  sacrifice  funéraire.  11  serait  difficile 
et  en  tout  cas  hasardeux ,  de  lui  assigner  un  nom  particu- 
lier. A  n'y  considérer  que  la  réunion  d'un  goulot  étroit 
à  un  ventre  large,  on  pourrait  le  ranger  dans  la  classe 
des  lagenœ ,  vases  dans  lesquels  on  mettait  le  vin  sur  la 
table.  On  pourrait  aussi  y  voir  une  urne  ou  hydrie  {iima, 
ûSpi»,  kkXz-v})  }  servant  au  transport  des  liquides  et  que 
l'on  portait  ordinairement  sur  la  tête  ou  sur  l'épaule. 

Le  plus  grand  diamètre  du  ventre  du  vase  se  trouve  à 
sa  partie  inférieure.  De  là  il  va  en  se  rétrécissant  vers 
la  partie  supérieure;  mais  tout  à  coup  il  se  renfle  pour 
former  ce  que  j'appellerais  volontiers  le  ventre  du  goulot 
dont  il  est  surmonté  (voy.  la  pi. ,  fig.  I)  ;  de  façon  que 
l'ensemble  figure  en  quelque  sorte  deux  vases  superposés 
et  liés  l'un  à  l'autre  par  deux  anses  communes.  Autour 
du  ventre  règne  une  ligne  de  fossettes  rondes,  du  fond 
desquelles  s'élèvent  des  petits  mamelons;  ces  fossettes 
sont  séparées  les  unes  des  autres  par  des  cannelures  ou 
tailles  pratiquées  verticalement.  Plus  haut  l'on  voit  deux 
enfoncements  de  forme  pyramidale ,  dont  chacun  est 
décoré  d'un  masque,  ornement  assez  ordinaire  des  vases, 
surtout  de  ceux  destinés  à  mettre  du  vin.  Ces  masques 
sont  en  relief  trsè-saillant ,  mais  d'une  exécution  fort 
mauvaise  et  qui  contraste  singulièrement  avpc  le  fini  de 


(  368  ) 

la  pièce.  Nous  en  donnons  un  dessin  de  grandeur  naturelle 
sous  le  N.°  3.  Le  renflement ,  qui  est  au-dessous  du  col , 
présente  aussi ,  à  deux  de  ses  faces ,  un  creux  rond  avec 
un  mamelon  au  milieu. 

Les  anses  sont  composées  de  deux  pièces  s'enlaçant 
l'une  dans  l'autre  ;  leurs  extrémités  s'appuient  sur  la  partie 
la  plus  large  du  ventre  et  du  renflement  au-dessous  du 
col,  mais  le  milieu  se  replie  sur  le  vase  et  s'y  rattache, 
de  manière  à  former  quatre  anses  :  les  deux  inférieures 
sont  brisées ,  comme  on  le  voit  à  la  figure  N.°  2. 

Plusieurs  parties  du  vase  dans  son  état  actuel,  portent 
des  dorures ,  ce  sont  :  les  mamelons  qui  se  trouvent  dans 
les  fossettes  ;  les  deux  masques  ;  les  cannelures  qui  séparent 
les  fossettes  ainsi  que  celles  qui  encadrent  les  enfoncements 
situés  à  la  partie  supérieure  du  vase  et  sur  le  renflement 
au-dessous  du  goulot;  deux  cordons  autour  du  goulot; 
enfin  les  brisures  des  deux  anses.  Toutes  ces  dorures ,  qui 
ont  été  appliquées  en  même  temps,  sont  évidemment  mo- 
dernes :  la  circonstance  que  les  brisures  des  anses  en  sont 
recouvertes  ne  saurait  laisser  de  doute  à  cet  égard. 

Le  plus  grand  diamètre  du  vase  est  de  213  millimètres  , 
sa  profondeur  de  400  millimètres.  Le  dessein  ci-joint  le 
donne  réduit  au  tiers  de  sa  grandeur  naturelle. 

J.  E.  G.  Roulez. 


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(  370  ) 

Aujourd'hui  que  les  études  historiques  sont  cultivées 
avec  tant  de  succès,  on  apprécie  à  leur  juste  valeur  les  re- 
cherches généalogiques,  surtout  quand  elles  ne  se  bornent 
pas  à  ne  nous  donner  que  des  dates  et  des  noms.  On  se 
rappelle  de  quelle  importance  sont  les  travaux  du  père 
des  historiens  de  France,  le  célèbre  Duchesne;  et  tout  le 
monde  connaît  chez  nous  ses  Histoires  de  la  maison  de 
Guisnes  et  de  Gand,  de  celle  de  Béthune,  de  celle  de  Mont- 
morency, etc.,  etc.  Ces  livres,  tout  en  n'embrassant  que 
l'histoire  de  telle  ou  telle  famille ,  ont  été  rédigés  avec  tant 
de  soin  et  avec  tant  d'érudition,  qu'ils  sont  indispensables 
à  tous  ceux  qui  s'occupent  de  nos  annales.  Un  nombre 
considérable  de  chartes,  relatives  à  l'histoire  de  la  ville  de 
Gand  pendant  les  Xll.e  et  XIlI.e  siècles,  ont  été  éditées 
dans  le  premier  de  ces  volumes ,  et  c'est  là  que  les  auteurs 
de  nos  jours,  les  De  Bast,  les  Diericx,  les  Raepsaet,  ainsi 
que  M.  Warnkoenig,  ont  trouvé  une  bonne  partie  des 
documents  relatifs  à  l'ancienne  capitale  de  la  Flandre. 

Quel  n'est  pas  non  plus  l'intérêt  des  ouvrages  de  Bulkens, 
de  Ghristyn,  de  De  S. '-Génois  et  de  tant  d'autres,  entrepris 
dans  un  but  purement  généalogique.  On  aurait  donc  tort 
d'abandonner  tout-à-fait  ce  genre  d'études,  et  nous  dirons 
avec  M.  Michaud  que,  «  quelque  soit  le  prix  que  l'on  atta- 
che aujourd'hui  à  la  science  généalogique,  on  doit  avouer 
qu'elle  jette  souvent  un  grand  jour  sur  l'histoire  des  fa- 
milles illustres  et  quelquefois  sur  l'histoire  générale  du 
pays  auquel  appartiennent  ces  familles  (l).  » 

Il  paraît  que  toutes  les  publications  que  l'on  a  faites 
jusqu'à  ce  jour  sur  la  famille  des  Goethals,  ne  sont  que  dés 
essais  destinés  à  être  successivement  augmentés  et  revus, 
afin  d'être  réunis  plus  tard  en  un  seul  ouvrage,  dans 
ie  genre  de  ceux  que  nous  avons  mentionnés  plus  haut. 


(1)  Michau'l,  tlist,  des  Croisades,  t.  VI,  png.  24°- 


(  371  ) 

Mais  il  est  bien  plus  difficile  aujourd'hui  de  réunir  les  ma- 
tériaux nécessaires  à  une  publication  de  ce  genre  qu'il  ne 
l'était  du  temps  de  Duchesne  et  de  Christyn;  et  voilà  pour- 
quoi on  a  débuté  par  des  brochures.  En  effet,  depuis  la 
dispersion  d'une  grande  partie  des  char  tri  ers  des  abbayes 
et  des  couvents  ?  on  ne  trouve  qu'avec  des  peines  infinies  des 
renseignements  qui,  autrefois,  se  rencontraient  sous  la 
main. 

Malgré  cette  difficulté,  nous  devons  avouer  que  l'on 
est  déjà  parvenu  à  recueillir  sur  la  famille  des  Goethals 
des  détails  extrêmement  curieux ,  et  qui ,  tout  en  servant 
à  son  illustration ,  offriront  en  même  temps  le  plus  grand 
intérêt  pour  notre  histoire. 

Voici  l'origine  que  l'on  donne  à  celte  famille.  Vers  l'an 
880,  sous  le  pontificat  de  Jean  VIII,  le  capitaine  Honorius, 
à  la  tête  d'une  légion  romaine,  dans  un  combat  contre  les 
Sarrasins,  reçut  à  la  gorge  un  coup  d'épée  dont  il  ne  fut 
garanti  que  par  l'excellence  de  la  trempe  de  son  haubert. 
De  là  lui  vint  le  nom  de  Boni-Colli  (bon  col)  (1). 

Telle  est  la  tradition  sur  l'origine  du  nom ,  voici  mainte- 
nant comment  cette  famille  vint  s'établir  en  Flandre  :  a  En 
l'an  965 ,  un  comte  de  Flandre ,  Arnould  le  Jeune,  étant 
allé  en  Italie  épouser  la  fille  de  îîérenger,  roi  de  Lombar- 
die,  ramena  avec  lui  plusieurs  seigneurs  italiens,  qui  s'é- 
taient distingués  dans  les  tournois ,  et  au  nombre  desquels 
était  Pietro  I.er,  fils  de  Giovano  et  petit-fils  d'Honorius. 

»  La  terre  de  Mude-lez-Gand  fut  octroyée  à  ce  jeune 
chevalier  avec  les  droits,  privilèges  et  prérogatives  atta- 
chés à  cette  importante  seigneurie  (2).  » 

Voilà,  dira-t-on ,  une  antiquité  bien  reculée.  Et  comme 
il  serait  à-peu-près  impossible  de  l'appuyer  sur  des 
témoignages   contemporains ,    on   pourrait   la    révoquer 

(i)  Esquisses  biographiques,  pag.  III.  (2)  Ibid.  1.  c. 


(  372  ) 

en  doute.  Mais  pour  ceux  qui  savent  combien  peu  de 
chroniques  ou  même  combien  peu  d'actes  écrits  d'une 
époque  si  reculée  sont  venus  jusqu'à  nous ,  pour  ceux-là 
une  pareille  tradition  seule  sera  déjà  d'un  grand  poids. 
Au  reste,  l'origine  de  toutes  nos  anciennes  cités  n'est-elle 
pas  aussi  elle-même  cachée  dans  la  nuit  des  temps ,  n'est- 
elle  pas  souvent  entourée  de  fables.  Qui  ne  connaît,  à 
Anvers,  l'histoire  du  géant  Antigonus,  qui  ne  connaît 
celle  de  Brabon  ou  de  Bavo?  Nous  n'hésitons  donc  pas 
un  seul  instant  à  conclure  que  cette  tradition  même  est, 
en  quelque  sorte,  une  preuve  de  l'ancienneté  de  cette 
famille.  Au  reste,  l'origine  italienne  de  la  famille  Goethals 
se  trouve  déjà  racontée  dans  un  acte  officiel  de  1505. 
Cette  pièce,  qui  est  extrêmement  intéressante,  sera  insérée 
en  entier  dans  une  prochaine  livraison  du  Messager. 

Les  Esquisses  biographiques  donnent  une  filiation 
presque  non  interrompue  de  la  famille,  depuis  ce  capitaine 
Honorius  jusqu'à  nos  jours.  Nous  nous  garderons  de  citer 
tous  les  personnages  célèbres  dont  il  y  est  parlé,  nous 
voulons  seulement  nous  arrêter  à  quelques-uns  d'entre  eux. 

Il  en  est  un  qui  doit  surtout  être  connu,  et  dont  le 
mérite  n'a  pas  été  suffisamment  apprécié  jusqu'ici.  Nous 
voulons  parler  du  célèbre  Henri  de  Mude,  archidiacre 
de  Tournai,  homme  qui  doit  trouver  sa  place  parmi  les 
premières  illustrations  de  la  Belgique.  Notre  collègue, 
M.  le  professeur  Huet ,  qui  s'occupe  en  ce  moment  d'une 
dissertation  sur  les  écrits  philosophiques  de  ce  grand 
homme,  ne  contribuera  pas  peu  à  le  faire  apprécier  à 
sa  juste  valeur.  Henri  de  Mude,  ou  de  Gand,  parce  qu'il 
était  né  en  cette  ville,  en  1217,  fut  un  des  plus  beaux 
génies  de  son  siècle.  Nourri  des  doctrines  d'Albert-le- 
Grand,  et  condisciple  de  Saint-Thomas  d'Aquin,  il  montra 
par  ses  nombreux  écrits  qu'il  ne  leur  était  pas  inférieur. 
Outre  beaucoup  d'ouvrages  de  théologie  et  de  philosophie, 


(  373  ) 

qui  lui  valurent  Le  surnom  de  Docteur  solennel,  nous  lui 
devons  un  catalogue  des  principaux  auteurs  ecclésiastiques 
qui  avaient  vécu  avant  lui.  Cet  opuscule,  dont  le  princi- 
pal défaut  est  peut-être  d'être  trop  court,  est  cependant 
extrêmement  précieux,  vu  le  peu  d'écrits  de  ce  genre  que 
nous  a  laissés  le  moyen-âge  (1). 

Henri  de  Gand  jouit  non-seulement  de  l'estime  des 
comtes  de  Flandre ,  mais  encore  de  celle  du  pape  Hono- 
rius  IV,  et  du  roi  de  France  Philippe-le-Bel. 

Attaché  à  l'évêché  de  Tournai,  il  y  mourut  revêtu  du 
litre  de  grand-archidiacre.  Sa  mort  est  communément 
Fixée  au  29  de  juin  1293  (2). 

Le  frère  de  ce  savant,  le  chevalier  Eustache  de  Mude 
ou  Goethals,  après  avoir  reçu  une  éducation  brillante, 
embrassa  la  carrière  des  armes.  Attaché  à  la  cour  du  rci 
de  France ,  Louis  IX ,  il  le  suivit  à  la  Terre-Sainte.  Après 
s'y  être  couvert  de  gloire  par  une  foule  d'exploits  et  y 
avoir  assisté  à  la  prise  et  reprise  de  Damiette,  il  revint 
en  Flandre  avec  Guillaume  de  Dampierre ,  l'aîné  des  fils 
du  deuxième  lit  de  la  comtesse  Marguerite.  S'étant  fixé 


(i)  Le  buste  d'Henri  de  Gand  a  été  place,  grâce  à  la  munificence  de 
M.  le  comte  Goethals-Pecsteen ,  pendant  ces  dernières  années,  dans  les 
Bibliothèques  des  Universités  de  Gand,  de  Liège  et  de  Louvain,  ainsi 
:jue  dans  celles  des  villes  d'Anvers,  de  Bruxelles,  de  Cologne  et  de 
Tournai.  M.  Guizot,  assure-t-on ,  lui  avait  retenu  une  niche  particulière 
tans  la  Bibliothèque  royale  de  Paris. 

(2)  Ou  sait  que  nos  bibliographes  ne  sont  pas  d'accord  sur  la  dalc 
\e  sa  mort;  quelques  uns  l'ayant  fixée  au  8  septembre  1 298.  M.  J.  B.VaÙ 
Jer  Straelen,  à  Anvers,  qui  possède  l'ancien  Nécrologe  de  l'église  de 
Tournai,  a  eu  la  bonté  de  me  le  laisser  feuilleter,  mais  il  m'a  été  im- 
possible d'éclaircir  la  questiou  relative  à  la  mort  de  Henri  de  Gand. 
Voici  la  seule  indication  que  j'y  ai  trouvée,  et  il  est  fort  problématique 
qu'elle  se  rapporte  à  lui  : 

77.°  Kal.  julii.  Eodem  die  ohlit  magister  Ilcnrkus  Se?iogicnsis  hvju.t 
ecclesie  canonicus  et  cancellarius  episcopi,  qui  domum  propriam  et  curiam 
adjacentem  huic  ecclcsie  donavit,  ita  ut  de  pecunia  suvima,  etc. 


(  374  ) 

ù  Gand,  il  y  bâtit,  vers  l'aimée  1262,  une  de  ces  maisons 
fortifiées  et  flanquées  de  tourelles,  que  l'on  désigne  sous 
le  nom  de  Steenen  (1). 

L'hôtel  de  ce  seigneur  était  situé  dans  la  rue  aux 
Draps  {iDrqpstraet)  (2),  et  pendant  deux  siècles  environ 
elle  appartint  à  la  branche  aînée  de  la  famille  Goelhals, 
mais  lorsque,  dans  le  courant  du  XV.0  siècle,  Elisabeth 
Goethals  épousa  Paul  Van  der  Hacghen ,  cette  propriété 
passa  aux  descendants  de  ce  dernier.  Ce  sont  eux  qui  la 
firent  reconstruire,  en  grande  partie,  telle  qu'on  la  voit 
de  nos  jours  et  telle  que  la  représente  la  gravure  ci-jointe. 
Cependant  on  conserva  alors  quelques  parties  de  l'ancien 
bâtiment,  telles  que  des  voûtes  et  quelques  autres  con- 
structions à  l'intérieur,  qui  existent  encore  aujourd'hui. 
Les  armes  que  l'on  voit  au-dessus  de  la  porte  principale 
sont  celles  de  la  famiile  Van  der  Haeghen. 

Ajoutons  encore  que  cet  Eustache  Goethals,  dont  il 
est  question  ici,  a  fait  partie,  à  la  fin  de  ses  jours,  de  la 
célèbre  magistrature  de  Gand,  celle  des  trente-neuf. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  différents  membres  de 
cette  famille  cités  dans  la  Notice  et  qui,  plus  ou  moins, 
méritent  d'être  connus  de  la  postérité.  Nous  dirons  en 
passant  que  Pierre  Goethals,  capitaine  des  arbalétriers 
de  la  ville  de  Gand,  fut  armé  chevalier  sur  le  champ  de 
bataille  de  Groeninghe  ou  de  Courlrai,  en  1302.  Bau- 
douin Goethals,  son  frère,  se  distingua  également  à  cette 
brillante  journée  ,  où  les  milices  de  la  Frandre  firent 
éprouver  un  si  terrible  échec  à  la  chevalerie  française. 

Depuis  cette  époque  jusqu'à  nos  jours,  on  rencontre 
un  grand  nombre  de  Goethals  qui  se  distinguèrent  dans 


(i)  Steenen,  maisons  en  pierre,  parce  qu'à  cette  e'poque  tes  habita- 
tions des  grands  seigneurs  ou  riches  bourgeois  étaient  seules  bâties  eu 
pierres.  Les  autres  étaient  construites  en  bois  on  en  chaume. 

(2)  C'est  la  maison  qui  porte  le  N.°  28. 


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(  375  ) 

la  carrière  des  lettres  ou  dans  celle  des  armes.  Un  voit 
encore  de  nos  jours  dans  plusieurs  églises,  des  monu- 
ments érigés  à  la  mémoire  des  membres  de  cette  antique 
famille.  Nous  donnons  ici  en  gravure  une  pierre  sépul- 
crale (1),  qui  se  trouve  dans  la  grande  nef  de  l'église 
de  Vosselaere,  près  de  Neveîe,  dans  la  Flandre  Orien- 
tale. Elle  représente  les  frères  Gérard  et  Jean  Goethals, 
écuyers  de  l'empereur  Charles-Quint,  et  fds  du  che- 
valier Baudouin  Goethals,  maître  des  requêtes  ordi- 
naires de  l'empereur  Maximilien  et  de  dame  Marie  Van 
Raveschoot. 

On  y  lit  l'inscription  suivante  : 

€)tcr  ltn|)t  kgratic  6l)Ccrot 

<J3octl)als  î.9  tuxmocs  utc  omikci  tfcn  29.ê 

t.  iuni  1559.  €ïï  ja  goctljals 

}v  brockr  uic  mUcet  ï>c  8.e  ottobris  1558.  (2) 

On  voyait  autrefois,  dans  la  même  église,  une  seconde 
inscription  relative  à  la  même  famille.  C'était  celle  qui 
se  trouvait  sur  l'entrée  du  caveau  de  la  famille  Goethals- 
Van  Raveschoot.  Cette  pierre  a  disparu  aujourd'hui  et 
nous  l'avons  représentée  sur  notre  planche  d'après  un 
dessin  tiré  d'un  manuscrit  déposé  aux  Archives  de  l'église 
de  Vosselaere.  C'est  un  recueil,  écrit  sur  parchemin  et 
authentiqué  le  20  octobre  1724,  par  J.  J.  Van  Risseghem, 
notaire  à  Gand,  des  inscriptions,  armoiries,  décorations 
de  noblesse,  etc.,  qui  se  voyaient  à  cette  époque  dans 
cette  église. 

On  conserve  un  autre  monument  d'un  genre  différent, 
et  non  moins  précieux  pour  l'illustration  de  cette  famille. 


(i)  En  pierre  bleue,  de  quarante-trois  pouces  de  longueur  sur  trente- 
deux  de  largeur,  ancienne  mesure  de  Gand. 

(2)  Cette  inscription  a  ete  rapportée  d'une  manière  fautive  dans  les 
Esquisses }  page  32. 


(  376  ) 

Nous  voulons  parler  de  l'aiguière  en  argent  massif  offerte, 
en  1681,  par  la  ville  de  Gand,  à  Josse  Goethals  (1); 
lorsque ,  proclamé  primas  dans  la  faculté  de  philosophie 
de  l'Université  de  Louvain,  il  fit  son  entrée  triomphale 
dans  sa  ville  natale.  Cette  aiguière  appartient  aujourd'hui 
à  M.  le  comte  Goethals-Pecsteen,  amateur  et  protecteur 
zélé  de  nos  antiquités  historiques.  Si  ce  monument  est 
précieux  comme  souvenir  de  famille,  il  offre  en  même- 
temps  un  témoignage  éclatant  de  la  manière  dont  nos  an- 
cêtres savaient  récompenser  le  mérite.  Les  annales  de  nos 
différentes  villes  offrent  plus  d'un  exemple  de  récompense 
ou  d'encouragement  accordés  aux  lettres  que  nos  adminis- 
trations municipales  n'imitent  plus  que  trop  rarement. 

Josse  Goethals ,  dont  il  s'agit  ici ,  n'avait  que  dix-neuf 
ans,  lors  de  son  triomphe  à  l'Université  de  Louvain. 
Plus  tard,  il  y  fut  professeur  en  philosophie  et  l'ami 
intime  du  célèbre  Van  Espen,  dont  il  n'embrassait  pas 
cependant  toutes  les  opinions.  11  composa  plusieurs  traités 
de  théologie  et  ouvrages  ascétiques,  parmi  lesquels  on  re- 
marque un  écrit  de  controverse  en  réponse  à  un  livre 
d'un  prédicateur  protestant,  nommé  Jacques  Leydeeker. 

De  retour  dans  sa  ville  natale,  il  devint  chanoine  et 
plus  tard  archidiacre  du  Chapitre  de  S.l-Bavon ,  qui , 
comme  l'on  sait,  était  un  des  plus  renommés  de  la 
Belgique.  Deux  fois  il  y  remplit  la  place  de  vicaire- 
capitulaire,  et  il  avait  été  proposé  pour  le  siège  vacant, 
lorsque  la  mort  vint  le  frapper,  en  1742  (2). 

La  suite  à  une  prochaine  livraison. 


(i)  C'est  celui  dont  il  est  parlé  dans  les  Esquisses,  sous  le  N.°  XCVI, 

ge  5o. 

(■>.)  Son  e'pitaphe  se  trouve  dans  Hellin  ,  page  i38. 


page  5o 


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xcvi, 


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(  377  ) 


2Vualîj0*0  critiques  ^©ut)ragcs. 


Reinaert  de  Vos,  opisch  fabeldicht  van  de  ttvaelfde  en 
dertiende  eeuio ,  met  aennierkingen  en  ophclderingen 
van  J.  F.  Willems.  Gent,  F.  en  C.  Gyselynck,  1836; 
in-8.°,  XI  et  352  pages,  avec  13  lithographies. 


DEUXIÈME  ARTICLE. 


En  rendant  compte  dans  un  premier  article  du  système 
suivi  par  M.  Willems  dans  la  publication  du  Reinaert , 
nous  nous  sommes  engagés  à  en  consacrer  un  second  à 
l'examen  critique  du  texte  même.  Nous  allons  tâcher  au- 
jourd'hui de  remplir  notre  promesse,  quoique  nous  soyons 
persuadés  par  avance,  qu'après  avoir  lu  cette  critique, 
plus  d'un  lecteur  sera  d'avis  que  nous  aurions  pu  nous  en 
dispenser. 

En  effet,  de  quoi  s'agit-il  ici?  d'expliquer  un  terme 
vieilli ,  de  corriger  un  mot  que  les  copistes  ou  les  éditeurs 
auront  estropié,  d'effacer  une  interpolation,  de  rétablir 
la  mesure  d'un  vers,  de  justifier  ou  d'éclaircir  une  expres- 
sion singulière,  le  plus  souvent  d'ajouter  ou  de  retrancher 
une  syllabe ,  une  lettre ,  de  changer  un  point  ou  une  vir- 
gule; et  il  faudra  rendre  compte  de  tout  cela  en  français, 
c'est-à-dire  dans  la  langue  du  monde  la  moins  propre  à 

25 


(  378  ) 

la  philologie  et  (pourquoi  n' ajouterions-nous  pas  encore  un 
bout  de  phrase?)  dans  un  temps  où.  jwur  rendre  les  étu- 
des faciles,  on  a  réduit  la  grammaire  à  six  leçons.  N'ai-je 
pas  vu  de  soi*disant  littérateurs  pour  qui  Paul-Louis  Cour- 
rier lui-même  n'était  qu'un  pédant! 

D'un  autre  côté,  cet  article  qui  s'annonce  comme  cri- 
tique ,  ne  sera  et  ne  peut  être  qu'une  critique  d'un  bout  à 
l'autre.  Nous  n'avons  pas  la  prétention  de  vouloir,  par 
notre  suffrage ,  donner  une  nouvelle  autorité  à  ce  qu'il  y 
a  de  bon  dans  les  travaux  de  ceux  qui  se  sont  jusqu'ici  oc- 
cupés du  Reinart.  Notre  but  est  de  relever  ce  qui  nous 
paraît  douteux  ou  faux,  d'indiquer  ce  qu'à  notre  avis  on 
aurait  dû  faire  et  qu'on  n'a  pas  l'ait ,  de  rappeler  en  passant 
quelques  règles  de  critique  qu'on  semble  avoir  perdues  de 
vue,  ou  regardées  comme  inapplicables  à  nos  anciennes 
poésies,  en  un  mot,  nous  voudrions  non-seulement  con- 
tribuer, autant  qu'il  est  en  nous,  à  rendre  le  texte  du 
Reinart  un  peu  plus  correct,  mais  encore  faire  en  sorte 
que  les  éditeurs  futurs  de  pareils  ouvrages  puissent  se  con- 
vaincre de  toute  l'importance  et  de  toute  la  difficulté  de  la 
tâche  qu'ils  s'imposent.  Il  est  temps  enfin  d'arrêter  la  re- 
production et  la  propagation  de  toutes  les  absurdités  dont 
les  copistes  ont  chargé  nos  vieux  poètes ,  et  le  seul  moyen 
d'y  parvenir,  c'est  de  les  signaler  dans  les  éditions  qu'on 
en  a  faites. 

Nous  aurons  donc  rarement  le  plaisir  de  louer,  et  la 
pensée,  qu'une  critique  perpétuelle,  systématique,  qui 
fermant  les  yeux  sur  le  bien ,  ne  voit  que  le  mal  et  le  voit 
même  quelquefois  où  il  n'est  pas,  porte  je  ne  sais  quel  ca- 
ractère d'injustice,  cette  pensée,  disons-nous,  fait  que 
nous  ne  reprenons  la  plume  qu'avec  une  certaine  ré- 
pugnance. 

Mais  nous  serons  utiles  à  ceux  qui  s'occupent  de  l'étude 
du  moyen-âge,  de  littérature  et  de  grammaire.  Nouscon- 


(  379  ) 

tribuerons  peut-être  à  faire  renaître  dans  notre  pays  le 
goût  d'une  science,  pour  l'avancement  de  laquelle  les 
Belges  autrefois  ont  plus  fait  qu'aucune  autre  nation.  La 
philologie  qui  est  aujourd'hui  bannie  de  chez  nous,  ne 
compte  pas  de  noms  plus  célèbres  que  ceux  des  Scottus,  des 
Gruterus ,  des  Juste-Lipse ,  des  Livincius ,  des  Torrentius , 
des Puteanus ,  des  Heinsius  et  de  cinquante  autres  savants, 
tous  nés  dans  les  limites  de  la  Belgique  actuelle.  C'est  à 
eux  (et  ceci  soit  dit  pour  les  industriels  et  les  journalistes) 
que  les  éditions  des  Plantins  et  en  grande  partie  aussi  celles 
des  Elzévirs,  doivent  cette  réputation  qui  a  rendu  pen 
dant  plus  d'un  siècle  toute  l'Europe  tributaire  de  la  presse 
belge;  qui  aujourd'hui  encore  fait  rechercher  ces  éditions 
jusqu'en  Amérique  et  à  laquelle  n'atteindront  jamais  nos 
éditions  modernes  de  luxe  et  d'ignorance. 

Il  est  vrai  que  dans  la  revue  que  nous  allons  faire,  il 
n'est  question  ni  de  grec  ni  de  latin;  qu'il  ne  s'agit  tout 
bonnement  que  de  flamand.  Mais  qu'importe  la  langue? 
qu'importe  quels  soient  les  signes  par  lesquels  l'homme 
révèle  à  l'homme  ses  pensées  et  ses  affections?  Ne  suffit-il 
pas  que  l'un  parle  et  que  l'autre  comprenne?  Son  pour 
son,  le  flamand  vaut  le  français,  et  le  français  vaut  toute 
autre  langue;  et,  si  l'on  ne  juge  de  leur  importance  que 
d'après  leurs  destinées,  qui  osera  assigner  à  chacune  le 
rang  qu'elle  doit  occuper?  Lorsque,  il  y  a  quatre  mille 
ans,  la  Providence  détacha  de  la  langue  sanscrite  deux  fai- 
bles rejetons  pour  les  planter  dans  la  Grèce  et  dans  l'Italie, 
qui  pouvait  prévoir  qu'un  jour  leurs  rameaux  couvriraient 
l'Europe  entière  et  la  sauveraient  deux  fois  de  la  barbarie? 
Toutes  les  langues  contribuent  au  développement  de  l'hu- 
manité, toutes  y  entrent  comme  un  élément,  nécessaire, 
et  ne  méritent  pas  plus  notre  dédain  que  les  peuples  mémos 
qui  les  ont  parlées. 

D'ailleurs  la  faculté  accordée  à  l'espèce  humaine  de  per- 


(  380  ) 

fectionner  une  langue  et  celle  de  s'en  créer  plusieurs  n'est 
qu'une  même  faculté,  ou  plutôt  comme  l'espèce  humaine 
est  une.  le  langage  humain  est  un.  Dans  celui-ci  comme 
dans  celle-là.  les  différences  ne  constituent  que  des  variétés. 
Tous  les  hommes  sont  frères,  toutes  les  langues  sont  sœurs. 
Si  l'histoire  pouvait  remonter  de  génération  en  génération 
jusqu'aux  premiers  hommes,  la  linguistique  remonterait 
de  même,  et  plus  facilement  encore,  jusqu'à  la  première 
langue.  Car  ici  comme  là  il  v  a  une  succession  continue? 
une  fdiation  qu'on  ne  peut  suivre,  mais  qu'on  peut  en- 
core moins  méconnaître.  Et  toutefois  il  sera  toujours  plus 
facile  de  retrouver  dans  le  langage  d'un  Espagnol  un  mot 
africain,  que  dans  ses  veines,  la  goutte  de  sang  qu'y  a  ver- 
sée un  Maure. 

Aujourd'hui  que  la  science  nouvelle  que  nous  venonsde 
nommer,  la  linguistique,  qui  ne  diffère  de  la  philologie 
que  par  son  objet,  a  entrepris  d'expliquer  l'histoire  pri- 
mitive par  la  comparaison  tant  des  langues  existantes  en- 
core sur  le  globe,  que  de  celles  qui  sont  mortes  depuis  des 
milliers  d'années,  toutes  ont  acquis  une  nouvelle  impor- 
tance. La  perte  d'un  mot,  d'une  syllabe,  d'une  terminaison 
ou  d'un  augment  devient  regrettable ,  parce  que  de  leur 
connaissance  pouvait  dépendre  la  solution  d'un  de  ces 
problèmes,  devant  lesquels  la  science  s'arrête  long-temps. 
Si  cela  est  vrai,  même  des  langues  en  apparence  les  plus 
insignifiantes ,  de  celles  qui ,  parlées  par  quelques  hordes 
barbares,  n'ont  jamais  été  écrites,  il  le  sera  à  plus  forte 
raison  d'une  langue  qui,  comme  la  langue  flamande,  a 
des  monuments  qui  comptent  près  de  huit  siècles  d'exis- 
tence. 

Laissant  de  côté  l'assertion  du  professeur  Hamaker,  qui 
prétend  que ,  de  toutes  les  langues  de  l'Europe ,  à  l'excep- 
tion peut-être  de  celle  de  quelques  peuples  esclavons ,  la 
nôtre  offre  le  plus  de  ressemblance  avec  les  anciennes  lan- 


(  -381   ) 

gués  de  l'Inde,  il  est  du  moins  prouvé  qu'elle  en  offre 
beaucoup  et  que  le  linguiste  ne  peut  se  passer  de  son  se- 
cours ,  s'il  ne  veut  manquer  les  rapprochements  les  plus 
essentiels.  Soit  que  nous  ayons  appartenu  à  une  émigra- 
tion antérieure  à  celle  des  Germains ,  soit  que  notre  langue 
ait  subi  moins  d'influences  étrangères  avant  de  se  fixer, 
elle  a  conservé  en  grand  nombre  de  racines  et  de  for- 
mes primitives  que  les  autres  dialectes  de  la  langue  teu- 
tonne (  les  langues  indo-germaniques  )  ont  perdues  ou 
rendues  méconnaissables.  Plus  on  remontera ,  plus  le  carac- 
tère originel  se  manifestera  clairement ,  plus  les  termes  de 
comparaison  se  multiplieront  :  regardant  de  plus  haut,  on 
embrassera  plus  d'espace. 

Laissant  aussi  de  côté  que  des  débris  de  notre  langue  se 
retrouvent  dans  l'Asie  mineure ,  sur  les  côtes  de  la  Norwège 
et  dans  plusieurs  autres  contrées ,  qu'elle  a  été  transplantée 
depuis  deux  siècles  sur  les  points  les  plus  éloignés  du  globe, 
en  Asie ,  en  Afrique  et  en  Amérique ,  dont  les  peuples  un 
jour  en  appelleront  peut-être  à  elle  pour  prouver  leur 
origine  ou  pour  expliquer  leur  propre  langue;  que  sera-ce 
si  nous  considérons  la  grande  affinité  qui  existe  entre 
l'idiome  flamand  et  celui  de  quelques  nations  qui  nous 
entourent,  des  Anglais  par  exemple  ,  dont  l'ancien  langage 
nous  appartient  presqu'autant  qu'à  eux-mêmes? 

Ainsi ,  quoique  nos  connaissances  nous  permettent  aussi 
peu  que  l'objet  même  de  cet  article  d'entrer  dans  des  ques- 
tions de  linguistique  ou  même  de  grammaire  comparée , 
nous  ne  croyons  pas  toutefois  que  notre  travail  soit  abso- 
lument inutile  pour  ces  sciences ,  pour  autant  que  la  pureté 
des  anciens  textes  est  la  première  condition  de  leur  auto- 
rité, pureté  que,  dans  l'état  actuel  des  Mss. ,  la  critique 
seule  peut  leur  donner.  Il  en  résultera  aussi,  pour  ces 
vieux  livres,  que  l'intelligence  en  deviendra  plus  facile  et 
la  lecture  plus  agréable  :  ils.  ne  rebuteront  plus  le  lecteur 


(  382  ) 

par  ces  fautes  grossières ,  ces  constructions  monstrueuses, 
qu'on  rencontre  à  chaque  page ,  et  qui  nous  font  douter 
parfois  si  ceux  qui  parlaient  ce  langage  se  comprenaient 
eux-mêmes.  Certes  ils  se  comprenaient  et  se  faisaient  com- 
prendre; ils  avaient  une  langue  riche,  énergique,  harmo- 
nieuse, capable  de  prendre  tous  les  tons,  depuis  le  badinage 
léger  qu'elle  exprimait  avec  grâce  .jusqu'au  reproche  mor- 
dant et  la  menace  qui  tonne;  tantôt  courte  et  précise, 
étonnante  par  la  hardiesse  de  ses  tours,  tantôt  pleine  de 
douceur  et  de  mollesse,  suivant  dans  les  descriptions  un 
libre  abandon  et  empruntant  à  la  nature  même  toute  la 
richesse  de  ses  couleurs.  Mais  la  langue  qu'ils  parlent  au- 
jourd'hui dans  leurs  livres  n'est  pas  la  leur  :  l'ignorance 
et  l'audace  des  copistes  ont  tout  gâté  ou  altéré,  et  il  est 
temps  enfin  de  réparer  le  mal  qu'ils  ont  fait,  avant  que  de 
nouvelles  éditions  l'aient  rendu  irréparable.  11  s'agit  moins 
aujourd'hui  d'éditer  que  de  corriger,  moins  de  multiplier 
le  nombre  des  livres,  que  de  diminuer  celui  des  fautes  dont 
ils  fourmillent.  Et  qu'on  ne  pense  pas  que  nous  soyons 
seuls  de  cet  avis  :  «Sorglose  auflagen,  nach  schlechten  hand- 
»  schriften  und  mit  halhcr  sprachkenntniss ,  fruchten  nichts. 
»  Diplomatisch-aengstlich.es  widergeben  guter  handschrif- 
y>ten  reicht  nicht  aus ,  und  kan  nur  in  seltnen  Julien  ge- 
■hboten  seyn.  JVir  fordern...  critische  ausgaben.  keine  wil- 
»  kùrliche  critik ,  einc  durch  grammatik }  cigentiïmlighkeit 
»  des  dichters  und  vergleichung  der  Mss.  geleitetc.  »  C'est 
ainsi  que  s'exprime  Grimm  dans  la  préface  de  sa  Gram- 
maire, préface  que  nous  devrions  peut-être  transcrire  ou 
traduire  ici  en  entier. 

Nous  ne  nous  dissimulons  pas  que  c'est  inviter  les  édi- 
teurs à  nettoyer  l'étable  d'Augias,  et  que  les  Hercules 
littéraires  sont  rares  de  notre  temps  et  surtout  dans  notre 
pays.  Mais  que  l'un  commence,  l'autre  continuera;  ce 
qu'un  homme  ne  pourra  faire,  dix  le  pourront  peut-être. 


(  383  ) 

Quant  à  nous,  nous  aurons  assez  l'ait  si  nous  prouvons 
que  le  mal  existe,  et  si  nous  en  indiquons  sinon  toujours 
le  remède,  du  moins  la  manière  dont  on  peut  le  trouver. 
Pour  arriver  plus  sûrement  au  but,  il  eût  peut-être  été 
convenable  de  ranger  par  classes  les  différents  genres  de 
fautes  et  d'en  choisir  ça  et  là  les  exemples  les  plus  frap- 
pants; mais  nous  n'écrivons  pas  un  traité  de  philologie  ou 
de  critique,  nous  examinons  le  texte  du  Rcinacrt ,  et  cette 
seule  considération  nous  prescrit  notre  marche,  sans  qu'il 
nous  soit  libre  de  songer  à  une  autre  plus  méthodique. 
Nous  avouons  même,  que  nous  livrant  à  peine  depuis  un 
an  et  par  délassement  à  ces  sortes  d'études,  auxquelles 
nous  étions  pour  ainsi  dire  étrangers,  les  exemples  et  les 
autorités  nous  manqueraient  bien  souvent,  si  nous  vou- 
lions établir  un  système  parfaitement  coordonné.  Et  que 
serait-ce  qu'un  traité  où  l'on  ne  trouverait  consigné  que 
des  doutes?  Au  contraire,  en  suivant  vers  par  vers  les  édi- 
tions que  MM.  Grimm  et  Willems  nous  ont  données  du 
Reinaert ,  le  doute  au  sujet  de  telle  ou  telle  leçon  paraîtra 
de  notre  part  très-naturel,  toutes  les  fois  que  nous  n'au- 
rons à  opposer  à  l'autorité  de  ces  deux  savants  que  notre 
propre  opinion. 

Voici  toutefois  une  esquisse  imparfaite  de  la  manière 

dont  on  pourrait  classer  ces  fautes  : 

„  .  ,    „      l  a)  Du  fait  de  l'auteur. 

1.°  rautes  anciennes  ou  desMss.  {     '  „    „  .     , 

(  b)  Du  lait  des  copistes. 

II.°  Fautes  modernes  ou  des  éditions,  du  fait  des  éditeurs, 

qui  malheureusement  sont  aussi  responsables  de  celles  que 

commettent  les  imprimeurs. 

I.  a)  Les  fautes  anciennes  qu'on  pourrait  avec  certitude 

attribuer  à  l'auteur,  sont  bien  difficiles  à  reconnaître,  et 

doivent  dans  tous  les  cas  être  respectées.  Elles  peuvent 

exister  : 

1/'  Dans  une  orthographe  vicieuse,  le  plus  souvent 

employée  pour  lu  rime. 


(  384  ) 

2.°  Dans  l'emploi  de  mots  impropres,  barbares,  etc. 

3.°  Dans  la  flexion  des  noms  et  des  verbes. 

4.°  Dans  la  confusion  des  genres. 

5.°  Dans  la  syntaxe. 

6.°  Dans  la  versification. 
Chacune  de  ces  classes  admet  plusieurs  subdivisions  qu'il 
est  inutile  d'indiquer.  D'un  autre  côté,  on  pourrait  retran- 
cher le  n.°  4 ,  la  confusion  des  genres  n'étant  presque  tou- 
jours que  le  résultat  des  variations  de  l'usage  ou  de  la 
différence  des  dialectes.  (Un  exemple,  entre  mille  :  Meijer, 
Leven  van  J. ,  chap.  6  :  Jan  es  syn  nome.  lbid. ,  chap.  9 , 
en  syn  name  sal  syn  Emmanuel.  It.  chap.  15,  »Sb  gaf 
men  hem  den  name.  Tandis  que  dans  un  Ms.  du  même 
livre  trouvé  à  Stultgard ,  on  lit  chap.  2  :  Hare  name  was 
Elysabeth)  et  chap.  9,  ende  hiet  sine  name  jhc.  Voy. 
Mone;  Anz.  1837,  page  79-80). 

h)  Les  fautes  introduites  dans  les  Mss.  par  les  copistes 
peuvent  se  classer  de  la  même  manière  et  consistent  ordi- 
nairement dans  l'omission,  l'addition,  le  changement  ou 
la  transposition  de  lettres,  de  mots,  de  vers  et  même  quel- 
quefois de  tout  un  passage.  Elles  ont  pour  cause,  de  la 
part  du  copiste,  la  négligence,  la  précipitation,  l'igno- 
rance, la  mauvaise  foi,  la  prétention  de  corriger,  etc.; 
de  la  part  du  livre  qu'il  copie,  la  difficulté  de  l'écriture, 
la  ressemblance  des  caractères  ou  des  sons ,  etc. 

II.  Les  fautes  des  éditeurs  modernes  sont  en  outre  et 
principalement  : 

1 .  Une  ponctuation  contraire  au  sens. 

2.  Une  orthographe  vicieuse  ou  inconstante. 

3.  L'interprétation    erronée   des  phrases  ou   des 
mots,  les  fausses  étymologies,  etc. 

4.  La  confusion  des  dialectes. 

5.  Un  mauvais  choix  parmi  les  variantes. 

6.  Un  changement  arbitraire  des  formes. 

7.  La  conservation  d'erreurs  évidentes,  etc. 


(  385  ) 

Nous  ne  chercherons  pas  dans  notre  révision  à  ramener 
chaque  faute  que  nous  croirons  rencontrer,  à  l'une  de  ces 
classes  ;  nous  laisserons  ce  soin  au  lecteur ,  qui  pourra  en 
établir  d'autres  encore,  s'il  le  juge  nécessaire.  Notre  inten- 
tion, en  traçant  ce  tableau,  a  été  de  faire  voir  du  premier 
coup-d'œil  à  ceux  qui  pouvaient  en  douter  encore,  la 
possibilité  et  même  la  probabilité  que  toutes  les  fautes  que 
nous  avons  annoncées  existent  réellement.  Un  éditeur,  qui 
est  obligé  de  prendre  ou  de  rejeter ,  ne  peut  se  dispenser 
de  faire  la  distinction,  par  exemple,  entre  les  fautes  qui 
viennent  de  l'auteur  et  celles  qui ,  avec  le  temps ,  se  sont 
glissées  dans  ses  ouvrages.  Nous,  qui  avons  plus  de  lati- 
tude, nous  mettrons,  pour  être  plus  bref,  toutes  les  fautes 
anciennes  sur  le  compte  des  copistes,  sans  entrer  dans  au- 
cune recherche  à  cet  égard.  H  y  a  même  ici  une  raison 
toute  particulière  d'en  agir  ainsi.  Le  Reinaert,  par  son 
contenu,  et  par  sa  forme  est  peut-être  de  tous  les  anciens 
poèmes  flamands  celui  qui  a  donné  le  plus  beau  jeu  à  leur 
témérité.  Déjà  du  temps  de  Maerlant ,  il  en  avait  tant  souf- 
fert, que  ce  poète  à  la  fin  de  sa  Bible  rimée ,  le  cite  comme 
un  exemple  des  livres  corrompus  par  eux.  Nous  transcri- 
vons le  passage  tel  que  le  donne  Hoffm.  V.  Fall. ,  d'après 
son  Ms. ,  sans  corriger  les  fautes  qui ,  malgré  l'ancienneté 
de  leur  source  (le  Ms.  de  M.  Hoifm.  est  de  1321  ) ,  s'y  sont 
glissées  : 

Voert  so  willic  hem  vermanen 
Die  clerke  sijn  ende  historien  kinnen, 
Of  si  iet  vinden  hier  hiunen 
Te  verbeterne  of  syt  couuen, 
5.         Dat  sijt  doen.  hcn^  onder  der  sonneu 
Menscelec  werc  ,  dat  wet  al  hloet, 
Hen  heeft  wel  verbeterns  noet. 
Scrivers  oec  diet  sullenscriven, 
God  gheve,  dat  sijt  goet  lateu  bliven; 
io.         Waut  meneghen  ne  roect,  hoe  hi  verclult 
Tfolc  ,  up  dat  hi  die  plactse  vult. 


(  386  ) 

Hem  biddic,  dat  sijs  riemen  goem  , 

Want  dit  nés  uiet  Matocs  droeta , 

No  Reiuaerts  no  Aituis  boerden. 
i5.         Waert  dat  si  den  boec  vervoerden, 

Met  valse  te  setivene,  si  daden  sonde. 

Hier  es  over  gliepijnt  langhe  stoude 

Ende  ini  ware  leet ,  wet  le  voren  , 

Soude  die  uine  sijn  verloren 
20.         Met  bare  valsceit  die  si  scriven. 

On  voit  par  ce  passage  que  dès  lors  déjà  (  1271  )  les  co- 
pistes ne  se  piquaient  pas  d'exactitude  et  se  souciaient  fort 
peu  de  ce  qu'ils  faisaient  entrer  dans  un  volume ,  pourvu 
qu'ils  le  remplissent.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  ce 
nombre  immense  de  variantes  que  présentent  tous  nos  an- 
ciens poèmes,  dans  chaque  nouvelle  copie  que  l'on  en 
consulte.  M.  Willems  a  déjà  fait  cette  observation  au  sujet 
du  Reinaert,  dans  son  introduction,  p.  xxx,  en  s'appuyant 
du  même  passage  de  Macrlant  que  nous  venons  de  rap- 
porter; et  comme  il  cite  ces  vers  d'après  un  autre  Ms.  peut- 
être  plus  ancien  encore ,  nous  y  trouvons  en  même  temps 
un  exemple  des  libertés  que  l'on  a  prises  avec  Maerlant 
lui-même,  malgré  sa  protestation  et  ses  prières.  Voici  dans 
ces  vingt  vers  les  variantes  que  nous  offre  la  citation  de 
M.  Willems  :  V.  1 ,  Vort.  —  2,  Ystorien.  —  5,  En  es  onder 
d.  s.  — 6,Menschelij'c  werc,  weet  al bloot  (il  faut  dat weet)> 
— 7,  Verheterens  noot.  —  8,  Scriveren  die  dit  s.  s.  — 9,  Dat 
siejoet  moeten  hliven.  —  10.  Rouet. —  1 1 ,  Uptat.  —  12,  Dat 
si  nemen.  —  13,  Dit  es  nict  Madocs  (il  faut  en  es  niet). 
—  14,  Artus.  —  15,  Warc  de  s.  d.  bouc.  —  16,  Met  val- 
seen  sermoene.  — 17,  Hier  over  es  gepijnt.  —  18,  Weet 
wel  te  voren.  —  19,  De  pi?ic.  —  20,  Valscheit. 

Ce  n'est  là  que  le  changement  de  quelques  lettres,  tout 
au  plus  d'un  mot.  il  est  vrai,  mais  il  ne  l'est  pas  moins 
que  l'auteur  n'avait  écrit  que  de  l'une  de  ces  deux  ma- 
nières et  peut-être  quelquefois  d'aucune,  comme  il  serait 


(  387  ) 

facile  de  le  prouver  si  nous  recherchions  les  fautes  qui  sont 
communes  aux  deux  textes.  Ailleurs,  c'est  bien  autre  chose 
encore.  Qu'on  compare  dans  toute  la  première  partie  du 
Reinaert  les  variantes  avec  le  texte,  et  l'on  aura  une  idée 
de  ce  que  les  copistes  ont  osé.  M.  Willems  assure  que  de 
tous  les  Mss.  qu'il  a  vus  des  Brabantscejeesten,  pas  deux 
n'ont  la  même  préface;  chaque  copiste  y  en  a  mis  une 
autre.  Il  en  est  de  même  des  envois  ou  des  dédicaces  qui 
se  trouvent  en  tête  ou  à  la  fin  d'autres  ouvrages.  On  dirait 
qu'en  copiant  un  livre  on  croyait  acquérir  un  certain 
droit  d'auteur,  droit  qui  devait  tout  naturellement  paraître 
d'autant  mieux  établi,  qu'on  s'était  montré  plus  infidèle. 
Et  qu'on  ne  pense  pas  que,  du  reste,  chaque  copiste  fût 
d'accord  avec  lui-même ,  et  que  ces  changements  ne  se 
rencontrent  que  dans  des  copies  de  mains  différentes.  Le 
contraire  se  voit  dans  le  fragment  de  la  Guerre  de  Troie, 
publié  par  Van  Ackersdyck  (1).  Là,  tout  au  commence- 
ment, la  même  main,  sur  la  même  page,  a  par  distraction 
répété  deux  fois  les  mêmes  vers,  avec  de  notables  différen- 
ces. Ils  ont  été  une  fois  biffés ,  et  selon  toute  apparence  par 
le  copiste  lui-même;  mais  ce  qui  prouve  que  les  uns  ne 
sont  pas  la  correction  des  autres  et  que  la  différence  de 
leçon  n'y  a  été  pour  rien,  c'est  que  ce  sont  précisément 
les  derniers  qu'on  a  effacés ,  tandis  que  les  premiers  sont 
restés.  Voici  les  uns  et  les  autres.  Nous  donnons  les  vers 
biffés  en  italique  : 

Mar  <lat  Avas  niet  sond'  were , 
Selc  brac  d'  ontwee  sijn  spere, 
Die  thoeft  te  pande  moeste  laten; 
Daer  waser  vêle  blide  utermaten  , 


(1)  M.  Pli.  Blouimaeit ,  à  qui  nous  devons  déjà  le  Thèophilus, prépare 
eu  te  moment  uue  seconde  édition  de  ce  fragment,  revue  sur  d'autre:. 
Mss.  et  aucmcute'e  de  plus  de  2S00  vers. 


(  388  ) 

Mur  dat  en  was  nlet  sonder  were , 
Selc  stac  d1  ontwee  sijn  spere , 
Dier  thoeft  te  pande  moeste  laten  , 
Daer  waser  blide  vêle  utermaten, 
Dat  het  daer  was  comen  toc  ,  etc. 

Nous  croyons  avoir  indiqué  suffisamment  de  quelle  na- 
lure  sont  la  plupart  des  fautes  que  nous  voudrions  ne  pas 
voir  reproduire  dans  les  éditions  de  nos  anciens  auteurs, 
du  moins  de  celles  qu'on  donne  comme  critiques  et  dans 
toute  édition  nouvelle  d'un  livre  déjà  imprimé.  Quant  à 
ceux  qui  obtiennent  pour  la  première  fois  cet  honneur , 
si  l'éditeur  n'est  pas  en  mesure  d'exercer  sa  critique  avec 
une  entière  assurance  sur  tous  les  points ,  le  plus  prudent 
sera  toujours  (Grimm  dirait  :  de  s'abstenir,  nous  dirons 
seulement)  de  suivre  religieusement  son  Ms. ,  s'il  n'en  a 
qu'un,  et  s'il  en  a  plusieurs,  de  choisir  avec  soin  parmi 
les  variantes,  celles  qui  méritent  d'entrer  dans  le  texte,  en 
indiquant  toutes  les  autres,  soit  au  bas  des  pages  soit  à  la 
fin  du  volume.  Il  ne  redressera  que  la  ponctuation  et  les 
fautes  d'orthographe  évidentes,  mais  toujours  en  en  aver- 
tissant; toute  autre  correction  pourra  être  proposée  dans 
les  notes,  mais  non  reçue  dans  le  texte.  Or,  quelles  sont  les 
conditions  que  suppose  une  critique  telle  que  nous  la  vou- 
drions? Nous  en  indiquerons  quelques-unes,  dont  nous 
avons  eu  l'occasion  d'apprécier  l'importance,  par  cela 
même  qu'elles  manquaient  en  nous. 

1.°  L'âge  et  l'auteur  de  l'ouvrage  élant  connus,  il  faut 
que  l'éditeur  tâche  de  connaître,  autant  que  faire  se  peut, 
et  la  langue  de  l'époque  en  général ,  et  le  dialecte  de  l'au- 
teur en  particulier,  c'est-à-dire,  il  faut  qu'il  se  familiarise 
avec  les  écrits  des  contemporains  et  surtout  avec  les  autres 
écrits  qui  pourraient  exister  du  même  auteur,  etc.  Remar- 
quons en  passant  que  Meijer  se  trompe  quand  il  assure 
dans  sa  préface,  p.  XVII.  qu'au  treizième  siècle  il  n'y  avait 


(  389  ) 

pas  encore  de  différences  de  dialectes  dans  notre  langue; 
les  seuls  vers  de  Maerlant,  cités  dans  notre  premier  arti- 
cle, suffisent  pour  le  réfuter. 

2.°  Il  faut  qu'il  connaisse  la  grammaire  de  notre  an- 
cienne langue,  principalement  en  ce  qui  regarde  les  dé- 
clinaisons et  les  conjugaisons,  le  régime  des  prépositions 
et  des  verbes,  le  genre  des  substantifs,  la  signification  et 
l'emploi  des  particules ,  etc. ,  etc. 

3."  La  versification  ancienne,  c'est-à-dire  les  lois  de  la 
rime  et  de  la  mesure  en  général,  la  prononciation,  les 
règles  de  la  syncope,  de  la  crase,  de  l'élision,  de  l'apo- 
cope, de  l'énallage  et  de  la  metathèse,  qui  sont  des  figures 
qui  reviennent  à  chaque  instant.  11  faut  encore  bien  d'au- 
tres connaissances  et  de  plus  d'un  genre,  mais  nous  n'avons 
voulu  indiquer  que  celles  auxquelles  appartient  plus  par- 
ticulièrement la  critique  des  mots,  et  dont  d'ordinaire  on 
se  met  le  moins  en  peine  ;  qu'on  méprise  même  comme 
nous  ramenant  en  quelque  sorte  sur  les  bancs,  et  dont 
cependant  l'absence  est  un  des  plus  grands  obstacles  à 
tout  progrès  littéraire.  Nous  demandons  à  tout  lecteur  qui 
s'occupe  de  littérature  ancienne ,  si  ce  ne  sont  pas  ces  pe- 
tites choses  qui  lui  causent  tous  les  jours  les  plus  grands 
embarras?  Ce  serait  un  grand  bonheur  pour  notre  pays, 
où  l'étude  des  langues  anciennes  et  de  la  Grammaire, 
comme  science,  est  si  généralement  négligée,  si,  avec 
les  efforts  qu'on  fait  pour  réveiller  l'amour  de  notre  lan- 
gue, on  pouvait  faire  renaître  le  goût  des  fortes  études 
grammaticales. 

Nous  en  sommes  maintenant  pour  le  flamand  à-peu-près 
au  point  où  l'on  en  était  à  la  fin  du  XV.C  siècle  pour  le 
grec  et  le  latin.  Les  vieux  Mss.  sont  tirés  de  la  poussière 
des  bibliothèques  et  des  greniers  où  ils  pourrissaient;  on 
sait  les  déchiffrer,  ou  les  comprend  même  déjà  assez  bien: 
mais  les  règles  de  la  langue  qu'on  y  parle  ne  sont  connues 


(  390  ) 

que  très-imparfaitement,  on  plutôt  ne  sont  pas  connues 
du  tout.  La  grammaire  en  est  encore  à  faire.  L'essai  de 
M.  Grimm  peut  être  d'un  grand  secours,  mais  plutôt  par 
les  recherches  qu'il  contient ,  que  par  l'exactitude  des  ré- 
sultats que  ce  savant  a  obtenus.  Pour  pouvoir  s'en  servir 
sans  danger ,  il  faut  presqu'être  en  état  de  s'en  passer.  Mais 
on  a  commencé  et  c'est  beaucoup  :  il  ne  s'agit  plus  que  de 
rectifier  et  de  compléter.  Qui  nommera  les  grammairiens 
grecs  depuis  Clenardus  jusqu'à  Matthieu  et  Buttmannf  Qui 
comptera  les  grammairiens  latins  depuis  (nous  ne  remon- 
terons pas  trop  haut,  et  nous  nous  arrêterons  encore  de 
préférence  à  un  Belge ,  pour  retomber  de  nouveau  et  for- 
cément sur  des  noms  étrangers)  depuis  le  Ninovite  Despau- 
tère,  jusqu'à  Rudiman,  Scheller  et  Ramshorn? Cent  volu- 
mes in-folio  ne  contiendraient  pas  les  recherches  qu'on  a 
faites  sur  ces  deux  langues  avant  d'en  avoir  fondé  la 
grammaire.  Et  combien  notre  tâche  n'est-elle  pas  plus  fa- 
cile? Peut-on  comparer  quelques  données  incertaines  et 
souvent  erronées,  conservées  par  les  grammairiens  anciens, 
à  l'avantage  de  trouver  la  science  grammaticale  toute  faite 
comme  elle  l'est  de  nos  jours;  à  celui  de  n'avoir  pas  à  cor- 
riger des  erreurs  traditionelles ,  défendues  par  l'autorité 
d'un  Dyscolus  ou  d'un  Priscien  ;  à  celui  enfin  d'avoir  dans 
les  glossaires  déjà  existants  mille  termes  de  comparaison 
qui  manquaient  aux  premiers  maîtres  d'un  art  qu'aujour- 
d'hui nous  pouvons  qualifier  de  science?  D'ailleurs,  il  se 
trouve  déjà  bien  des  observations  précieuses  dans  les  ou- 
vrages de  Huydecoper  t  de  Clignett,  de  Bilderdyk  et  de 
quelques  autres;  mais  tout  cela  sera  inutile,  tant  qu'on 
n'aura  pas  réduit  à  des  règles  certaines  le  mécanisme  du 
vers  ancien,  non-seulement  parce  que  la  plupart  des 
écrits  qui  nous  restent  sont  envers,  mais  principalement 
parce  que  le  nombre  des  syllabes  et  la  rime  sont  l'unique 
moyen  qui  nous  reste  pour  connaître  lant  l'orthographe 


(  391  ) 

que  la  prononciation  de  nos  pères.  La  rime  surtout  doit 
être  étudiée,  c'est  elle  qui  a  sauvé  leur  langue  et  qui  a 
résisté  seule  à  l'ignorance  et  à  l'audace  des  copistes.  Y  au- 
rait-il un  mot  flamand  qu'on  désespérât  de  rencontrer 
dans  la  rime,  quand  on  compte  les  douze  à  quinze  cent 
mille  vers  qui  nous  restent  du  XII.e  au  XV.e  siècle  ? 

Mais  que  l'on  se  persuade  bien  d'abord  que  nos  vieux 
poètes  rimaient  avec  soin.  Qu'on  écoute  Diederic  Van 
Assenede  : 

Men  moct  korten  ende  lingben 

(  Die  taie  )  sal  inense  te  rime  bringben 

Eu  te  redeueu  d  (ie)  aventure. 

Hets  vordeu  barde  le  sure 

Yau  Assenede  Diederike ,  etc. 

Avec  trop  de  soin  peut-être,  c'est-à-dire  jusqu'à  sacrifier 
parfois  la  langue  même.  C'est  Maerlant  qui  nous  le  dit,  et 
l'éditeur  ne  doit  pas  négliger  cet  avertissement  : 

Men  raoet  om  die  rime  soeken 

Misselike  tonge  in  boekeu... 

Om  vray  thoudene  rijm  eu  ziu  ,  etc. 

Nous  avons  cité  le  passage  en  entier  dans  notre  l.er  article. 
L'auteur  du  Lckenspiegel  nous  prévient  que  rimer  n'est 
pas  un  jeu  : 

Om  dat  leken  van  alleu  saken 

Rime  ende  dicbt  willen  makeu 

Gbelijc  clerke  dat  wouder  es;  (clerken  ?) 

So  hebbic  mi  onderwonden  des , 

Dat'ic  nu  wille  breugben  voert 

YVat  eenen  dicbtere  toe  beboert , 

Die  te  redite  sal  diclilen  wel , 

"VVaut  dichteu  en  es  gbeen  spel,  etc. 

Quant  à  la  mesure  dont  nous  avons  déjà  dit  un  mot  dans 
une  note  de   notre  l.or  article,  les  anciens  l'ont  si   bien 


(  392  ) 

connue  et  par  conséquent  observée,  qu'il  nous  est  resté 
d'eux  des  strophes  à  rimes  croisées  et  à  vers  masculins 
et  féminins  symétriquement  disposés,  où  l'on  ne  peut  la 
méconnaître  et  qui  prouvent  déjà  un  grand  sentiment 
de  l'harmonie.  C'est  encore  Maerlant  que  nous  citons,  Van 
de  (n?)  V  bloemen  : 

Vro  so  werdi  oec  Marie 
Doe  Jhesus  u  soue  vrië 

Van  der  doet  te  lijve  up  stont. 
Recht  est  dat  elk  kersten  lie, 
E5  u  love  eu  benedië 

Om  dit  elc  ghelovich  mont. 
Maghet  vol  van  aire  doghet , 
Ghi  die  aldus  waert  verhoghet 

Als  u  selven  wel  is  cont , 
Helpt  mi  uutvercorne  joghet , 
Ter  noet ,  want  ghijt  wel  doen  nioghet, 

Jeghen  den  fellen  helschen  hont,  etc. 

Si  le  dernier  vers  n'est  pas  corrompu ,  jeghen  n'y  doit, 
avec  den,  former  que  deux  syllabes  (1)  ;  au  septième  vers, 
nous  avons  ajouté  van.  Mais  tout  corrompus  qu'ils  sont, 
ces  vers  et  beaucoup  d'autres  de  la  même  époque,  prou- 
vent jusqu'à  l'évidence  que  les  anciens  avaient  des  vers 
mesurés  rigoureusement;  d'où  l'on  doit  conclure,  nous 
semble-t-il,  que  tous  leurs  vers  l'étaient.  L'oreille  une  fois 
accoutumée  au  rhythme  ne  pouvait  plus  se  dispenser  d'y 
obéir.  Si  nous  pouvons  supposer  que  sur  ce  point  aussi 
le  lecteur  est  d'accord  avec  nous,  notre  tâche  en  sera  bien 
plus  facile.  Nous  nous  contenterons  de  lui  avoir  mis  entre 


(i)  Bij  wilen  ich  czwu  Tcurcze 

Vot  eyne  lange  sturcze ,  , 

dit  Jeroschin  ,  dans  sa  Chronique  prussienne  rime'e  (Ms.  de  Heidelberg; 
V.  Mone,  Anz.  i836,  p.  82),  dont  nous  aurions  pu  citer  ici  plusieurs 
autres  vers  applicables  à  l'ancienne  poe'sie  flamande ,  si  nous  ne  devions 
nous  contenter  pour  le  moment  de  donner  desimpies  indications. 


(  393  ) 

les  mains  une  règle  dont  il  saura  se  servir  dans  la  plupart 
des  cas,  nous  réservant  seulement  de  lui  aider  à  l'appli- 
quer dans  les  endroits  les  plus  importants.  Car  on  ne  doit 
pas  l'oublier,  notre  but  est  principalement  de  constater 
les  erreurs  et  de  prouver,  par  des  exemples ,  qu'il  y  a  encore 
un  grand  nombre  de  questions  grammaticales  qui  n'ont 
pas  été  éclaircies  jusqu'à  présent,  et  qu'il  est  du  devoir  de 
tout  éditeur  d'avoir  au  moins  examinées  avant  de  se  mêler 
de  critique.  Nous  nous  garderons  bien  de  vouloir  nous- 
mêmes  redresser  tous  les  endroits  corrompus  ;  nous  répé- 
tons l'aveu  que  nous  avons  déjà  fait,  que  jusqu'ici  cela 
surpasse  de  beaucoup  nos  forces.  Dans  quelques  années , 
quand  nous  aurons  encore  lu  une  vingtaine  de  volumes , 
excerpé  et  comparé  tout  ce  qu'ils  contiennent  de  remar- 
quable sous  le  rapport  de  la  langue,  quand  nous  nous 
serons  fait  une  grammaire,  une  prosodie  adaptée  à  nos 
vieilles  poésies,  quand  nous  aurons  compilé  un  glossaire 
à-peu-près  complet  de  nos  anciens  dialectes,  alors,  mais 
alors  seulement,  nous  pourrons  peut-être  montrer  un  peu 
plus  de  confiance.  Aujourd'hui,  nous  ne  voulons  qu'avertir 
ceux  qui  s'adonnent  à  ces  études,  de  ne  pas  négliger  des 
recherches  minutieuses ,  longues ,  fastidieuses ,  si  l'on  veut, 
pour  ceux  qui  possèdent  déjà  ou  croient  posséder  suffisam- 
ment notre  langue,  mais  dont  nous  leur  aurons  fait  voir, 
nous  l'espérons  du  moins,  l'indispensable  nécessité. 

Nous  ne  relèverons  pas  toutes  les  fautes ,  encore  moins 
indiquerons-nous  tous  nos  soupçons.  Nous  ne  nous  arrê- 
terons qu'à  ce  qui  sera  plus  ou  moins  palpable,  à  ce  qui 
pourra  le  mieux  prouver  au  lecteur  que  ce  n'est  pas  sans 
raison  que  nous  poussons  les  hauts  cris.  Si ,  au  commen- 
cement ,  nous  signalons  parfois  des  inexactitudes  de  peu 
d'importance ,  si  nous  bornons  même  de  temps  à  autre 
nos  observations  à  un  simple  douté,  bientôt  notre  marche 
deviendra  plus  rapide  et  nous  n'appellerons  plus  l'atten- 

26 


(  394  ) 

t.ion  du  lecteur  que  sur  ce  qui  présentera  un  caractère 
nouveau,  ou  nous  fournira  l'occasion  de  faire  quelque 
remarque  que  nous  croirons  utile.  L'interprétation  du 
texte  n'entre  point  dans  notre  plan ,  nous  ne  nous  y  livre- 
rons que  dans  le  cas  assez  rare,  où  l'explication  donnée 
par  l'éditeur  nous  paraîtra  ou  incomplète  ou  inexacte. 
Nous  tâcherons  d'être  aussi  courts  et  aussi  précis  que  la 
langue  française,  dont  nous  sommes  malheureusement 
obligés  de  nous  servir ,  nous  le  permettra.  Qu'on  ne  cher- 
che donc  ici  ni  phrases  arrondies ,  ni  transitions ,  ni  même 
toujours  l'exactitude  grammaticale,  quand  elle  s'oppose- 
rait à  la  brièveté.  Enfin  nous  serons  sobres  de  citations,  et 
nous  nous  contenterons  le  plus  souvent  d'un  renvoi ,  sur- 
tout pour  le  Reinaert  et  pour  les  ouvrages  imprimés. 
Quant  aux  citations  prises  dans  les  Mss. ,  nous  les  donnerons 
ordinairement  en  entier,  mais  nous  sommes  si  peu  riches 
en  ce  genre  de  livres ,  qu'on  n'a  rien  à  craindre  de  notre 
prodigalité. 

Après  ces  observations  que  nous  avons  crues  nécessaires, 
nous  ouvrons  enfin  le  Reinaert,  et  nous  commençons  notre 
critique  par  le  titre  même. 

Reinaert  de  Vos. 

Le  Ms.  de  C.  porte  Van  den  vos  Reynaerde  ;  Grimm  a 
conservé  ce  titre ,  et  il  a  bien  fait.  Reinaert  est  ici  le  nom 
propre,  et,  sans  être  trop  rigoureux,  on  peut  regarder  le 
titre  préféré  par  M.  Willems  comme  une  inversion  mal 
placée,  ici.  Il  fallait  de  vos  Reinaert,  ou  vos  Reinaert, 
comme  au  vers  50  : 

Sonder  vos  Reinaert  alleene. 

Si  dans  le  cours  du  poème,  nous  trouvons  plus  d'une  fois 
Tibert,  die  cater,  v.  107;  Pancer,  de  bever ,  v.  126;  an 
Cuwaerde  den  hase,  v.  138;  Grimbert,  die  das,  v.  1 77,  etc., 
l'appellatif  y  sert  partout,  comme  apposition,  à  déter- 


(  395  ) 

miner  ou  à  expliquer  le  nom  propre,  et  M.  W.  a  bien  fait 
de  les  séparer  le  plus  souvent  par  une  virgule  :  Bruiài,  dcn 
bere,  v.  479,  n'est  pas  autrement  dit  que  v.  44,  Nobel,  die 
conùic ,  et  doit  être  compris  comme  v.  99  :  Een  hondekijn, 
hiet  Cortois,  et  v.  299  :  Die  goede  hmie  Craiant.  Or ,  on 
avouera  qu'il  n'est  pas  d'usage  de  mettre  de  pareilles 
appositions  dans  les  titres.  D'où  vient  donc  que  depuis  des 
siècles  ce  titre  ait  constamment  servi  à  désigner  la  fable 
de  Reinaert?  Je  répondrai  après  avoir  encore  fait  deux  ou 
trois  autres  questions  :  d'où  vient  que  dans  l'édition  de 
Gouda,  1479,  on  lise  cette  grosse  faute  :  die  historié  van 
Reinaert  die  vos,  pour  den  vos?  Qu'on  retrouve  la  même 
chose  dans  l'édition  de  Delft ,  1485?  Qu'on  lise  Reinaert  de 
Vos  (sic  avec  un  V capital)  dans  toutes  les  éditions  qu'on  en 
a  faites  depuis?  D'où  vient  enfin  que  ce  qui  était  encore 
Reynke  de  fos  dans  l'édition  de  Lubeck,  1498,  et  même 
dans  celle  de  Scheller ,  soit  devenu  plus  tard  Reynke  ou 
Reineke  vos  tout  court,  comme  le  Reinhart  Fuchs  de 
M.  Grimm,  etc.?  Parce  que  le  mot  Vos,  Fos  ou  Fuchs,  origi- 
nairement nom  spécifique  d'animal,  a  commencé  à  dé- 
signer peu  à  peu  une  qualité ,  un  caractère,  un  personnage; 
et  c'est  ce  malentendu  ou ,  si  vous  voulez,  cette  métaphore, 
qui  a  donné  occasion  aux  rêves  d'Eccard  et  de  ceux  qui , 
comme  lui,  ont  voulu  voir  dans  cette  fable  une  allégorie 
ou  une  satyre.  En  effet,  les  mots  Reinaert  de  Vos,  ne  pré- 
sentent pas  d'autre  idée  que  celle  de  Renard  le  fin ,  le  sub- 
til, F  astucieux ,  et  signifient  toute  autre  chose  par  consé- 
quent que  de  vos  Reinaert,  qu'on  ne  peut  plus  traduire 
qu'en  vieux  français,  depuis  que  dans  celte  langue  le  nom 
du  personnage  est  devenu  celui  de  l'animal  :  Le  goupil  ou 
gorpil  Renard. 

Prologue,  v.  1-40.  Selon  M.  Willems,  introd.,  p.  XXVI 
et  suiv.,  ce  prologue  est  d'une  date  postérieure  au  reste  du 
poème,  ou  tout  au  moins  l'ouvrage  de  deux  auteurs  dif- 
férents, et  la  dernière  partie  seulement,  v.  11-40,  appar- 


(  396  ) 

tiendrait  à  l'auteur  primitif.  La  preuve  qu'il  apporte  en 
faveur  de  la  première  opinion  prouve  trop.  Il  s'en  suivrait 
que  ce  prologue  est  postérieur  aux  éditions  de  Gouda  el 
de  Delft,  et  à  la  traduction  bas-saxonne;  ce  que  M.  W.  lui- 
même  n'accorderait  pas.  Il  n'est  pas  exact  du  reste  de  dire 
que  le  Reineke  bas-saxon  ne  connaît  pas  non  plus  le  pro- 
logue. Hinreck  von  Alckmer  ne  l'a  point  traduit  en  vers, 
et  pour  cause  ;  mais  le  prologue  en  prose  qu'il  y  a  substi- 
tué, porte  les  traces  les  plus  évidentes  d'imitation,  à  n'en 
juger  que  par  ce  que  Scheller  en  cite  dans  sa  préf.  p.  V-VI. 
Quant  au  double  commencement  (  v.  9  et  v.  40  )  et  au 
double  but  (v.  3-7  et  25-31  )  que  M.  W.  croit  y  aperce- 
voir ,  nous  ne  pouvons  les  admettre.  Qu'y  a-t-il  d'invrai- 
semblable dans  la  supposition  que  l'auteur ,  qui  regrettait 
que  l'aventure  de  Reinaert  ne  fût  pas  encore  écrite  en 
flamand,  ayant  exprimé  ce  regret  devant  une  dame  de 
haut  rang,  dont  probablement  il  flattait  le  goût,  reçut 
d'elle  l'invitation  de  la  composer ,  ou  même  que  ce  regret 
ne  soit  qu'un  mensonge  ou  une  flatterie?  D'un  autre  côté 
si ,  en  répétant  deux  fois  qu'il  a  commencé  (  v.  9  :  Aldus 
begonnen  ;  v.  40  :  Nu  hoert  hoe  ic  hier  beghinne  ),  l'auteur 
a  détruit  l'unité  de  son  prologue ,  que  dirons-nous  de  celui 
deFlor.  et  Blanc. ,  qui  met  90  vers  à  commencer  et  nous 
annonce  ce  commencement  six  ou  sept  fois? 

V.      i.     Nu  hoort  na  mi!  ic  sal  beghinnen 

Een  aventure  tellen  van  mimien 

Die  den  dorpren  ende  den  doren 

Niet  bestaet  dat  sise  lioren. 
V.  37.     Tierst  heeft  hi  dus  begonnen , 

Ende  secht  hoeghedaen  v*ijs,  etc. 
V.  l\i.     Als  ic  van  desen  tvreen  tellen  sal 

Ende  der  historien  die  ghi  selt  horen. 
V.  85.     Daer  ic  af  segghe  daventure 

Ende  telle  ,  al  wert  het  mi  te  sure , 

Een  deel  van  hare  ghereehter  rninnen , 

Nu  hoort  hoe  ic  u  sel  beghinnen. 

Wi  vinden  ghescreven  ah  ghi  selt  horen,  etc». 


(  397  ) 
Ajouterons-nous  encore  le  v.  246  : 

Daer  ghi  daventurea/  selt  horen? 

Si  l'on  considère  en  outre  l'extrême  ressemblance  qui 
existe  entre  ces  deux  prologues  (  nous  entendons  ceux  des 
deux  ouvrages  que  nous  comparons  ) ,  même  dans  l'expres- 
sion (comparez  FI.  etBl. ,  v.  3-4  avec  Rein.  13-1 6  ;  22  avec 
2;  25-26  avec  8-9;  5-15  avec  28-39,  etc.),  on  ne  doutera 
pas  peut-être  que  l'un  de  ces  deux  poèmes  n'ait  servi  de 
modèle  à  l'autre.  Or  quel  est  le  plus  ancien?  Evidemment 
Reinaert.  Nous  laissons  au  lecteur  le  soin  de  tirer  la  con- 
clusion, pour  passer  à  une  autre  observation. 

Dans  le  Ms.  de  C.  le  nom  de  Willem  se  lit  deux  fois,  v.  1 
et  6.  C'est  Willem  qui  regrette  que  l'ouvrage  de  Willem 
soit  resté  inachevé  et  qui  l'achève.  Gela  n'est-il  pas  très- 
singulier?  N'est-il  pas  singulier  aussi,  qu'il  se  donne  la 
peine  de  se  nommer,  sans  distinguer  suffisamment  son 
nom  de  celui  de  son  devancier,  et  enfin  que  ce  devancier 
lui-même  ait  voulu  rester  inconnu?  Le  savant  éditeur 
croit  que  ce  Willem,  vraisemblablement  van  Utenhove , 
est  celui  qui  a  refondu  l'ancien  poème;  les  remarques 
qui  précèdent  doivent  faire  supposer  qu'il  en  est  plu- 
tôt l'auteur  même,  et  une  légère  correction  dans  le 
texte  rendra  cette  supposition  sinon  certaine,  du  moins 
très-probable.  Voici  le  texte  du  Ms.  de  C.  qui  seul,  il  faut 
bien  le  dire,  a  quelque  autorité,  tout  défiguré  qu'il  est 
d'ailleurs. 

Willem  die  vêle  bouke  maecte 

Daer  hi  dicken  omme  vaecte 

Hem  vernoyde  so  haerde 

Dat  die  avonture  van  Reynaerde 

In  dietsche  onghemaket  bleven 

Die  Willem  niet  heeft  vulschreven 

Dat  hi  die  vijte  van  Reynaerde  soucken 

En  hise  na  den  walschen  boucken 

In  dieisçhe  dus  hevel  begonuen. 


(  398  ) 

Nous  ne  transcrivons  point  le  texte  du  Ms.  dont  M.  W. 
s'est  servi;  si  M.  W.,  en  adoptant  le  singulier  mélange  que 
Grimm  en  a  fait  avec  celui  du  Ms.  de  C,  a  négligé  de 
nous  donner  ce  texte ,  le  lecteur  en  trouvera  du  moins  une 
partie  dans  le  fac-similé,  et  il  suffira  de  l'avertir  que 
ce  ne  sont  quo  les  anciens  vers  réhabillés  par  une  main 
plus  moderne,  main  peu  habituée  à  mesurer  les  vers, 
main  ignorante  autant  que  téméraire ,  comme  le  prouvent 
les  innombrables  imperfections  de  cette  copie.  Cependant 
comme  tout  n'y  est  pas  changé ,  et  que  le  Ms.  de  C.  a  aussi 
ses  défauts,  elle  peut  encore  être  d'un  grand  secours  pour 
la  critique ,  et  c'est  à  elle  que  nous  redemanderons  parfois 
l'ancienne  leçon.  Pour  en  donner  un  exemple,  nous  allons 
écrire  ici  ces  neuf  premiers  vers  comme  nous  croyons 
qu'ils  doivent  être  lus  : 

Willem  die  veel  boeke  niaecte 
Daer  hi  dicke  omme  waecte, 
Hem  vernoide  zeere  haerde 
Dat  davcntuer  van  Reinaerde 
In  dietsc  ongheniaect  es  bleven, 
Die  Willem  nuheeft  vulscreven. 
Des  dat  hi  die  vite  soeken; 
EU  hi  na  den  walscen  boeken 
In  dietsce  dus  heeft  begonnen. 

Nous  avons  dit  comme  ils  doivent  être  lus,  parce  qu'au 
sujet  de  l'orthographe  on  pourrait  n'être  pas  d'accord  avec 
nous,  et  que  nous  n'avons  voulu  donner  du  reste  qu'une 
espèce  de  prononciation  figurée.  Nous  allons  maintenant 
rendre  compte,  vers  par  vers,  des  changements  que  nous 
avons  faits,  et  peut-être  parviendrons-nous  même  à  jus- 
tifier en  partie  notre  orthographe. 

V.  1 .  Dans  le  Ms.  hollandais  (  c'est  ainsi  que  nous  dé- 
signerons dorénavant  le  Ms.  acquis  par  notre  gouverne- 
ment .  quoiqu'il  eût  peut-être  été  plus  convenable  de  dire 


(  399  ) 

le  Ms.  de  Bruxelles  ;  mais  on  l'a  nommé  ainsi ,  et  il  importe 
de  ne  pas  mettre  de  confusion  dans  les  noms.  Nous  con- 
tinuerons de  même  à  appeler  l'autre  le  Ms.  de  Combourg, 
quoiqu'il  se  trouve  actuellement  à  Stultgard) ,  dans  ce  Ms. 
donc ,  le  vers  : 

IVillam  die  Madock  maecte 

est  trop  court  au  moins  d'une  syllabe.  Dans  le  Ms.  de  G. , 
lu  comme  il  est  publié ,  il  en  a  une  de  trop ,  car  le  second 
vers  est  trochaïque.  Or, nous  établissons  comme  règle,  que 
les   vers  qui  riment  ensemble,  doivent  avoir  le  même 
rhythme ,  ou  ce  qui  revient  au  même  ici ,  le  même  nom- 
bre de  syllabes  (  l  ).  Nous  avons  donc  écrit  veel  au  lieu  de 
vêle y  pour  marquer  la  prononciation.  Nos  anciens  poètes 
avaient  la  liberté  de  regarder  dans  ces  sortes  de  mots  l'e 
final ,  qui  est  muet  (  terminaison  féminine  ) ,  comme  abso- 
lument nul;  et  d'un  autre  côté,  ils  le  faisaient  quelquefois 
valoir  comme  long  sur  l'élévation  du  pied,  mais  jamais 
dans  la  rime.  Ici  vêle  ne  compte  que  pour  une  syllabe  ; 
il  en  est  de  même  v.  2413  et  ailleurs.  On  sait  que  les 
Anglais  sont  allés  bien  plus  loin,  n'ayant  plus  aujourd'hui 
de  finales  féminines  en  e,  quoique  dans  les  poésies  de 
Chaucer  elles  comptent  encore  souvent  pour  une  syllabe 
dans  le  corps  du  vers.  Cependant  ils  écrivent  ces  e,  et  à  la 
rigueur  nous  pourrions  faire  comme  eux.  Mais  notre  pro- 
nonciation moins  fixe  à  cet  égard ,  qui  pourrait  nous  in- 


(i)  Ouch  des  tichieres  czimge 

An  der  materien  straze 
Sol  dy  redite  maze 
BehâHen  au  den  rymen  : 
Glich  czu  glichem  lymen 
Aniengei  synne ,  luyte... 
Die  leiige  helt  der  silben  cial }  etc. 

JekojCHïn,  lbid. 


(  400  ) 

duire  en  erreur,  et  l'orthographe  si  inconstante  de  no* 
Ms.  (suite nécessaire  de  cette  prononciation;  comparez  omr 
omme,  aen,  ane,  hem,  he?ne}  seer ,  seere,  wael,  wale,  etc.), 
et  même  l'usage  actuel ,  qui  reconnaît  encore  vêle  et  veel, 
semblent  conseiller  le  contraire,  partout  où  ce  mot,  sans 
être  suivi  d'une  voyelle,  comme  v.  637,  1481,  etc.,  ne 
compte  que  pour  une  syllabe.  A  la  fin  du  vers,  comme 
661,  1149,  la  rime  doit  servir  de  règle;  mais  je  doute 
qu'on  l'y  rencontre  comme  masculin,  parce  que  l'oreille 
aime  les  rimes  féminines,  et  qu'il  n'y  a  peut-être  pas  de 
mot  avec  lequel  il  puisse  rimer,  qui  ne  puisse  recevoir 
également  un  e  paragogique.  Ce  qui  vient  d'être  dit  de 
vêle,  peut  s'appliquer  à  seere,  hare,  inné,  etc.  Voy.  sous  le 
v.  4.  Si  l'on  voulait  conserver  vêle  comme  dissyllabe,  il 
faudrait  ajouter  so  au  vers  suivant  :  Daer  ht  so  dicke  omme 
icaecte ,  pour  en  faire  un  vers  ïambique. 

Nous  voudrions  pouvoir  passer  maintenant  à  ce  vers, 
mais  Graeter  a  bouke ,  Grimm,  boeke,  M.  W. ,  boeken,  et 
force  nous  est  de  nous  enquérir  de  la  raison  de  cette  dif- 
férence. Graeter  a  suivi  probablement  l'orthographe  du 
Ms.  de  C. ,  car  il  donne  deux  fois  ce  vers  de  la  même  ma- 
nière, pag.  269  et  276;  d'un  autre  côté,  il  écrit  deux  fois 
aussi  dans  le  v.  8 ,  boucken  :  rimant  avec  soucken.  Mais 
peu  importe  un  c  de  plus  ou  de  moins,  peu  importe 
même  le  ou  qu'on  rencontre  encore  ailleurs  au  lieu  de  oe } 
qui  est  plus  régulier  (voy.  sous  le  v.  28);  plus  importante 
est  la  différence  de  déclinaison  introduite  par  M.  Willems. 
Pourquoi  boeken,  qui  est  la  terminaison  ordinaire  du  géni- 
tif et  du  datif  pluriel,  au  lieu  de  boeke  qui  est  celle  de  l'ac- 
cusatif? Si  au  v.  8  il  y  a  boeken,  e'est  qu'il  précède  na,  et  la 
préposition  demandait  cette  terminaison.  Si  c'est  une  cor- 
rection que  M.  W.  a  voulu  faire ,  elle  doit  reposer  sur  un 
système  particulier  que  nous  ne  connaissons  pas;  mais 
nous  aimons  mieux  n'y  voir  qu'une  faule  d'impression. 


(401  ) 

Cependant  voy.  v.  74 ,  minen  kindren ,  ou  le  Ms.  de  C.  et 
Gr.  ont  mine  kindre. 

Enfin  M.  Mone,  dans  l'Anzeiger,  1836,  pag.  439,  nous 
apprend  que  les  mots  vêle  boeken  (sic?)  sont  écrits  dans  le 
Ms.  de  C.  avec  une  encre  plus  pâle ,  dans  une  rature ,  et  il 
ne  doute  pas  qu'il  n'y  ait  eu  auparavant  le  mot  de  Madoc , 
qui,  selon  lui,  est  un  diminutif  de  Maduco,  c'est-à-dire 
Malegijs,  réduit  à  cette  forme  pour  remplacer  plus  com- 
modément le  nain  Albéric  dans  la  fable  des  Quatre  Fils 
Aimon!  Nous  aimerions  mieux  apprendre  de  lui,  si  l'en- 
droit raturé  répond  exactement,  par  son  étendue,  au  mot 
de  Madoc,  et  s'il  ne  pouvait  contenir  que  ce  mot;  en  d'au- 
tres termes,  si  la  correction  est  écrite  en  lettres  plus  peti- 
tes ou  plus  serrées  que  le  reste  du  vers?  car  de  vêle  bouken 
à  Madoc,  il  y  a  la  différence  de  cinq  lettres,  et  de  quatre  s'il 
y  a  bouke.  Or,  voici  pourquoi  cette  question  :  Nous  soupçon- 
nons fortement  qu'il  n'y  a  eu  d'abord  que  desen  boek  ou 
bouc ,  que  le  sens  et  l'usage  des  anciens  romanciers  sem- 
blent exiger,  et  que  vêle  boeken  appartient  à  quelqu'un 
qui  ou  bien  connaissait  d'autres  ouvrages  de  ce  Willem, 
ou  bien  voulait  par  cette  espèce  d'éloge  donner  plus  de 
prix  à  celui-ci.  Madock  dans  le  Ms.  hollandais  peut  avoir 
une  origine  semblable;  il  peut  en  outre  être  une  con- 
jecture du  copiste,  qui,  parmi  les  lettres  presqu'effacées 
du  premier  feuillet,  a  cru  démêler  le  titre  d'un  livre 
qu'il  connaissait  d'ailleurs,  ou  que  même  l'opinion 
attribuait  à  Willem.  On  a  souvent  confondu  des  mots 
orthographiquement  moins  ressemblants  que  vêle  boeke 
et  Madock. 

Voilà  pour  le  premier  vers;  nous  passons  au  suivant,  sur 
lequel  nous  n'avons  à  faire  qu'une  légère  observation. 

V.  2.  Ordinairement,  comme  dans  le  Ms.  hollandais, 
dicke ,  même  devant  une  voyelle  ;  souvent  dick  ou  die , 
pt  dans  Kiliaen  dirkent,  que  nous  n'avons  pas  retrouvé 


(  402  ) 

ailleurs ,  mais  qui  s'explique  par  les  infinitifs  en  ent  que 
l'on  rencontre  aussi  quelquefois.  Il  ne  connaît  point 
dicken*  Le  comparatif  est  toujours  dicker,  ce  qui  ferait 
croire  que  dicken  est  une  corruption  de  l'usage ,  comme 
dans  l'ancien  allemand  les  adv.  en  lichen  pour  liche,  qui 
sont  également  rares.  V.  FI.  et  Bl.  Gloss.  —  dicke ,  omme, 
restent  deux  trochées. 

V.  3.  Zeere;  le  Ms.  hollandais  a  zeer;  le  so  duMs.  de  C. 
petit  cire  résulté  de  l'abbrév.  se'e. —  Hem  après  le  nomin. 
absolu  Willem ,  etc.  Voy.  v.  432,  et  comparez  Van  Heelu  , 
v.  1  et  suiv. ,  le  fragment  des  IHiebelungen,  publié  par 
M,  Serrure,  dans  l'Anzeiger,  1835,  pag.  192,  dernier  vers  : 

Zegevrijt  \  hi  vinc  |  hene\\  en  doed  \  dene  wel  \  saen. 

V.  4.  Daventuer]  dans  le  Ms.  de  G.  die  av.  est  une  faute 
du  copiste  qui  n'a  point  consulté  la  mesure.  Voy.  FI.  etBl.. 
v.  85,  v.  246,  etc.  — aventucr ,  de  trois  syllabes,  voyez 
Rein.,  5512 ,  asuer  :  aventuer.  — geeste  ou  jeeste  (jamais 
fjheeste ,  voy.  452),  désigne  des  faits  réellement  arrivés; 
aventure  marque  un  événement  qui  vit  dans  la  tradition. 
Flor.  et  BL,  Gloss.  et  Reineke,  pag.  186;  col.  2.  Gepen- 
dant  aventure  signifie  aussi  tout  simplement  un  événe- 
ment :  Van  Heelu ,  1 ,  55 ,  etc.  Dans  tous  les  cas  ce  n'est 
pas  geeste  qu'il  faut  ici. 

V.  5.  Ce  vers  :  Niet  te  recht  en  is  gescreven,  appartient 
au  rimailleur  qui  a  voulu  mieux  faire  et  qui  a  tout  gâté. 
Willem,  le  premier  poète  flamand  qui  ait  mis  en  vers  la 
fable  de  Reinaert  a  dit  et  ne  peut  avoir  dit  que  : 

In  dîetsc  onghemaect  es  bleven. 

Onghcmaket  est  une  bévue  du  copiste ,  qui  a  mal  lu ,  ou , 
du  moins,  a  omis  es,  c'est-à-dire  is.  Onghcmaket,  onghe- 
maect, voy.  v.  9.  —  Dietsc  ou  dietsch,  voy.  Van  Heelu. I, 
v.  59. 


(  403  ) 

V.  6.         Een  deel  is  dair  (sic)  after  gebleven. 

C'est  encore  l'auteur  du  texte  hollandais,  qui  'voudrait 
nous  faire  croire  qu'il  a  complété  l'œuvre  de  Willem  en 
y  cousant  son  misérable  centon.  On  voit  cependant  que 
les  copistes  qu'il  a  trouvés,  ne  l'ont  pas  épargné  lui-même; 
car,  sans  aucun  doute,  il  avait  écrit  bleven  et  non  pas 
gebleven.  Et  cette  détestable  orthographe  qu'on  y  voit 
d'un  bout  à  l'autre,  serait-elle  de  lui,  ou  ne  serait-ce 
qu'une  de  ces  transitions  qui  ont  à  la  fin  amené  l'œuvre 
plus  inepte  encore  de  ïïlnrek  fon  Alckmer,  le  Reynke  ou 
Reineke  bas-saxon?  Car  je  crains  bien  que  le  soi-disant 
Ms.  hollandais  ne  réclame  un  jour,  quand  nous  saurons  un 
peu  mieux  distinguer  les  différents  dialectes,  une  toute 
autre  patrie.  Mais  comment  se  fait-il  que,  dans  le  Ms.  de 
C. ,  où  ces  vers  se  lisent  autrement  et  dans  un  autre  ordre, 
Willem  nous  apprenne  qu'il  va  compléter  l'aventure  que 
Willem  a  laissée  imparfaite  : 

Die  JVillem  niet  hevet  vulscreven  ? 

Parce  qu'un  copiste  ignorant  n'a  pas  compris  comment  ce 
qui  était  resté  inachevé,  onghemaket ,  pouvait  s'appeler 
terminé,  vulscreven,  et,  sans  nul  égard  au  sens  général 
du  passage  ,  a  changé  nu  ou  hier  ou  dus  qu'il  y  avait ,  en 
niet.  Le  mot  vulscreven  même  prêtait  à  l'erreur,  quoiqu'il 
ne  signifie  ici  que  gescreven,  gemaect.  Le  vers  19  nous 
prouvera  tantôt,  plus  clairement  encore,  que  le  continua- 
teur n'a  pas  toujours  compris  l'ancien  texte.  Peut-être  aussi 
a-t-il  mal  lu,  ou  la  main  d'un  correcteur  nous  a-t-elle  gra- 
tifié de  cette  absurde  leçon.  Cette  dernière  supposition  ne 
peut  se  vérifier  que  par  l'inspection  du  Ms. 

V,  7.  Dat  (daet,  deel)  hi  die  vijte  van  Reynaerde  soucken, 

n'est  un  vers  que  parce  que  le  dernier  mot  de  celte 
ligne  rime  avec  le  dernier  mot  de  la  ligne  suivante.  Les 
mots  van  Reinaerde  sont  une  glose,   ajoutée  par  quel- 


(  404  ) 

qu'un  qui  a  voulu  rendre  le  sens  plus  clair.  Dans  le  cours 
de  nos  lectures  nous  avons  eu  mille  occasions  de  nous  con- 
vaincre que  c'est  une  des  principales  causes  de  la  corrup- 
tion des  Mss.(i).  Il  est  rare  que,  dans  le  passage  d'une  phrase 
à  une  autre,  les  scribes  n'aient  cherché  à  épargner  au  lec- 
teur la  peine  de  se  rappeler  ce  qui  avait  précédé,  surtout 
s'il  n'y  avait  qu'à  substituer  un  nom  propre  à  un  pronom. 
Nous  avons  biffé  ces  mots  d'après  le  Ms.  hollandais  où 
il  y  a: 

Daerom  dede  hij  die  vite  zoeken; 
mais  nous  avons  changé  en  même  temps  Daerom  en  Des, 
qui  est  l'expression  ancienne  et  que  réclame  la  mesure. 
Nous  aurions  pu  mettre  avec  Gr.  et  W.  dedi,  mais  nous 
avons  préféré  suivre  les  Mss.  et  séparer  le  pronom  du 
verbe,  parce  qu'il  tombe  sur  l'élévation  du  pied,  ce  qui 
le  fait  nécessairement  moins  incliner.  Bat  pour  daet,  avec 
a  long,  et  en  général  une  voyelle  simple  pour  une  double, 
sont  des  fautes  d'orthographe  assez  communes.  Il  n'y  a 
peut-être  pas  de  Ms.  qui  n'en  offre  des  exemples,  maison 
n'en  trouvera  guère  où  elles  fourmillent  comme  dans  celui 
qu'a  publié  M.  Meijer.  Dans  la  vie  de  J.  C. ,  rip,  hif,  nit, 
nin,  din}  irste  pour  riep ,  hief,  niet,  nien,  dien ,  ierste; 
oc ,  don,  lofden,  hogsten  pour  ooc ,  doen,  loofden }  hoog- 
sien,  etc. ,  ne  sont  plus  des  exceptions,  mais  constituent  la 


(i)  Voyez  par  exemple  Willems ,  Van  Heelu,  Bijlagen,  p.  35o  et  suiv., 
dans  les  vers  de  Jean  de  Thielrode  : 

CumC.  militibus  ac  dénis,  vahJ  bone  Christe! 
où  il  faut  effacer  cum.  Et  un  peu  plus  loin  : 

Anno  milleno  bis  cenleno  novies  quoque  deno; 
où  Anno  est  pareillement  de  trop.  Ajoutons  encore  en  passant  que  dans 
le  dernier  vers  composuerat  doit  être  composait,  ou,  si  l'on  cherche  la 
consonnance ,  condiderat  : 

Hœc  metra  condiderat  cui  dentur  régna  polorum. 
Plus  haut  Ecclesias  claustra  et  perpétua  luce  sont  pareillement  une 
corruption  pour  Ecclesias  clausit,  perpe/e  luce. 


(  405  ) 

règle  même.  Comme  le  Ms.  vient  de  l'abbaye  de  S'.-Trond, 
on  peut  supposer  que  celui  qui  l'a  écrit  était  de  Looz,  pe- 
tit bourg  à  deux  lieues  de  là ,  où  l'on  prononce  encore 
aujourd'hui  la  plupart  de  ces  mots  comme  le  Ms.  les  repré- 
sente; le  nom  même  du  bourg  qu'on  écrit  en  flamand 
Loon  ou  Loen,  et  que  partout  ailleurs  ou  prononce  avec  o 
long,  y  devient  dans  la  bouche  des  habitants  Lon f  pro- 
noncé comme  la  première  syllabe  dans  l'honneur.  Cepen- 
dant à  côté  de  ces  formes,  on  trouve  dans  le  même  livre 
gheeste,  ghereet,  gheboet,  ghehoert,  groete  pour  groote  y 
troest,  etc. ,  comme  un  retour  involontaire  à  la  véritable 
orthographe;  vcy.  v.  8.  —  Vijte  au  lieu  de  vite  peut  pa- 
raître aussi  une  faute,  si  l'on  consulte  l'étymologie  du  mot , 
vita.  Remarquons  pourtant  que,  dans  les  mots  étrangers, 
Yi  long  est  ordinairement  remplacé  par  ij  :  Antonijnus , 
Tijberius,  et  encore  aujourd'hui  Tijger,  Nijl.  Plus  com- 
munément au  lieu  d'y  l'on  trouve  y}  comme  dans  Rein. 
Tybert,  vygelye ,  Fyrapeel,  Lyoen,  ce  qui  doit  s'attribuer 
au  changement  qui  est  survenu  dans  la  prononciation  de 
l'y,  que  de  bonne  heure  on  a  commencé  à  confondre 
avec  l'y.  Le  Ms.  publié  par  Meijer  écrit  même  syti,  verbe 
et  pronom,  myn,  wys,  etc.  ;  je  n'ai  remarqué  dans  lout  le 
livre  qu'un  ij ,  dans  vloijen ,  pag.  159.  Dans  le  Ms.  du 
même  livre  découvert  par  M.  Moue,  y  et  ij  varient  souvent 
dans  les  mêmes  mots ,  mais  ij  prédomine.  Dans  d'autres 
Mss.  y  est  exclusivement  pour  les  mots  étrangers  Symoen , 
Ystorie  et  pour  les  combinaisons  avec  les  autres  voyelles 
ay,  ey ,  oy ,  plus  rarement  uy.  Il  serait  trop  long  d'exposer 
ici  notre  opinion  relativement  à  l'emploi  de  i,  ij  et  y  ;  nous 
dirons  seulement  que  nous  sommes  loin  d'exclure  la  der- 
nière de  ces  lettres  de  notre  alphabet,  et  qu'il  ne  serait  pas 
difficile  de  s'accorder  sur  l'emploi  de  toutes  les  trois,  si , 
écartant  tout  esprit  de  système,  on  se  donnait  la  peine  de 
rechercher  leur  origine,  de  constater  leur  usage  primitif 


(  406  ) 

et  de  corriger  les  aberrations  des  Mss.  au  moyen  de  l'ana- 
logie et  des  principes  généraux  de  l'orthographe.  Voy. 
sous  le  v.  suiv. 

V.  8.  La  construction  de  ce  vers  et  du  suivant,  tels  que 
nous  les  avons  écrits,  peut  paraître  irrégulière  :  Des  daet 
hi...  en  hi  lieeft ,  au  lieu  de  daet  hi  en  heeft  hi;  mais  il 
n'est  pas  rare  de  voir  nos  anciens  écrivains  passer  ainsi 
subitement,  dans  une  même  phrase,  d'une  construction 
dépendante  ou  subjonctive  à  une  construction  absolue  ou 
indicative.  Le  pronom  se  dans  les  deux  Mss.  est  une  addi- 
tion des  copistes;  le  verbe  beghinnen ,  en  pareil  cas,  n'a 
presque  jamais  un  régime  :  l'adverbe  dus  y  supplée.  Rien 
n'était  plus  facile  d'ailleurs  que  de  mettre  : 

Die  hi  na  den  walschen  boeken. 

M.  Gr.  qui  a  le  premier  mis  dans  le  texte  le  vers  du  Ms. 
hollandais,  n'a  pas  jugé  à  propos  de  changer  wtten,  c'est- 
à-dire  uutten,  en  na  den,  comme  l'a  fait  M.  Willems.  Na 
den ,  est  la  leçon  du  Ms.  de  G. ,  mais  elle  gâte  ici  le  vers. 
D'un  autre  côté,  M.  Gr.  écrit  utten  (sic) ,  quoique  dans  sa 
Gramm.  I,  pag.  505,  il  établisse  comme  règle  que  ût , 
c'est-à-dire  d'après  l'orthographe  vicieuse  qu'il  a  imaginée, 
uut,  même  suivi  d'un  enclitique,  n'admet  point  la  gémi- 
nation  du  t,  mais  fait  toujours  ûten  (uuten) ,  ùter  (uuter). 
Nous  répétons  avec  regret  ce  que  nous  avons  déjà  dit  dans 
notre  1."  article: M.  Gr.  ne  connaît  point  la  valeur  de  nos 
voyelles  (i).  Dans  la  langue  flamande,  toutes  les  voyelles 
indéterminées  par  leur  nature  sous  le  rapport  de  la  quan- 


(i)  En  veut-on  une  preuve  ,  une  seule?  il  regarde  comme  brèves  toutes 
les  voyelles  simples;  pour  lui  name,  halen,  maken,  etc.,  weten,  heten , 
pleghen,  etc.,  rime,  wiue,  scriven ,  mine,  sine,  etc. ,  horen,  lopen  , 
copen ,  groten  ,  c.  a.  d.  hooren ,  loopen  ,  etc.,  it.  bode ,  gode ,  hoch , 
c.  a.  d.  hooeh,  enfin  huse ,  mure,  ghelude ,  scrifture,  etc,  etc.,  sont 


(407  ) 

tilé,  sont  longues  quand  elles  terminent  la  syllabe  (ïm 
anslaut),  brèves  quand  la  syllabe  finit  par  une  ou  plu- 
sieurs  consonnes  (im  in-oder  anlaut).   On  ne   doit  pas 
même  excepter  pour  la  langue  ancienne  Yi,  qui  aujour- 
d'hui  est   toujours  bref,  si    ce   n'est  pour  autant   qu'on 
l'oppose  à  ij  ou  y;  ie  n'est  pas   un  i  allongé,  mais  une 
dipthongue  propre  au  flamand  et  à  l'allemand.  La  seule 
exception  que  l'on  puisse  faire,  est  en  faveur  des  procliti- 
ques be,  ghe,  te;  des  enclitiques  mi,  di,  rj/ii,  Ai,  etc.,  et 
alors  seulement  quand  ils  ne  reçoivent  point  d'accent  em- 
phatique; enfin  de  l'article  de  et  de  quelques  pénultièmes 
muettes  comme  dans  heilighe ,  meneghe ,  bedelen,  se  rive- 
ren,  etc. ,  qu'on  pourrait   comparer   aux  esdrujulos   des 
Espagnols,  si  l'on  n'aime  mieux  considérer  ces   syllabes 
comme  absolument  nulles.  On  pourrait  généraliser  la  règle 
en  l'étendant  à    toutes  les   syllabes  non   radicales.   Une 
voyelle  devant  une  autre  qui  commence  la  syllabe  sui- 
vante, reste  également  longue,  à  l'exception  de  quelques 
noms  propres  étrangers  :  nous  avons  ghebenedien ,  lien  à 
côté  de  Indië,  Massiliërs,  etc.,  mais  depuis  long-temps  le 
ij  ou  le  y  a  remplacé  dans  les  premiers  IV  simple ,  c'est-à- 
dire  que  pour  éviter  d'un  côté  un  hiatus  désagréable,  et 
d'un  autre  côté  la  confusion  avec  ie  et  la  contraction  de 
deux  syllabes  en  une  seule ,  on  y  a  joint  mij  consonne. 
Ces  deux  ij  ont  bientôt  été  considérés  comme  ne  faisant 
qu'une  seule  lettre ,  qui  a  été  peu  à  peu  confondue  avec; 
y,  d'abord  dans  l'orthographe ,  ensuite  dans  la  prononcia- 
tion ;  et  ce  désordre  étant  une  fois  introduit  dans  la  lan- 


tous  des  mots  où  les  voyelles  a  e  i  o  U  sont  brèves!  Où  cette  erreur 
fondamentale  ne  doit-elle  pas  conduire  un  homme  aussi  rigoureusement 
conséquent  que  l'est  M.  Gr.  dans  un  ouvrage  qui  repose  tout  entier  sur 
l'analogie,  et  où  tout  est  induction?  Quant  à  la  différence  entre  les  voyel- 
les longues  et  graves  (scherp lang)  et  longues  et  aiguës  (zacht  lang),il 
ne  la  soupçonne  même  pas. 


(  408  ) 

gue,  on  a  vu  ij  et  y  s'emparer  de  toutes  les  places.  De 
benedî-en,  on  a  d'abord  fait  henedî-jen ,  et  c'était  bien; 
puis  benedijen  {ij  ne  formant  plus  qu'une  lettre);  puis 
encore  benedyen.  (  Ici  la  prononciation  change ,  et  donne 
enfin  benedyt,  son  de  l'y  ou  d'ee  très-dur,  à  côté  de  bene- 
dijt,  son  â!î  ou  i  long ,  plus  doux  que  ie.  Remarquons  en 
passant  que  dans  benedijt  cet  ij  (  —  i  redoublé  ou  i  long) 
est  purement  voyelle,  tandis  que  dans  benedi-jen}  c'est 
une  lettre  composée  d'une  voyelle  et  d'une  consonne  et 
que  par  conséquent  dans  benedijt  et  benedijen,  ce  sont, 
au  fond ,  deux  lettres  différentes,  l'une  simple  (  ii) ,  l'autre 
composée  {ij).  Ce  que  nous  avons  dit  de  Yi  allongé  ou 
combiné  avec  /,  peut  s'appliquer  à  toute  autre  voyelle  : 
za-en;  semer,  devient,  za-jen,  zaijen,  zayen,  ou,  en  al- 
longeant a  par  e  devant  la  consonne  ainsi  renforcée, 
zaeijen ,  zaeyen.  De  za-ët  à  zaeyt  le  passage  est  le  même  ; 
partout  la  confusion  de  Yi  long  (ii  ou  ij)  avec  la  consonne 
y,  et  de  la  voyelle-consonne  ij  avec  l'y,  confusion  qui  a  eu 
d'abord  pour  cause  la  ressemblance  de  ces  quatre  carac- 
tères essentiellement  différents,  et  qua  portée  plus  tarda 
son  comble  le  changement  de  prononciation  de  IV  long, 
qu'elle-même  avait  préparé. 

La  voyelle  i  a  subi  encore  d'autres  changements.  Nous 
avons  parlé  plus  haut  des  enclitiques;  là  Yi  primitif  a  été 
depuis  long-temps  changé  en  e  et  cet  e,  en  vertu  de  l'ac- 
cent de  la  syllabe  précédente,  est  devenu  en  quelque  façon 
muet.  Il  en  a  été  de  même  des  proclitiques  :  becomen  n'est 
autre  chose  que  bi-  ou  bijcomen,  etc.,  et  dans  un  grand 
nombre  de  mots  où  ils  étaient  suivis  d'une  voyelle,  cet 
affaiblissement  d'e  en  e  a  amené  enfin  la  disparition  totale 
de  la  voyelle  :  gheônnen ,  gheonnen  { comme  ou  le  prononce 
encore  en  certains  endroits),  gonnen,  biïnnen,  beïnnen, 
binnen,  etc.  Dans  le  livre  publié  par  Meijer  :  g hoppenbart 
pour  gheopenboert.  où  l'on  peut  de  plus  remarquer  la  con- 


(  409  ) 

servation   de  gh  devant   o  comme  dans  die  ghone  pour 
die  ghene. 

Mais  s'il  en  est  ainsi  de  la  quantité  de  nos  voyelles  con- 
sidérées comme  signes ,  il  n'en  est  pas  de  même  des  sons 
que  ces  signes  doivent  représenter.  Nous  avons  dans  notre 
langue  un  nombre  infini  de  syllabes  où  les  consonnes 
finales  sont  précédées  de  sons  nécessairement  longs,  et 
qui  par  conséquent  n'ont  point  dans  notre  alphabet  de 
signes  simples  par  lesquels  ils  puissent  être  représentés. 
Aussi  bien  n'en  faut-il  pas,  la  longueur  ou  la  brièveté 
d'une  voyelle  n'en  faisant  pas  une  voyelle  différente,  vu 
que  c'est  la  qualité  qui  fait  la  différence  et  non  la  quantité. 
Mais  comment  y  suppléons-nous,  puisqu'il  importe  enfin 
que  la  quantité  même  soit  représentée  et  que  nous  n'avons 
pas  d'accents  comme  les  Français  (  non  vraiment  nous  n'en 
avons  pas),  ni  ne  nous  servons  à  cet  usage  de  Y  h  comme 
les  Allemands?  Nous  employons  le  procédé  le  plus  simple 
et  le  plus  naturel:  comme  primitivement  les  Romains, 
nous  redoublons  la  voyelle  à  laquelle  nous  voulons  donner 
^ne  double  valeur.  Si,  au  lieu  de  la  redoubler,  d'autres  y 
joignent,  dans  certains  cas,  un  e,  c'est  plus  encore  une 
différence  de  système  que  de  dialecte.  Ce  système  n'est 
pas  d'ailleurs  toujours  applicable  à  nos  anciens  auteurs, 
pour  qui  u  long  valait  souvent  notre  ui  :  huus,  muus , 
huse,  muse,  sans  parler  du  10  qui  tendait  à  la  même  fin. 
Il  ne  l'est  pas  même  dans  la  langue  moderne,  si  l'on  ne 
veut  confondre  les  diphthongues  ie ,  oe,  avec  i  et  o  long. 
C'est  tout  ce  que  nous  dirons  ici ,  nous  contentant  d'avoir 
indiqué  quelques-uns  des  points  de  vue  sous  lesquels  la 
question  peut  être  considérée,  et  de  tirer  de  ce  qui  a  été 
dit,  une  conclusion  applicable  à  utten.  Or,  la  voici  en 
deux  mots  :  utten  est  une  faute,  parce  que  dans  ce  mot 
ainsi  écrit,  le  son  u,  qui  y  est  naturellement  long,  est 
représenté  comme  bref.  Il  faut  donc  écrire  uutten  (wtten) 

27 


(  410  ) 

ou  uten.  Mais  comme  1.°  entre  ces  deux  manières  il  n'y  a 
pas  de  différence  de  prononciation  ;  qu'il  faut  2.°  simpli- 
fier l'orthographe  autant  qu'il  est  possible;  que  3.°  la  plu- 
part desMss.  écrivent  uten,  et  que  4.°  nous  avons  perdu  le 
w  voyelle  (Bilderdyk  l'appelle  consonne  d'extension,  conso- 
nant  van  uitbreiding),  conservé  par  quelques  autres,  avec 
redoublement  du  t  (Voy.  le  fac-similé  de  Rein.,  fig.  I.ro), 
il  faut  écrire  uten,  avec  un  u  et  un  t. 

V.  9.  Nous  avons  conservé  la  leçon  duMs.  deC.si  ce  n'est 
que  nous  avons  mis  heeft  pour  hevet,  à  cause  du  vers.  Les 
Mss.  témoignent  que  dès  les  temps  les  plus  reculés  on  em- 
ployait indifféremment  l'une  ou  l'autre  de  ces  deux  formes. 
J'en  veux  donner  une  preuve  assez  singulière.  Dans  unis. 
que  je  possède  et  qui  est  tout  au  moins  du  commencement 
du  XIV.e  siècle  se  trouve  un  petit  écrit  ascétique,  intitulé 
Die  pa/meboem  van  penitencien.  On  y  lit  f.°  2  recto  la 
phrase  suivante  :  JVant  als  huer  die  ziel  meer  opvaert 
recket  als  die  jxdmeboem  ,  soe  si  meer  wasset  in  minnen. 
Or  entre  opwaert  et  recket  se  trouve  le  mot  trect  (sic), 
mais  biffé  au  moyen  de  points  placés  au-dessous;  d'où  je 
crois  pou  voir  conclure,  que  le  copiste,  qui  n'a  biffé  ee  mot 
qu'à  cause  du  t  initial,  aurait  pu  aussi  bien  écrire  avec 
syncope  rect  que  recket.  J'y  trouve  pareillement  f.  4  recto 
ieman  naket  der  doet,  et  iema?id  neect  der  doet,  à  cinq 
lignes  de  dislance.  Quelle  règle  donc  suivra-t-on  pour  ces 
sortes  de  mots?  je  réponds  :  en  prose  l'orthographe  du  Ms., 
en  vers  celle  qu'exige  la  mesure  ;  et  ceci  doit  se  pratiquer 
également  pour  l'épenthèse  (schiva),  comme  dans  suie, 
sullec,  arm,  arrem  (aerm,  arem,  Rein.  564,  n'est  qu'une 
différence  de  dialecte) ,  etc. 

Nous  nous  sommes  arrêtés  sur  ces  neuf  vers  un  peu  plus 
long-temps  que  nous  n'aurions  voulu ,  mais  nous  croyons 
que  le  rétablissement  en  est  assez  important,  pour  que  le 
lecteur  nous  en  sache  gré  si  nous  y  avons  réussi ,  et  dans 


(411  ) 

tous  les  cas  nous  pardonne  de  l'avoir  essayé.  Les  détails  de 
grammaire  dans  lesquels  nous  sommes  entrés  à  celte  oc- 
casion, nous  permettront  de  supprimer  bien  d'autres  ex- 
plications dans  la  suite. 

V.  10.  God  moete,  etc.  Dans  les  souhaits  le  verbe  moeten 
remplace  presque  toujours  notre  mogen  ou  willen,  même 
lorsqn'il  précède  wenscen,  bidden,  etc.  Melis  St.  1,35-38  : 

Hem  bidàlc  die  noeit  en  began 
Dat  hi  mi  dat  moete  îeeren. 

fui  du  prol.  de  la  Vie  de  J.  C.  publ.  par  Meyer  :  Mar  die  aile 
goede  iverke  volbrengt,  hi  motc  dit  oc  also  volbrenghen  te 
sinen  love,  datter  oc  aldecjhene  afghebetert  moten  sgn,  diet.. 
seleri  lesen.  C'est  l'expression  de  la  confiance  fondée  tant 
sur  l'équité  de  celui  qui  demande ,  que  de  celui  qui  doit 
accorder;  notre  mogen  n'exprime  que  faiblement  le  désir, 
et  marque  plutôt  le  doute  que  l'espérance.  Cependant 
moeten  s'emploie  aussi  pour  mogen,  kunnen  en  d'autres 
circonstances.  Melis  St.  ib. ,  v.  40  : 

Dat  ic  de  waerheit  so  verclare , 
Dat  men  weten  moghe  dat  ware. 

Voy.  encore  Reinart,  v.  490.  —  Ibid.  dans  le  Ms.  de  C. 
il  y  a  ziere  avec  un  z ,  de  même  au  v.  suiv.  et  v.  36 ,  zin , 
ailleurs  zijden  (côtés)  etc.,  et  presque  partout  zeere.  M.  Gr. 
a  remplacé  tous  ces  z  par  des  s  :  Bas  hin  undwieder  vor- 
trekende  Z  ist  ùberall getilgt  und  durch  S  ersetzt.  dit-il, 
Reinh.  F.,  pag.  CLV.  Dans  sa  Gramm.  I,  p  496,  il  établit 
en  principe  que  nous  n'avons  pas  d's  sifflant,  mais  seule- 
ment bourdonnant  :  reiner  sauselaut,  par  opposition  à 
zischlaut  (Angl.  bvzzingsoundel  hissing  sound).  Cependant 
il  v  distingue  deux  degrés  de  force  :  notre  s  bourdonnant 
est' plus  doux  devant  les  voyelles,  plus  dur  devant  les  con- 
sonnes et  à  la  fin  d'une  syllabe  (auslautend)  :  reiner  sau- 


(  412  ) 

selaut  hleibt  er  derwegcn  immerl  II  ajoute  qu'il  n'a  que 
ces  deux  degrés  et  renvoie  à  p.  166,  où  nous  apprenons... 
que  le  son  bourdonnant  est  le  même  dans  toutes  les  lan- 
gues, mais...  que  le  son  sifflant  est  indéterminé  et  suscep- 
tible d'être  gradué,  etc.  Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  la 
contradiction  ni  aux  erreurs  que  ces  passages  contiennent, 
nous  ferons  seulement  remarquer  que  an-}in-  et  auslautend 
nous  avons  le  souselaut  et  le  zischlaut,  et  qu'en  y  compre- 
nant le  ts  et  le  son  aspiré  que  représente  le  sch,  nous  pou- 
vons reconnaître  plusieurs  degrés  dans  l'un  et  dans  l'autre. 
Tsidderen,  schitteren ,  sisscn,  steen ,  mos,  kous ,  kousen, 
wees,  ztvier,  iveezen,  sont  tous  des  sons  ouMes  nuances  de 
sons  différents;  kousen,  kous  et  wees  forment  la  transition 
de  Y  s  au  z,  qui  comme  l'élément  le  plus  faible,  a  été  réservé 
pour  figurer  le  dernier  degré  du  son  bourdonnant. 

M.  Gr.  ne  nie  pas  absolument  que  notre  ancienne  langue 
admît  le  z,  il  reconnaît  même  qu'il  se  rencontre  quelque- 
fois dans  lesMss.  ;  il  se  contente  de  l'exclure  provisoirement 
de  la  Grammaire  flamande ,  en  attendant  que  l'autorité  des 
meilleurs  et  plus  anciens  Mss.  vienne  décider  la  question. 
Nous  avouons  que  dans  les  plus  anciennes  copies  que  nous 
avons  vues,  le  z  n'apparaît  que  comme  une  exception, 
mais  nous  n'ajouterons  pas  avec  M.  Gr.  «  et  sans  consé- 
quence, (cl. h.  ohne  consequenz).y>  Au  contraire,  comme  il 
n'y  a  pas  de  Ms.  si  ancien,  dans  lequel  le  z  ne  se  montre 
de  temps  en  temps,  et  qu'il  y  en  a  du XIV.e siècle  où  il  re- 
vient régulièrement  dans  tous  les  mots  auxquels  le  son  sif- 
flant ne  convenait  pas,  zaen,  zake,  zin:  zicaer,  ziele,zee, 
zoet,  zuur,  etc.;  comme  d'un  autre  côté,  la  langue  latine 
repousse  le  z  (c'est  l'expression  du  Grammairien  Vélius, 
et  l'inspection  d'un  dictionnaire  latin  suffit  pour  la  justi- 
fier ) ,  et  que  la  plupart  des  écrivains  et  des  copistes  ont  dû, 
malgré  eux,  subir  l'influence  de  cette  orthographe  étran- 
gère .  et  qu'enfin .  après  que  cette  influence  se  fut  affaiblie, 


(  413  ) 

îe  z  est  rentré  dans  lous  ses  droits  et  a  même,  dans  ces 
derniers  temps,  comme  par  représailles,  empiété  sur  le 
domaine  del'sr,  nous  en  tirons  cette  conséquence ,  que  non- 
seulement  le  son  bourdonnant  n'était  pas,  dans  notre  an- 
cienne langue,  confondu  avec  le  son  sifflant,  mais  que  déjà 
dès  les  temps  les  plus  reculés ,  on  sentit  le  besoin  de  le 
représenter  par  un  signe  différent ,  signe  que  les  Mss.  nous 
ont  conservé  dans  un  grand  nombre  de  mots,  quoique 
l'exemple  du  latin,  et  peut-être  aussi  le  caprice  des  calligra- 
phes  l'aient  le  plus  souvent  fait  disparaître  comme  étrange 
ou  incommode  et  occupant  trop  d'espace.  Mais  ne  nous 
plaignons  pas  des  copistes.  M.  Gr.  en  l'éliminant  provisoi- 
rement, et  M.  "W.  en  adoptant  définitivement  le  même 
système,  ont  enfin  effacé  entièrement  cette  lettre  de  notre 
ancien  alphabet.  Témoin  le  Glossaire  du  Reinart.  Dans 
ceux  de  FI.  etBl.  de Karel  ende  Elegast.  etc.,  on  le  cher- 
cherait aussi  en  vain.  Les  Latins  ne  sont  pas  allés  aussi  loin. 

Le  lecteur  qui  voudra  tirer  une  conclusion  trouvera 
encore  quelques  considérations  sous  le  v.  219. 

11  n'y  a  pas  que  le  e  dans  ziere  dont  on  ait  besoin  d'éta- 
blir les  droits,  toutes  les  lettres  de  la  première  syllabe  sont 
dans  le  même  cas.  On  trouve  sire,  (j'emploie  Xs  pour  ne 
pas  multiplier  les  parenthèses)  siere.  sinre  et  sijnre, 
comme  aussi  mire,  miere  et  mij'hre.  De  ces  quatre  formes 
M.  Gr.  ne  nomme  que  les  trois  premières  et  n'approuve 
que  la  deuxième.  »  Cette  syncope  de  Xn,  dit-il,  suppose 
»  les  formes  plus  anciennes  desincre.mùicre,  sans  quoi  le  e 
»  dans  siere.  miere  serait  inexplicable.»  Hâtons-nous  d'ajou- 
ter :  d'après  son  système  ;  car  pour  qui  connaît  la  valeur 
de  nos  voyelles  et  la  facilité  avec  laquelle  IV  se  redouble 
et  s'attache  à  la  syllabe  précédente  (comparez  derre.  rare- 
ment dere,  pour  desere,  dans  la  Vie  de  J.  C  chap.  4, 
kurre  pour  harcre,  dergherre ,  pour  dergkcnere.  etc.),  siere 
n'est  autre  chose  que  sire,  mais  écrit  d'après  la  prouoncia- 


(  414  ) 

tion  ou  l'oreille,  c'est-à-dire,  d'après  un  certain  système, 
avec  *  long.  Je  ne  sais  si  l'on  peut  admettre  avec  M.  Gr.  la 
syncope  d'une  consonne,  mais  dans  tous  les  cas,  il  y  a  ici 
syncope  d'une  syllabe  entière,  de  ne ,  sans  quoi  siere  serait 
de  trois  syllabes.  D'un  autre  côté,  sire  appartient  à  un 
autre  système  ou  usage,  d'après  lequel,  comme  nousl'avons 
dit,  *  à  la  fin  d'une  syllabe  était  long  comme  toute  autre 
voyelle.  Dans  le  livre  publié  par  Meijer  partout  sire, 
imen,  nimen,  iyheivelk,  ripen,  etc.:  sire  n'est  une  mauvaise 
orthographe  que  parce  que  tout  ce  système  est  mauvais,  et 
que  Yr  comme  liquide  et  comme  ayant  de  sa  nature  un  son 
plus  prolongé  qu'aucune  autre  consonne,  ne  laisse  presque 
pas  d'intervalle  entre  la  syllabe  qui  précède  et  celle  qu'il 
commence,  en  tirant,  pour  ainsi  dire,  la  première  à  lui. 
Mire  et  sire  ne  sont  donc  pas  plus  irréguliers  que  mine  et 
sine,  quoique  dans  ces  derniers  on  ait  de  bonne  heure 
doublé  Vi (if  ou  y,  comparez,  mais  avec  précaution,  Van 
JVijn,  Huisz.  leven,  p.  448),  ce  qui  n'a  pu  se  faire  dans 
mire  et  sire,  où  la  prononciation  primitive  (j'emploie  à 
dessein  ce  mot)  avait  été  forcément  respectée  par  l'usage, 
l'oreille  flamande  étant  assez  délicate  pour  ne  pas  souffrir, 
dans  deux  syllabes  de  suite ,  deux  sons  aussi  durs  que  le 
sont  celui  de  Yy  et  de  IV.  Ces  deux  lettres  ne  peuvent  même 
se  réunir  dans  un  même  syllabe ,  dans  l'ordre  que  nous 
les  avons  nommées  :  ijr  ou  yr  n'est  pas  un  son  flamand. 
Quant  à  minre,  sinre  {Rein.  4405,  4463,  etc.,  M.  Willems 
y  écrit  mijnre ,  sijnre ,  je  ne  sais  si  d'après  le  Ms.  hollan- 
dais) ils  appartiennent  à  un  autre  dialecte.  Il  est  remar- 
quable que  dans  la  Vie  de  J.  C.  on  trouve  constamment 
mijn  et  sij'n  monosyllabe  et  mine,  sine,  dissyllabe,  mais 
cela  se  voit  encore  ailleurs  et  s'explique  par  les  observa- 
lions  qui  précèdent. 

V.  13.  Beicle,  W.;  hcde,  Gr.  ;  mais  le  Ms.  de  G.  écrit  tou- 
jours beede.  En  outre.  M.  W.  dans  son  Glossaire  dislingue 


(   415  ) 

à  lort  beede  de  bcide.  Que  l'on  compare  ensemble  les 
v.42,  147,  151,408,681,  700,  751,  837,841,  etc.,  et  l'on 
Terra  qu'il  y  a  plus  ici  qu'une  inconstance  d'orthographe. 
—  Ibid.  Pourquoi  den  dorpren,  den  doren  au  "datif?  Le 
verbe  bidden  régit  ce  cas.  Vie  de  J.  C,  chap.  99  :  doe  suoer 
die  coninc  dat  Ai  Aarc  gAeven  soude  icat  si  hem  bade ,  al 
bade  si  hem  halfsyn  coningrike  :  et  sans  un  second  régime 
Gode  bidden.  On  disait  aussi  comme  nous,  bidden  om,  Vie 
de  J.  C,  pag.  74;  et  bidden  op,  c'est-à-dire  met  :  op  ghe- 
nade,  Van  Heelu  v.  12;  op  o?noet,  op  groet  oetmoet,  vp 
Aovescede  et  up  Aovesceit  dans  Melis  Stocke  et  Walewein. 
Voy.  Huyd.  vol.  II,  pag.  514.  —  Ibid.,  doren  rime  avec 
Aoren,  et  ainsi  v.  33  et  ailleurs.  Doren  est-il  donc  long 
et  grave,  ou  faisaient-ils  rimer  les  graves  avec  les  aigus? 
V.  Heelu,  v.  337,  groot  :  ontboot,  nous  le  ferait  croire,  si 
l'orthographe  du  Ms.  ontboet  n'indiquait  que  onthoot  était 
lui-même  autrefois  long  et  grave ,  comme  dooren  ou  doe- 
ren  l'est  sans  aucun  doute.  Voy.  sous  v.  28  la  note. 

V.  15.  Le  Ms.  de  C.  a  partout  rijm,  rijme\  pourquoi 
l'a-t-on  changé?  voy.  v.  8.  —  Ib.  Woort,  Gr.  selon  sa  cou- 
tume, TVôrt.  Dans  sa  grammaire,  il  donne  ce  mot  comme 
paradigme  de  la  1  .re  déclinaison  forte  des  noms  neutres , 
dont,  selon  lui,  le  nominatif  et  l'accusatif  pluriel  sont  sem- 
blables au  nominatif  singulier,  à  l'exception  de  ceux  dont 
la  racine  est  brève,  qui  font  e  au  pluriel.  On  a  vu  sous 
le  v.  8,  ce  que  c'est  que  bref  et  long  pour  M.  Gr.';  ainsi 
nous  nous  en  tairons  ici ,  mais  est-ce  un  nominatif  ou  un 
accusatif  pluriel  dans  Maerlant  Sp.  Hist.  vol.  III,  pag.  65, 
met  dusghedane  tvortf  nous  en  doutons  :  comparez  metter 
tijty  etc.  Il  y  a  d'ailleurs  des  substantifs  invariables  au  plu- 
riel de  toutes  les  déclinaisons,  dont  nous  regrettons  que 
M.  Gr.  n'ait  pas  donné  une  liste  plus  complète.  Woort, 
woert,  icort  (bref)  et  tcart  ne  sont  que  des  différences  de 
dialecte. 


(  416  ) 

V.    18-19.      Te  vêle  slachteti  si  den  raven 
Die  emmer  es  al  even  malsch. 

Le  rimailleur  du  Ms.  hollandais  n'a  pas  compris  ces  vers; 
voici  ce  qu'il  met  à  la  place  : 

Maer  so  wie  die  doghet  hateu 
Die  maken  mitter  logen  malsch  (!) 
Ende  oordelen  mennegbe  rijni  valsch. 

M.  Gr.  ne  les  a  pas  compris  davantage.  Quest-ce  que 
c'est  que  malsch?  Dans  sa  grammaire  I,  pag.  499,  il  l'ex- 
plique par  vorax ;  dans  ses  notes,  par  lecker ,  geil,  weich- 
lich.  Pourquoi  pas  aussi  weiblich,  car  mollis  en  latin  est 
synonyme  fteffeminatus?  M.  Willems  se  contente  de  mettre 
en  note  week.  Je  ne  sais  si  week  signifie  ici  tendre,  bien 
cuit,  gaer ,  murw ,  ce  que  l'auteur  de  Reinaert  a  voulu, 
mais  le  passage  méritait  d'être  éclairci  davantage.  Voici 
comme  nous  l'entendons  :  Il  dit  que  les  hommes  grossiers 
et  ignorants  peuvent  se  dispenser  d'entendre  la  lecture  de 
son  ouvrage,  qui  ne  peut  leur  profiter,  puisqu'ils  ressem- 
blent au  corbeau  dont  la  chair  reste  toujours  également 
coriace,  quelque  peine  qu'on  se  donne  pour  la  faire  cuire. 
Mot  à  mot  en  conservant  l'ironie  :  ils  ressemblent  trop  au 
corbeau  qui  est  toujours  également  tendre. 

V.  21.  Afne  weten-  le  Ms.  de  C.  et  Grimm  ont  ofne  we- 
ten.  Af  est  van,  la  même  chose  que  le  of  des  Anglais. 
Comparez  Clign.  Esop.  X,  6;  IX,  14;  XVII,  16,  LXII,  4,  etc. 
Rein.  70,  etc.  Flor.  et  Bl.  422  : 

Men  ghewons  nemmer  prijs  no  lof 
Noch  vrome  en  quamer  nemmer  of; 

et  le  fragm.  de  Madelgijs.  publié  dans  les  Notœ  in  Rein, 
vulp. ,  p.  17  : 

Sullec  prijs  en  sullec  lof 
fi^aeyet  mitten  winde  of. 

o/'pour  r//'est  comme  on  voit  un  idiotisme  qui  se  rencontre 


(  417  ) 

souvent,  et  qui,  nous  semble-t-il,  devait  être  conservé.  11 
en  est  de  même  de  l'ancienne  négat.  ne ,  qui  du  reste  est 
bien  plus  doux  sur  la  thèse  du  pied  que  en,  surtout  après 
ofoxx  af,  sur  lequel  il  s'incline. 

V.  22.  Le  Ms.  de  G.  a  heeten,  que  Grimm.  a  eu  raison 
de  corriger,  parce  qu'il  rime  avec  weten  (sic).  J'avoue 
cependant  qu'il  ne  m'est  pas  encore  prouvé  qu'ancienne- 
ment weten  ne  fût  pas  aussi  long  et  grave  (weeten);  car 
cette  prononciation  se  retrouve  encore  par-ci  par-là  dans 
la  Belgique:  j'en  dis  autant  de  heten.  —  Dan  ic  doe.  vov. 
v.  197,  235,  etc. 

V.  24.  Ce  vers  a  une  syllabe  de  trop ,  car  dans  le  v.  23 
Babilonien  (Babitonie?)  est  de  quatre  syllabes;  mais  il 
contient  deux  mots  qui,  dans  la  prononciation  souffrent 
souvent  une  syncope,  daden  et  soude?is,  dont  le  premier 
devient  daen  ou  deen,  le  second  soun's  ou,  comme  on  le 
prononce  encore  en  certains  endroits,  sonn's  (sonnl).  Il 
s'agit  donc  de  choisir  entre  la  syncope  de  daden  et  celle 
de  soudens ,  à  moins  qu'il  ne  paraisse  plus  simple  de  les 
adopter  toutes  les  deux,  après  avoir  rejeté,  comme  suspect, 
le  nu  du  vers  précédent  : 

Die  in  Bahilonie  leven 

Daen  si  welsi  souns  begheven. 

Comparez  raen  pour  raden ,  vaen  pour  vanghen  ;  hens 
pour  het  en  es,  etc.  —  Dans  la  var.  vertijen,  expliqué 
d'abord  par  M.  W.  par  voorbijtrekken ,  est  mieux  rendu 
dans  l'Errata  par  opgeven.  Le  mot  existe  encore  dans  le 
Limbourg  :  vertegen,  vertegeren=vertijgen ,  vertijgeren. 
se  dit  au  jeu  de  cartes  pour  ne  pas  servir  de  triomphe 
quand  on  en  a  et  qu'on  doit  le  faire.  Comparez  dans  Kiliaen 
vertijden.  L'un  vient  cependant  de  tijghen  dans  le  sens  de 
tooghen,  montrer,  savoir  une  fausse  carte,  l'autre  de  tijghcu 
dans  le  sens  de  tijden,  tendre,  pencher  vers,  et  c'est  ce 


(  418  ) 

que  voulait  probablement  M.  W.  quand  il  écrivit  voorhy- 
trekken.  Meijer,  Vie  de  J.  G.,  l'explique  par  verlaten,  il 
fallait  verzaken,  que  le  sens  des  ehap.  99  et  125  exige 
absolument  et  qui  même  au  jeu  est  synonyme  de  vertijen. 
Du  reste  tijen  pour  tooghen  et  tijghen  pour  tijden  vien- 
nent d'une  même  racine  et  ne  diffèrent  pas  l'un  de  l'au- 
tre.—  Quant  à  la  mention  qui  est  faite  ici  de  Pavijen, 
avec  lequel  il  rime,  ne  pourrait-elle  pas  fournir  quelque 
conjecture  probable  sur  l'époque  de  la  refonte  du  vieux 
poème  ? 

V.  25.  Lu  comme  il  est  écrit  ce  vers  est  trop  long ,  pro- 
noncez :  Dan  ou  daùi  pour  dat  en  ou  dat  ne;  dan  comme 
dans  le  Limbourg ,  (V.  Heelu ,  v.  742  :  Dan  hoort  te  deser 
yeesten  niet,  c'est-à-dire  Dat  en  hoort  etc.)  da£n  comme 
en  Brabant.  Autrement  :  l'anacruse  du  vers  trocliaïque 
(iambique,  mais  mesuré  comme  trocliaïque)  est  ici  de 
deux  très-brèves  au  lieu  d'une  brève  ou  d'une  longue,  au- 
quel cas,  même  chez  les  Grecs  et  les  Latins,  on  doit  tou- 
jours supposer  une  ellipse  dans  la  prononciation.  Et  com- 
bien ces  ellipses  n'élaient-elles  pas  familières  à  nos  pères? 
In  doe ,  pour  ic  en  doe,  liens  pour  het  en  es  et  les  autres 
que  nous  avons  citées  plus  haut  :  derg lierre  pour  derghe- 
nere,  etc.  Aujourd'hui  encore  les  Anglais  peuvent  nous 
donner  une  idée  de  cette  prononciation  :  /  donnt  pour 
/  do  not,  l'il,  pour  Iwill,  etc.  Nous-mêmes  nous  ne  l'avons 
pas  perdue  entièrement.  Pour  en  donner  un  exemple, 
croirait-on  que  le  mot  entwij'vel  est  un  composé  de  cinq 
mots  différents?  11  est  employé  comme  synonyme  de 
ecnige ,  quelques  uns,  dans  un  grand  nombre  de  villages 
du  Limbourg  :  ik  heb  daer  entioijvel  menschen  gezien ,  ou 
pour  figurer  la  phrase  comme  elle  se  prononce  :  'cheb 
dantwijvel  minsse  gezien,  signifie  j'ai  vu  là  un  certain 
nombre  de  personnes:  et  le  mot  en-  ou  intwijvel  doit  se 
décomposer  en  ik  en  weet  niet  toie  veel :  wie  vecl.  pour 


(  419  ) 

hoe  veelesi  un  germanisme  ou  plutôt  un  archaïsme,  connue 
il  en  existe  beaucoup  dans  ces  contrées  (voy.  J.  V.  Heelu, 
v.  284,  etc.);  mais  wie  se  prononce  tcy,  tandis  que  wij , 
nous  ,  et  wie ,  qui  ?  se  prononcent  wèh. 

On  pourrait  peut-être  aussi  supprimer  en  :  Bat  segghic 
niet,  mais  je  crois  que  le  plus  sûr  est  de  respecter  partout 
la  double  négation.  Je  l'ai  trouvée  quelquefois  omise,  mais 
pas  assez  souvent  pour  oser  affirmer  que  cette  omission  ne 
soit  pas  une  négligence  de  copiste.  Voy.  v.  27 ,  et  le  frag- 
ment de  Van  Ackersdijk  cité  plus  haut.  —  Grimm  écrit 
mal  ensegghic  en  un  mot. 

V.  26.  Vers  trochaïque ,  donc  ou  mines ,  ou  tvare  sans 
élision.  Graeter  donne  ëë,  ce  qui  ferait  enen,  mais  comme 
Grimm  n'en  dit  rien ,  il  est  probable  que  Graeter  a  mal 
lu  et  qu'il  n'y  a  dans  le  Ms.  que  eë,  c'est-à-dire  een.  Ghe- 
stille est  toujours  accompagné  de  een  et  se  dit  proprement 
du  silence.  Il  se  construit  avec  différents  verbes  :  v.  1136, 
doe  dies  een  ghestille  ;  v.  2194  ,  een  ghestille  maken.  Flor. 
et  Bl,  358  :  " 

Dammirael  dede  i  nt  paleis  ghebieden 
Een  ghestille  maecte  hl  aile  den  lleden 

où  je  lirais  volontiers  : 

Dammirael  die  deet  ghebieden 
Een  ghestille  al  den  lieden. 

Comparez  ib.  v.  3418  et  2801. 

V.  27.  Ne  hads  mi  e?ie,  etc.  Ne  hads  (pourquoi  pas  hats?) 
ne  compte  que  pour  une  syllabe,  ri  hads.  —  Will.  ene  ; 
Grimm  éne  (sic);  le  Ms.  de  C.  eene.  Pourquoi  a-t-on  ré- 
pudié l'orthographe  du  Ms.?  M.  Gr.  est  du  moins  constant 
dans  son  système  (je  regarde  l'accent  comme  une  faute 
d'impression,  car  il  ne  reparaît  plus,  pas  même  au  vers 
104.  pas   même  sur  ère  =  eenere ,  si  ce  n'est  une  lois. 


(  420  ) 

v.  135),  il  écrit  partout  ene ,  enen  avec  un  e.  Dans  l'édition 
de  M.  W.  nous  trouvons  ene,  v.  80,  103,  104,  119,  121 , 
137,  jusqu'au  v.  146,  où  nous  trouvons  pour  la  première 
fois  eene  rimant  avec  beene.  Nous  disons  pour  la  première 
fois,  car  depuis  ce  vers,  à  une  seule  exception  près,  v.  217, 
on  ne  rencontre  plus  que  ee?w..;  jusqu'au  vers  600,  où, 
avec  tenemale  ene  rentre  de  nouveau  dans  le  texte  pour 
n'en  plus  sortir.  Qu'on  nie  maintenant  la  force  de  la  rime  ! 
Cependant  M.  W.  écrit  partout  een  et  eere  (ee?wre), 
et  a  suffisamment  condamné  par  là  Yen  et  Y  ère  de  M.  Gr. 
Voy.  sous  le  v.  28,  grofe,  29  gherne,  35  eren  :  keren, 
65  hcre,  etc.  etc. 

V.  28.  Groter,  le  Ms.  de  C.  porte  partout  groeter.  Je  ne 
demande  pas  pourquoi  M.  Grirnm  l'a  changé,  c'est  son 
système  ;  mais  qu'est-ce  qui  a  engagé  M.  W.  à  adopter  ce 
changement?  N'y  a-t-il  donc  pas  de  différence  entre  o 
long  et  grave  (scherplang)  et  o  long  et  aigu  (zachtlang)? 
ou  nos  anciens  ne  l'ont-ils  point  sentie  ?  ou  enfin  n  ont-ils 
su  comment  la  représenter  par  des  lettres  ?  Qu'on  consulte 
les  Mss.  On  y  trouvera  presque  toujours  oo  ou  oe  dans  les 
syllabes  qu'aujourd'hui  encore  nous  prononçons  longues 
et  graves,  groot,  groet,  doot,  doet,  hoort,  hoert,  scoon, 
scoen ,  et  comme  son  final ,  groote ,  groete ,  doode ,  doede , 
hoorerij  hoeren,  ncoone,  scoene,  etc.  Nous  ne  nions  pas  que , 
dans  ce  dernier  cas ,  on  ne  trouve  aussi  très-souvent  o  seul , 
même  dans  Rein.,  horen,  seone,  etc.,  mais  quelle  est  la  vé- 
ritable orthographe?  Nous  répondons  ce  que  nous  avons 
déjà  répondu  ailleurs  :  la  preuve  que  dans  ces  sortes  de 
mots  il  fallait  toujours  oo  ou  oe,  c'est  qu'on  les  a  écrits  ainsi 
quelquefois;  et  cette  preuve  est  sans  réplique,  parce  que, 
s'il  n'y  avait  point  eu  de  différence,  si  elle  n'avait  point 
été  sentie,  on  n'aurait  pu  même  une  seule  fois  employer 
cette  orthographe.  Nous  ajouterons  encore  comme  une 
invitation  à  compléter  ces  observations,  que  l'on  ne  trou- 


(  421  ) 

vera  jamais ,  que  comme  une  aberration  de  la  plume,  cet 
échange  de  oo  avec  oe  dans  les  syllabes  qui  sont  longues 
et  aiguës  (zachtlang)  :  soen  pour  soon:  fils;  doer  pour 
door,  préposition;  voer  pour  voor,  préposition;  spoer, 
spoeren,  pour  spoor,  sporen,  etc.  Cet  o  long-aigu  a  de  l'af- 
finité avec  eu,  qui  le  remplace  quelquefois,  et  avec  a 
long,  Haer,  pron.;  hoèr,  heur;  spraek,  sprook,  spreuk  ; 
braek,  brook,  breuk;  Maese  (Mosa),  Mocse ,  Meuse  ;  maen, 
moen  (ineunke ,  moinke,  dimin.  pop.),  etc.  D'un  autre 
côté,  Yo  long  et  grave  devient  u  long  (uu  ou  to,  aujour- 
d'hui ui,  dans  la  bouche  du  peuple  ue)  :  croon,  croen , 
èruun,  cruin,  cruen;  cloot,  cloet,  cluut,cluit,  cluet,elc. 
Mais  son  affinité  avec  oe  n'empêche  pas  qu'il  ne  soit  un 
élément  parfaitement  distinct  :  oe  ne  devient  jamais  oo; 
hloet,  spoet,  moet,  ne  deviennent  jamais  bloot ,  spoot, 
moot,  etc.  (1)  Il  ne  devient  pas  même  ui,  quoique  le  peu- 
ple en  fasse  ordinairement  ue  :  voet,  vuet;  soet,  suet,  etc., 
jamais  soot  ni  suit,  et  encore  moins  seut,  car  de  tous  les 
sons  que  nous  avons  nommés ,  les  plus  éloignés  l'un  de 
l'autre  par  leur  origine  sont  eu  et  ue.  On  trouve  pourtant 
scueren  pour  sceuren ,  déchirer  etc;  nous  le  savons,  et  c'est 


(i)  Dans  Y.  Heelu,  v.  338,  groot  : ontboet  est  une  double  faute, contre 
la  langue  et  contre  la  rioie,  à  inoins  que  ontboet  (de  ontbieden)  ne  fût 
réellement  long  et  grave  ,  eu  que  nous  n'admettions  que  les  vieux  auteurs 
flamands  n'observaient  pas  plus  que  ne  le  font  aujourd'hui  les  Hollandais, 
le  précepte  ainsi  formulé  par  Jeroschin  ; 

Vil  wort  man  gliche  scribet , 
Der  luyt  ungliche  sich  tribet; 
Such  rymen  sal  man  miden  ! 

N'est-il  pas  étonnant  que  quoique  de  l'aveu  même  de  Bilderd.  les  Holl. 
aient  l'oreille  assez  dure  (hardhuidig  in  '£  gehoor,  Gramm.  p.  3fi)  pour 
ne  pas  sentir  la  dùTérence  entre  y  et  ei ,  ils  se  gardent  bien  de  les  faire 
rimer  ensemble  :  tandis  qu'ils  associent  dans  la  rime  spoor  et  gehoor , 
dont  la  différence  est  infiniment  plus  sensible  ? 


(  422  ) 

pour  qu'on  corrige  ces  fautes  que  nous  appelons  l'atten- 
tion sur  la  différence  des  deux  sons. 

Quelques  mots  paraissent  varier  avec  le  temps  :  voor 
sillon,  etc.,  et  l'imparfait  de  varen,  voer,  appartiennen 
évidemment  à  la  même  racine ,  cependant  nous  trouvon: 
varen,  voer,  voor,  veur,  dimin.  veurken.  D'autres  son 
plutôt  une  différence  de  dialecte  :  waert  et  wart  (paroles) 
woort  et  wort,  wocrt  et  dial.  pop.  dans  le  Limbourg,  toeur 
et  wenct,  en  Brabant  woit  etwot.  C'est  à  cette  différent 
de  dialecte  jointe  à  l'influence  de  l'orthographe  latine  qu 
ne  redoublait  plus  depuis  long-temps  les  voyelles  longue: 
(on  sait  que  primitivement  elle  le  faisait),  qu'on  doi 
attribuer  toutes  les  variations  entre  oo  ou  oe  et  o  simple 
ee,  ei  et  e  simple  :  woort,  woert,  wort;  door,  dor ;  ooghen 
oghen;  roosen ,  roesen ,  rosen;  eenc ,  eue;  twee,  twe;  seere 
sere ,  weerde,  werde,  weirde  ;  kleene,  kleine ,  klene,  etc 
Mais  encore  une  fois ,  dans  les  mots  où  o  est  long  et  grave , 
il  faut  dans  tous  les  cas  (antaut,  inlaut,  auslaut) ,  écrire  oc 
ou  oc  selon  le  dialecte  de  l'auteur,  jamais  o  simple;  et  la 
même  règle  s'applique  aussi  à  e  long  et  grave  :  ce  sera  tou- 
jours ee  ou  ei.  Pour  le  cas  où  ces  voyelles  sont  aiguës,  on 
peut  consulter  ce  qui  a  été  dit  sous  v.  8. 

Nous  prévenons  le  lecteur  qui  n'est  pas  étranger,  de 
regarder  ces  observations  comme  n'étant  point  faites  pour 
lui.  Mais  comme  les  étrangers  se  livrent  aussi  à  l'étude  de 
nos  vieux  monuments ,  nous  le  prions  en  même  temps  de 
nous  pardonner  ces  détails,  que,  dans  notre  but,  nous  ne 
pouvions  écarter  entièrement.  Il  verra  bien  que  nous 
n'avons  pas  voulu  tout  dire. 

V.  28.  Grimm  d'après  le  Ms.  de  C.  hovescheden,  faute 
évidente.  Comparez  v.  37  et  48. 

V.  29.  Gherne,  dans  le  Ms.  de  C.  constamment  ainsi, 
même  dans  la  rime,  v.  935  :  gherne  :  scerne.  Grimm: 
Ghèrne  —  gheerne  ou  gheirne  ;  c'est  un  autre  dialecte. 
—  Kccrt  il  fallait  sans  syncope  kccret.  pour  le  vers. 


(  423  ) 

V.  30.  Lisez:  dat  'csoude,  ou  datic  soud  (sou).  Lequel 
préiérera-t-on?  voy.  v.  34. 

V.  31.  Dese  avonturc ,  quatre  syllabes,  voy.  v.  4.  Mais 
pourquoi  ici  avonture ,  avec  un  o  et  partout  ailleurs 
v.  160,  394,  259,  etc.,  avec  un  e?  Le  Ms.  de  G.  a  toujours 
avonture.  Les  deux  leçons  sont  bonnes,  l'une  parce  qu'elle 
est  fondée  sur  l'étym.  basse  lat.  adventura,  l'autre  parce 
qu'elle  l'est  sur  la  prononciation  et  l'usage.  Qui  sait  même 
si  le  calembourg  d'avond  urc,  heure  du  soir,  heure  du  ber- 
ger, etc.,  que  dans  ces  derniers  temps  on  a  imaginé  pour 
trouver  une  étymologie  à  ce  mot,  n'a  pas  passé  par  la 
tète  de  nos  ancêtres?  Quoi  qu'il  en  soit  il  fallait  suivre  le 
Ms.  et  rester  d'accord  avec  soi-même. 

V-  33.  En  die  Ms.  de  C.  et  ainsi  le  veut  le  vers.  Mais  il  y 
a  deux  foisera  die;  M.  W.  et  Gr.  ont  mis  la  première  fois 
ende  die  et  la  seconde  entie.  E?i  die  ne  vaut  donc  rien? 

V.  34.  Le  vers  demande  'cwille  ou  ic  zvil;  quelle  pro- 
nonciation adoptera-t-on ?  nous  dirons  notre  avis  ailleurs. 

V.  35.  Eren  :  keren.  Le  Ms.  de  C.  a  eeren  :  heeren.  Voy. 
v.  28. 

36.  La  mesure  exigeait  qu'on  adoptât  la  leçon  du  Ms.  de 
C.  en. 

V.  4L  Lisez  'tivas.  Le  Ms.  de  C.  a  tfinxen  selon  Graeter, 
et  tsinxeti  selon  Grimm,  qui  donne  cependant  pinxen, 
quoique  ce  mot  ne  se  trouve  probablement  nulle  part.  Si 
l'on  voulait  changer,  il  fallait pinxter-  ou  comme  M.  W. 
a  donné,  sinxen  daghe.  Mais  tsinxen  pouvait,  c'est-à-dire 
devait  se  conserver  comme  représentant  une  prononcia- 
tion particulière,  à  laquelle  nous  devons  aussi  tsestich, 
tseventich,  Tsnachts,  Belgisch  Muséum  I,  pag.  109,  où 
tsnachs  peut  être  regardé  comme  une  faute  de  copiste. 
C'est  la  lettre  sifflante  à  son  plus  haut  degré,  comme 
dans  tsidderen,  un  véritable  z  allemand.  Quant  à  tfin- 
xen, que  Graeter  a  cru  lire    s'il  existe  réellement  dans 


(  424  ) 

le  Ms.    on  pourrait    soupçonner    qu'autrefois  il    y  a  eu 
pfinxen ,  forme  plus  allemande  encore.  Lisez  dans  la  noie 
de  Grimm:  Huyd.  III,  360,  au  lieu  de  I,  360.  Voyez  aussi 
sa  grammaire  I,  498. 
V.  43.  Lisez  : 

Met  loveren  waren  bevaen  , 

groenen  est  de  trop  pour  le  vers  et  inutile  pour  le  sens. 
On  serait  tenté  de  soupçonner  cpj'il  y  a  eu  d'abord  : 

Met  groen  en  loef  waren  bevaen. 

V.  44.  Lisez  :  hat  ou  had  ghedoen ,  et  de  même  v.  46 , 
où  l'on  pourrait  aussi  lire  ivaoït  pour  toaende  ;  car  rien 
de  plus  ordinaire  dans  nos  vieux  poètes  que  cet  emploi 
d'un  temps  pour  un  autre.  Maerl.  Sp.  Hist.  VI,  I,  58, 
vroemt  pour  vrocindc,  id.  vol.  III,  pag.  66  :  A/si  dus  hencn 
gaen,  quamen  si.  Ib.  pag.  65,  vliet  pour  vloot,  etc.,  les 
exemples  se  rencontrent  à  chaque  page. 

V.  47.  ten  wel groten  love,  ainsi  Gr.  et  Will.  Ne  faut-il 
pas  te  wel groeten  love?  Autre  chose  serait  ten  love  seul. 

V.  48.  Le  Ms.  de  C.  a  tes  sconinx:  Grimm  d'après  la 
règle  établie  dans  sa  grammaire,  pag.  505,  écrit  tes  coninx 
et  M.  W.  le  suit.  La  gémination  de  Y  s  est  ici  comme  v.  28, 
dans  hovescheden ,  l'effet  d'une  prononciation  trop  pesante. 
L'orthographe  de  Grimm  a  la  même  tendance,  il  faut  te 
sconinx ,  comme  sconinx  seul.  Règle  contre  règle  :  1'*  figu- 
rant le  gen.  de  l'art,  ne  peut  jamais  se  joindre  au  mot 
précédent  :  la  prononciation  s'y  oppose  ;  cela  n'appartient 
qu'aux  liquides  n  et  r  et  en  allemand  à  Y  m;  pour  le  t, 
voyez  sous  le  v.  61.  Si  le  mot  suivant  a  déjà  un  s,  celui 
de  l'art,  se  supprime.  Très-bien  jusques-là;  mais  s'il  com- 
mence par  un  z,  on  a  vu  que  nous  reconnaissons  cette 
lettre?  Nous  sommes  d'avis  qu'on  le  change  en  s.  Qu'on 
interroge  son    oreille.    Nous  pourrions   donner   d'autres 


(  425  ) 

raisons,  mais  il  importe  que  la  question  soit  discutée,  et 
peut-être  la  manière  dont  nous  nous  énonçons  y  invilera- 
l-elle.  En  attendant  voy.  v.  1280. 

V.   -49         Aile  die  diere  groot  ende  clene 
Sonder  vos  Reinaert  aliène. 

Ainsi  M.  Gr.  et  W.  ;  le  Ms.  a  groet  en  cleene  :  alleenc. 

Ecrivez  : 

Al  die  diere  groet  en.  cleene 
Sonder  vos  Reinaert  alleene. 

Groet  parce  que  c'est  l'orthographe  du  Ms.  ;  cleene  :  al- 
leene et  par  cette  même  raison ,  et  parce  que  Ye  y  est  long 
et  grave  (comp.  clein,  allein)-,  enfin  al  et  en  pour  le  vers. 
Al  voy.  v.  57  ;  sonder  voy.  v.  58 ,  72,  etc. 

V.   81.         Hi  haddc  te  houe  so  vêle  mesdaen  ; 

Ce  vers  doit  être  corrigé,  mais  comment?  Quelle  est  la 
leçon  du  Ms.  hollandais?  M.  W.  ne  nous  le  dit  pas.  mais 
peut-être  l'auteur  de  Reineke  qui  le  traduit  presque  mot 
pour  mot ,  nous  le  dira  : 

Hi  hadde  in  dem  hof  so  vêle  mesdân. 

Lisez  donc  : 

Hi  hat  in  thof  so  veel  mesdaen 
Dat  hire  niet  en  dorste  gaen. 

Dans  le  second  vers,  nous  avons  complété  en  même  temps 
la  négation  et  la  mesure  en  ajoutant  en.  Peut-être  l'au- 
teur avait-il  même  écrit  aen  thof;  voy.  v.   362  et  com- 
«  parez  56. 

y     gg        Ende  hier  omme  scuwedi  sconinx  hof. 

Quel  vers!  écrivez  : 

En  hierom  scuwdi  sconinx  hof. 

V.  58.  Sonder  garde  partout  la  force,  c'est-à-dire  le 
régime  d'un  impératif.  Voy.  v  50  214,  791,  etc.,  où  l'on 

28 


(  426  ) 

peut  remarquer  aussi  qu'il  aime  à  être  suivi  à'alleene. 
Behalve ,  synonyme  de  sonder,  n'est  pas  une  préposition 
mais  un  adverbe  qui  fait  quelquefois  la  fonction  d'une 
préposition  comme  en  grec  %upïç,  etc.;  aussi  admet-il  après 
lui  tous  les  cas. 

V.  59.  Dans  ce  vers,  comme  dans  les  vers  anglais,  au- 
cune muette  ne  compte,  /fine,  prononcez  hiri  ;  hadde 
doit  être  hat;  clagene  est  un  monosyllabe  claegri ,  et  cette 
syncope  est  propre  à  tout  infin.  pareil  et  à  un  grand  nom- 
bre d'autres  mots.  La  seule  ebose  qui  soit  douteuse  ici , 
c'est  la  manière  dont  il  faut  écrire  ce  vers.  Peut-être ,  en 
se  fondant  sur  d'autres  exemples,  pourrait-on  écrire: 

Hin  hat  te  claegne  over  Reinaerde 

Ilin,  comme  in  dans  in  due,  v.  586;  hat  se  trouve 
souvent;  claegne,  comme  heilghe,  genaedghe ,  en  élidant 
en  outre  Ye  final,  claegri .  Quant  à  l'e  que  nous  avons 
placé  devant  le  g ,  il  sert  à  conserver  a  long  ;  car  le  g 
appartient  après  la  syncope  à  la  première  syllabe. 

V.  60.  Le  Ms.  de  C.  a  metten  grysen  baerde  ;  Gr.  metten 
grisen.  M.  W.  qui  a  mis  à  la  place  metten  roden,  c'est-à-dire 
rooden  ou  roeden,  a  pour  lui  v.  3745,  3771 ,  940,  et  dans 
le  Reinardus  latin  :  Per  rufum  caput  hoc  ;  mais  il  ne  devait 
pas  recevoir  sa  correction  dans  le  texte  sans  en  avertir, 
ni  surtout  le  citer  ainsi  pag.  LVII  de  son  introduction. 

V.  61.  Nu  gaet  hier  op  eue  clage.  Ne  construisez  pas  : 
nu  gaet  hier  e en  e  claghe  op,  mais  nu  gaet  het  hier  op  eene 
claghe.  Gaet  est  donc  pour  gaett  ou  gaet  't.  comme  sou- 
vent dat  pour  datt,  c'est-à-dire  dat  het,  etc.  Ecrira-t-on  avec 
le  livre  publié  par  Meijer  ces  sortes  de  mots  par  tt; gaett, 
datt,  hiett,  etc.,  ou  joindra-t-onle  second  t  au  mot  suivant, 
ou  enfin  le  supprimera-t-on ?  Nous  croyons  qu'il  faut  lais- 
ser le  double  t  final  aux  Allemands,  et  qu'il  vaut  mieux 
d'un  autre  côté  réunir  le  second  au  mot  suivant,  quand 


(  427  ) 

il  représente  l'article,  que  de  le  supprimer  entièrement- 
car  il  est  certain  que  celui  qui  parle  le  marque  par  un 
mouvement  rapide  de  la  langue  et  qu'on  l'entend  :  dat 
*t  was  ne  se  prononce  pas  comme  dat  was ,  mais  comme 
dattet  was.  On  ne  le  supprimera  que  quand  le  mot  suivant 
a  déjà  lui-même  un  t  au  commencement.  Reste  à  savoir 
ce  qu'on  fera  quand  il  est  pronom,  comme  ici,  et  que 
par  conséquent  il  ne  peut  appartenir  au  mot  suivant? 
Nous  écririons  hoe  sait  sijn ,  hoe  kant  sijn,  doet  dach 
toas ,  etc. ,  et  nous  serions  portés  à  faire  pour  ce  seul  cas  une 
exception  en  faveur  de  tt,  en  écrivant  aussi  soe  moett  sijn, 
nu  gaett  hier.  Voy.  v.  48.  Nous  ne  parlons  pas  de  l'apo- 
strophe (  '  ) ,  parce  que  ce  signe  ne  marquait  point  autre- 
fois une  aphérèse ,  une  syncope  ou  une  apocope,  c'est- 
à-dire  une  abbréviation  phonétique,  mais  seulement 
orthographique  :  m'  reste  toujours  dans  la  prononciation 
mer  ou  ?naer,  Roel' ,  Roelant;  s'ee ,  sere,  etc.  La  question 
de  l'apostrophe  est  donc  une  question  à  traiter  après  celle 
qui  nous  occupe. 

V.  62.  Ende  écrivez  en.  NB.  Nous  ne  parlerons  plus  de 
cette  conjonction  que  dans  le  cas  très-rare  où  ende  pourra 
rester. 

V.  65.  Ce  vers  est  trop  court  malgré  ende;  et  M.  W.  ne 
nous  dit  pas  ce  qu'il  y  a  dans  le  Ms.  hollandais.  Quant  à 
Reineke,  il  y  est  allongé  outre  mesure  par  le  cérémoniel 
allemand  : 

Un  sede  :  hôchgeboren  lonninclc,  gnaedige  hère. 

Peut-être  en  retranchant  le  hôchgeboren  retrouverions- 
nous  la  véritable  leçon  : 

En  sprac  :  coninc ,  ghenadighe  hère; 

ghenadighe  n'est  que  de  deux  syllabes,  soit  que  vous  pro- 
nonciez gnadich  ou  gnaedghe.  Nous  ferons  remarquer  de 


(  428  ) 

plus  que  le  mot  coninc  paraît  souvent  aussi  n'être  que 
d'une  syllabe;  mais  nous  reviendrons  sur  cela.  Voici 
comme  le  Ms.  de  G.  a  ce  vers  et  les  suiv. 

En  sprac  :  couine  hère  , 

Dor  hu  edelheit  en  dor  hu  ère 

Eu  dor  reclit  en  dor  ghenade  , 

Ontfaerme  hu  raiere  scade , 

Die  mi  Reynaert  heeft  ghedaen.  etc, 

Grimm  les  a  laissés  ainsi  ;  M.  W.  a  retranché  dans  hu  ce 
h.  marque  distinctive  des  Mss.  écrits  dans  la  Flandre;  il  en 
a  agi  de  même  partout  ailleurs  avec  huioe,  etc.,  et  il  a  bien 
fait.  Mais  il  a  aussi  changé  ghenade  en  genaden ,  malgré 
le  sens  et  la  rime;  il  a,  dans  le  v.  suiv.  remplacé  miere 
scade  par  der  groeter  scade ,  peut-être  à  cause  du  pléo- 
nasme :  Die  mi  Rein,  heeft  ghedaen  :  en  cela,  il  n'a  pas 
bien  fait,  d'autant  plus  que  deux  vers  plus  bas  on  a  de 
nouveau  groeten  lachter.  Il  a  mis  ontfermt pour  ontfaerme, 
comme  aussi  v.  72,  etc.  Mais  v.  316,  nous  trouvons  : 

Ende  seide  :  hère  couine, 
Dor  God  ende  dor  genade 
Nu  ontfarmet  miere  scade 
Die  mi  Reinaert  heeft  gedaen  ; 

C'est-à-dire  les  mêmes  vers  écrits  tout  autrement,  et  un 
peu  moins  mal.  Là  Ende  ontfermt  u  der  grooter  scade  se 
trouve  relégué  parmi  les  variantes,  tandis  qu'ici  nous  y 
trouvons  :  Ontfaermt  u  miere  scade.  Est-ce  la  leçon  du 
Ms.  hollandais?  est-ce  celle  du  Ms.  de  C.  ?  Nous  n'en  savons 
rien.  Nous  croyons  que  ce  n'est  ni  l'une  ni  l'autre.  Le  Ms. 
de  G.  a,  comme  nous  l'avons  dit ,  ontfaerme,  etc.,  et  dans 
Reineke ,  auquel  le  silence  du  savant  éditeur  nous  fait  de 
nouveau  recourir,  il  y  a  : 

Bede  dorch  redit  un  dorch  gnaden 
Entfermet  ju  des  groten  scaden  ; 


(  429  ) 

Et  il  y  a  toute  apparence  que  le  Ms.  hollandais  a  à-peu-près 
la  même  chose.  Nous  laissons  au  lecteur  le  plaisir  de  con- 
tinuer ces  rapprochements  ,  nous  ferons  seulement  obser- 
ver qu'il  fallait  ou  n'admettre  dans  les  variantes  que  les 
leçons  du  Ms.  hollandais  ou,  dans  le  cas  contraire,  pré- 
venir le  lecteur.  Voici  du  reste  comme  nous  croyons  que 
ces  vers  ont  été  primitivement   écrits  : 

Eu  sprac  :  coninc,  ghenadige  heere  ,  (I-  glmacd'ge) 

Dor  u  edelheit  eu  u  eere ,  (1.  eelheit) 

Eu  dor  reçut  eîi  dor  Ghtuade  , 

Ontfaermet  u  raiere  scade , 

Die  mi  Reinaert  heeft  ghedaeu  ; 

Daer  ic  af  dicke  hebbe  ontfacn  (I.  die  Iieb). 

Groeten  lachler  eu  vetlies. ,  etc. 

La  suite  dans  la  prochaine  livraison. 


(  430  ) 


Gttlletin  0iblio0rap!)tque« 


LITTERATURE. 


Légendes  Naniuroises,  par  Jérôme  Pirapurniaux.  Namur, 
1837;  1  vol.  in- 18. 

[Ces  légendes,  publie'es  par  un  pseudonyme,  ont  paru  en  grande 
partie  dans  le  feuilleton  du  Journal  de  Namur.] 

La  Belgique  au  XV.°  siècle,  par  G.  G.  Le  Cointe.  Bruxelles, 

1837,  Hauman,  Cattoir  et  C.e;  2  vol.  in-18. 
[C'est  une  collection  de  nouvelles  sur  notre  pays.] 
L'Héritière  de  Bruges,  par  Grattau,  traduit  de  l'anglais,  par 

0.  Delepierre.  Bruxelles,  1837,  Wahlen;  3  vol. 


BEAUX-ARTS. 


Album  pittoresque  de  Bruges,  ou  Collection  des  plus  belles 
vues  et  des  principaux  monuments  de  cette  ville,  par  0.  Dele- 
pierre. 1."  livr.,  Bruges,  Buffa,  1837;  gr.  pap. 

[C'est  un  ouvrage  de  luxe  qui  aura  3  livraisons.] 

HISTOIRE    NATURELLE.    MEDECINE. 

Catalogue  des  lépidoxtères  ou  papillons  de  la  Belgique, 
par  Edm.  De  Selys  Longchamps.  Brochure  in-8.°,  Liège, 
J.  Desoer,  1837;  in- 8°. 

Essai  de  Matière  médicale  belge ,  contenant  la  description 
des  plantes  médicales  qui  croissent  spontanément  en  Belgique; 
leurs  propriétés  physiques  et  chimiques;  leurs  vertus;  leurs 
modes  d'administration  et  leurs  doses,  par  F.  Dubois,  D.  M.  de 
la  faculté  de  Liège.  Tournay,  Blanquart,  1837;  in-8°,  154  pag. 


(  431  ) 

OUVRA.GES    PÉRIODIQUES. 

Revue  belge,  livraison  de  juin  et  de  juillet,  année  ]  Bi>7 
3.me  année. 

[La  dernière  livraison  contient  :  Liège  au  L:on ,  par  F.  Key  ;  —  La 
Grotte  de  Tilf,  par  Th.  Weustenraml  et  GGGG.;  —  Histoire  de  la 
Hanse  Teutonique  dans  ses  relations  avec  la  Belgique  ,  par  J.  .1.  Allmryer; 

—  Poésie,  une  nuit  en  diligence;  essai,  par  H.  Doreye;  Mélanges,  etc.] 
Journal  historique  et  littéraire,  année  1837,  livr.  d'août. 

Liège,  Kersten. 

Revue  de  Bruxelles.  —  2.me  vol.,  août,  Bruxelles,  1837. 

[Ce  nouveau  recueil,  qui  compte  déjà  près  de  îooo  abonnements 
après  deux  mois  d'existence,  publie  dans  son  2.me  volume  :  Le  Clergé 
belge  pendant  les  guerres  de  religion,  par  le  Cli.  De  Smet,  2.rae  article. 

—  Tableau  de  la  situation  de  la  Belgique  à  la  mort  de  Marie-Thérèse  , 
par  Gachard.  —  Du  Beau,  considéré  dans  la  littérature  payenne ,  dans 
la  littérature  chrétienne  et  dans  le  romantisme,  par  l'abbé  De  ILierne. 

—  La  Belgique  et  son  avenir,  par  Th.  Normand.  —  Sur  le  livre  de 
Baudoyn,  comte  de  Flandre,  par  A.  Van  Hasselt.  —  A  mou  frère, 
par  A.  Decbainps.  —  Articles  éirangers.  —  Misccllauea.] 

VARIA. 

Discours  qui  ont  été  prononcés  en  séance  publique  du 
Conseil  communal  de  la  ville  de  Bruges,  le  9  juin  1837,  lors 
de  la  remise  au  Conseil,  par  monsieur  le  ministre  d'état, 
gouverneur  de  la  province,  des  éditions  de  Colard  Mansion, 
léguées  à  la  Bibliothèque  publique  de  cette  ville  par  monsieur 
Joseph  Van  Praet,  natif  de  cette  même  ville,  l'un  des  con- 
servateurs administrateurs  de  la  Bibliothèque  royale,  à  Pa- 
ris, etc.,  etc.  Bruges,  Bogaert-Dumortier,  in-8.°  de  27  pages. 

L'Aveugle  de  la  Montagne,  Entretiens  philosophiques,  par 
C.  F.  De  Nélis,  évoque  d'Anvers.  Nouvelle  édition,  Bruxelles, 
Société  pour  la  propag.  des  bons  livres,  1837,  XXet  182  pag., 
avec  front,  gravé. 

[On  sait  que  les  premières  éditions  complètes  de  ce  livre,  faites  en 
Italie,  sont  d'une  rareté  excessive  en  Belgique.] 

Nouveau  Guide  des  voyageurs  dans  la  ville  de  Grand,  par 
Désiré  Dujardin.  Orné  de  planches.  Gand,  J.  De  Blye  (1837), 
in- 12  de  108  et  IV  pages. 

[Ce  volume  est  orné  tic  i5  planches  litographiéc-s ,  renrxfsenîam  les 
différents  monuments  de  la  ville  de  Gand.] 


(  432  ) 


Chronique  î*9  Sciences  et  2lrt$,  et  Variétés. 


COMMISSION    ROYALE    D  HISTOIRE. 
Séance  du  7  mai  1837. 

M.  le  président  De  Gerlache  ouvre  la  séance,  en  communi- 
quant à  la  commission  plusieurs  dépèches  ministérielles  et  sa 
correspondance  ordinaire. 

M.  De  Smet  informe  la  commission  que  l'impression  du  Cor- 
pus Chronicorum  Flandriœ  est  achevée,  sauf  l'introduction  et 
les  tahles. 

M.  Gachard,  au  nom  du  docteur  Coremans,  communique 
un  troisième  rapport  sur  les  travaux  faits  par  ce  dernier  pour 
le  classement  des  papiers  de  la  secrétairerie  d'état  allemande 
qui  sont  conservés  aux  Archives  générales  du  royaume.  Ce 
rapport,  dont  la  lecture  est  entendue  avec  un  vif  intérêt,  est 
conçu  en  ces  termes  : 

«  Messieurs, 

Depuis  mon  dernier  rapport,  j'ai  classé  et  inventorié  au- 
delà  de  trois  cents  liasses,  parmi  lesquelles  le  plus  grand  nom- 
bre mérite  d'être  mentionné  ici,  comme  contenant  des  maté- 
riaux historiques,  dont  l'existence  dans  nos  archives  était 
restée  ignorée  du  public. 

Je  vous  ai  déjà  parlé,  Messieurs,  des  pièces  que  j'avais  exa- 
minées avant  le  mois  de  novembre,  relativement  à  deux  des 
principaux  événements  de  l'histoire  moderne,  la  réforme  et  la 
guerre  de  trente  ans.  Comme  le  nombre  de  ces  pièces  s'est 
considérablement  augmenté  depuis ,  je  vais  avoir  l'honneur 
de  vous  en  entretenir  encore. 


(  433  ) 

Les  détails  que  j'ai  à  vous  fournir  à  ce  sujet,  feront  la  ma- 
tière de  la  première  et  de  la  seconde  partie  du  présent  rapport. 

Dans  la  troisième,  je  traiterai  des  documents  qui  concernent 
plus  spécialement  les  événements  arrivés  dans  les  Pays-Bas. 

J'indiquerai,  dans  la  quatrième,  ceux  qui  ont  de  l'intérêt 
pour  l'histoire  de  l'Allemagne. 

Enfin,  je  signalerai  les  pièces  que  les  historiens  de  la  France, 
de  la  Scandinavie  et  de  la  Suisse,  pourraient  consulter  avec 
quelque  fruit. 

Il  m'a  semblé  que  cette  division  du  travail  apporterait  de 
la  clarté  dans  le  compte  que  j'ai  à  vous  rendre. 

;     §   1- 

Les  pièces  qui  concernent  la  réforme,  en  24  liasses  et  qua- 
tre volumes,  comprennent  principalement  : 

A.  Documents  relatifs  à  la  diète  de  Worms,  1521,  celle  de 
Nuremberg,  1524,  celle  de  Spire,  1529,  celle  de  Smalcalden, 
1537.  Correspondance  de  l'empereur  avec  ses  conseillers  en  ce 
temps. 

S.  Pièces  concernant  les  affaires  de  la  Saxe;  le  fameux  siège 
de  Copenhague ,  en  1536,  terminé  par  la  capitulation  de  cette 
ville,  qui  assura  la  domination  de  Chistiern  III,  et  entraîna 
l'abolition  complète  du  catholicisme  en  Danernarck;  les  affai- 
res de  la  Suisse  et  des  villes  libres  de  l'Allemagne. 

C.  Documents  curieux,  touchant  les  raisons  qui  déterminè- 
rent les  princes  protestants  à  s'armer  contreCharles-Quint;  les 
relations  de  la  France  avec  l'empire;  les  affaires  du  duc  de 
Brunswick,  Henri-lc-Jeune;  les  résolutions  de  l'empereur, 
communiquées  à  la  diète  de  Nuremberg,  1543,  etc. 

B.  Pièces  relatives  à  l'électeur  Jean-Frédéric;  lettres  de  ce 
dernier;  réponses  de  l'empereur;  déclarations;  remontrances 
de  l'électeur. 

E.  Pièces  touchant  les  diètes  de  Ratisbonne,  d'Augsbourg  et 
de  Spire,  en  1546  et  1547.  Propositions  de  l'empereur,  repré- 
sentations des  états  sur  ces  propositions;  protestations  du  pape; 
observations  des  états  relativement  à  l'intérim  proposé  par 
l'empereur.  Opinion  de  Melanchton  à  l'égard  de  cette  mesure. 


(  434  ) 

et  autres  documents  semblables;  quelques  pièces  concernant 
le  concile  de  Trente. 

F.  Lettres  interceptées  de  l'électeur  de  Saxe,  Jean-Frédéric, 
d'Albert  de  Brandebourg,  duc  de  Prusse,  de  l'électeur  Maurice 
de  Saxe;  lettres  et  déclarations  de  ce  dernier. 

G.  Documents  concernant  l'emprisonnement  du  landgrave 
Pbilippe  de  Hesse,  l'adversaire  que  Charles-Quint  craignait  le 
plus,  et  auquel  l'histoire  déféra  le  nom  de  Magnanime.  Cette 
partie  est  très-complète,  et  ofFre  une  quantité  de  pièces  diplo- 
matiques, ainsi  que  des  lettres  remarquables  de  Charles-Quint, 
de  Ferdinand,  roi  des  Romains,  de  Marie,  reine  de  Hongrie, 
du  landgrave,  de  son  fils,  de  l'électeur  Maurice,  etc.,  des  ren- 
seignements sur  la  tentave  d'évasion  que  fit,  en  1551,  le 
landgrave,  alors  détenu  à  Malines,  de  la  procédure  qui  s'en 
suivit  (1),  enfin  des  détails  sur  sa  mise  en  liberté. 

H.  Pièces  concernant  les  négociations  du  cardinal  de  Gran- 
velle  avec  les  princes  protestants,  en  1543  et  en  1553;  lettres 
de  Charles-Quint  au  roi  de  Danemarck,  etc. 

S  2. 

Parmi  les  liasses  qui  se  rapportent  à  la  guerre  de  trente 
ans,  et  dont  le  nombre  est  plus  grand  même  que  celui  des 
actes  concernnant  la  réforme,  je  citerai  : 

A.  La  correspondance  de  Wallenstein  avec  l'archiduc  Albert 
et  l'infante  Isabelle.  Les  premières  lettres  sont  de  l'année 


(i)  Rien  ne  caractérise  mieux  les  hommes  et  les  mœurs  de  cette  épo- 
que, que  les  détails  sur  la  manière  dont  on  traitait  le  prisonnier;  sur 
ces  Hessois  pleins  de  dévouement  à  leur  malheureux  souverain,  qui  se 
cachèrent  sous  différents  déguisements  dans  les  environs  de  Malines, 
pour  se  réunir  et  délivrer  le  landgrave  pendant  une  nuit  à  la  fin  de  dé- 
cembre i55i;  sur  les  mesures  que  Charles-Quint  fit  prendre  alors;  sur 
la  punition  d'un  soldat  qui ,  s'étant  trouvé  chargé  d'une  lettre  du  land- 
grave Philippe  à  son  fils  le  landgrave  Guillaume,  dut  passer  par  les 
piques  par  l'ordre  de  l'empereur,  qui  prescrivit  de  plus  que  le  châti- 
ment se  fit  «  en  la  rue  où  logeait  le  landgrave,  et  que  l'on  ouvrît  la 
«fenêtre  de  sa  chambre,  luy  permettant  de  voir  ce  spectacle;  »  enfin, 
sur  l'émeute  qui  eut  lieu  à  Malines,  lorsque  les  soldats  espagnols,  pré- 
posés à  la  garde  du  landgrave,  quittèrent  la  ville  sans  payer  leurs  dettes. 


(  435  ) 

1619;  c'est  encore  le  pauvre  gentilhomme  de  la  Bohème, 
monsieur  le  haron  Albert  de  Waldstein,  mandant  très-hum- 
blement à  S.  A.  que  S.  M.  l'empereur  avait  eu  la  grâce  de  le 
nommer  colonel  d'un  régiment  de  cuirassiers,  et  priant  l'ar- 
chiduc de  lui  permettre  de  recruter  son  régiment  dans  les 
Pays-Bas,  parce  qu'à  Vienne  il  n'était  pas  possible  de  se  pro- 
curer cette  sorte  de  cavalerie.  Ces  lettres  sont  écrites  entière- 
ment de  la  main  du  nouveau  colonel.  En  1626  et  1627,  c'est 
le  duc  de  Friedland,  assurant  à  l'infante,  à  l'occasion  de  quel- 
ques intercessions  de  celle-ci  en  faveur  de  l'un  ou  de  l'autre 
officier,  qu'il  s'efforcera  toujours  de  lui  être  agréable,  et  lui 
annonçant  comment  il  a  délivré  la  Silésie  de  la  présence  de 
l'ennemi,  remporté  des  victoires  sur  les  Danois  et  Suédois» 
conquis  les  pays  de  Mecldembourg,  de  Holstein,  Sclesswing, 
de  Jutland  et  tous  les  ports  de  mer  de  ces  contrées.  Ces  lettres  > 
remarquables  par  leur  laconisme  plein  d'énergie  et  de  pré- 
cision, ne  sont  plus  que  signées  par  le  duc,  à  la  hâte  et  d'une 
manière  presqu'indéchiffrable.En  1629  — 1632,  c'est  l'égal  des 
princes  de  la  terre,  le  protégé  de  Dieu,  l'homme  dont  les 
astres  retracent  en  caractères  de  feu  la  destinée,  écrivant  à 
la  régente  des